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et qu’il eût donné cher Dot que tout ce qui lui advenait ne fût es arrivé! Mais qu'y faire?
Cependant, Capestoc étant en selle et prêt à partir, il & retourna vers Cadéac qui se lamentait.
Ecoute, l'ami, fit-il, et retiens bien tout ce que je vais te dire: Je ne sais combien je demeurerai de te mps absent, mais je reviendrai, sois-en certain. Si tu m'as obéi, tu seras récompensé; dans le cas contraire.
Et Capestoc fit le geste de manier un bâton imaginaire, inimique que Cadéac compris tout de suite, ce qui faisait honneur à ses quai lités intellectuelles.
__Vous serez obéi fidèlement, se hâta+-il de répondre.
—J'y compte bien! Donc, tu vis commencer par ne point {'absenter d'ici. Et tu veilleras jour et nuit à ce qu'il n'arrive rien de fâchenx à Mlle Marianne. Tu m'en réponds sur ta tête, entends-{u !
—Vous pouvez compter sur moi.
Maintenant, si par aventure M. d'Artagnan venait me voir, tu lie xpliquer rais que je suis parti pour quelques jours, mais que je reviendrai bientôt. Est-ce com-
pris ?
— (est compris.
__fèt maintenant, Cadéae, à la condition que tu veilles sur Marianne, tu peux boire et perdre tout ton argent au lansquenet, € ‘est ton affaire, je ne te demande pas autre chose. Sur ce, bonsoir, et à bientôt !
Et Capestoc piqua des deux, laissant Cadéac ébahi de la promptitude de ce départ.
Une minute encore, il demeura là, perplexe, l'oeil mouillé d'une larme et tout secoué par un frisson de peur.
__Bah! fitil enfin, en haussant les épaules avec le geste phil osophige de son maître.
Et, complètement remis de son émotion, il retourna dans la taverne, où il s'aperçut bien vite que le départ
de son maître avait rompu le charme, et que la veine qui tout à l'heure commençait à lui venir s’éloignait à grands pas.
Cependant Capestc chevauchait dans la nuit. Il pouvait bien être dix heures du soir, mais le ciel était semé d'étoiles, la lune resplendissait comme UP éblouissant ducat d'or, et il faisait clair presque comme €n plein jour.
Ah! M. de Cinq-Mars conspire ! songeait Capestoc. Ah! il envoie en Espagne des porteurs de traité appelant l'étranger à son cours! Et c'est cet excellent avorton de Fonirailies qu'il a choisi. Parfandious! je ne suis point fârhé que le cardinal m'envoie à la poursuite de ce mi rable bossu ! Je vais lui faire payer en une seule fois, et la mort du chapelain de Galluis, et mon cheval, et mon chapeau, et la nuit blanche qu'il m'a fait passer, et les chevauchées noct'irnes qu'il m'a obligé de faire. Sans compter que peut-être j'aurai au bout de cela l'explication complète du mystère dont j'ai déjà soulevé un coin du voile. Et dire continuait
le Gascon avec un soupir, qu'il n'y a pas quinze jours avec ma rapière au
je n'avais qu'à allonger le bras, pier que le cardinal
bout pour avoir @ chiffon de pa m'envoie chercher si loin, et que je ne serais pas forcé
Espagne ! Car, il n’y a pas à dire, j'aurais préféré demeurer à Tarascon, moi! Malgré l'ennui d'entendre souvent la Mirame de M. Desmarets que Mirandor s’obstine à jouer devant moi et trois ou quatre sourds, céla ne me déplaisait point, parce que cela me fournissait l’occasion d'entendre la voix si mélodieuse de Marianne. Je sais bien que je sus insensé de penser encore x cette belle enfant. Elle Va dit, et elle tiendra sa parole. Tant qu’elle sera comédienne elle ne voudra pas être ma femme, et le jour où,—comme je l'espère, —je pourrai iui rendre et son nom, et 801 titre, et sa fortune, cest moi qui ne voudrai plus d’elle,
de courir jusqu'en
RP © 7 | es —
ne voulant point avoir l’air d’avoir fait ce que j'ai fait dans lPunique but d’épouser une riche héritière. Oui! je suis fou! Mais je l'aime, et quand une fais l'amour a pris racine dans le coeur d’un Gascon, il est impossible de l'en arracher. Ah! Capestoc ! Capestoc ! mon ami, tu aurais cent fois mieux fait de ne jamais sou-
pirer que pour de gentes hôtelières, avec lesquelles, du
moins, tu pouvais facilement t’entendre. Quelle imprudence d’avoir laissé germer dans ton âme cet amour EH | infernal dont, jamais tu ne goûteras les fruits tant 6avoureux! Mais tout le mal est fait, maintenant, et les plus beaux raisonnements du monde n'empêcheraient
H- LS point que tu ne sois amoureux fou d’une femme aui ne — te sera jamais de rien.
He Et Capestoc poussait un soupir, éperonnait sa mon-
ture et filait comme le vent. (C’est qu'il ne s'agissait point de perdre son temps en route. En comptant juste, il v avait exactement treize jours que Fontrailles avait quitté Vaience, et M. de Cinq-Mars lui en avait donné | douze pour revenir le retrouver à Perpignan. Capestoc arriverait donc trop tard.
Non! Car le Gascon comptait sur l’imprévu de la |
Ed
route, sur les événements qui avaient dû survenir et
: sur le temps que Fontrailles avait sans doute attendu à Madrid. En brûlant le pavé, en chevauchant jour et
a nuit, Capestoc avait, sans aucun doute, le temps d’ar- « F4 river à propos.
Parti à dix heures du soir de Tarascon, Capestoc ar- ' riva à Cette vers les onze heures du matin, ayant fait vingt-six lieues en treize heures. Mais Empédocle était êa fourbu, et il dut se procurer une autre monture. Celle-
l ei ne le conduisit que jusqu'à Narbonne et tomba épui- | sée, avant fourni d’une seule traite près de dix-sept = lieues, is troisième cheval le mena jusqu’à Perpi- FE gnan.
