LIVRE 11^ CHAPITRE IL
capitaine Chanoine sur l'attitude menaçante des troupes tarlares :
« Plus de 15 000 cavaliers, dit-il, sont déployés dans la plaine, où Ton aperçoit de grandes masses d'infanterie rangées en bataille et la mèche allumée. » Nous étions évidemment en présence d'une situation très-sérieuse avec des forces minimes. Vouloir douter plus longtemps eût été de l'aveuglement; l'ennemi comptait nous surprendre en petit nombre et nous écraser. — Si les promesses du mandarin Hang-Ki avaient été faites de bonne foi, les troupes tartares opéreraient déjà leur mouvement de retraite, pour dégager le terrain devant nous, ainsi qu'il avait été convenu.
XXXII. — Mais quel était le sort des parlementaires qui n'avaient pas encore rejoint l'armée alliée ? ils sont nombreux ; victimes sans nul doute de cette odieuse trahison, ils ne seront pas protégés par leur caractère sacré de parlementaires. — Un moyen restait peut-être encore de les sauver: c'était de fondre impétueusement sur cette armée qui tenterait en vain de nous barrer le passage, et d'arriver en toute hâte à Tung-chao , avant même que les Chinois se doutassent de leur défaite.
Le général de Montauban le proposa, mais le général Grant craignit, au contraire, qu'en agissant ainsi on ne vouât à une mort certaine les malheureux livrés à la merci des Chinois.
Le général anglais veut attendre le retour de M. Par-
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kes, car de son côté il a reçu de tristes renseignements sur les intentions évidemment hostiles des Tartarcs. — M, Loch lui a appris le plan arrêté avec M. Parkes, et la position du colonel Walker laissé en observation au milieu des rangs ennemis. Après avoir rempli sa mis* sion, M. Loch est lui-même reparti pour Tung-chao. Le général Grant connaît l'énergie et la persistance de volonté de M. Parkes, dont lord Ëlgin disait: « Il vaut à lui seul toute une armée, » et il espère tout de sa dé-* marche auprès des hauts commissaires chinois. -« Une attaque prématurée pourrait faire échouer ces dernières tentatives. — On attend donc qu'un incident nouveau vienne jeter quelque lumière sur ces sombres secrets.
XXXIII. — L'heure est solennelle: chefs et soldafe attendent avec impatience que Theure du combat vienne le^ délivrer de cette incertitude qui les tient ainsi immobiles. Ils sentent leur énergie se doubler par le danger qui les menace, et comprennent que dans la position critique où les a placés la duplicité d'un ennemi déloyal, il faut lui arracher la victoire par un élan irrésistible. Aussi chaque minute qui s'écoule est-elle pleine de fièvre et d'anxiétés
Il est dix heures du matin.
Trois coups de canoii suivis d'une décharge de mousr queterie partent des rangs ennemis, et l'on aperçoit le colonel Walker, accourant à toute bride vers Je camp «nl^is avec les quelques soldats de son escorte.
L\yw II, CBAPITM H. M7
Que s*€$t-il done passé ?
Après le départ de M. Parkes, le colonel était resté , avec six hommes, attendant» on le sait, soit le retour du consul anglais, soit desQrdres du général Grant; trèsattentif à ce qui se passait autour de lui, il obs^vait les positions et les n^outements de Tennemi, dont le but évident était de nous envelopper. De la place qu'il avait choisie, il décojivrait parfaitement leurs longues lignes de batteries et les masses d'infanterie qui s'étendaient jusqu'au canal. Dans le^ premiers moments, il ne re« marqua dans l'attitude des officiers aucun indice d'hos* tililé; ceux-ci lui offrirent Tnôme de descendre de cheval et d'entrer dans leur tente; — fort heureusement le colonel n'accepta pas cette offre qui, sans nul ^oute, cachait une arrière-pensée de trahison, — Peu à peu, en effet, cette attitude inoffensive changea et prit un caractère menaçant. -^ Des interpellations violentes lui furent adressées, des groupes se formèrent autour de lui pour lui barrer le passage. -^ L^ colonel avait ordonné à son escorte d'éviter avec soin toute collision et, se tenant snr ses gardes, il attendait impatiemment.
A quelque distance de lui, il entendit bientifttuii grand tumulte ; des soldats chinois ento%iraient un officier français, le menaçant par des gestes et des cris farieux. -*<- On sut depuis que c'était le cou^ptable Ader. *<— Le co*» ionel Walker se porta à sa rencontre, et vit que cet officier avait.è la tâte une large blessure, ses vêtements élaient déchirés el couverts de sang; il soutenait avec une rare énergie une lotte désespérée. Squ ^ràenRaneer le
soldat Auzou, du 2* bataillon de chasseurs à pied, combattait près de lui avec une bravoure sans égale, perçant de sa baïonnette tous ceux qui approchaient.
Le colonel Walker veut essayer de lui porter secours; mais, avant qu'il ait pu approcher, il est lui-même entouré, ainsi que les hommes qui l'accompagnent; des soldats se précipitent sur lui, lui arrachent son sabre et cherchent à le renverser de son cheval. Cendant qu'il se débat contre ses agresseurs, le comptable Ader, que les misérables ont désarmé et jeté à terre lui crie : «t Gourez au camp porter la nouvelle de cette trahison. » — La résistance était impossible; car d'instants en instants, le nombre des ennemis croissait et allait former un cercle infranchissable; le colonel est lui-même gravement blessé à la main droite ; mais monté sur un excellent cheval, il se lance résolument au milieu des soldats qui veulent l'arrêter, les six hommes qui l'accompagnent imitent son exemple et parviennent à se frayer un passage.
Les Chinois, furieux de voir cette proie leur échapper, font un feu de mousqueterie sur ce petit groupe de cavaliers qui s'éloigne à toute bride, ils tirent aussi contre lui trois coups de canon.
Ce sont ces trois coups de canons qui viennent de donner l'éveil dans le camp des alliés, qu'atteignait, quelques secondes après, le colonel Walker; deux de ses hommes seulement avaient été blessés. — A quelques pas des avant-gardes, un cheval tomba mort.