LIVRE II, CHAPITRE I
IV. — En effet, deux hauts commissaires impériaux, Kwei-liangetHang-fou, firent savoir aux ambassadeurs qu'ils étaient prêts à arrêter les conventions définitives du traité de paix et à terminer enfin les différends regrettables qui maintenaient en état de guerre contre le Céleste-Empire la France et l'Angleterre.
Cette communication était en tous points d'accord, dans la forme et dans le fond, avec la lettre adressée par le gouverneur delà province aux ambassadeurs alliés, aussitôt après la prise des forts de Ta-kou.
Ceux-ci agirent donc sans défiance et crurent, cette fois encore, à la bonne foi des hauts mandataires du gouvernement chinois. — Cette lettre, en effet, point de départ important des négociations qui devaient de nouveau s'entamer, était très-précise et ne donnait aucune place à l'équivoque; elle disait :
« Comme, le 4 de ce mois, les forces de terre et de mer de votre noble Empire se sont emparées de nos ports de défense intérieure ; vous avez prouvé par là votre grande habileté dans Tart de la guerre, et nos troupes ont dû s'avouer vaincues. Aussi cette dépêche est-elle écrite pour faire savoir à Votre Excellence qu'il est inutile de continuer la guerre, et que, relativement au traité conclu il y a deux ans et aux clauses de Tultimalum de cette année, de hauts commissaires munis de pleins pouvoirs pour résmdre les questions , sont déjà partis $1 arriveront cer* tainement aujourd'hui (1). »
(1) Le gouverneur général du Pe-tchi-li au baron Gros,
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V. — Kivei-Hang et son collègue s'anironeèrent comme étant ces hauts commissaires. Mais cette démarche n'était qu'un stratagème, pour arrêter pendant quelques jours la marche des alliés et permettre à l'armée tartare de se réunir sous le commandement du fameux chef mogol Sang-ko-lin-sin , afin de couvrir puissamment les approches de la capitale. — Sang-kolin-sin voulait établir devant Pé-king deux grandes étapes militaires, et l'une ou l'autre devait nous servir de tombeau. Ce chef, très-renommé parmi les Chinois, est revêtu, comme les chefs circassiens, d'un caractère moitié guerrier, moitié religieux. C'est le même qui , l'année précédente , pendant les conférences de Tientsin, gardait la capitale avec un corps considérable de troupes choisies. — Oncle de l'Empereur régnant, il est le seul général qui ait réellement hattu les rebelles, lorsque, maîtres de Nan-king, ceux-ci tentèrent d'envahir les provinces du Nord.
La nouvelle convention fut donc (comme l'écrît le baron Gros) négociée à l'amiable et confidentiellement, afin de tout fixer rapidement. — Les pourparlers préalables eurent lieu selon l'usage entre les secrétaires, les hauts commissaires chinois ayant l'habitude de n'intervenir personnellement qu'après tous les débats terminés, et lorsque la rédaction des diflérentes clauses est arrêtée et consentie de part et d'autre (1).
Tout fut donc discuté et convenu, ainsi que le nombre
(1) Voy. la premfèrt partie.
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d'hommes qui devaient former une escorte d'honneur et accompagner les ambassadeurs à Pé-*king.
YI. — Les Anglais, pour éblouir les Chinois, voulaient que cette escorte fût considérable. — Cette exigence, si elle créait certains embarras, avait sa valeur dans un pays où le prestige de la force peut seul conserver quelque empire sur l'esprit d'un peuple et d'un gouvernement orgueilleux.
Les généraux en chef étaient déjà prévenus de l'heureuse issue des négociations, lorsque Ton découvrit que les commissaires chinois n'avaient aucun droit pour traiter, et qu'il leur fallait en référer à la cour de Pé^king, avant de rien conclure définitivement. Cette nouvelk preuve de fourberie était trop ^patente, pour qu'on ne devinât pas le but caché d'un semblable stratagème.
« Lorsque nous avons demandé aux secrétaires chinois (écrit le baron Gros au ministre des affaires étrangères) que la veille, et pendant les visites d'étiquette , les plénipotentiaires se communiquassent respectivement leurs pleins pouvoirs, un embarras visible s'est manifesté parmi eux, et, pressés de questions^ ils ont déclaré que Kwei-liang, le premier dignitaire de l'Empire, nous avait trompés lorsqu'il nous avait dit qu'il avait des pleins pouvoirs, qu'il allait faire parvenir notre convention à Pé-king, et demander que les pouvoirs îiécessah-es lui fussent envoyés (1).
.(1) D^^hieuia « mptembre 1860.
Le baron Gros voulut constater ce fait en présence de Kwei-liang lui-même, et, par son ordre, le lendemain 7 septembre, à huit heures du matin , le comte de Bastard, premier secrétaire d'ambassade, se rendait auprès du vice-commissaire impérial Heng-ki, qui avait accompagné à Tien-tsin les deux hauts commissaires Kweiliang et Hang-fou; il lui demanda nettement s'il était vrai, ainsi que les secrétaires chinois l'avaient dit la veille, que Kwei-liang ne fût pas muni de pleins pouvoirs. Car après les assurances données par Kwei-liang lui-même, dans sa dépêche du 3 septembre, un semblable fait devenait inqualifiable. — Poussé dans ses derniers retranchements, Heng-ki avoua que c'était la vérité, enveloppant toujours de phrases mielleuses et de protestations sans nombre cet aveu tardif.
VII. — Le comte de Bastard ne voulut pas que la position pût donner lieu plus tard à la moindre équivoque, et se rendit avec Heng-ki au yamoun habité par Kweiliang; il eut de grandes difficultés à parvenir jusqu'à ce personnage, qui cherchait évidemment à se dérober à cette entrevue: c'est un vieillard dont les forces semblent brisées. L'excessif abattement qu'il montra devant renvoyé français était peut-être encore une comédie jouée en cette circonstance, pour empêcher de vives et sévères explications. « Le mot de mise en scène est le seul que je sache (écrit M. de Bastard) pour rendre la manière dont il s'est présenté à moi. »
Kwei-liang, pressé aussi par les interpellations très-