Mais là il dut faire un détour. (C’est qu’il y avait
deux obstacles à éviter: d’abord les troupes royales qui assiégeaient Perpignan, et où M. de Cinq-Mars commandait en maître; ensuite, les Espagiols qui défendaient la ville, et qui n'eussent point manqué de l’arrèter et de le prendre comme un espion.
Là était même le véritable danger. Car, pour les troupes royales, il eut vite fait de les & iter.
Mais il n’en était pas de même des soldats de Sa Majesté très catholique. Ceux-ci tenaient la campagne et la Catalogne tout entière était en leur pouvoir.
Néanmoins, sans trop d'encombre, Capestoc put arriver jusqu'à Villefranche, où les Espagnols étaient en assez piètre estime et où le cadet fut reçu à bras ouverts.
Mais ce n'était point là le but de son voyage. Il ve ait gagner le col des Ayres et pénétrer en Espagne. Et c’était là justement que gisait la difficulté.
Par bonheur, en sa qualité de (Grascon, Capestoc connaissait assez l'espagnol pour pouvoir se faire passer” très facilement pour un fidèle sujet de Sa Majesté le roy de toutes les Espagnes. Donc, abandonnant sa casaque de garde, qui eût pu le compromettre, acheta-t-il chez un fripier un costume de bon gros drap de Tours, bien cossu, bien étoffé, et, sous son feutre gris dépourvu de toute plume, il avait passablement l'air d’un brave marchand de Catalogne qui s’en venait de vendre ses
« ; ee = RO ; denrées aux fidèles soldats de Sa Majesté Philippe IV. . Par malheur. en se déguisant en commerçant, Ca-
pestoe avait été forcé d'abandonner sa bonne rapière et de vendre son cheval.
Mais il avait remplacé celui-ci par un vigoureux Toussin et celle-là par un poignard effilé qui pouvait devenir terrible, dans la main du Gascon.
D'ailleurs, il cachait sous sa houppelande deux pistolets d’arçon chargés jusqu’à la gueule et prèts à cracher leur plomb à la tête de l’imprudent qui eût osé
none enr Rae re Pr PNR EN TER EEE
niet | pores
faire de l'indiscrétion envers ce paisible marchand qui regagnait sa boutique après avoir arrondi son bas de laine,
D'ailleurs, tout se passa le mieux du monde, et, ayant quitté Villefranche le matin, il arriva dans un petit village posé au.bas du col des Avres, vers le soir.
On était en juin. et, bien que les crêtes pyrénéennes fussent couvertes de neige, tous les cols étaient praticables, et à moine d'un orage imprévu où d'une tourmente soudaine, il n'y avait aucun danger à les franchir.
Pendant le jour s'entend, car, durant la nuit, c’était une autre affaire. Des bandits. paraît-il désolaient tous les passages, et le ol des Avres, principalement, était fréquenté par des malandrins qui y avaient, semblait-il, établi leur quartier cénéral, Il n'a avait pas trois jours, paraît-il, un pauvre marchand de blé, qui S'était aventuré le soir dans ce périlleux passage, avait pavé de sa vie cette hardiesse, D'ailleurs, même en plein jour il ne faisait pas bon s'y aventurer tout seul. et l'aubergiste qui fournistit au (jascon tous ces détails l'engageait fort à attendre, pour entrer en Espagne, que deux où trois compagnons vinssent à passer, qui pourraient lui faire escorte.
—Bon ! fit Capestoc, nous VErrons Çâ demain.
Et comme il était exténué de fatioue, il s'en fut se coucher, et. toute la nuit rêva que M. de Cinq-Mars et lFontrailles, déguisés en bandits de grands chemins, le torturaient à petit feu.
Le lendemain, il fut debout avant le chant du coq.
__Æh bien! demanda le cadet à l'hôtelier, avez-vous quelques clients décidés à franchir avee moi le col des Avres ?
Non! repondit celui-ci: mais si Votre Honneur veut attendre un tout petit peu, j'espère bien qu’il viendra quelqu'un.
__Attendre! attendre! grommela Capestoc, je n'aime pas beaucoup cela.
Et il ordonna de seller son coursier.
__Comment! fit l'aubergiste, vous allez vous aventurer tout seul!
Eh! parfandious!... comme disent les Gascons, répondit Capestoc, je suis pressé et n'ai pas l loisir de demeurer trois ou quatre jours dans ton auberge.
__Mais vous allez vous faire tuer!
__Allons donc! Je suis assez grand pour me défendre !
__Mais ils sont au moins quarante qui vont vous tomber dessus !
— Nous verrons bien !
Si encore vous €tiez armé!
__Bah! tu as bien ici quelque vieille rapière à me vendre,
__J'en ai une seigneur, mais c'est une folie que vous allez faire!
Va chercher ta colichemarde.
Comprenant que les meilleurs raisonnements du monde ne parviendraient pas à faire revenir sur sa décision cet homme plus tétu que sa mule, l’aubergiste exéeuta, persuadé que son hôte serait tué avant d’avoir atteint le commet du col. Aussi, fort de cette conviction et bien convaineu que désormais cet homme qui allait à la mort n'aurait plus besoin d'argent, il fit paver son épée le double de sa valeur et le prix de sa chambre le quadruple pour le moins.
Tout au fond de lui, il était per-
voyageurs en sa maison le plus long-
pour retenir Îles temps possible, et, au prix qu'il faisait payer une nuit,
pensant set 20
Capestoc frémissait en songeant à ce que lui aurait coûté trois où quatre jours passés dans cette taverne.
-Tétedioux ! pensait Capestoe, bandit pour bandit, je préférerais peut-être eeux du col des Avres... #1 Yen avait: je suis persuadé qu'ils me voleraient moins que cet aubereiste, que la fièvre étouffe !
