‹ Les exploits de Capestoc [microforme]Chapitre 11 sur 22 · APPLIED IMAGE · texte numérisé non relu

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1653 East Main Street Re ”

voulait-on, Seigneur ! et quel important besoin les pousait à venir le déranger au moment où il avait tant à aire !

— Voyons, aborda carrément Capestog, quel spectacle allez-vous donner ce soir ?

Mirandor fut démonté par une yareille question. Quoi! c'était pour cela qu'on venait le distraire? Cependant, à tout hasard, il répondit:

Mon Dieu, Monseigneur, à vrai dire, je n'en sais rien encore; nous verrons tout à l'heure, cela dépendra de la composition plus où moins élégante du public.

Cette réponse n'étonna point Capestoc. De nos jours, elle ferait sauter le plus ignare des spectateurs, qui ne comprendrait point qu'une heure avant la représentation un directeur ne fût pas encore fixé sur la pièce qu'il va donner. C'est que, à cette époque bénie, le décor, quand il y en avait un, se réduisait à sa plus simple expression, et pouvait servir également pour tontes les tragédies du répertoire. Il en était de même du costume, Que la pièce fût grecque, romaine où barbare, les acteurs n'en étaient pas moins drapés de la même tunique et coiffes du même casque emplumé, et le bon publie n'y trouvait rien à dire. Ce qui fait que le décor, représentant ïmmanquablement une colonnade, étant posé, et les acteurs avañt revêtu leur défroque, on pouvait jouer ceci où cela sans risquer de choquer le spectateur.

Capestoe ni d'Artagnan n'eurent donc à être surpris ac cette réponse, et le Gascon poursuivit :

Mais, encore, quelles sont les pièces susceptibles d'étre jouées ce soir ?

Ma foi! répondit Mirandor, le choix est grand, car notre répertoire est fort varié. Nous avons les tragédies de MM. Jodelet, Garnier où Alexandre Hardy, fort belles encore, bien qu'elles ne soient plus du goût du jour. Nous avons le l’yrame et Thisbé, de Théophile de Viau, qui fait fureur partout où nous le jouons. C’est moi qui

ont

joue Pyrame et je vor lrais que vous m'ertendiez dans ces deux vers:

Re EE

ri ju se Ed

\la maîtresse m'attend, afin de me complaire L'autre soleil s'en va quand celui-ci m'éclaire!

“Vers sublimes, Messieurs, et quio qu'un en dise, je

uio q + préfère à ceux-ci, que tout le monde préfère, cependant :

Eh! voici poignard qui du sang de son maître S'est souillé lâchement, il en rougit, le traître.

Du moment qu'il parlait des rôles où il avait du succès, Mirandor oubliait qu'il était pressé. [se complaisait à rappeler ses triomphes et poursuivit:

Nous pourrons jouer également laric de M. de Seudéry, ou la Sophonisbe, de M. Mairet, qui est de FAcadémie comme vous savez. Enfin, l'Antigone, de M. Rotrou. où même WMélite, la Place Royale ou le Cid d'un jeune inconnu nommé Corneille, et qui aurait beaucoup de talent s'il suivait un peu plus les conseils que Son Eminence veut bien lui donner, Ah! continua Mirandor, inépuisable, si Son Eminence le cardinal me faisait l'honneur de venir ce soir au spectacle, je jouerais immédiatement Mirame, qui est une de ses pièces, bien qu'elle soit signée de Desmarets, ou encore les Tuileries où sont ces propres vers qui passeront à la postérité :

Ce même temps j'ai vu le bofl d’un ruisseau La cane s’hamecter de la bourbe de l'eau,

D'une voix enrouée et d’un battement d’aile, Ranimer le canard qui languit auprès d'elle!

Mirandor disait ses vers en arrondissant ses yeux en

boule et en rapetissant sa bouche, comme s'il se fût garvarisé avec un nectar savoureux.

__Bref! interrompit Capestoe qui préférait un bon duel à un distique, le distique fûtal du cardinal, vous ne savez pas encore auquel de ces chefs-d'oeuvre votre choix s'arrétera le soir.

—Xon! d'honneur!

__Eh bien, en ce cas, bonhomme, tâchez de choisir une pièce où la belle Marianne n'ait aucun rôle,

Vous ldites! clama Mirandor, stupéfait par ses paroles.

Je dis. monsieur Mirandor, que M. d'Artagnan 1 moi nous vous demandons de ne point faire paraître la bee Marianne ce soir ni les jours suivants.

Mais c'est impossible protesta le pauvre homme ; Mariaine étant une ingénue, je ne peux pas...

Prenez une pièce où il n'y ait pas d'ingénue.

