‹ Les expéditions de Chine et de Cochinchine d'après les documents officielsChapitre 89 sur 170 · LIVRE II, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE II

prêt à tout signer. Il promit de faire prendre toutes les dispositions nécessaires pour le voyage de l'ambassadeur à Pé-king, comme pour rétablissement des marchés qui devaient servir à l'approvisionnement de l'armée alliée ; cette armée devait camper en avant de Tchang-kia-ouang, sur des points qui furent indiqués.

M. de Bastard, que le prince Tsai avait reçu avec la plus grande courtoisie, se retira en demandant aux plénipotentiaires chinois de vouloir bien lui faire transmettre sans retard leur réponse officielle.

Cette réponse fut en effet apportée dans la nuit, et M. de Bastard, ayant dès lors rempli sa mission, se prépara à quitter Tung-chao , le lendemain matin à la pointe du jour.

Les officiers français délégués par le général en chef avaient aussi obtenu du mandarin gouverneur de la ville la promesse formelle de l'établissement des marchés destinés à fournir des vivres à l'armée.

Le 18, à la pointe du jour, M. de Bastard, accompagné de M. de Méritens, quitta la ville. Un officier d'ordonnance du général de Montauban, le caïd Osman, qui la veille avait fait route avec M. de Bastard et le capitaine d'état-major Chanoine, suivi de son ordonnance, partirent en même temps. — Leur escorte se composait de deux spahis.

Il ne restait plus dans la ville, du côté des Français, que l'intendant Dubut, le colonel de Grandchamps, l'abbé Duluc, les deux comptables Ader et Gagey et M. d'Escayrac de Lauture.

XXVI. — Le môine jour, dans la matinée, les deux armées devaient quitter leurs campements respectifs près de Matao pour se rendre au bivac définitif arrêté parles conventions, en avant de Tchang-kia-ouang. Aussi une partie des officiers envoyés la veille avait mission de quitter cette ville, dès les premières lueurs du jour, pour indiquer aux troupes en marche la limite où elles devaient s'arrêter. -^ Le capitaine d'état-major Chanoine prit donc les devants à la sortie de la ville, afin de rejoindre au plus vite le général en chef de Montauban et lui donner à ce sujet les indications nécessaires.

Une heure auparavant, M. Parkes était aussi parti de Tung-chao pour porter au général Grant les mêmes renseignements (cinq heures et demi environ). Il avait avec lui M. Loch, le colonel Walker et une escorte de dragons de sicks. M. Parkes devait ensuite revenir à Tung-chao, où l'attendaient M. de Normann, M. Bowlby et le Ueutenant Andersen.

L'aspect de ce pays, que le capitaine Chanoine avait traversé la veille avec ses compagnons, était bien changé. Ce n'était plus de petits groupes détachés soit d'infante*rie, soit de cavalerie se dirigeant vers des points différents : c'était une armée tout entière qui occupait la campagne et se présentait enti*e Tchang-kîa-ouang et Matao en forces imposantes. — L'infanterie bordait la route, et la cavalerie manœuvrait pour s'établir en bataille sur une chaussée, formant ainsi un arc de cercle dont la convexité regardait Tchang-kia-ouang.

Ce mouvement considérable de troupes qui jetait des

LiVftE !I, CHAPITRE il. i^i

masses compactes sur le terrain même dèsthié au câiupèmfent du corps expéditionnaire anglo-^fratiçaîs, avait évidemment un but hostile et inexplicable. Le capitaine Chanoine hâta le pas, pour prévenir ail plus vite le général en chef français de cet incident si peu en harmonie avec les assurances donnée^, la veille encore, par les plénipotentiaires chinois.

