LIVRE II, CHAPITRE
darde ses rayons brûlants. — L'air est embrasé, la chaleur accablante. — De temp^ autre des groupes de maisons que leurs habitants effrayés ont abandonnées, avoîsinent la route que suit la colonne.— Tantôt cette route longe le Peï-ho, dont le cours sinueux se dérobe tout-à-coup, tantôt elle est tracée au milieu des sorghos aux tiges élevées. — Pas un souffle d'air ne pénètre dans ces taillis épais.
Pou-kao, où doivent s'établir les premiers bîvacs, compte de 12 à 15,000 habitants environ. — Prise sans doute à rimpro>1ste, la population n'a pu déserter entièrement le village. — Les troupes sont campées au delà; l'état-major du général en chef et l'ambassade française sont seuls logés dans l'intérieur.
A la tombée du jour, un violent orage s'abattit tout à coup sur le camp; au milieu du désordre qu'il occasionna, les conducteurs des chariots chargés des vivres de l'administration et des munitions de guerre purent, à la faveur de la nuit, s'échapper avec leurs attelages , nous laissant ainsi dans le plus grand embarras. Les vastes champs de sorghos qui entouraient les campements protégèrent la désertion de ces hommes et empêchèrent de découvrir leurs traces. L'état des routes devenues impraticables, joint à cet événement inattendu, empêchèrent de songer à continuer la route le lendemain.
Xn. — Dès que le général de Montauban fut instruit de la fuite des conducteurs chinois, il donna ordre de chercher à se procurer, par tous les moyens possibles, de
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nouveaux mulets d'attelage^ et très-inquiet de la position dans laquelle il se trouvait paAuite de cette désertion, il parcourait lui-même à cheval les environs du camp avec le colonel d*artillerie de Bentzmann.
Tous deux se trouvèrent bientôt devant un large cours d*eau. — Des jonques de grande dimension étaient amarrées au rivage. Ce devait être évidemment le Peï-ho ou un de ses affluents. — Le général interroge les patrons de ces jonques.
« — Nous arrivons de Tung-chao, disent-ils, grande ville à 4 lieues de Pé-king, où nous sommes allés porter les approvisionnements de riz destinés à la capitale. 200 jonques environ de la plus grande dimension ont fait le même trajet et vont descendre successivement la Pd-ho juîBqu'à Tienrtsiii. »
Le général passe aussitôt un marché pour le compte de Tadministration , à raison de 2 piastres par jour, et fait charger sur ces barques les approvisionnements que contenaient les chariots abandonnés. Dans la même journée, un convoi de cent jonques environ fut organisé, nombre suffisant pour nos munitions et nos vivres, qui allaient ainsi arriver à destination dans les conditions les plus fevorables. — Ce tonvoi fut placé sous le commandement du capitaine Gaillai^ de Biairville, des pontonniers, qui rendirent en cette occasion des services signalés.
Cette importante découverte faisait cesser les embarras toujours inhérents à un transport par terre à travers un pays inconnu, et assurait pour l'avenir à nos troupes un
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facile ravitaillement , ainsi que des moyens sûrs et ra* pides pour le renvoi de nos malades et de nos blessés à Tien-tain.
XIII . — Le i 2, l'armée alliée se remit en marche pour gagner Yang-tsun, où Tavant-garde arriva vers dixheures du matin.
Des lambeauiSto de muraille éparses çà et là , et deux portes monumentales élevées aux deux extrémités de ce grand village « indiquent que c'était autrefois une ville fortifiée. — Une longue rue traverse Yang-tsun dans sa plus grande étendue. — Les camps furent établis dans une vaste plaine.
Le matin du même jour, au moment du départ de Poukao, le baron Gros avait reçu une nouvelle conmiuni-^ cation du gouvernement chinois, qui cherchait à renouer le fil des négociations rompues à Tien-tsin.
Cette fois, ce n'est plus Kwei-lîang; il a joué son rôle et est sacrifié à la marche forcée des événements. — Cette communicatioa est siguée du Tsai, prince de la famille impériale, adjudant de l'Empereur et de Muh, président du bureau de la guerre»
« Nous avons, mon collègue et. moi (écrit le prince Tsai) reçu respectueusmant les ordres de l'Empereur qui daigne nous nommer ses plénipotentiaires. Nous apprenons que Votre Excellence s'avance de Tien*tsin avec des forces militaires. Puisque votre gouvernement et celui de la Chine veulent conclure une paix éternelle et s'entendre sur les clauses d'un tiraité^ à quoi bon cette
marche militaire? Si vous faites avancer des troupes, ce n'est plus la paix. Nous vous prions de faire rentrer vos troupes à Tien-tsin, afin de constater qu'il n'y a aucune inimilié entre nous, et pour que nous puissions nous rendre aussi à Tien-tsin, dans le but de négocier à Tamiable et de conclure avec vous une paix durable, si vous voulez traiter encore sur les bases déjà convenues, nous qui différons de Kwei-liangj nous ne manquerons pas à notre parole (i), »
Dans cetle lettre , que nous trouvons inutile de reproduire en son entier, le prince appuyait en terminant sur la crainte que cette marche des troupes n'amenât quelque nouveau conflit qui deviendrait un obstacle aux arrangements si près de se conclure, et sur l'espérance qu'il conservait de recevoir une réponse favorable. — lU'attendait à Ma-toua où il était arrivé avec son collègue.
XIV. — Le même jour, en arrivant à Yang-tsun, le ba- Ton Gros lui répondait dans des termes fermes et précis.
i Le gouvernement chinois, écrivait-il, semble vouloir encore ne pas comprendre la position dans laquelle son manque de loyauté l'a placé.
« Les hostilités commencées dans le golfe de Pe-tchi-li n'ont point été suspendues, parce que la Chine n'a pas encore donné à la France tes satisfactions qu'elle demande ; mais ces hostilités ont été un moment ralenties
(1) Dépêche du prince Tsai, de la famille impériale au titre de Y- Tsin, au baron Gros, 11 septembre 1860.