LIVRE I, CHAPITRE I
quitta le mouillage le même jour à bord du Fury, soutenu par deux canonnières, pour annoncer l'arrivée des ministres d'Angleterre et de France aux autorités du pays, à l'embouchure de la rivière. Le Fury et les canonnières mouillèrent de l'autre côté de la barre, et* le commandant Gommerell, assisté de M. Mongan interprète, passa la barre dans une embarcation du Fury^ pour remettre le message. Une bande armée qui se trouvait sur le rivage ne leur permit pas de débarquer, et quand le capitaine Gommerell demanda à avoir une entrevue avec les autorités, on lui déclara qu'il n'en existait aucune en cet endroit soit civile soit militaire, que les estacadcs faites dans la rivière avaient été construites par les habitants, à leurs propres frais, qu'elles avaient été élevées, non pas contre nous, mais bien contre les rebelles, et que la garnison consistait seulement en milice. Celui qui portait ainsi la parole et se disait ingénieur ou préposé aux travaux, s'offrit cependant à porter un messsage à Tien-tsin et à en rapporter la réponse.
« En apprenant ce qui venait de se passer, l'amiral flope envoya de nouveau le capitaine Gommerell, prévenir de l'arrivée cTes ministres et enjoindre d'ouvrir un passage dans le délai de trois jours, afin de permettre aux représentants alliés de remonter la rivière jusqu'à Tien-tsin.
« A cela on répondit que l'on avait envoyé un messager à Tien-tsin, pour annoncer notre venue et qu'un passage serait ouvert dans le délai exigé. L'amiral Hope retourna alors à Sha-luy-leen.
10 CAlffPAGNE DE CHINE.
« Le rs, Tescadre partit pour le Peïho et les canonnières mouillèrent en dedans de la barre, afin d'être à l'abri de la grosse mer qui régnait en dehors ; le 20, jour de mon arrivée, l'amiral Hope s'avança vers les forts, afin de voir ce qu'on avait fait pour nous ouvrir un passage et remettre une lettre qu'il adressait à l'intendant de Tien-tsin. Dans celte lettre, l'amiral annonçait que l'escadre resterait au mouillage pendant notre visite à Pé-king, et il demandait que l'on établit un marché pour la vente de provisions fraîches; il demandait aussi que des dispositions fussent prises pour recevoir à terre un nombre d'officiers et de soldats, tel que cela ne pût inquiéter les habitants de Ta-kou.
« Les mômes gens descendirent au rivage et s'opposèrent au débarquement des envoyés; des menaces de toute nature accueillirent M. Mongan quand il sauta à terre. Ces hommes déclarèrent de nouveau qu'aucune autorité n'était présente, assurant qu'ils étaient de la milice, agissant sous leur propre responsabilité. Loin d'avoir travaillé à ouvrir une voie praticable, ils avaient au contraire fermé tous les passages, et quand on leur reprocha leur manque de parole, ils nièrent avoir jamais consenti à enlever les barrages.
« Pour donner plus de poids à leur assertion de l'absence de toute autorité, ils n'arborèrent aucun pavillon sur les forts, et aucun soldat ne fut visible pendant tout le temps que l'escadre resta en vue. »