LIVRE I, CHAPITRE III
en guerre. Ces jonques inquiélant beaucoup la population, il a élé convenu, sur la demande du Tao-taï lui-même, que Ton prendrait des mesures pour empêcher ces jonques de porter le trouble dans les concessions européennes et parmi la population de la ville et des faubourgs (1). »
Celte décision était très-importante, car la présence de ces jonques montées par des gens à très-juste titre suspects, inspirait une grande terreur à la population et devait laisser supposer des projets cachés contre Shang-haï. Le général de Montauban insista très-vivement pour que l'expulsion de ces jonques eût lieu sans retard, et, en effet, la décision du conseil reçut, dès le lendemain matin, son exécution. — Cette mesure salutaire était un acte capital d'autorité et purgeait la rivière de ce ramassis de iâtiments qui précédaient toujours l'arrivée des rebelles dans chaque ville désignée par ces misérables pour être pillée et inise à feu et à sang.
Le 2 juillet, à sept heures du malin, le général de
(1) Extrait du procès-verbal du 18 juin 1860.
« A cet effet, il a été arrêté qu'une commission composée du consul de chaque nation ou d'un agent consulaire , d'un officier de la marine anglaise, d'un ofiîcier de la marine française, désignés par MM. les amiraux et de deux mandar«ns choisis par le Tao-taï, serait chargée de l'exploration des jonques placées dans les eaux de Shang-haï, désignerait celles qui doivent être désarmées immédiatement et expulsées, ainsi que celles qui sur la demande des autorités chinoises ne seraient pas désarmées, mais également chassées avec défense, sous peine de confiscation , de reparaître dans ces mêmes eaux.
a Fait à Shang-haï, 18 juin 1860. »
Montauban quittait Shang-haï à bord du ForWn, pour se rendre à Tclie-fou. Le commandant en chef emmenait avec lui un de ses aides de camp, le commandant Descbients el le capitaine de Montauban, ainsi que le souslieutenant de Clauzade, ses officiers d'ordonnance.
Le chef d'état-major général ne devait partir que trois jours plus tard, pour surveiller l'exécution des diverses dispositions ordonnées par le général en chef, avant son départ.
LVI. — Ce que nous appelons Tche-fou n'est que l'isthme sur lequel s'est établi notre camp, au fond de la baie que ferme un groupe d'Uots. A très-petite dis* tance se trouve un village, ou plutôt une petite ville, qui s'appelle Yen-taï ; elle est peu importante, car elle ne compte que dix à douze mille habitants. — Tout près, on aperçoit une autre petite ville du nom de Ki-Leu- Loo, entourée d'une muraille en terre avec des portes en pierres de taille. A l'arrivée des Français, la population de ces localités s'était enfuie avec terreur; mais bientôt elle revint peu à peu habiter ses foyers déserts, enhardie par nos proclamations pacifiques, et surtout par quelques exemples sévères sur des pillards chinois qui avaient profité du désordre de cette fuite précipitée pour saccager les maisons abondonnées.
Du reste, toutes nos relations sont surtout avec la ville de Yen-taï, et, par l'intermédiaire de ses habitants, avec les autres villages de l'inlérjeur, jusqu'à la ville de Teng-tcheou, chef- lieu de la province du Ghang-toug.