LITRE I, CHAPITRE IV
forts; puis un double barrage de piquets en fer, dont chaque pièce, d'un poids énorme, profondément enfoncée dans le sol, ne laissait paraître que sa pointe aiguë au moment de la basse mer. Quelques-unes de ces pièces, de la grosseur d'une forte tige d'ancre, sont estimées d'un poids de quinze à vingt tonneaux. — Une troisième estacade était formée de cylindres flottants reliés entre, eux et fixés aux rives par de fortes chaînes ; — la quatrième était en tous points semblable, pour la forme , à la seconde, mais composée de pièces moins fortes ; enfin les deux dernières étaient composées d'un assemblage de bateaux ou de madriers rattachés par des chaînes et des câbles aboutissant aux deux bords du fleuve, où les extrémités étaient solidement établies (1). »
CXIV. — L'amiral Hope, mécontent sans doute du rôle secondaire qu'avait joué la marine dans les opérations du 21 août, et dans la reddition des forts, profita de l'ouverture du Péi ho pour remonter cette rivière avec trois canonnières, sans s'être entendu préalablement avec aucun des commandants en chef alliés, ni même avec son collègue de la marine, sur l'entreprise qu'il voulait tenter. — Cette détermination, entièrement contraire aux instructions données à l'amiral anglais par son gouvernement, pouvait, en outre, en engageant ainsi le pavillon allié sans forces suffisantes, avoir un ré-
(1) Dépèche au ministre de la marine , le 23 août 1860.
sullat fatal et amener un événement désastreux, comme celui du Peï-ho, l'année précédente. Si les Chinois eussent projeté de défendre l'entrée de Tien-tsin, Tamiral Hope eût trouvé devant cette ville deux forts considérables armés de canons de gros calibre, et croisant leurs feux sur le fleuve. Port heureusement, l'armée tartare, frappée de terreur, s'était retirée entre Tien-tsin et Pé-king. La ville était ouverte et n'était nullement préparée à une action de guerre. Le général Grant et lord Ëlgin, en apprenant le départ subit de l'amiral, parurent fort surpris. — Sans nul doute, cet étonnement était sincère.
L'amiral Gharner, aussitôt qu'il eut connaissance du départ de son collègue, remonta rapidement le Peï ho pour montrer à Tien-tsin le pavillon français en même temps que le pavillon de l'Angleterre.
Ce petit incident n'eut heureusement pas d'autre suite ; il était insignifiant par ses résultats, mais il aurait pu compromettre une position excellente et nous enlever subitement tous les avantages des faits si heureusement accomplis.
CXV. — Le 25 août, deux mille hommes, dont mille de chacune des armées alliées, s'embarqua sur le Peï ho pour gagner la ville de Tien-tsin; les deux généraux en chef les accompagnaient. — Ils arrivèrent à Tientsin le 26.
En apprenant que cette ville n'avait opposé aucune résistance, ils décidèrent d'un commun accord que, pour
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donner entière sécurité aux habitants inoffensifs, et éviter les désordres toujours inévitables d'une occupation intérieure, ils feraient camper leurs troupes extérieurement.
« Nous avons choisi chacun (écrit le général de Montauban) Tun des grands forts de la rive droite et de la rive gauche, et nous y avons installé nos troupes ; les miennes sont dans une excellente position sur la rive gauche du fleuve, et elles sont abondamment pourvues de tout ce qui leur est nécessaire (1). »
Ici se termine, pour quelques jours du moins, la première période des opérations militaires des armées alliées en Chine.
Les ambassadeurs de France et d'Angleterre avaient déclaré qu'ils ne consentiraient à entamer de négociations pacifiques que dans la ville de Tien-tsin même où, l'année précédente, avaient été arrêtées et consenties les conditions du traité. — Nous avons franchi le Peï ho, nous occupons Tien-tsin, la diplomatie va donc reprendre son rôle , et tout doit faire présager que les Chinois, instruits enfin de leur impuissance par leur rapide défaite, se décideront à sortir des dédales astucieux de leur politique habituelle. Nosbâliments et nos armées sont au cœur du Céleste-Empire, et nos troupes déjà victorieuses peuvent se porter rapidement sur la capitale même, si la cour de Pékin persistait dans ses attermoiements interminables.
(1) Correspondance du 2 septembre. Quartier général de Tien-tsin.
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Uavenir deyait malheureusement prouver que la trahison et la mauvaise foi n'avaient pas encore dit leur dernier mot, armes tout aussi stériles dans les mains du gouvernement chinois que l'avaient été les tentatives de résistance de ses troupes impuissantes*
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