‹ Les expéditions de Chine et de Cochinchine d'après les documents officielsChapitre 53 sur 170 · LIVRE I, CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE

devaient plus quitter avant d'avoir vengé , par la chute des forts du Peï ho, l'insulte faite aux pavillons alliés.

Aussitôt que le général eut reconnu par lui-mômc que le débarquement pouvait s'effectuer sans danger pour les troupes, il envoya un de ses aides de camp porter l'ordre aux généraux Jamin et Collineau de débarquer avec leur brigade et de venir le rejoindre sur des points qu'il leur assignait.

Ces deux chefs, actifs et entreprenants, attendaient impatiemment cet ordre. Bientôt toutes les troupes arrivèrent en bon ordre ; mais la batterie de montagne put seule atteindre la terre. En vain artilleurs et chevaux firent des efforts surhumains, il fut impossible de fiiire avancer dans la vase les batteries de 4 qui avaient élé débarquées. Les roues enfonçaient à moitié, et les chevaux s'abattaient sans pouvoir avancer d'un pas.

LXXVL — « En touchant cette terre si difficile à aborder (écrit le général de Montauban), nos hommes furent électrisés, et le cri de : vive l'Empereur! sortit avec enthousiasme de chaque poitrine. Tout était oublié, et les Anglais répondaient par des hourras à nos cris de con* quête (1).

Le général de Montauban envoya aussitôt le chef de bataillon Guillot de la Poterie occuper avec ses chasseurs la chaussée et le pont qui servaient de communi-

(1) Correspondance du 2 août.

cation. Ce détachement rencontra encore des espaces vaseux couverts d'eao. Les cavaliers tartares, qui avaient observé tous nos mouvements sans essayer de les gêner, se retiraient lentement à mesure que nos colonnes avançaient; ils étaient armés de carquois et de flèches. Lorsqu'ils virent la chaussée occupée, ils s'éloignèrent définitivement dans la direction du Peï ho.

La deuxième brigade, sous les ordres du général Collineau, vint camper à quelque distance de la première.

Les Anglais tenaient la droite. — 200 hommes de chaque armée reçurent Tordre de se porter sur le pont de communication de la chaussée au village , pour empêcher toute tentative que l'ennemi aumt pu faire, pendant la nuit, pour détruire ce passage important. — Il était dix heures du soir lorsque les troupes eurent, chatîune de son côté, établi leur camp. — Le réveil devait être sonné à trois heures du matin.

Le lieutenant-colonel Dupin, profitant de la position avancée qu'il occupait et des ténèbres de la nuit , prit quelques hommes avec lui , traversa le village de Pehtang que les patrouilles avaient primitivement reconnu, et se dirigea vers le fort séparé du village par un large fossé et par un mur crénelé, la communication était établie au moyen d'un pont jeté sur le fossé. — On ne voyait aucune sentinelle; tout était silencieux et faisait présumer que le fort vivait été abandonné par ses défenseurs. C'est en effet ce qui était. —Le colonel Dupin continua d'avancer vers les tentes encore dressées sur le terreplein et les traces toutes récentes d'un campement indi-

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quaient que Fennemi venait à peine de s'éloigner.-— .Les seuls canons qae Ton trouva élaient en bois cerclés de fer.

Le colonel s'empressa de retourner au camp pour in-* struire le général de Montauban de cet incident. «- Il était alors deux heures du matin.

LXXYII. -^ Un semblable abandon, sans la moindre tentative de défense, était étrange et s'accordait peu avec les rapports journaliers des espions sur la volonté bien arrêtée des Chinois d'opposer la plus vive résistance à notre marche ; la présence surtout de ces canons inoffensifs placés aux embrasures, pour simuler des canons véritables, faisait supposer un plan combiné à l'avance. Le général de Montauban, que les guerres d'Afrique avaient habitué aux ruses et aux embûches perpétuelles des Arabes, craignit avec raison que ce départ précipité ne cachât quelque piège, et fit aussitôt porter l'ordre au commandant du génie Dupouet de se rendre avec une compagnie de sapeurs au point indiqué par le colonel Dupin et d'examiner avec le plus grand soin si le fort ne serait pas miné. —Les recherches ne tardèrent pas, en ejDfet, à être couronnées de succès, et les sapeurs découvrirent six emplacements de mines. Sous chacun d'eux, les Chinois avaient placé six bombes du plus fort calibre ; ces bombes, armées à leur partie supérieure de deux batteries à pierre, comme celles de nos anciens fusils, étaient an ras du sol sous un plancher recouvert de terre qui, basculant au moindre contact^ faisait jouer

le ressort des batteries et déterminait rexplosion. — Cette découverte montrait que les Chinois auraient sans nul doute, dans beaucoup d'autres circonstances, recours à la ruse, et engageait le général en chef à ne marcher qu'avec une extrême prudence.

A quatre heures et demie, les troupes quittaient le bivac. — A cinq heures , elles entraient dans le fort, de concert avec les Anglais, et en prenaient possession.

LXXVIII. — La flotte était à l'ancre au point indiqué, sans avoir rencontré, de son côté, sur sa route aucun obstacle.

Peh-tang, gros bourg de 30000 âmes environ, avait été abandonné par toutes les autorités ; une partie des habitants s'étaient enfuis, tant la terreur que leur causait notre approche était grande ; ceux qui étaient restés dans le village vinrent à nous avec les signes de la plus grande épouvante. — Sansdoule les mandarins, pour faire le vide autour de nous, nous avaient représentés comme des barbares avides de sang et de pillage. A mesure que l'on se rapproche du Nord , les populations sont plus sauvages ou plus craintives; le contact avec le commerce étranger n'a pas adouci leur nature première. Aussi les ressources de cette localité étaient nulles; il fallait même remonter la rivière à une distance de quatre lieues pour se procurer de l'eau potable. — Les bateaux qui étaient chargés d'alimenter d'eau ce gros bourg avaient tous disparu.

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