‹ Les exploits de Capestoc [microforme]Chapitre 12 sur 22 · RE UE · texte numérisé non relu

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Cependant le vovarre continuait, I y avait à peu près une huitaine de jours que lon avait quitté Avignon ei lon approchait de Perpignan maintenant. La compare gnie de Pilustre \Mirandor suivait le cortege, où, pour mieux dire, le précédant de quelques lieues, et chaque soir, donnait une représentation dans la ville où le roi couchait. Fidèle à la parole donnée, Mirandor avait ravé Marianne de son programme, et à son grand étonnement, la jeune fille ne paraissait plus sur les planches Non seulement la jeune fille s'en étonnait, mais elle s'en attristait aussi un peu.

Mais, un soir, Capestoe lui en donna la raison et, comprenant que c'était pour sa tranquillité qu'on agissail ainsi avec elle, qu'à jouer la comédie elle risquait de se faire reconnaître par le seigneur inconnu qui, à Valence, l'avait fait enlever, elle prenait son mal en patience el attendait l'heure où elle pourrait reprendre son emp'oi dans la troupe. D'ailleurs, pour tromper l'ennui de ce repos forcé, elle avait la compagnie de MM. Capestoe et d'Artagnan qui accouraient auprès d’elle dès que leur service leur donnait quelque loisir. Et, joyeusement. elle acceptait cette compagnie, comprenant que

las deux officiers s'étaient rendus aux explications fort rettes qu'elle leur avait données, et que s'ils venaient ja distraire ainsi, ce n'était point en amoureux transis, mais en braves et gentils camarades.

D'ailleurs. le Gascon et le mousquetaire étaient maintenant les meilleurs amis du monde. Depuis la scène

d'Orange il n'avait plus été question de duel entre eux, ut le brave Cadéas vivait dans une sérénité si complèt?, dans un bonheur si parfait, qu'en bon philosophe qu'il eat, tant de tranquillité n'était pas Sans lui faire un peu peur, et que chaque matin il se levait dans l'attente une catastrophe qui, heureusement pour lui, ne surves nait jamais.

Cependant les deux braves officiers ne s'endormaient point dans les douceurs de ce paisible voyage. Ils avaient une mission à remplir, et ils n'y voulaient point faillir.

[ls s'étaient juré de savoi” dans quel but M. Ke Cinq- Mars avait voulu s'emparer du document qui était tombé ertre les mains de M. de Capestoc, et qui, ils en avaient la conviction intime, intéressait si fortement leur petite amie Marianne. Aussi, sans avoir l'air d'y toucher, ne perdaient-ils point de vue M. le grand écuyer.

Mais M. de Cina-Mars paraissait fort calme. Il ne quittait point le roy, sesnblatt entrer plus avant encore dans ses faveurs, et tout ee qui n'était point la litière royale lui paraissait dénué d'intérêt. C’est ainsi qu’à Avignon il n'avait paru prêter aucune attention à ce fait qui, cependant, aurait dû le surprendre: l’absence de l’'Angevin.

L'Angevin, et pour cause, n'avait point livré la jeune fille, ainsi que Fontrailles l'avait promis. Mais le jeune favori semblait avoir compltement oublié la promesse de Fontralles. Et le Gascon comme le mousquetaire en furent ravis.

Ils avaient bien encor” une crainte: Qu’adviendrait-il lorsque, l’Angevin relaxé, celui-ci viendrait raconter à M. de Cinqg-Mars son arrestation et sa détention.

Mais, là-dessus encore, ils furent pleinement rassurés. Un beau soir, le valet de M. d’Artagnan arriva tout frais de Saint-Perray se remettre au service de son brave

mäître.

Tu as relâché l'Angevin? demanda le mousquetire.

I] y a trois jours, ce qui fait que, comme vous Île

vovez, je n'ai point perdu mon temps à muser en route.

De sorte que l'Angevin, qui n'ira pas moins vite que toi, aura rejoint le cortège dans trois où quatre jours ?

—Non!

Comment cela? Mais il n’est point mort pour avoir trop bu, comme M. de Capestoc l'espérait.

—Ma foi! je l'ai cru aussi, car la cave de mon pauvre ami l'aubergiste de Saint-Perray n'est plus qu'un endroit de désolation, jonché de bouteilles vides. Mais il fout croire que ce satané l'Angevin à le gosier blindé et l'estomac semblable à celui du chameau qui, dit-on, peut boire durant quinze jours sans en être incommodé, car IL est sorti de là aussi frais que s'il venait de passer une bonne nuit.

—Mais alors, il va revenir ?

—Que non pas! Il a réfléchi que son maître le recevrait fort mal, après avoir échoué piteusement dans la mission délicate qui lui avait été confiée. Puis, pour tout dire. il a trouvé tant à son goût le bon vin blanc pétillant de Kaint-Perray. qu'il a dû songer que jamais cn estomac ne se ferait à un autre liquide. Bref, il est demeuré dans l'auberge de mon ami, en qualité de valet, et il n'en sortira que mort.

