LIVRE j, CHAPITRE IV
les différents camps, pour proléger l'arrivée des convois, jusqu'au jour où l'enlèvement des forts assurerait le libre passage du Peï-ho et permettrait à nos bâtiments légers de nous servir de magasins. — Il fallait agir résolument, et cependant ne pas s'exposer à un échec qui pouvait, quelque minime qu'il fût, avoir une influence funeste pour le prestige de nos armes.
XCI. — Déjà le gouverneur de la province, après l'enlèvement rapide des deux camps retranchés , avait envoyé, dans la journée du 14, un parlementaire, por^ teur de lettres pour le baron Gros et pour lord Elgin; les habitants des villages environnants avaient fait supplier les commandants en chef de mettre fin à ce cruel état de guerre ; mais les ambassadeurs avaient fermement résolu qu'ils n'accepteraient aucune proposition de paix, avant la prise des forts du Peï-ho.
Des lettres trouvées dans les papiers du mandarin chinois de Sin-ko ont été apportées à lord Eigin ; ces lettres envoyées de Pé-king contiennent des instructions trèsdétaillées pour châtier les audacieux barbares qui osent affronter la juste colère du grand Empereur. Entre autres détails curieux, on y trouva la mise à prix des différents chefs européens : la tète des ministres plénipotentiaires valait 1500 taels, c'est-à-dire 12000 fr. — Celle des généraux en chef n'était portée qu'à 1000 taels, 8000 fr.
« J'ordonne, disait l'empereur de la Chine, à tous mes sujets, miliciens et cultivateurs, habitants des
villes et des campagnes , Chinois ou Tartares , de les détruire comme des animaux malfaisants. »
XCII. — Le général de Montaubaiï, préoccupé d'établir sans retard un point de communication avec la rive droite, envoya le colonel du génie Livet, avec ordre de déblayer le terrain et d'assurer" la position des travailleurs qu'il voulait jeter de ce côté. Le colonel poussera en avant une vigoureuse reconnaissance pour explorer les pays environnants.— Des jonques et des barques prises aux Chinois servent à effectuer le passage des troupes qui se composent du 1*" bataillon du 101* de ligne. L'ennemi avait l'avantîige d'un terrain très-favorable ; car les terres coupées par de petits coteaux sont en outre semées de vignes et d'arbres de toute espèce et de lumuli nombreux, abris naturels, derrière lesquels les Chinois se cachent et entretiennent une vive fusillade, fort heureusement très-mal dirigée ; ils ont même mis en ligne plusieurs pièces de canon. Au milieu dé tous ces jardins et de ces plantations, l'attaque est difficile ; il faut déloger successivement l'ennemi de chaque massif.
Le général en chef, instruit du caractère sérieux que prenait cet engagement, fit passer le fleuve au 2« bataillon de chasseurs commandé par M. de la Poterie. Ce renfort permit au colonel Livet de prendre une vigoureuse offensive. — Les chasseurs, lancés à la poursuite des Tartares qui se dispersent par groupes dans les halliers, les poursuivent la baïonnette dans les reins et les