UVRE I9 CHAPITRE III
— La confiance la pins absolne a succédé à la terreur et à la méfiance qui nous avaient accueillis.
A son arrivée, le général trouva à Yen-taï un marché régulièrement établi. Chaque jour, de cinq heures du matin à quatre heures du soir, des marchands de toute sorte affluent sur la place affectée à ce marché, qui est très-abondamment pourvu. Les Chinois s'entendent fort bien avec nos soldats, quoiqu'ils parlent une langue diflférente de la leur. Tous les marchés se font par signes, et c'est une chose curieuse de voir les marchands chinois débattre le prix de leurs marchandises avec cette rapacité qui appartient en propre à ces sortes de marchés sur place. — Il serait vraiment inutile qu'ils se comprissent , peut-être s'entendraient-ils beaucoup moins.
Les ressources que fournit le pays sont très-abondantes, et le Chinois, fort industrieux de sa nature, s'ingénie chaque jour pour varier sa macbandise et surexciter le goût des acheteurs.
LVII. — En outre de cette facilité pour les ressources alimentaires qui entretenait le soldat dans un excellent état de santé, le pays pouvait fournir bon nombre de mulets d'une belle espèce, très-aptes à être employés au service des batteries de montagne. — Le prix moyen de ces mulets peut être évalué à 40 piastres, 230 francs environ.
Les chevaux dont la commission avait fait acquisition dans le Japon parurent dans le commencement devoir offrir de grandes difficultés pour le dressage ; ils étaient
sauvages, et cette sauvagerie était quelquefois poussée jusqu'à la férocité; raais bientôt ils s'habituèrent aux hommes qui les soignaient; semblables en cela aux chevaux d'Afrique, ils s'assouplirent très-facilement, et attelés aux pièces d'artillerie, ils se prêtèrent sans résistance aucune à toutes les manœuvres. —Cet heureux résultat, si vite obtenu, fuit le plus grand honneur au colonel de Bentzmann, commandant en chef de l'artillerie, qui ne cessa, au milieu des difficultés sans nombre qu'il rencontrait, de déployer les plus énergiques et les plus persévérants efforts.
LVIII. — Le général Grant eût désiré opérer un débarquement immédiat à Peh-tang, avant la réunion des deux flottes aux mouillages désignés dans le conseil de guerre tenu le 18 juin entre les commandants en chef. — Mais le Peh-tang est situé à deux lieues et demie duPeï ho, et l'occupation prématurée de ce point par les forces anglaises, constituait un vérilable commencement d'hostilités.
Ce fait isolé, accompli avant l'époque fixée, n'avait aucune influence heureuse sur Tavenir des actions de guerre projetées ; elle en détruisait au contraire l'ensemble, puisque les Anglais devaient débarquer à Pehtang, penilant que les Français opéreraient leur débarquement dans le sud des forts du Peï ho. — Il n'y avait donc aucune raison pour que le général de Montauban, dont le corps expéditionnaire était déjà d'un effectif restreint, raffaiblit en acceptant l'offre de général Grant d'adjoindre aux troupes britanniques une petite force