Vive Dieu! fit d'Artagnan, voici qui est à merveille !

Et il s'en fut raconter la chose à Capesto, et tous deux se réjouirent fort d'une pareille issue qui les Jaissai, tranquillisés désormais.

Comme on le voit, tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes, et n'eûi été que Capestoc n'airivait point à la solution complète du problème posé par la mort du chapelain de Galluis, le Gascon comme d’Ar-

tagnan, Marianne aussi bien que Cadéac, n'eussent eu qu'à se louer des événements.

Mais, si tout marchait à souhait pour nos héros, il en était pas de même d'un personnage qui a joué un crand rôle dans la première partie de ce récit et que, jusqu'à maintenant, nous avons laissé un peu dans lombre nous voulons parler de Son Eminence le cardinal de Richelieu.

Parti de Paris à la suite du roy, maître de la situation, lenfement il voyait son influence décroître, comme rninée sourdement par une sape mystérieuse et souterruine.

Après avoir maté les princes et les grands, dont i! avait facilemet déjoué toutes les conspirations ; après avoir dompté dans la personne de la reine cette hautaine V'aison d'Autriche dont il jugeait que la France avait tout à craindre: après avoir démontré au roi la nécessité que les eniants de France et en particulier le dauphin, fussent enlevés des mains de l'astucieuse Espasmole qu'était la reine de France, il était parti, certain l'avoir assuré son œuvre et solidement assis Sa SOUveraine autorité.

Et voici que chaque jour il trouvait une nouvelle rétance en Louis XIII, voici qu'il sentait que le roi peu à peu lui échappait davantage, voici qu'il comprenait que le roi se dérobait à son influence pour suivre un£ politique contraire à la sienne.

Qui consillait le roy? C'était ce que le cardinal æ demandait sans cesse sans pouvoir répondre.

Une autre personne eût pu exercer ainsi sur Sa Mijesté Louis NITT cette influence qui échappait secrètement au cardinal. (C'était le jeune marquis de Cinq- Mars. “Mais Cinq-Mars était la créature de Richelieu,

ot le cardimal avait en lui toute confiance. C'était Richelieu qui avait fait Cing-Mars, et il ne pouvait croire +:4

tude, D'ailleurs, quel motif avrait donc

ie grand écuyer à se placer entre le roy et lui, alors qu’il avait tout intérêt, au contraire... Non! non! ce n'était pas M. re Cinq-Mars! Alors qui?

Et le cardinal se torturait l'esprit, et son influence baissait toujours. Et un jour arriva où Richelieu comprit que non seulement il avait perdu toute autorité su* le roy, mais encore qu'il commençait à devenir suspect.

Le cardinal connaissait de longue date le caractère versatile de Louis XII; il savait qu'il y avait tout à craindre de la faiblesse de ce monarque, et lui qui avait tenu tête à la France entière, il eut peur.

Une conversation qu’il eut avec M. de Chavigny qui, reçu dans l'entourage du roi, en profitait pour rapporter au cardinal tout ce qu'il entendait, n’était pas faite pour le rassurer. M. de Chavigny l'assurait qu'il y avait un complot contre lui, qu'à la tête de ce complot était M. de Cing-Mars en personne, lequel avait juré devant le roy de poignarder le cardinal. Et Louis XIII n’avait rien répondu, mais son regard avait été un acquiescement.

Cing-Mars! Sa créature! Richelieu ne pouvait croire à une pareille trahison.

Mais, il le savait par expérience, il ne fallait pas douter une seule minute des rapports de M. de Chavigny. Richelieu se sentit perdu. On était à Narbonne. Immédiatement, le cardinal qui, nous l’avons dit, avait fait presque tout le voyage à cheval, se prétendit malade et incapable d’aller plus loin. I fit prier le roi de lui permettre de demeurer dans cette ville. Le roy répondit à peine, Richelieu prit ce demi-silence pour une permission, et tandis que le royal cortège continuait sa route sur Perpignan, le cardinal demeura à Narbonne avec ses

gardes.

C’est ainsi que d’Artagnan et Capestoc furent obli-

es de se SÉRIE.

Les

Le mousquetaire suivit le roy à Perpignan, tandis

que le cadet demeurait à Narbonne, auprès du cardinal.

Quant à Mirandor, il n’hésita pas. Comme il n’espérait rien de Sa Majesté Louis treizième, et qu’au contraire il ne révait plus qu'à être présenté à l’Eminence, espérant entrer dans ses faveurs, il demeura dans la ville où le cardinal établissait ses quartiers.

Marianne, qui n'avait plus rien à craindre maintenant que M. de Cinq-Mars était loin, put reprendre son emploi dans l’illustre compagnie, et Mirandor, pouvant enfin disposer de son ingénue, mit tous ses soins à monter la Mirame de M. Desmarets, afin de flatter le grand cardinal.