XXVÏÎ. — Dé leur côté, M.Parkes et ses compàgtions, étonnés de se trouver ainsi tout à coup au milieu de l'armée tartare, établie sur lé terrain même que les troupes alliées devaient occuper, s'étaient arrêtés pour se consulter sur ce qu'il convenait de faire devant cette apparence menaçante. — M. Parkes était trop habitué dé longue date aux allures des Chinois et à leur duplicité, pour ne pas y voir l'indice certain d'une trahison; songeant à ses compatriotes restés à Tung-chao, il prit aussitôt la décision de retourner vers cette ville pour les protéger par sa présence et demander énergiquement au prince , Tsai des explications sur ce qui se passait. La seule chance qui restât était évidemment d'inspirer aU prince des craintes sérieuses sur lès résultats d'une semblable action et d'en assumer sur lui seul toute la responsabilité. -^ Il fut décidé que M. Loch cotitinuerait au plus vite sa route vers le camp pour avertir le général Grant, et que le colonel Walker, avec six hommes d'escorte, attendrait là où il était, le retour de M. Parkes, ou les ordres du général en chef. — Telles furent les résolutions rapidemerit arrêtées et mises aussitôt â exécution.

M. Parkes reprit donc au galop le plus rapide de son cheval le chemin de Tung-chao, pendant que M. Loch courait en toute hâte ve;^ le camp anglais.

Sur la route, M, Parkes rencontre M. de Bastard; il s'arrête un instant.

« — Les Tartares, lui dit-il, occupent en grand nombre le terrain destiné à nos campements. Je les connais trop pour ne pas redouter une trahison. J'ai fait prévenir le général Grant et je cours à Tung-chao déclarer aux plénipotentiaires chinois qu'ils sont responsables des événements qui peuvent survenir (1). •

Puis il continue sa course aventureuse au milieu d'ennemis dont le cercle formidable devait se refermer sur lui.

XXVIIL — Voici maintenant ce qui se passait pendant ce temps au camp des alliés.

L'armée anglaise, tenait ce jour là la tête de la colonne.

Les troupes parties de Malao le matin, avaient fait deux heures de marche environ, lorsque le général Grant (it prévenir le commandant en chef français qu'il apercevait devant lui un certain nombre de vedettes de cavalerie ennemie, et que les positions vers lesquelles ils se dirigeaient n'étaient pas encore évacuées par l'armée tartare.

Le général de Montauban se rendit aussitôt auprès de son collègue, et les deux généraux, constatant la pré- •

(1) Dépèche de M. de Bastard au baron Gros. 18 septembre 1860.

LIYRB II, GHAPITBE II. 201

sence d'une troupe, dont ils ne pouvaient pour le moment apprécier le nombre, décidèrent qu'il fallait s'arrêter là ou se trouvait la tête de colonne anglaise.

Presque au même moment ils voient venir vers eux un mandarin porté en palanquin et suivi d'une nombreuse escorte* — Ce mandarin d'un rang Ir^s-élevé c'est Hang- Ri ; il demande à parler aux ambassadeurs. On lui répond qu'ils ne sont pas au canip : « Il venait, dit-il, pour s'entendre avec Leurs Excellences sur quelques dispositions de détail relatives à leur réception à Pé-king. » Vivement interpellé sur la présence des troupes tarlares, Hang-Ki paraît fort étonné et déclare que c'est sans aucun doute le résultat d'un malentendu sur les positions réciproques à occuper. « — Du reste, ajoute-t-il, je vais immédiatement faire savoir aux chefs de l'armée qu'ils aient à se retirer sans retard. »

XXIX. — Les généraux acceptèrent cette explication. Quelques doutes qu'ils pussent conserver sur la bonne foi de ce mandarin, ils ne voulaient pas commencer eux-mêmes une attaque qui pourrait donner au gouvernement chinois le droit de se plaindre; mais, tout en attendant le résultat des promesses qui venaient de leur être faites et le départ des troupes tartares, ils prirent sans plus tarder des dispositions militaires pour parer à tout événement, et se garder contre une surprise que pouvaient peut-être préméditer les chefs de l'armée ennemie.

En efifel, les Tartares continuaient leur mouvement.

30t CAMPAGNE DE CHINE.

et de tous côtés on apercevait la poussière soulevée par les cavaliers; cependant un etigagement ne paraissait pas imminent.

Le général Grant offrit un escadron de sicks au général de Montauban, qui n'avait avec lui que cinquante cavaliers, et il fut convenu que lés Français placés à ladroite de l'armée alliée^ tourneraient les positions suf la gauche dé l'ennemi ; les Anglais devaient les attaquer de front, aussitôt que les Fançais seraient arrivés à leur hauteur.

