‹ Les expéditions de Chine et de Cochinchine d'après les documents officielsChapitre 8 sur 170 · LIVRE I, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE I

« Un courant atteignant jusqu'à quatre nœuds dans un chenal étroit, compliquait la manœuvre des navires, et le passage était obstrué par trois estacades établies à distance Tune de l'autre et toutes trois d'une force considérable » (1).

Cet accroissement de défenses à l'entrée du Peïlio montrait évidemment que le gouvernement chinois n'avait pas au fond de sa pensée les sentiments pacifiques et conciliateurs que lui prêtaient les envoyés négociateurs du Pe-tchi-li.

Vis-à-vis toute autre nation que la nation chinoise, ces ouvrages de défense eussent donné à réfléchir à l'amiral Hope et l'eussent fait hésiter à se lancer dans une semblable entreprise. Mais l'amiral était tellement convaincu de l'inefficacité des feux de ces forts, que son plan était de travailler sous les canons ennemis à briser les barrages, et de se frayer ainsi Un passage à travers les estacades.

(1) Rapport du commandant TricauU.

c Là première estacade en venant du large, se composait de chevaux de frise en fer de la grosseur du bras, espacés de 6 à 7 mètres, solidement établis, et présentait à l'assaillant une série de pointes acérées.

« La deuxième était formée d'une succession d'énormes blocs de bois reliés entre eux par des chaînes.

a La troisième préserstait un massif de pilotis réunis par des traverses, occupant, dans le sens du courant, une largeur de 40 mètres.

c Un passage large de 8 mètres environ, avait été ménagé dans cette dernière estacade , mais il formait un coude, était garni de chevaux de frise en fer vis-à-vis du tournant, et paraissait impraticable autrement que par de légers bateaux manœuvres à la main. »

18 CAMPAGNE DE GBINE.

Tous les bâtiments auxquels leur tirant d'eau permettait d'approcher se préparèrent donc à combattre; ils étaient au nombre de onze, sans compter l'aviso à vapeur le Norzagaray, le seul bâtiment français qui fût là pour prendre part à la lutte et porter sous le feu des batteries ennemies le pavillon de la France. L'armement propre de ce bâtiment, aviso du plus léger échantillon, et placé sous le commandement du lieutenant de vaisseau Lespès, consistait en deux canons, l'un de 12 à pivot, placé sur le gaillard d'avant, l'autre d'un plus petit calibre placé sur le pont. — Le commandant Tricault fit ajouter à cet armement trois obusiers de montagne installés sur affûts d'embarcation.

XL — Le 23 juin, les deux grandes canonnières anglaises Nemrod et Cormorant^ profitant d'une grande marée, franchirent la barre, le Norzagaray la franchit en même temps.

La journée du 24 devait être consacrée à prendre les dernières dispositions de détail.

Six cents soldats de marine anglais, et un nombre égal de matelots sont embarqués sur les petites canonnières, ou dans des canots qu'elles remorquent. — Ces canonnières, au nombre de neuf, font route de grand matin vers la rivière ; elles seules peuvent passer la barre à toutes marées. — Des jonques mouillées à distance convenable des forts, ont été préparées pour recevoir le corps de débarquement, afin de laisser les canonnières entièrement dégagées et prêtes pour le combat.

UVRB I, CHAPITRE 1. 19

L'amiral anglais a mis à la disposition du comman* dant Tricault le Plover pour amener la compagnie de débarquement et les canots du Duchayla^ car cet officier énergique qui s'était déjà si brillamment distingué pendant la campagne de Grimée voulait, quelque restreint que fût le nombre des hommes qu'il pouvait présenter au combat, tenir sa place au feu et prendre part à la lutta qui allait s'engager (1). Le Plover le transporta avec ses; hommes à bord du Norzagaray, mouillé depuis la veilleen dedans de la barre.

Pendant la nuit, des embarcations profitant de l'obscurité qui les enveloppe, nagent en silence vers les estacades, pour tenter de frayer le passage aux bâtiments qui doivent, le lendemain, entrer en action. Elles reconnaissent qu'il suffira d'enlever un des chevaux de frise dans un seul endroit de la première estacade pour la traverser. — Peut-être quelques barils explosifs pourront-ils faire sauter la seconde ? Et cette opération est tentée. Quelques bouts de chaîne sont en effet brisés, mais l'estacade reste fermée. La lune, en se levant, vint dévoiler à l'ennemi la présence de ces embarcations, un des forts lança quelques boulets, et elles durent s'é-

(1) Ce faible corps de débarquement comportait un personnel de 86 hommes, saToir :

64 hommes marchant sous les ordres du lieutenant de vaisseau Cla- Terie et sous ceux des aspirants Bary et Viguier';

6 hommes consacrés au service des blessés, dirigés par M. Léon, chirurgien de 2* classe ;

16 hommes dans les canots commandés par les aspirants Brindejonc et Pariait.

âO CAMPAGNE DE CHINE.

loigner, ne pouvant continuer leurs tentatives, que ne protégeaient plus les ombres de la nuit.

XII. — Le 25, à quatre heures du matin, les canonnières se mettent en mouvement pour prendre devant les forts les positions qui leur ont été désignées. Elles doivent former une ligne d'embossage, dont la tête sera très-voisine de la priemière estacade.

Le Plover et VOpossum ne participent pas à ce mouvement. — Ces deux bâtiments resteront libres pour se porter où le besoin les appellera. •

Les canonnières durent déployer de grands efforts pour exécuter leur mouvement, car dans cette passe étroite, quelque habileté que déployassent leurs commandants, ils ne purent éviter des échouages et des abordages qui retardèrent leur marche. — A une heure après-midi seulement, elles ont pris position, sans avoir été un seul instant inquiétées par le feu des forts, qui sont restés spectateurs inoffensifs et silencieux.

L'amiral a mis son pavillon sur le Plover. — Le capitaine de frégate français, M. Tricault, a réclamé Thonneur de rester auprès de l'amiral Hope pendant le combat, afin d'être i portée de connaître ses ordres et d'apprécier par lui-même le moment où il devra jeter à icrre son petit corps de débarquement, dont il prendra fie commandement direct.

La ligne d'embossage est formée. — L'amiral veut frayer, lui-même, le passage, et avoir, comme chef, l'honneur des premiers coups. Le silence complet que

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