LIVRE I, CHAPITRE I
lion des faits survenus devant le P€Ïho avant Farrivée de M. de Bourboulon ministre de France.
Les Chinois, loin d'avoir écarté ou détruit les obstacles qui interceptaient le passage du Peïho, obstacles créés, avaient-ils dit, contre les rebelles et non contre les alliés, les avaient au contraire augmentés. L'amiral Hope le constata, et ce fait seul suffisait pour lui démontrer clairement le parti pris d'empêcher les ministres de France et d'Angleterre de franchir la passe du fleuve pour remonter à Tien-tsin. Aussi, après celte dernière et inutile tentative, il se retira en faisant répéter de nouveau à ces autorités invisibles, que l'intention bien arrêtée des minisires plénipotentiaires était de se rendre, sans délai, à Tien-tsin par le Peïho.
Le soir de ce même jour, à dix heures, le Duchayla mouillait à l'embouchure du fleuve, où le Norzagaray Pavait précédé de quelques heures.
Si la position était critique, du moins elle était nettement tranchée et ne pouvait laisser aucun doute sur le mauvais vouloir des autorités chinoises, en contradiction si flagrante avec les assurances données par Kwei-liang et ses collègues à M. Bruce, la veille de son départ de Shang-hai. — Deux partis opposés, on le savait, partageaient le grand conseil à la cour de Pé-king ; l'un désirait la paix avec les nations européennes, l'autre poussait à la giterre et à la rupture des traités. Les journaux de Pé-king avaient annoncé ouvertement que pendant les mois qui venaient de s'écouler, les ouvrages qui défendaient l'entrée du Peïho avaient été considérablement
augmentés, et que Sanko-li-tsin prince mogol, qui était à la tète du parti de la guerre, avait reçu le commandement de ce district.
VIL— « Le temps pressait (écrit à ce sujet M. de Bourboulon), pour que nous pussions être rendus à Pé-king dans les délais fixés, et si nous nous laissions arrêter, non plus par des ruses diplomatiques, mais par des obstacles matériels mis en travers de notre chemin, si nous permettions au gouvernement chinois , au moment d'inaugurer et de mettre en vigueur les nouveaux traités, de se soustraire par la menace d'une résistance ouverte, à la première de ses obligations, dans quelle position nous trouverions-nous pour procéder à la mise à exécution des autres stipulations de ces mêmes traités, et établir les nouvelles relations à Pé-king sur un pied digne des nations que nous représentions? »
Si, depuis plus d'une année, tous les actes de la diplomatie chinoise n'avaient pas été marqués au sceau de la duplicité et de la plus insigne mauvaise foi, on aurait pu hésiter à porter une aussi grave accusation contre ce gouvernement. Mais il n'y avait pas à douter que son but, en échappant par de nouvelles rélicences aux conventions stipulées, était de porter atteinte à la dignité des nations alliées et, sinon les entraîner dans un guet-apens (comme ils essayèrent de le faire le 18 septembre de l'année suivante), du moins, de les placer en apparence, aux yeux du peuple chinois, dans une position d'infériorité qui satisfît son orgueil traditionnel.
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Une lettre tardive adressée à M. Bruce cherchait à éluder la question par de nouveaux atermoiements, en faisant savoir aux ministres alliés qu'ils eussent à quitter le Peïho et à se rendre à Pe-tang, où des commissaires impériaux, assurait-on, seraient prêts à les recevoir et à leur procurer les moyens de se diriger par cette voie vers la capitale du Céleste -Empire.
VIII. — Les ministres dans leur correspondance diplomatique, n'avaient jamais caché leur projet bien arrêté de se rendre à Tien-tsin par le Peïho et de là, avec une escorte d'honneur, dans la capitale ; Kwci-liang en était instruit depuis longtemps. Et loip de faire savoir que ce chemin était fermé, les commissaires impériaux chinois annonçaient que nous trouverions à l'entrée de la rivière de Tien-tsin, un haut fonctionnaire pour conduire les mi* nistres alliés à Pé-king.
Fallait-il aujourd'hui, après ce nouveau manque de foi et devant un procédé injurieux, aussi bien dans le fond que dans la forme, faire rétrograder les deux pavillons des nations alliées, ou bien maintenir son droit et, regardant ces nouveaux faits comme une rupture des traités existants, recourir à la force pour se frayer de nouveau un passage jusqu'à Tien-lsin * î
(1) M. de BourbouloD, dans une seconde dépêche, datée du 30 juillet 1859, spécifie avec une grande netteté la position dans laquelle se trouvaient les Chinois vis-à-vis les puissances alliées, et établit la base des faits contre lesquels quelques dénégations se sont élevées.