Mais il nv en a pas. mon bon seigneur, Dans toutes Jes tragédies, 11 v a une jeune amoureuse, Car, Sans amour, v aurait-il du théâtre 7...

Enfin. ceci vous regarde, M. d'Artagnan et moi, nous vous demandons cela, et si par aventure vous ne vouliez nous faire ce plaisir, ma foi, nous userions de la force,

De la force! Seigneur!

__Oh! ce serait la chose la plus simple du monde, ajouta d'Artagnan qui jusque-là avait laissé parler Capestoc. Je n'aurais qu'à envoyer cinq où six mousquetaires. et Monsieur autant de gardes, qui mèneraient un tel tapage devant que les chandelles ne soient allumées, qu'immédiatement et par ordre du roy je ferais fermer votre salle pour cause de bruits et troubles norturnes. vous le vovez, cela serait bien simple et bien facile.

Mirandor était atterré.

Allons, un bon mouvement, reprit Capestoc, et ne nous refusez pas cette grâce que nous vous demandons.

—Mon Dieu! fit Mirandor, à la rigueur je pourrais faire remplacer Marianne par ma duègne.

Eh! mordioux, voilà une bonne idée!

— Il est vrai qu'elle a près de soixante ans et que c'est un âge un peu bien avancé pour jouer les amoureuses.

—Bah! Île publi d'Ornage n'est pas si difficile, et ‘ailleurs nous amenerons des amis qui vous feront un rai succès, prononça d'Artagnan.

—Et si vous êtes gentil, ajouta Capestoc, je parlerai ‘e vous à Non Eminence.

—Vous feriez cela! s'exclama Mirandor ébloui.

— Comme je le dis!

Mirandor demeura un moment réveur. Etre présenté «u cardinal, cela avait été le rêve de toute sa vie. Qui “it? Son Éiminence , frappée de son talent, le nommerait peut-être bien son comédien ordinaire et ui donne ratoune pension, La perspective était bien faite pour le criser. Oh! avec cette promesse, Capestoc lui eût fait faire tout ce qu'il aurait voulu. Il eût remplacé Ma- “anne par le Fierabras pour peu que cela eût pu plaire 1 Gascon.

—Ainsi donc, c'est bien entendu, conclut Caprstoe, Marianne ne paraîtra pas en publie ce soir ?

— Ni ce soir ni les jours suivants, répondit Mirandor, *

et j'attendrai patiemment les bons vouloirs de vos KSel- 2neuries.

—(e que nous en faisons, poursuivit Capestoc, c'est ailleurs pour le bien de cette jeune fille,

—Ah! oui, repartit le comédien, à cause de ce selcneur, qui, à Valence.

— Parfaitement !

—Oh! vous avez bien raison de vous intéresser à Ma- ‘anne, poursuivit Mirandor, qui à tout prix maintenant voulait complaire aux deux gentilshommes, surtout à Capestoc: car c'est une vraie perle que cette enfant.

—Certes! fit Capestoc,

ah à

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pompe con

ppm:

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Oh! oui, une perle! ajouta d'Artagnan avec un soupir.

Jolie comme un amour, Connu Mirandor, spirituelle comme un demon, et disunguce comme une reine. Ah! l'on m'étonnerait bien si l'on me prouvait qu'ell

n'a pas du sang noble sans les \UIHUX,

fé! mordoux Linterrompil le Gascon, si Je Ie rap-

pelle bien, ele m'a dit qu'elle était un enfant trouvé. Or. vous devez savoir que tols les enfanis trouvés peuvent être considérés comme wentiishommes, attendu euil pourraient l'étre.

__ft. entre nous soit dit, continua Mirandor, ce pourrait bien être le cas de Marianne.

Avez-vous quelque indice sur si nalssanee

= Peut-étre!

En ce cas, mordioux, parlez vit t g'écria d'Artsunan, car je serais ravi d'apprendre que cette entant est de noble race.

__Pardicu ! elle ne pourrait plis refuser notre ainour, repond Capestoc.

Eh bien, écoutez. fit de chef de troupe.

Et, jetant un rest à droite et à gauche pour voir al pui ne Fécoutait:

Car c'est nn bien gros secret que je vais vous apprendre: jamais je n'en ai soufflé mot à âme qui vive, et Marianne elle-même n'en sait rien.

Les deux officiers étaient attentifs. Mirandor reprit:

fmaginez-vous Qu'il va soize ans j'étais à Dreux. cù, comme aujourd'hui, je donnais des représentations de nos meilleurs tragiques ; un matin. au moment où jalats donner l'ordre de faire atteler, j'entendis Con)me des eris partir du chariot. J'inspectai ma voiture #t Je découvris quoi ?