« Port heureusement (écrit le général de Montauban), comme je n'avais qu'une foi très-médiocre dans les Chinois, au lieu de très- peu de monde qu'ils demandaient que nous prissions avec nous, j'en avais doublé le nom*» bre et amené deux batteries de 12 et de 4. » >

XXX. — Il n'est pas sans importance d'entrer dans quelques détails sur le terrain qui se développe devant les deux corps expéditionnaires et qu'occupe Tannée ennemie. — Les dispositions de ce terrain, les hautes cul* tures et les massifs d'arbres empêchaient d'apprécier exactement le nombre des troupes réunies sous les ordres de Sang-ko-lin-sin, ainsi que les défenses élevées pour protéger leurs positions et nous barrer le passage.

C'est une vaste plaine bordée par le canal qui part de Tchang-kia-ouang, pour rejoindre le Peï ho, dont les eaux coulent derrière nous. Le pays est surtout boisé aux approches du canal et aux abords des habitations. — A notre extrême droite vers le Peï ho, s'élève un petit vil-

LIYRB II) GHAPJTRË II. 303

lage (Lio^tâang), entouré de cultures abondantes et de vergers. Plus en avant vers le canal, un second village (Léost), étend parallèlement au canal ses longues lignes de maisons, dont une des extrémités s'en rapproche sensiblement. -*-* C'est dans ce village que s'est déployée la cavalerie tartare formant un large cercle, dont la gauche, soutenue par de fortes masses d'infanterie, touche au village même de Lio*tsang: tandis que la droite garnit la plaine, défendant les approches de deux autres villages Rhouat-tsun et Tchang-kia-ouang.

Tous les abords du canal sont garnis de nombreuses batteries d'artillerie tartare ; quatre-vingt-quatre pièces défendent cette ligne formidable soutenue par l'infan*terie ; une batterie de dix-huit pièces protège en arrière les approches du village Khouat-tsun.

XXXI. — La colonne anglaise placée en avant par son ordre de marche, ainsi que nous l'avons dit, occupe la plaine* Le général Grant dispose sa cavalerie en échelons sur trois rangs, les deux premiers appuyant à droite se composent des dragons de la reine, les deux derniers des sicks. — L'infanterie est massée en arrière.

Le général de Montauban met en potence , à droite des troupes anglaises^ la brigade Jamin ; une batterie de 4 est en position devant le village même de Lio-tsang occupé par l'infanterie tarlare, et couvert par une ligne ^ de tirailleurs disséminés aux alentours dans les terrains cultivés. — A la droite de l'infanterie sont les spahis et les chasseurs, ainsi que l'escadron des sicks, que le

général Grant a mis à la disposition du général en chef français.

Le général de Montauban surveille avec soin l'exécution de ses ordres. Avec le petit nombre de troupes qu'il commande, les moindres détails de position acquièrent une grande importance.

Pendant qu'il fait ainsi ses préparatifs d'attaque, le capitaine Chanoine arrive au camp, et rend compte au commandant en chef qu'il vient de traverser toute l'armée tarlare. — Fortement établie entre les alliés et Tung-chao, elle occupe en nombre considérable les positions en avant de notre tête de colonne ; son attitude est hostile. Arrêté plusieurs fois dans sa marche, le capitaine a eu grand'peine à rejoindre le camp, et n'a pu continuer sa route qu'après être entré, grâce à sa connaissance de la langue chinoise, dans de nombreuses explications avec les mandarins militaires, sur la mission toute pacifique qu'il venait de remplir.

Peu après, arrivent aussi M. de Bastard et M. de Méritens ; ils confirment de la façon la plus formelle aux deux généraux en chef le rapport du capitaine Chanoine. — Seulement, ils n'ont été l'objet d'aucune menace et ont traversé les lignes ennemies, sans que chefs ou soldats parussent faire la moindre attention à eux. Mais probablement cette particularité était due à la précaution qu'ils avaient prise d'emmener un mandarin dont ils se firent accompagner jusqu'en vue du camp.

L'officier d'administration Gagey arrive aussi bientôt après, son rapport est en tout point semblable à celui du

Page 1