Cependant Capestoe, au pas tranquille de son cour- Sier, cheminait toujours. 1} traversit maintenant le plus beau site du monde,
Le chemin qu'il suivait Saccrochait à une montagne toute plantée de Sa pins dont les fûts s'élevaient vers le ciel, droits, robustes comme des piliers de cathédrale, faisant sur sa tête une voûte de verdure, A ses pieds, 1} entendait bouillonner un torrent furieux, interrompant seul de ses grondements le majestueux silence de ces Heux. FF chevauchait ainsi depuis une heure, et toute autre monture que son pitoyable roussin eût été exténuée de gravir ainsi une pente si abrupte et si roide, Mais l'animal ne paraissait point s’en ressentir, et il allait alerte et sautillant, comme sil se fût trouvé sur le pavé du roy.
Le soleil était haut dans le ciel, maintenant, et il pouvait bien être dix heures: mais, protégé par les branches touffues des sapins, Capestoc n’en était point incommodé, et, respirant à pleins poumons l'air saturé de résine de ces régions, il se trouvait l’homme le plns heureux de Franc et de Navarre. Où diable l’aubergiste avait-il pris qu'un pareil pays pût être infesté par des brigands ?
Mais voici que tout à coup, au milieu de ce silence solennel, Capestoc crut entendre un froissement d’herbes sèches sur les bords de la route.
—Quelque animal que je dérange au milieu de son sommeil, murmura-t-il.
Mais il n’avait pas achevé œætte phrase, prononcée à haute voix, qu’un homme bondissait au milieu de la
route, et, saisissant le roussin par la bride, tandis qu'il brandissait un pistolet :
Rendez-vous où vous tes mort!
Parfandiouns !
la pensée, tira <a lourde rapière et en asséna un coup formidable sur le bras du malandrin.
Juste à ce moment, l'homme pressait la gâchette de son arme: le coup de rapiere lui fit lâcher son pistolet, mais pas assez tôt que le conp ne partit.
Seulement, au avant dévié, alla enfoncer dans la poitrine du roussin ; qui Seffondra, tue raide, en entraînant Capestoe dans
sa chute.
En tombant, le cadet dut lâcher son épée, ce qui fait qu'il était perdu.
bandits qui étaient cac
qui fit que le pauvre Capestoc pensi que Sa dernière heure ctait venue.
Aussi pe fut-il pas à moitié surpris en entendant une si
VOIX qui criait :
—Sandious!
étonnement, il avait
Le bandit s'avancait vers lèvres et les bras ouverts.
—Parfandious! eria Capestoc, il m'a reconnu! répondit le ruffian tou.
—Sandious !
Joveux.
—Oue faistu dans ce défilé?
Vous le voxez, j3
sauver la vie!
hurla le Gascon qui, prompt comme
d'atteindre le Gascon, la balle
Car, au méme instant, cinq où six is dans les environs sautèrent ur la route et braquerent sur Jui leur mousqueton, ce
ne tirez pas! c'est un ami!
Aussitôt, et comme par enchantement, las escopettes S'abaissèrent, et, avant que Capestoc fût revenu de son lui un grand diable couvert de loques et dont la ceinture de cuir s’'ornait d’un véritable arsenal Ge poignards et de pistolets. le Gascon, le sourire aux
Suis assez NCUTCUX pour vous
—Têtedioux ! il était temps.
3obienasse !
Maïs, par ma foi, je
suis si heureux de te revoir, que je ne veux me souvenir dans quelle compagnie pitoyable je te retrouve !
Et Capestoc se laissa tomber dans les bras toujours ouverts de Bobiunasse, le <quels 4 refermerent sur le Gascon en un étreinte passionnée,
Les cinq ou six bandits, émus par un spectacle aussi attendrissant, lâchérent leurs escopettes peur écraser un pleur qui mouillait leur paupière. Il v en eut même un, plus tendre que les autres sins doute, qui ne put retenir un sanglot, en méme temps que d'une voix lamentable 1f gemissat:
Eh bien! et moi! On ne reconnaît done plus Sa-
# cassou !
%. —Parfandious! Foi aussi! s'écria Capestoc waled ment.
Et, pour ne point faire de jaloux, il se précipitä dans les bras du brave Sacisson.
A ce coup, les bandits ne purent retenir leurs larmes. Et celui dont Capestoc avait à moitié cassé le bras d'un coup du plat de & rapière se lamentait:
Et dire que j'ai fañli tuer un si brave warcon !
Et tu aurais fait un beau coup, Balafré!
Puis se retournant vers les autres:
Mes amis! je vous présente M. le baron de Ca-
pestoc, le plus noble gentilhomme de France et la plus fière épée du rovaumt
Les bandits saluèrent et Capestoe sourit.
A vrai dire. il était content de retrouver ses deux vieux amis Bobignasse et Nacassou, Quant à regretter de les rencontrer au beau milieu d'une bande de voleurs de grands chemins, il ne le pouvait, en toute franchise, car n'était-ce pas à cela qu'il devait la vie?
__Qr ca! monsieur de Capestoc, prononça Bobignasse qui paraissait être le chef de cette petite troupe, Je ne sais si vous êtes pressé de gagner l'Espagne, maïs, en tout cas, croyez que mes amis et moi serions désolés
si vous nous quittiez ainsi. Nous avons à deux pas d'ici notre campement, Du vieux vin rafraîchi dans le ruisseau, un quartier d'isard rôti à la broche, et vous voudrez bien nous faire l'honneur d'en prendre votre part ?
Les bandits approuvèrent ce beau discours, et entourérent le cadet, le regardant avee des veux pleins de supplications,
Ma foi, j'accepte, mes amis! répondit Capectoe, après une minute de réflexion, D'abord parce que j'ai grand faim, et ensuite parce que vous pouvez me rendre service,
Les bandits santèrent de joie, tandis que Bobignasse et Nacassou, d’une même voix :
— Un service, monsieur de’ Capestoc? Mais dix! mais cent! Nous sommes tous à votre disposition.
—Pardieu! je vous reconnais bien là, mes amis.
— Allons! en route! commanda Bobisnasæ, et toi, l'Enflammé, file devant pour qu'on mette le couvert.