__ Marianne, répondit Capestoe.

Oui. Monsoieur, Marianne qui avait deux ans à peine et qui criait à s'égosiller, Elle était dans une sorti:

berceau «losier, et on avait dû la déposer dans mon hariot durant son sommeil. Et, épinglé au berceau, il v ait un billet, et ce billet contenait en propres termes ‘ Mots:

“Qui que tu sois, veille bien sur cette enfant et gar- ‘-la, car elle vaut un trésor.”

—Parfandious! fit Capestoc.

—Tétediou! ajouta d'Artagnan.

—Et c'était signé, continua Mirandor, c'était signé lacques Gravier.

Vous dites! s'écria Capestoe, soudain tressaillant.

——Je dis que c'était signé Jacques Gravier.

— Mais alors c'est …

Mais Je Gascon se contint, De rouge il était devenu rt pale, et tout son corps frémissait comme pris d'un «mblement nerveux.

—(Qu'avez-vous? fit Mirandor stupéfait par un tel hangement, tandis que d'Artagnan contemplait son mi, plus qu’étonné.

Capestoe n'avait pu être maître de son premier mouement, Mais il possédiat une grande force sur lui- “ème,

—Rien! rien! fital, je n'ai rien! C'est ce nom de Graver qui n'a surpris; j'ai eu jadis un précepteur de * nom, que j'ai beaucoup aimé. Mais ce ne peut être ‘e Jui qu'il s’agit, attendu qu'il est mort voici bien une ingtaine d’années.

—Oh! bien, répondit Mirnador qui. rassuré par cette velamation, continua :

—Vous le voyez, pour que celui qui abandonna Ma- ‘anne conseillât de la garder comme un trésor, il faut ue ce soit quelque enfant d'illustre naissance.

—Vous avez sans doute raison, répondit Capestoe, TI aut donc veiller d'autant mieux sur elle. Souvenez-vous

notre recommandation. et sur ce, bonsoir, car nous “ous empêchons de faire ce que vous avez à faire!

Et. tournar: les talons, Capestoe planta là Mirandor avec une joie évidente d'etre seul et de réfléchir à tout ee qu'il venant d'entendre,

\jais d'Artagnan Île suivit.

Capestoe marchait la tte basse, muet, roulant dans «on front un monde de pensées, [la firent ainsi une centaine de pas. Enfin d'Artagnan s'arrêta et, frappant «ur Fépaule du Gascon:

— Voyons, franchement, Capestoe, mon ami. qu'a- \6Z-VOUS ?

Le cadet sursauta.

On eût dit qu'il S'éveillait d'un long cauchemar.

Moi! fital.

- Ecoutez, reprit le mousquetaire, à VOUS dire vrai, je n'ai pas cru un mot pe la fable que vous avez faite à \irandor. Ce nom de Jacques Gravier, que le comédien a prononcé, Vous à stupéfait. Vous avez prétendu que

c'était le nom d'un de vos précepteurs qui était mort

voici une vingtaine d'années. Et vous avez vingt ans à peine! D'ailleurs, ce Gravier eût-il été votre précepteur, son nom prononcé par Mirandor, et au sujet d'une enfant trouvée, ne vous eût point surpris à ce point. N'estce pas que vous connaissez cet homme et que vous Sat Xe à quoi vous en tenir sur la naissance de Marianne ?

__Sur l'honneur, d’Artagnan, je ne connais point € Jacques Gravier et je ne sais rien de Marianne.

__('apestos, VOUS n'avez pas confiance en moi. Vous savez quelque chose et vous ne voulez rien dire.

Je vous jure!

__(C'est bien! Gardez votre secret. Vous avez, Sans doute, de fort bonnes raisons pour le faire. Adieu !

Et, après avoir porté la main à son feutre. le mousquetaire vira «les talons et tourna le des à Capestoc.

__p'Artacnan! eria le Gascon.

Le jeune homme se retourna.

-Vous partez fâché, je le sens. continua le Gascon ;

je suis sûr que vous vous imaginez que le hasard na mis sur une piste, et que, pendant que vous étes mon ri-

\al, je veux garder pour moi seul le secret de la naissance de Marianne.

Moi! protesta d'Artagnan.

Mais, à son air, Capestoc vit qu'il avait deviné les entimeuts du rousquetaire, 1 venait d'ailleurs, subit:-

ment, de prendre une grande résolution.

Jcoutez, fit-il enfin, je vous ai dit la vérité tout

l'heure en vous assurant que je ns connaissais pas CL?

Jacque Gravier, pourtant...

Pourtant ?.. interrogea d'Artägnan.

