‹ Les expéditions de Chine et de Cochinchine d'après les documents officielsChapitre 50 sur 170 · LIVRE I, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE III

Tous ont répondu au signal et la flotte se met en marche sur trois colonnes.

A la tête de celle du centre est l'amiral Charner ; le contre-amiral Page dirige celle de droite ; le contre-amiral Protêt celle de gauche; un grand nombre de jonques chinoises est remorqué par les vapeurs. Sur les ponts encombrés des bâtiments reluisent les baïonnettes, et les musiques des régiments se répondent comme des échos harmonieux. '

Bientôt la flotte ne forme plus qu'ime masse confuse, et ceux qui restent à la garde de Tche-fou, saluent leurs frères d'armes qui s'éloignent , et envoient avec tristesse un dernier adieu à l'escadre, qui disparaît déjà dans les brumes de l'horizon.

LXXII. — Ce règne dotera les annales de la France guerrière de grands et mémorables souvenirs.

£n six années que de victoires sur tous les points du globe! — En 1855, notre drapeau victorieux flotte sur les murs renversés de Sébastoppl, en combattant la Russie. — En 1859, c'est du sonimet des hauteurs de Solférino que la France dicte ses lois à TAutriche vaincue. —Dans quelques mois ce sera sous les murs mômes de Pé-king que notre glorieuse épée abaissera l'orgueil héréditaire des empereurs de la Chine.

Belles épopées militah*es qui viennent ajouter de jeunes gloires aux vieilles gloires des siècles passés!

Le 28, après une heureuse traversée, l'escadre fran-

çaisc au grand complet entrait dans le golfe de Peh-tang, et mouillait à douze milles environ de la passe (1).

Le général de Monlauban ordonna aussitôt une reconnaissance dans la rivière de Peh-tang; cette rivière est fort peu connue, et le commandant en chef ne veut point courir le risque d'être arrêté par des obstacles imprévus.

Le lieutenant-colonel Dupin , le lieutenant de vaisseau de Lamarck et le capitaine d'élat-Kiajor Forsler sont chargés de cette dernière reconnaissance, qui doit éclairer la route dans laquelle s'engagera, le lendemain peutêtre, le corps expéditionnaire allié.

Dès que la nuit fut venue, ces officiers, emmenant avec eux seize matelots, partirent en ayant soin de garder le plus grand silence pour ne point attirer l'attention de l'ennemi. — Les deux embarcations remontèrent trois milles dans le Peh-tang et ne trouvèrent que des pêcheries. A cette distance, les officiers entrèrent dans l'eau et cherchèrent à aborder la rive droite du fleuve. Mais ils rencontrèrent de grandes difficultés, à peu près semblables à celles qui s'étaient présentées aux explorateurs de la rive sud du Peï ho. Après avoir marché deux cents mètres environ sur un fond de glaise, avec de l'eau à mi-jambe, ils trouvèrent une croûte vaseuse, entièrement découverte à marée basse, et sur laquelle on peut marcher en enfonçant seulement jusqu'à la cheville. — Il faut traverser 300 mètres

(1) Dépêche du 2 août 1860.

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