LIVRE II, CHAPITRE I. 1S
peu nombreuse et sans armes^ il est bien difficile de croire que ces envoyés de l'Empereur soient restés complètement étrangers aux événements qui devaient stigmatiser à jamais la nation chinoise.
Sàng-ko-lin-sin, on le savait, par les différents rapports des espions, avait promis à son souverain d'exterminer jusqu'au dernier homme l'armée des barbares, si elle osait jamais s'aventurer jusqu'au sein du Céleste Empire, et s'occupait activement à réunir devant la capitale des forces imposantes, surtout en cavalerie, la cavalerie tartare jouissant d'une très-grande renommée! — Il avait espéré que les forts de Ta-kou, si formidablement armés de longue main, arrèteniient l'ennemi assez longtemps pour lui permettre d'appeler à lui les éléments considérables de résistance qu'il voulait concentrer sous sa main.
La reddition subite des forts avait trompé son attente, et il est évident que les hauts commissaires Kwei-liang et ses collègues, désavoués et accusés plus tard par leurs successeurs le prince Tsai et Muh, n'avaient agi ainsi qu'ils l'avaient fait, que pour gagner du temps et retenir le plus longtemps possible àTien-tsin l'armée alliée, prête à s'avancer à marche forcée sur la capitale de l'Empire.
XVIII. — La volonté persistante des ambassadeurs d'en finir sans délai et la découverte de l'insuffisance des pouvoirs de Kwei-liang avaient déjoué ces nouveaux plans, en suspendant le cours des négociations entamées.
Cependant il fallait à tout prix arrêter notre marche en avant; aussi nous voyons de nouveaux mandarins
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appartenant à Tordre le plus élevé, dont l'un est issu de la famille impériale, tenter de nouvelles démarches qui ne réussissent pas. — C'est alors que la trahison devient une dernière ressource à laquelle le gouvernement chinois n'a pas honte de faire appel. La tête des ambassadeurs et des commandants en chef alliés n'est-elle pas mise à prix ; tous les moyens, ainsi que le disaient les rescrits impériaux, ne sont-ils pas justes et sacrés pour exterminer les barbares Occidentaux qui osent pénétrer au sein du grand empire de la Chine?
Pour se convaincre de cette vérité, il suffit de lire le manifeste adressé par l'Empereur à ses populations, après la prise des forts de Ta-kou, sur le Peï-ho. On n'y trouvera aucune trace des sentiments de conciliation qu'affichaient en termes si pompeux les commissaires impériaux dans leurs communications officielles aux ambassadeurs alliés.
XIX. — Ce manifeste, appréciant d'abord à son point de vue la journée du 25 juin 1859, s'exprime ainsi :
« A peine les Barbares eurent-ils essayé de forcer le passage de Ta-kou, qu'en un clin d'œil tous les bâtiments furent coulés bas, et des milliers de cadavres flottèrent sur les eaux pendant plus d'une lieue. Quelquesuns étaient parvenus à s'échapper, et allèrent porter chez eux la nouvelle de cette terrible punition. »
Puis il continue ainsi :
« Je croyais bien que cette leçon suffirait pour tes rendre ïrius circonspects. Mais qui l'aurait cru! un an