L'Enflammé prit sa course à travers les sapins, et la petite troupe se mit en marche. Capestoc, étroitement entouré de Bobignase et de Sacassou, prit les devants et les autres emivirent.
—Ah ça! mes gaillards, fit Capestoc à ses deux compagnons, vous n'êtes plus aux galères ?
—Comme vous le vovez, murmura Bobignasse,
—Oui! ajouta Sacassou, contempler lazur éternel de Ja Méditerranée, ça finit par devenir fastidieux.
— Nous préférons l'air pur des montagnes, interrompit Bobignasse,
— Et nous avons tout doucement rompu notre ban.
—Pour venir nous installer ici,
—Ce dont nous ne saurions trop nous féliciter, puisque ça nous donne la joie de vous rencontrer, ce qui
ne noue fût iamais arrivé ai nana ftinne rnatfc À ma ne HOUS NT JAMAIS AFFIVS EI NANS ÊCIONS POSE à TAMET
sur les galères du roy.
—D'ailleurs, à vous dire vrai, fit Bobignasse, je ca-
ressais depuis longtemps le projet d'aller vous trouver à Paris.
Vraiment !
Oui! continua Bobignasse, car, VOvez-Vous, SI VOUS avez un &rvice à nous demander, Nacassou et moi avions une proposition ii VOUS faire,
Une proposition ? s'exelatma Capestoe en resardant alternativement les deux amis,
Oui, une proposition qui, j'en suis sûr, SAUra VOUS sourire. Mais nous en reparlerons, car ce sont la des choses quil est inutile d'apprendre au vulgum pecus.
Et il désigna la troupe qui les suivait.
D'ailleurs, fit Sacassou, nous voiel arrivés au cainpement, et si j'en crois mon estonie, il doit étre l'heure de se mettre à table.
Le campement des malandrins du col des Avres ne brillait point par le Fuxe, He recommimandait au contraire par une simplicité vraiment primitive, C'est ainsi que nos aieux de Pâge de perre devaient être logés. Une profonde anfractuosité d'une roche à fleur de terre tel était le Louvre où les bandits couchaient sur des lits de fousere odorante. leur srlle à manger était on plein air, sur un tertre de gazon qui s'étendait devant la caverne, Quant à leur cuisine, elle était établie un peu à gauche, sur le bord d'un tout petit ruisselet qui sortait en gazouillant du rocher.
D'ailleurs, pour être d'une installation primitive, la cuisine n'en exhalait pas moins des fumets qui chatouillaient agréablement le nez de Capestoe. qui était affamé Sous la haute surveillance d'un vieillard à barbe blanche et à tête vénérable, que son grand âge tenait éloigné de toute vie active, un large quartier de venaison se dorait lentement aux flammes des pommes de pin.
Allons, à table! à table! cria Sacassou.
La troupe entière s'assit sur l’herbe, laissant à Ca-
pestoc la place d'honneur, qui était l'endroit le plus élevé du tertre de gazon, On déhoucha les bonteilles, le vieillard aidé de F'Enflaminé apporta le quartier d'isard qui était euit à point, et joyeusem. nt on se mit à manger et à boire,
Conune il arrive dans presque tous les repas, on <ommenca par dévorer en silence, comme si chaque mot eût été un coup de dent de perdu. Mais au bout d'un instant, quand les appétits furent un peu calmés et les soifs à demi éteintes, chacun se prit à bavarder, et Capestoe profita du brouhaha pour demander à Boignasse :
Comment se fait-il que deux Parisiens comme Sacasou et toi, deux vieux piliers du Pont-Neuf qui vit éclore et crandir voire w'oire, avez ainsi dédaigné les rives de la Seine pour vous installer dans ces montadésertes où vous devez vous ennuyer à mourir ?
Mon Dieu! c'est bien simple, répondit Bobignasse,
Puis, élevant la voix afin de dominer le brouha..« des conversations :
- Mes amis, fital, s'adressant aux bandits, M. de Capestoc vent connaître notre histoire,
Aussitôt tout le monde se tût, on eût entendu valer une mouche, Bobigenasse commenca :
—Vous devez vous souvenir comment Nacassou et moi eñmes des démélés avec la prévôté, pour avoir oublié nos dagues dans la poitrine d’un pauvre homme qui avait comanis l’imprudence de se promener au serein sur le Pont-Neuf, œ qui, étant donnés les brouillards du fleuve, est très mauvais pour la santé. Par malheur, ce brave homme était, nous le sûmes plus tard, un bonnetier de la rue Saint-Denis dont a fille devait épouser un sergent au Châtelet. Or, comme par un hasard malencontreux et fatal jour nous, Le jour où nous oubliâmes nos dagues dans la poitrine du bonhom-
me, il portait sur lui une assez grosse somme d'argent qui était toute la dot de sa fille, et comme on ne retrouva point cette somme d'argent, le sergent au Châtelet se fâcha tout rouge. Et. avant retrouvé une faible partie de cette somme dans notre réduit, nous eûmes beau prots er de notre innocence et dire que ces précieux
dou représentaient à peine le prix de nos deux
poignards. nous fümes jminédiatement condamnés à
| étre pendus, et ce n'est qu'à votre haute protection que Li nous devons d'être encore de ce monde: @e dont Sacas-
So 1 et moi vous serons éternellement reconnaissants, A ces paroles, de frénétiques applaudissements reten-
rent à Padresse du Gascon, qui salua modestement. Au lieu d'étre pendus, reprit Bobisnasse, grâce done à vous Monseiuneur, nous vimes notre peine commuée en celle des valères, et quelques jours après, de ville en ville, da chaîne nous conduisit jusqu'à Brest, où bientôt lon nous confia une rame pour écrire notre
sc etre see monrneren Mme PRET PER ANR
serie
nom sur les flots verdätres de Focéan. Je ne vous le
fi cacherai pas plus longtemps, et les camarades ic pré- | sents, qui tous peuvent parler de Ja chose par expé- | rience, vous attesteront la vérité de mes paroles, Ja pro- | fession de rameurs sur les galères du roy, si elle permet Hi les douceurs de la longue et salutaire méditation, man-
que souvent d'impréevu.