C'est sur cette dernière résolution que devaient se prononcer les deux plénipotentiaires. — Ils n'hésilèrent pas, et firent savoir à Famiral Hope que dans la nouvelle situation où ils se trouvaient placés, ils croyaient devoir se faire ouvrir, même par la force, les portes du Peïho et continuer leur marche vers la capitale.
L'amiral, de son côté, était persuadé que si l'intimidation ne suffisait pas pour paralyser les forts, une courte canonnade en aurait facilement raison. — Il puisait cette conviction dans tous les faits militaires qui s'étaient passés l'année précédente, soit devant Canton, soit devant le Peïho même.
IX. — On a accusé l'amiral d'imprudence après le résultat défavorable de la journée du 25 juin, mais qu'aurait-on pensé de lui, si, redoutant la résistance d'ennemis si facilement vaincus quelques mois auparavant, il avait accepté cette nouvelle injure et baissé la tête devant l'offensante injonction des autorités chinoises?— Les forces navales qu'il avait à sa disposition, bien que restreintes, devaient lui paraître suffisantes ; car par le fait même des obstacles à combattre et de l'étroit chenal dans lequel il fallait s'engager, un plus grand nombre de navires était inutile.
Si Ton admettait un seul instant l'hypothèse, que ces ouvrages d'un si formidable développement fussent régulièrement défendus par une artillerie bien servie et bien dirigée, tous les navires, quel qu'eût été leur nombre, arrêtés par les estacades sous des feux croisés.
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(levaient être foudroyés, un à un, avant d'avoir pu briser les barrages et franchir la passe. — Il fallait, pour se rendre maître des forts, les attaquer à revers en débarquant sur la côte, soit au nord soit au sud. Mais aux yeux de l'amiral anglais, ces batteries si redoutables en apparence, n'étaient que des épouvantails dégarnis de défenseurs, et il ne douta pas un instant du succès.
Nous n'avons pas ici à défendre le commandant des forces navales britanniques contre les attaques auxquelles il a été en butte, mais quelque graves que soient dans ces contrées lointaines et en face de ce peuple orgueilleux les conséquences d'un échec que souvent ne rachètent pas dix victoires, nous croyons qu'il était impossible de retourner honorablement en arrière et d'accepter cette atteinte manifeste à la dignité des deux nations.
L'amiral anglais se prépara donc à exécuter les résolutions arrêtées par les représentants de la France et de l'Angleterre, et que ceux-ci lui avaient communiquées officiellement
X. — Il fut décidé que l'entrée du fleuve serait forcée malgré les forts et les estacades qui la défendaient.
Les grands navires sont mouillés à sept milles environ de l'embouchure du Peïho (1). Le groupe principal
(ï) Rapport au commandant Tritanlt,
L'ensemble des navires alliés se composait de .:
1 9 navires anglais dont 8 frégates, corvettes ou transports.— 2 grandes
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des canonnières et des petits bâtiments est en dedans de la barre, bors de la portée des forts.
Le 21 juin, Famiral anglais, qui avait offert avec une grande courtoisie au commandant Tricault de raccompagner dans l'exploration qu'il projetait, alla lui-même reconnaître les abords du fleuve et le développement des défenses élevées pour en protéger les approches. « Ces fortifications (dit le commandant Tricault dans son rapport}^ entièrement construites en argile durcie, sont beau* coup plus considérables qu'elles n'étaient Tannée dernière. Leur développement est établi des deux côlés du chenal d'entrée et sur un tournant en amont, il présente à l'assaillant des feux de flanc très-rapprochés et des feux d'enfilade pouvant devenir irrésistibles, s'ils sont persistants et bien dirigés.
« Tous les forts, sortes de lignes bastionnées garnies de cavaliers formant de distance en distance une seconde rangée de feux, sont protégés contre un assaut par une enceinte de fossés double ou triple et surtout par une vase molle s'étendant depuis les fossés jusqu'à la mer. Le nombre des embrasures dirigées vers l'entrée du fleuve et pouvant convenir à de gros canons, est de soixante environ ; mais toutes ces embrasures sont masquées par des nattes ; les forts ainsi que leurs alentours semblent déserts.
canonnières : Nemrod et Cormorant, — 9 petites: Kestrel, Janus, BantereTf Lee y Ploverj Foresier, Haughty, Starling^ Opossum,
2 navires français: Duchaylay corvette; Norxagaray, aviso de flottille.