II. Enquête
L'expert n’est pas un témoin. Le rôle du témoin consiste à faire revivre ses souvenirs, car sa mission est de faire la narration des faits déjà passés. Ce que le tribunal lui demande est un travail de mémoire. Un individu s’est trouvé à un endroit déterminé, par le simple fait du hasard, il a pu voir une manifestation quelconque, un fait extérieur à luimême : un accident d'automobile, par exemple, ou une dispute sanglante. Le tribunal l'invite à développer devant lui les circonstances de l'accident ou de la rixe en tout état d'impartialité,
Rien que par cela, nous pouvons dire que l’expert n’est pas un témoin : l’un expose les faits tels qu’il les a vus; l’autre les explique à l’aide de sa science ou de son art : l’un est amené en justice par le fait d’une rencontre ou de sa présence à un endroit déterminé; l’autre est l’objet d’un choix. « L’un se trouve, l’autre se choisit ».
I] faut ajouter que le nombre de témoins est essentiellement aléatoire :1l peut n’y en avoir qu’un seul comme d’innombrables. D'autre part, le témoin est irremplaçable. S'il n’y en a qu’un et s’il disparaît, ou est reproché, la preuve ne peut plus être apportée. S'il n’y a qu’un seul expert sur la demande des parties, s’il disparaît ou s’il est recusé, il sera immédiatement remplacé. Le dépérissement de la preuve est presque impossible.
Le témoin est une reproduction d’un fait ; c’est une image; l’expert est, pour reprendre l’expression de Bonnier, «un verre qui grossit les objets et sert au juge ».
L'enquête demande la présence du juge. La déposition du témoin se fait sans désemparer et à un moment déterminé. Nous avons vu aussi la différence de l’un et l’autre quant à l'effet du reproche, alors que, pour les causes de récusation, un rapprochement, peut être fait.