‹ Les expéditions de Chine et de Cochinchine d'après les documents officielsChapitre 57 sur 170 · LIVRE I, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE III

cavalerie anglaise n'aurait pas été débarquée. Cette cavalerie est très-belle, el le général Grant ne veut rien entreprendre avant son arrivée.

Les troupes anglaises, nous l'avons souvent dit, sont remarquables et très-bien commandées ; mais il faut bien des choses pour les mettre en mouvement. — On l'avait vu en Crimée; les mêmes embarras se représentaient en Chine. La quantité énorme de bagages et d'hommes non combattants que cette armée traîne toujours après soi l'immobilise forcément à certains moments, et lui enlève parfois cette décision de mouvements et cette promptitude si nécessaire à la guerre, la condamnant ainsi à une force d'inertie indépendante de la volonté des chefs.

LXXXII. — L'état sanitaire des corps expéditionnaires, jusque-là satisfaisant, pouvait souffrir d'un séjour prolongé dans ces marais infects, devenus plus insalubres encore par la concentration d'un aussi grand nombre de troupes, et par les gran«les difficultés qui existaient pour se procurer de l'eau potable. En avançant dans la direction du Peï ho, le terrain se relève sensiblement; une riche végétation et de grands et beaux arbres dont les branches chargées de feuillage étendent au loin leur ombre sur des plaines cultivées, remplacent l'aspect triste et morne de cette plage vaseuse. En outre rétablissement des camps tartares, dans un rayon assez rapproché, ne laissait aucun doute sur les ressources de première nécessité que l'on devait y rencontrer. —

Les pluies vinrent encore apporter de nouveaux retards en rendant les routes impraticables, il fallut donc forcément attendre que les terrains inondés se raffermissent un peu.

L'ordre de départ est donné pour le 12 août.

Les petites reconnaissances envoyées pour éclairer la route que nous devions suivre ont signalé une assez grande agitation dans le camp retranché que le général Gollineau avait canonné pendant quelques heures dans la journée du 7.

Au lever du jour, l'armée alliée se met en marche. Une batterie d'artillerie, la cavalerie et mille fantassins , sous le commandement du général Napier, se dirigent, parla route de Tien-tsin, à droite de la chaussée.

Une autre colonne anglaise, précédée d'une avantgarde commandée par le général Staveley, suit aussi avec la colonne française celte chaussée, large de 6 à 7 mètres au plus, jusqu'à un point de bifurcation, où les deux corps alliés doivent se diviser : les Anglais se dirigeant à droite, — les Français continuant à tenir la gauche de la position. — A une distance de 1000 mètres environ du camp retranché contre lequel on marchait, les terrains autour de la chaussée cessaient d'être inondés et, devenus plus fermes, permettaient de s'y déployer.

LXXXIIL — Vers neuf heures, la cavalerie anglaise rencontra les cavahers tartares campés en avant du village

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de Sin-ko. Ces cavaliers se présentèrent de front assez audacieusement en dehors des retranchements, et cher*chant à séparer la colonne de Textréme droite de celle du centre, chargèrent avec impétuosité la cavalerie anglaise. Malgré une vive fusillade et le feu très-nourri de plusieurs pièces de canon, ils avancèrent à une distance de 100 mètres; mais plusieurs chevaux et cavaliers tués ou blessés jetèrent le désordre dans leurs rangs, et ils s'éloignèrent bientôt avec autant de précipitation qu'ils étaient venus.

Du côté que devait attaquer le corps français, la résistance ne fut pas plus sérieuse, et après quelques coups de canon, le camp de Sin-ko fut enlevé. Quand on y entra, il était désert; les combattants avaient disparu : on ne trouva que des cadavres d'hommes et de chevaux tués par les projectiles de l'artillerie. — Ce retranchement était un ouvrage de campagne en terre précédé d'un fossé plein d'eau qui en défendait les approches. — Le village de Sin-ko, qui se trouve en arrière, est un bourg de peu d'importance, fort sale intérieurement, comme presque tous les villages du nord de la Chine. Il se compose de maisons bâties en terre ; mais chacune d'elle à peu près possède un jardin très-bien cultivé où croissent des fruits et des légumes de toute espèce. — C'est la seule richesse de ces pauvres habitants, richesse qu'ils trouvent au sein de la terre et qu'ils payent de leur travail de chaque jour.

Il y avait fort heureusement en abondance du fourrage de très-bonne qualité; quelques prises de chevaux

et de mulets remplacèrent les perles faites pendant la traversée.

Mais ce qui étonna le plus, ce fut la découverte d'un mont de piété « rempli, écrit-on, d'une immense quantité d'effets parfaitement en ordre avec des étiquettes sur chaque objet. » Au milieu des effets déposés, il y avait des habillements assez riches, et ce qui- s'explique difficilement, trois ou quatre cents vêtements fourrés en peau de moutons, la plupart neufs. L'intendance s'en empara pour les affecter aux hommes de service , pendant l'hiver, si rude dans le nord de la Chine.

Les troupes anglaises s'établirent dans le camp retranché. — Le corps français bivaqua dans la grande plaine qui s'étend à droite et à gauche de la chaussée, plaine humide, entremêlée de marais remplis d'eau saumâtre, terrains d'une vase plus durcie que celle qui couvre les abords de Peh-tang , mais perpétuellement boueux malgré les rayons ardents du soleil.

LXXXIV. — L'armée alliée se trouvait donc ainsi installée autour du village situé en amont de toutes les défenses de la rive gauche du Pei ho. — Sans nul doute les fuyards s'étaient retirés dans le village de Tang-ko, village fortifié, dont les défenses, très-sérieuses et trèsbien entendues, affectaient la forme d'un parallélogramme irrégulier, offrant sur ses grandes faces un développement de 1500 à 1600 mètres environ. Le tracé le fermait complètement et permettait le flanquement des

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