LIVRE I, CHAPITRE IV
les de toute nature qui se succèdent avec une rapidité toujours croissante n'arrêtent pas leur élan. — Les coolies ont essayé de placer des échelles en travers du fossé, plusieurs sont mortellement frappés, les autres hésitent, et quelques échelles sont abandonnées; une nouvelle section du génie accourt sur le terrain et se met à Tœuvre; car tout autour de la chaussée étroite sur laquelle se pressent nos soldats et leurs chefs impatients d'atteindre les remparts, s'étendent des terrains inabordables, couverts d'eau et de fange.
Enfin le fossé est franchi; le terre-plein est hérissé de pieux de bambous durcis au feu qui forment une épaisse palissade ; — c'est à grand peine que ces pieux brisés, pour ainsi dire, un à un, nous livrent un passage, mais cette lutte contre les obstacles accumulés devant les remparts, a lieu toujours sous le feu de l'ennemi. Et les officiers qui ont donné les premiers l'exemple du courage et de l'énergie, sont presque tous hors de combat, le lieutenant Grandperrier est tombé à la tête des hommes qu'il commande.
C. — Le lieutenant- colonel Dupin et le capitaine d'état-major Foerster qui ont été niis sous le commandement du général Collineau, reçoivent Tordre d'aile;* s'assurer de la position réelle des troupes engagées. Le capitaine Foerster revient; il rend compte de la résistance qu'éprouvent les colonnes d'attaque, et des pertes qu'elles ont subies sous le feu ennemi.
Le moment est décisif; le général tenait sous sa main
trois compagnies d'infanterie de marine , il se met à leur tête et les lance au pas de course.
Plusieurs échelles ont été dressées le long des remparts; mais les Tartares et les troupes chinoises qui ayaient Tannée précédente si facilement abandonné les murs de Canton, luttent cette fois en désespérés; il semble que leurs chefs comprennent qu'ils défendent leurs derniers remparts sur le Peï ho. — Dans ce moment de suprême défense ^ sentant, pour ainsi dire, monter jusqu'à eux le souffle haletant de leurs ennemis, ils appellent à leur aide tout ce qu'ils trouvent sous leurs mains; ils accablent les assaillants d'une nuée de flèches, et cherchent à percer avec de longues piques ceux qui apparaissent au sommet des échelles, ou à les écraser en faisant rouler sur eux des boulets jetés à la main. Le commandant Testard et le lieutenant de vaisseau Rouvière se sont élancés les premiers, l'ennemi tente de renverser les échelles; il parvient même à en tirer une à lui par les créneaux. — C'est une lutte corps à corps. Le lieutenant Rouvière est culbuté par un boulet, jeté du haut de la muraille, mais bientôt il reprend connaissance, et gravit de nouveau le rempart.
Le drapeau de la France flotte enfin au sommet des murailles. Le lieutenant-colonel Dupin a pénétré dans l'intérieur du fort, à la tète de quelques hommes, dont le nombre se grossit bientôt. Parmi eux, est le jeune maréchal des logis Blanquet Duchayla, qui tombe traversé par plusieurs balles à la fois. — Le combat n'est par terminé; les Tartares, les meilleures troupes de