Un grognement approbatif se fit egtendre, montrant à Capesioe qu'il se trouvait tout simplement au milieu | d'une société d'anciens forçats. Mais ceei n'était point pour leffraver, le Gascon avant l'insigne honneur d’être Pani du chef de cette joveuse troupe de braves gens.
cr oEnaqin
Il reurettait seulement de ne pas avoir amené Cadéac, qui se fut trouvé là au milieu de ses pairs.
Mais Bobignasse continua :
— Bref, Sacassou of moi, nous n’étions pas eur les galères depuis trois jours, que déjà nous n’avions qu’une F idée: nous enfuir. Par malheur, la chose n’était poi
Hate
facile. Combien tentent une évasion qui ne peuvent e mener à bonne tin, ou qui sont noyés, où mangés par les requins, où repris enfin par la prévôté maritime, qui n'a qu'un moyen de corriger ces audacieux : celui de les pendre à la grande vergue du premier navire qui e trouve sous «1 main. Je ne vous dirai point notre vie à bord de la galère rovale: qu'il vous suffise de savoir que treize mois après avoir été enchainés sur notre bane, Sacassou, moi et un troisième compagnon dont je vous parlerai tout à l'heure, nous parvenions à briser nos chaînes et à sauter dans l'océan. Nous croisions alors non loin des côtes d'Espagne. Amarrés sur une cage à poulets que nous avions réussi à emporter avec nous, tous les trois, entre le ciel et l'eatt, nous interro- “ions l'horizon, cherchant une voile et tout à la fois craignant de la voir s'approcher. Car. si nous étions repéchés par un vaisseau battant pavillon de France, cen était fait de nous, nous étions pendus. Enfin, après trois jours d'angoisses, nous vimes s'approcher une voile: c'était une félouque espagnole, montée par de joveux pirates marocains qui nous aceuéillirent à leur bord avec des eris de joie. Nous étions sauvés ! Facilement nous eussions pu nous enrôler sous le pavillon noir des pirates, Mais une campagne de douze mois à bord de la galère rovale nous avait complètement désabusés sur les joies de li vie maritime, Nous nous fimes débarquer le plus vivenient possible, et, une fois à terre, avant fait connaissance des braves enfants qui vous entourent, nous nous établimes sur ce col des Ayres dont j'avais ouf vanter la solitude ma jestueuse, les sites agrestes, et la joie d'y vivre loin des choses du monde et de l'œil de la prévôté. Voie notre histoire, monsieur de Capestoc, et j'ajoute que je bénis le ciel puisqu'il nous a permis de vous rencontrer, de vous offrir ce frugal repas, et sans doute de vous être agréables, si j'en crois ce que vous avez dit tout à l'heure,
er Re neRn RE MDN SAT RÉCEMMENT Dane nr RE TE PERENE M
nee eme 2
Sage
Avant ainsi longuement parlé, Bobignasse vida la moitié d'un flacon qu'il avait devant lui, tandis que ses compagnons réveillaient les échos d’alentour du fracas de leur applaudissements.
Cependant. Bobignasse avant parlé et le déjeuner étant absorbé, les bandits, comprenant que, depuis qu'ils ne s'étaient vus, leur hôte et leur chef Bobisnase devaient avoir des as de choses à se dire, se dispersèrent à droite et à gauche, pour <e livrer aux douceurs de la sieste, en attendant de reprendre leur honnête occupation. Capestoc se trouva done seul entre les deux anciens ruffians, ses amis,
—Or ca, monsieur de Capestoe, fit alors Bobignasse. —et pardonnez-moi si je me permets de vous interroger.—vous n'avez point, je pense, quitté le service du cardinal ?
—Ma foi non, répondit Capestoe. Qui te fait croire ?
Mais, cé costume! poursuivit Sacassou.
—Bah! ce costume! (est un déguisement.
—Sangdious! observa DBobignasse, je parierais ma tête que vous êtes chargé de quelqne mission...
—Et tu aurais deviné, l'ami!
—Pour le service de Richelieu ?
—Toujours !
—Ventredioux! exclama à son tour Sacassou, je suis
sûr que M. de Capestoc est pressé, et nous, Comme des brutes, nous le retenor . là à lui raconter nos petites histoires.
—Rassure-toi, Sacassou, fit le Gascon. Je suis pressé il est vrai: mais ces histoires m'ont intéressé, et puis, quelque hâte qu'on ait, on éprouve toujours de da joie à retrouver de vieux amis comme vous.
—(C'est trop d'honneur que vous nous faites! répondirent les bandits d’une même voix.
—D'ailleurs, poursuivit Capestoc, depuis que je vous ai rencontrés, il m'est germé dans la tête certain projet, et, pour peu que vous l’approuviez, rien ne m'empêchera de demeurer quelque temps en votre compagnie.
__Ventredioux! dites vite votre projet et, pour avoir l'honneur de vous garder au milieu de nous, nous y contresignerons des deux mains.
__Seulement, un mot, avant! Vous devez savoir que la France est en guerre contre l'Espagne. Eh bien! vraiment, êtes-vous pour Louis XIII ou pour Philippe IV?
—Peuh! répondit Bobignasse, nous nous tenons en dehors des querelles des grands.
—Oui! ajouta Sacassou, pourvu qu'ils aient une escarcelle bien garnie, nous arrêtons les Espagnols aussi bien que les Français qui s'engagent dans ce défilé.
Seulement, se hâta d’ajouter Bobignasse, n’allez a Es
pas nous prendre pour des voleurs. Ayant établi notre souveraineté sur ces cols, nous nous contentons de demander un impôt de passage, comme c’est notre droit ; les rois de Franc et d’Espagne n’agissent pas autrement.
—Bon! bon! répondit Capestoc en souriant, il me suffit de savoir qu'entre les deux belligérants vous êtes neutres.
—Oh ! absolument.
Et maintenant, continua le cadet, êtes-vous les amis du cardinal, ou bien ?...