Mais Richelieu avait de trop graves soucis en tête pour pouvoir s'occuper de tragédie. Voici qu'à juste titre, sa crainte s’accroissant, il pensa tout à coup que Narbonne était trop près de Perpignan. Et il songea de mettre une distance plus grande entre le roy et lui. Le gouverneur de Provence lui offrit, comme refuge sûr, sa forteresse de Tarascon. Richelieu accepta avec enthousiasme.

Tarascon, c'était la facilité de s’embarquer sur-lechamp à la première alerte, c'était la facilité de quitter la France au premier signe de malheur. Et il partit pour Tarascon, où il arriva dans les premiers jours de

Comme on pense, Mirandor, plein d'espoir, avait également quitté Narbonne pour suivre Richelieu. Et les Tarasconais ne se doutèrent pas de leur bonheur, en voyant pénétrer dans leur ville cette troupe de comédiens qui, tous les soirs ét par quelque temps qu'il fit, allait jouer Mirame de M. Desmarets devant les banquettes vides. Z

Capestoc, en brave soldat qu’il était, avait quitté Narhonne sans regrets comme sans plaisir. Ii était aux ordres du cardinal, que lui importait qu’on le con-

ins om tn

\ rai dire, si On l'avait consulté, il squ'à Perpisnan où on allait se batr et même à rece-

duisit ici ou là?

eût préféré aller ju tre. It la bataille, les Coups à donné voir, cela plaisait à ce jeune (Gascon qui avait une ame de calamandre, laquelle, comme on le sait, ne se plaît Mais puisque On maître en avait dé-

que dans le feu.

Narbonne, Ca Jui était

cidé autrement, Tarascon où égal.

D'ailleurs, sil avait perdu la comx ve ami d'Artagnan, n'avait-il pas la douce satisfaction d'avoir toujours la belle Marianne à ses côtés? Car, il faut bien le dire. depuis que Capestoc était persuadé que Marianne était la soeur de M. de Cinq-Mars, sil n'avait cescé de se répéter que Ja jeune fille était une trop grande dame pour épouser UN chétif cadet de Gascogne Comme lui, s’il n'avait cessé de se confirmer que re chose pour la jeune fille qu'un jusqu'à la mort,

ignie de <on bra-

jamais il ne serait aut earde du corps dévoué il eût interrogé son ñme. il se fût vu la comédienne et que le

amarade et un

si, par aventure.

forcé d'avouer qu'il adorait temps ne faisait qu'accroitre son amour.

Lorsque à Narbonne, à la veille de partir. d’Artagnan était venu présenter ses respects à la jeune fille et l'as- | dévouement, le (Gascon avait été tout joveux de voir que Marianne ait demeurée fort indifférente en somme à ce départ. Et il s'était dit:

__ Si c'était moi qui partais, je suis sûr que Marianne

surer de son éterne

pleurerait Ce en quoi il & trompait sans doute, entraîné par

, méridionale et Sa vantardise gasconne.

Quoi qu'il en soit, et bien qu'il fût tout féru de Marianne. il se gardait bien de le faire paraître, et s’efforeait de faire croire à la jeune comédienne qu'il avait complètement oublié l'amour dont il lui avait fait jadis le timide aveu. Seulement, tout au fond de lui, il pestait que les événements ne lui permissent pas de pé-

son imaginatiol

nêtrer le fameux secret qui le préoccupait tant. Oh! dix ans de sa vie, il les eût donnés facilement pour être bien certain que c'était le nom de Marianne que le curé de Galluis avait voulu prononcer quand la mort était venu de surprendre. Alors il courrait chez M. de Puyroland, il rapporterait l'enveloppe scellée de cire jaune, et la remettrait à Marianne, sûr qu'elle y uverait un nom, un titre et une fortune...

Cependant le temps passait. Il avait plus d’une semaine que le cardinal s'enfermait dans la forteresse de Tarascon où il se rongeait d'ennui., dans l'ignorance de ce qui & passait à Perpignan, auprès du roy. Oh! durant ces journées monotones, que de haine contre ce misérable Cing-Mars s'amassait dans l'âme de Richelieu! Un homme qui lui devait sa fortune, le trahir ainsi! Et dire que lui, lui le grand cardinal, le farouche ministre devant qui tout tremblait était impuissant à se venger de ce traître !

Un soir vers les huit heures, C'apestoc était de garde à la porte du cardinal, lorsque tout à coup à la porte du château il entendit comme un bruit de querelle.

Etant descendu pour voir ce qui se passait, il se trouva en face d’un cavalier couvert de poussière, aux habits lavés de pluie et déteints par le soleil, attestant d'une rude chevauchée. Ce cavalier se disputait avec les soldats qui gardaient le château, lesquels voulaient l'empêcher d'entrer alors que le cavalier prétendait avoir un besoin urgent de voir le cardinal tout de suite.

A la vue du lieutenant aux ardes, les soldats se retirèrent. Mais le cavalier qui venait de reconnaître Capectoc sans doute. s'avança vers lui, et joyeusement :

Enfin!— voici quelqu'un qui va me laisser pénétrer dans la place!

Et se plantant devant le (rascon :

-Ne me reconnaissez-VOus point, monsieur de Capectoc ?

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