—|l'énez, poursuivit le cadet, c'est un secret terrible,

mais j'ai foi en vous, et, qui sait? peut-être m'aiderezvous à en trouver la solution. Mais nous sommes fort mal ici pour causer. Venez dans mon logis où je pourrui parier sans craintire aucune oreille indiscrète, Capestoc se dirigea vers l'hôtellerie où il avait retenu une chambre, Une fois arrivés, il verrouilla la porte, fit une à d'Artagnan de s'asseoir, puis d'une voix basse:

—I! y a six semaines environ, je traversais la forêt des Yvelines quand le hasard me fit pénétr. chez un vieux prêtre que trois sacripants venaient d'assassiner.

“L'homme agonisait, mais avant de mourir il eut le temps de me dire que ses meurtriers n'avaient commis leur forfait que pour s'emparer d'un papier qu'ils n'avaient pu trouver, dont il m'indiqua la place, et qui est en mon pouvoir aujourd'hui!

Et ce papier contenait 7... demanda d’'Artagnan roublé par ces paroles.

—Je ligne, car le vieillard me recommanda de ne point l'ouvrir et de le remettre intact à une personne dont la mort l'empêcha de me révéler le nom. Muais le pauvre chapelain avait eu le temps néanmoins de pro-

noncer ces mots sans suite, qui sont demeurés grav ?: dans ma mémoire:

“Secret terrible... péril de mort... fille volée... enfant véritable. Jacques Gravier.…. maréchal..."

—.HJacques Gravier! S'exclama d'Artagnan; il a dit Joucques Gravier!...

Vous comprenez maintenant l'émotion qui m'a ais tout à Fheure quand Mirandor à pronoce ce nom !

__Mais alors, continua d'Artagnan, €est de Marian- De qu'il est question dans ce document ?

Je Le crois comme vous. Mais attendez la suite. Hier au soir, à Valence, vous avez entenuu comme moi cette conversation entre M. de Cing-Mars et son confident Fontrailles, et vous avez compris qu'il était question d'une entreprise où Fontrailles avait échoué, Eh bien! cette entreprise, j'en ai acquis la certitude à mes dépens, consistait tout simplement à voler le document dont il s'agit, aprs avoir asstissiné le curé de Galluis.

—Norait-ce prossl Het M. de Cinq-Mars 7...

Cela est la vérité, et maintenant, d'Artagnan, Vous en savez autant que moi, et pouvez facilement reconstituer cette tragique histoire. La révélation que le comédien vient de nous faire, sans se douter de son importance, corrobore complètement les paroles, inintelligibles d'abord. du vieillard assassiné. Et il appert clairement jour moi, comme pour Vous Sans doute, que Mariann”’. dont le berceau a été idéposé dans le chariot de Mirandor par Jacques Gravier, à été volée par celui-ci...

—Oui, mais à qui? demanda d'Artagnan.

Au maréchal d'Effiat, père de M. de Cinqg-Mars ! répondit Capestoc.

—(Juoi! vous pensez?

—J'en suis sûr, vous dis-je!

__ D'ailleurs, vous pouvez facilement en avoir la preuve.

— Vous dites?

—Hé! pardieu! vous n'avez qu'à remettre à Marianne le document que le curé de Galluis vous a confié, car ce ne pouvait être que son nom qu'il allait prononcer quand la mort le surprit.

— Peut-être.

(Quoi, douteriez-vous ?

Avant que je connaisse d'une facon irréfutable la cersonne dont ce pauvre vieillard n'a pu me lire le nom, je ne me déferai noint de ce papier. D'ailleurs, il n'est plus entre mes mains. Avant de partir, je J'ai remis à un ami, chez qui il est plus en sûreté que sur moi, livré que je suis aux hasards de la vie militaire.

—Alors, qu'allez-vous faire ?

Veiller sur Marianne d'abord, répondit Capestoc l'une voix ferme: ensuite tenter de savoir pourquoi M. te Cing-Mars a voulu s'emparer d'un document sur une jeune fille que je crois être sa sœur: et après, attendre. Car le temps et le hasard sont deux granbis maîtres, d'Artagnan, et je suis persuadé qu'un jour où l'autre

Lous arriverons à connaître cet étrange mystère, et À faire œuvre de bien rendant à Marianne un nom, un titre et une fortune!

__Mordioux! répliqua d'Artagnan, je vous aiderai dans cette mission de tout mon pouvoir ! Et il n’y a pas de rivalité qui tienne.

-Halte-là! mon ami d'Artagnan, interrompit Capestoe. C'est pour l'honneur que nous allons travailler ; car, souvenez-vous-en, la fille du maréchal d'Effiat, la «eur de M. de Cing-Mars, ne pourra jamais devenir la femme du lieutenant aux mousquetaires que vous êtes, ni du pauvre cadet de Gascogne que je suis.

—Hélas! répondit d'Artagnan.

ee otemeee. elapraprreiei RE.

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