—Eh! parfandious! interrompit Bobignasse, peu nous chaut du cardinal: mais nous sommes vos amis, monsieur de Capestoc, et vous pouvez lIseT de nous sans tant de préambule.
—Pardieu! voici qui me met à l'aise: ainsi, vous n’a-
vez aucune répugnance à m'aider ?
Fr : < ; :
EX : —Mais nous le ferons de tout notre pouvoir !
| En ce cas, voici ce que je demande de vous: Mais : auparavant, apprenez que l’on conspire contre le cardi- | pal.
| —Coci n'est pas nouveau, fit observer Sacassou, et ! Son Eminence ne s'en porte pas plus mal, Dieu merci! | — Oui! mais, cette fois, ses ennemis ont réussi. —Ventredious! ils sont done bien puissants! s'écria Bobignasse.
| (Ces ennemis se nomment Bouillon, Gaston d'Or- | léans et Cinq-Mars....
—Cinq-Mars! s'exelamèrent à la fois Bobignasse et Sacassou.
| Oui, Cing-Mars! continua Capestoc. Mais la conspiration est vaineue si je puis mener à bonne fin la mission dont m'a chargé le cardinal. Car les conspi-
rateurs doutant de leur force, ont fait appel à l'Espaï gnol. Un traité signé par eux à été envoyé à l’Escu-
rial. et c'est ce traité après lequel je cours à cette heure. Si je parviens à mettre la main dessus, je le porte à Richelieu, qui le remet au rov. et vous supposez ce qu'il adviendra des conspirateurs...
ft —Oui! répondit Bobignasse, je devine que c'est... Et il fit le geste de se presser la nuque avec sa main.
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Canestoe noureuivit :
t Le +? « « .
ÊR. à Voici à peu près douze jours que le porteur du RE à traité est parti de Valence, et pourvu qu’il ne soit pas
Hi à arrivé à Perpignan déjà...
—Mais, qui vous prouve qu’il passera par le col des Ayres? demanda Sacassou.
—(C'est le chemin le plus court !
__Mais, au fait, interrogea Bobignasse, si votre homme à passé en Espagne, nous avons dû le voir, car notre surveillance est fort bien faite.
—(C’est un bossu du nom de Fontrailles.
—Sangdious! nous l'avons arrêté il n’y a pas cinq jours, au col de Montlouis !
—Est-ce possible ?
—('est la vérité.
—Et vous ne l'avez point gardé!
Mais Bobignasse prit un air offensé.
—I] a payé son passage |
—Oui! ajouta Sacassou; nous avons pris tout ce quil avait dans ses poches.
Et vous n'avez pas trouvé le traité?
Non! Et il devait être bien caché, car je vous jure.
Mais, vous dites que vous l'avez arrêté au col de Montlouis: il n'y a done pas longtemps que vous êtes ici ?
__Oh! nous avons des employés à tous les passages ! J'aujouterai même qu'étant tombé dans nos mains à Montréal, ce Fontrailles, ne pouvant se douter que notre service est si bien fait, reviendra par un autre passage.
Et comme c'est le col des Ayres qui est le plus direct...
—I] passera sûrement par ici.
—Et comme # n'a pas encore paru...
Vive Dieu! s’écria Capestoc, j'arrive à temps!
-ÆEt sovez tranquille, monsieur de Capestoe, continua Bobignasse, il ne nous échappera pas. Je vais faire redouhlor de vigilance et. pour plus de sûreté, envoyer quelqu'un à tous les postes pour qu’ils & tiennent sur leur garde.
Et Bobignasse appela :
—L'Enflammé!
Aussitôt un homme parut.
— Tu vas dire de bien surveiller la route et de m’amener tous les bossus qui passeront.
— Tous les bossus! fit l'Enflammé en regardant Bobignasse d'un air stupéfait.
—Oui, tous les bossus! Cela t'étonne, mais il n’est pas nécessaire que tu comprennes. Ensuite, tu enverra: au col de Perthus, à celui de la Perche, et à œlui de Co- Bitte porter le même ordre. Va!
—Bien! fit lEnflammé.
Et il sortit, se demandant si son chef était devenu subitement fou, et pourquoi il voulait qu’on lui ame-
, nât tous les bossus qui pourraient survenir.
—-Vous le voyez, monsieur de Capestoc, fit Bobigrise, rien ne vous for plus à courir les routes, et j'espère qu'avant qu'il soit longtemps mes hommes vont nous amener ce bossu de Fontrailles.
—Parfandious! répondit Capestoc, tu me tires là une
fameuse épine du pied, l'ami; car, à vrai dire, je n’étais pas sans inquittude sur l’issue de mon entreprise. Et ma foi, puisque je suis sûr maintenant que notre homme ne peut nous échapper, c’est avec plaisir que je vais attendre en ta compagnie et duns celle de l’aimable Sacassou.
Les deux bandits saluèrent. Après quoi Bobignasse commença :
En tout cas, ça va me permettre de vous faire la proposition dont je vous ai parlé.
-Au fait, oui! Je l'avais oubliée, œtte fameuse proposition.
—Voyez-vous, continua Bobignasse, je n’ai point voulu vous en parler tant que mes hommes se trouvaient là, car il s’agit de choses si graves et si importantes,
qu’il n’est pas nécessaire de mettre beaucoup de monde dans le secret.
Bobignasse se tut une minute comme pour mettre de l'ordre dans ses idées, et, afin de s'éclaircir la voix sans doute, il vida une gorgæ de la gourde d’eau-de-vie qui pendait à ses côtés, Sacaseou arborait sur sa figure maigre et sèche un sourire entendu. Capestoc se deinandait, non sans quelque anxiété, ce qu'un homme comme Bobignasse pouvait bien avoir à lui proposer.
Le bandit reprit :
—Répondez-moi franchement, monsieur de Capestoc, et croyez que si je vous interroge, c’est dans votre bien. Auriez-vous quelque répugnance à vous marier ?
—Me marier! fit le Gascon.
