LIVRE ï, CHAPITRE III
faces. Deux voies conduisaient à ce grand camp retranché défendu , assurait-on , par des forces d'infanterie considérables et par une nombreuse artillerie. — L'une de ces voies longeait le Peï-ho et tournait par la gauche l'ouvrage que nous voulions enlever; — l'autre, qui était la continuation de la chaussée par laquelle l'armée alliée s'était avancée le 12, l'abordait de front. Mais les deux côtés de cette chaussée, noyés par les alluvions du fleuve, ne permettaient aucun déploiement, soit d'infanterie, soit d'artillerie.
Le général de Montauban , voulant s'assurer par luimême de la position exacte et des dispositions de la défense, dirigea en personne une reconnaissance par la chaussée, et avança jusqu'à 1200 mètres environ du front de l'ouvrage. — La cavalerie tartare échappée la veille du camp de Sin-ko, bivaquait en avant et sous le canon des travaux défensifs. — Le général fit mettre une batterie en position sur la chaussée pour déloger ces cavaliers; mais en apercevant le mouvement de l'artillerie, ceux-ci pénétrèrent rapidement dans l'intérieur des retranchements, qui restaient silencieux, quoique nous fussions à bonne portée de leurs pièces. — Quelques volées furent laricées contre ces forts, pour savoir de quel côté ils riposteraient et apprécier à la fois la portée de leur feu et la justesse de leur tir. — En effet, la gauche des forts tira fort peu, et ses coups étaient insignifiants; les Chinois cherchaient à prendre la chaussée d'enfilade, tandis que la face droite, dans tout son développement, la prenait en écharpé.
. Le général Grant et l'amiral Hope vinrent rejoindre le général Montauban en tète de la colonne , où il se tenait pour observer le tir de l'artillerie chinoise , et il fut décidé que l'on attaquerait cet ouvrage, dès le lendemain, 14 août«
Le terrain était bien reconnu ; la voie qui longeait la rive gauche même du Peï-ho était préférable en tous points, bien qu'elle fût coupée par de nombreux canaux et qu'elle dût présenter des difficultés réelles à la marche des troupes et surtout à celle de l'artillerie.
LXXXV. — Les commandants en chef, après cette exploration, rentrèrent au camp pour arrêter un plan définitif, et prendre les dispositions relatives à l'attaque du lendemain. L'armée alliée marchera en colonne par bataillons en masse, le terrain marécageux entre le fleuve et la chaussée ne permettant pas un grand développement. — Afin d'éviter tout ce qui pourrait, pendant la durée de l'expédition , troubler le bon accord si utile qui existait entre les commandants en chef des deux nations, il a été arrêté, dès le début de la campagne, que chacun , à tour de rôle , choisirait dans l'ordre de marche des attaques combinées le terrain qu'il voudrait occuper.
Le général Grant choisit la droite. — Ainsi l'armée anglaise, appuyant sa droite au Peï-ho, descendait parallèlement au fleuve , tandis que les deux brigades d'infanterie française des généraux Jamin et Collineau