Et il regarda fixement l’ex-ruffian pour voir s’il ne voulait pas se moquer de lui.
Mais Bobignasse était le plue sérieux du monde.
—Oui! vous marier, appuya-t<l.
—Or ça! fit le cadet en éclatant de rire, tant une pareille proposition le surprenait dans la bouche de Bobignasse, me suis-je trompé sur ton compte, et n’exploiterais-tu les Pyrénées que pour trouver des maris à des vierges de tes amies !
Maïs Bobignasse secoua la tête, et Sacassou répondit :
—Nous ne rions pas, monsieur de Capestoc, et notre démande est plus sériense que vous ne pouvez croire.
—Oui! continua Bobignasse, c’est la chose la plus sérieuse qui soit, et je vous répète ma question : voulezvous vous marier ?
—Mordioux! répondit le Gascon, je: ne sais où tend cette demande, mais je vais répondre avec toute la franchise dont je suis capable. A vrai dire, je n'ai jamais songé à me marier, pensant, avec juste raison, je crois, qu'un homme d’épée comme moi n’a que faire à s’embarrasser d’une femme et d’enfants. Cepezdant, si
vous avez quelque parti avantageux à me proposer, têtebioux! je serais bien capable d'accepter.
Voilà qui est parlé! fit Sacassou.
__ Alors, on va tout vous dire, répondit Bobignasse.
—.Je vous écoute,
—{] s'agit d'une jeune fille.
—Bien.
—Jolie.
— Parfait.
—Riche.
—De mieux en mieux.
—Ft noble.
__Je n'en demanderais pas plus! Ensuite ?
—(C'est tout.
Vous en êtes sûrs! ironisa Capestoc.
—Pardieu !
__Et cette jeune fille, jolie, noble, riche, c’est vous qui êtes chargés de lui trouver un mari ?
__Je ne veux rien vous cacher, et ce n'est pas elle précisément qui nous à chargés de ce soin.
__Bon! ben! je vois. Seulement, maître Bobignasse je crois bien qu'une jeune fille comme celle que vous me dépeignez n'épousera iamais un cadet de (Gascogne qui n'a pour toute fortune que son épée...
__Et un bâton de maréchal dans ses ‘ontes.
__Bah! le bâton de maréchal est bien loin, et avant de l'atteindre, il y a pas mal de biscaïens qui peuvent me couper bras et jambes.
__Je suis sûr qu'elle «e contentera de l'épée et de votre bonne mine!
__Parfandious ! elle a done quelque tare ?
Je ne le pense pas!
Ma foi, je ne vous comprend pas.
__Eh bien, je vais tout vous dire.
Et Bobignasse, ayant de nouveau donné l’accolade au goulot de sa gourde, reprit :
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—Je vous ai dit tout à l'heure que sur les galères du roy où Sacassou et moi ralnions à contre-oeur, ous avions fait connaissance d'un brave compagnon avec lequel nous primes la fuite. (C'était un joyeux drille quon avait condamné aux galères pour avoir, un jour qu'il était gris, étranglé cyniquement un pitoyable hôtelier qui lui réclamait le prix de sa dépense. Je sais bièn qu'auparavant il avait un peu volé, un peu tué, mais c'était malgré tout le meilleur fils du monde, J’aimais sa conversation, car on le sentait nourri de la forte moelle des Latins et des Grees, et je ne fus pas surpris le jour où il m'apprit qu'il avait étudié. C'était vraiment un homme de bonne compagnie. Bref, c'est avec lui que Sacassou et moi quittâmes la galère où nous ramions, et il fut un des premiers à me suivre en ces lieux où il a trouvé la mort.
—Le pauvre homme! s'apitova Capestoe, demi sérieux, demi ironique.
—Oui! continua Bobignasse, il mourut dans mes bras, frappé par une balle espagnole, un jour que les soldats nous donnaient la chasse, et c’est au milieu des affres de l’agonie qu’il me fit la confidence que je vais voue faire, et qui, je l'espère, vous profitera.
— Voyons !
—Cet homme, dont le nom ilmporte peu, et que nous appelions Lapâleur, avait té lintendant d'un grand seigneur, C’est dans l'exercice de ses fonctions qu’il avait eu connaissance du secret qu’il me révéla avant de mourir. Ce secret le voici, et voilà ses propres paroles :
— ['ami, si tu veux faire ta fortune. écoute. Il existe quelque part une jeune fille, pauvre, obscure et sans nom, qui est la propre enfant d’un grand seigneur. La preuve de ce que Javance « trouve tout au long
dans la maison du chapelain de Galluis...”
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—Galluis! fit Capestoc en se dressant comme mû par un ressort. Tu as dit Galluis!
Oui, j'ai dit Galluis! répondit Bobignasse, étonné de voir Capestoe, en proie à une telle émotion. Mais qu'avez-vous ?
Mais Capestoc, pâle et tressaillant, ne répondit pas. Au contraire, il interrogea :
—Et ton ami Lapâleur ne t'a pas dit où se trouvait cette enfant dont il te parlait ?
Li —S; bien!
—Allons parle! parle! tu me fais bouillir !
Bobignasse et Sacassou regardaient Capestoc, pensant que soudainement il était devenu fou. Cependant 3obiwnasse répondit :
Cette enfant, que Lapâleur disait être de noble race, se trouvait chez des paysans du nom de Poton. Un soir, il la vola, espérant qu'elle ferait sa fortune. Car il faut vous dire que le seigneur dont il était l’intendant s'était privé de ses services, et que Lapâleur vivait maintenant à l'aventure, demandant au hasard son pain de chaque jour. Mais ce hasard ne lui était pas favorable, La misère le poursuivait, et un soir, comprenant qu'à garder avec lui cette fillette de deux ans à laquelle il ne pouvait donner de lait, il risquait fort de la perdre, il l'abandonna, comtant bien la reprendre un jour, dans le chariot d’un comédien ambu-
D OA dti rmpes pte G:
El lant nommé Mirandor.
f: —Mais alors! ce Lapâleur, c'était Jacques Gravier! | s'exclama Capestoce, dont l'émotion était allée croissant Fi à mesure que Bobisnasse achevait son récit.
fi Pour le coup, les deux bandits furent littéralement | estomaqués,
El —Quoi! vous le connaissez! firent-ils d’une même VOIX,
FE à Mais le cadet ne répondit pas. Il songeait. Et les F pensées bouillonnaient dans sa tête en feu. Plus de
doute maintenant! C'était bien de Marianne qu'il était question dans l'enveloppe scellée de cire jaune! C'était bien le nom de Marianne que le chapelain de Galluis avait voulu prononcer quand la mort était venu l'arréter. Et Marianne, il la connaissait. Il savait où elle était, Ah! il n'hésiterait plus à présent, Dès qu'il aurait terminé la mission que le cardinal lui avait confiée, il partirait, il irait trouver Puyroland, ï# reprendrait l'enveloppe et la donnerait à la jeune fille, certain qu'elle y trouverait le bonheur.
L'agitation de Capestoc était extrème, Enfin, il touchait son but, Et comme les deux bandits le regardaient un peu effravés, craignant pour si raison :
Ah! Bobignasce, mon ami, s'exelama Capestoe, tu ne te doutes pas à quel point tes paroles me comblent de joie ! Car tu ne sais pas.—et comment le saurais4u ? —<cette enfant que ton ami Jacques Gravier a volée aux paysans Poton, œtte fillette de deux ans qu'il a déposte un soir dans la voiture du comédien Mirandor, grande jeune fille maintenant, et bien, je sais où elle se trouve, je la connais, et je...
Il s'arrêta, rougiscant. Il allait dire: Et je l'aime!
Cependant Bobignasse et Nacassou ne s'expliquaient point encore le trouble du lieutenant aux gardes. C’est qu'ils ne pouvaient comprendre de quelle façon Capestoc pouvait ètre si bien au courant d'un secret que Jacques Gravier, dit Lapäleur, leur avait confié avant de mourir. Et Bobignasse demanda :
—Mais palsombious! comment savez-vous que cette jeune fille...
—Ah! c'est qu'à mon tour il faut que je te dise tout. Eh bien, apprends, Bobignasse, que le curé de Galluis, au moment de mourir, m'a confié une enveloppe cirée de jaune, qui contient les papiers dont t'a parlé Lapâleur.
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—cmasne sean
Ah! vous m'en direz tant! répondit Bobignasseen secouant la téte,
Dans le fond il n'était pas sans être un peu vexé de voir le Gascon plus rensæigné que fui sur un secret qu'il voulait lui apprendre,
Æt que contenaient ces papiers? demanda Sacassou,
Néux le saurons bientot,
(Comment! vous ne les avez pas ouverts ?
Non le curé de Galluis l'avait expressément défendu. Il m'avait recommandé de les remettre à une certaine personne dont la mort iui a empéché de me révéler le nom. Mais maintenant, je sais tout. Ce nom, c'est celui de Marianne, ét c'est à Marianne que je remettrai ces papiers, dès que j'en aurai fini avec ce maudit Fontrailles!
Capestoc « tut, tout au bonheur d'avoir enfin à demi pénétré un mystère dont il connaitrait bientôt l'entière solution,
Bobisnasse ét Nagassou songeaient.
Ma foi, dit enfin celui-ci, tout est pour le mieux, dans le meilleur des mondes, Je pensais vous apprendre quelque chose, et je n'a perçois qu'au demeurant vous êtes mieux renseigné que nous. Tant mieux! Je voulais vous mettre au courant de cet imbroglio, afin que vous cherchiez la jeune fille et que vous l'épousiez, ce qui, j'ai tont lieu de croire, vous eût donné à la fois la puissance et la fortune, une fois que votre femme aurait fait valoir ses droits. Fortune et puissance, nul n'est plus diune que vous de l’une comme l’autre. Je vois que j'arrive trop tard. et je sens que déjà vous avez fait plus que la moitié de la besogne que je rêvais pour vous, Ce qui prouve une fois de plus que les cadets t été et seront toujours les garcons les plus spirituels du monde. Ce dont j'étais, d’ailleurs, bien persuadé.
de räscocne SGH, O1
—Bobignasse, et toi, Sacassou, répondit Capert0e,
vous êtes assurément deux coquins, mis vous avec un grand coeur, Aussi, suis-je tout heureux de mettre ma main dans la vôtre, et, quoi qu'il en soit, de vous appeler mes amis,
Oh! monsieur de Capestoe, fit Sacassou ému, 1 Y a bien longtemps déjà que nous vous l'avons dit: c'est entre nous à la vie, à la mort!
Ah! que ne m'avez-vous écouté, iv a deux ans!
—Bah! firent les deux hommes,
Mais il en et encore temps. J'ai l'oreille du cardinal, dites un mot, et j'obtiens votre grâce, et même...
—Et même... fit Bobignasse,
Eh bien! comme malgré tout vous êtes denx fines épées, je vous fait entrer dans les gardes,
—Mon Dieu! ne faites jamais ça, monsieur de Capestoc! <'évria Nacassou goguenard.
—Et pourquoi cela ?
—ÆEh! perfandious! fit Bohignasse, parce que le premier jour que nous serions de garde auprès de Son Eminence, ni Sacasou ni moi ne pourrions résister à la tentation de lui mettre nos deux rapières dans la gorge afin de le voler.
Capestoc se mit à rire.
—Vous êtes done incorrigibles ?
—Hélas! qui à bu boira! Laissez-nous à notre vie, allez, vous ne pourriez jamais rien faire de nous. D'ailleurs, une bohémienne nous a prédit, il v a longtemps que nous serions pendus, et il ne faut jamais aller contre sa destinée.
—Seulement, ajouta Sacassou, nous espérons que ce sera le plus tard possible.
Capestoe, souriant, allait répondre. Mais il n'en eut pas le tempa, On entendit au loin un bruit de voix, et bientôt on put apercevoir le Balafré qui arravait en courant.