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bouchèrent des sapins, amenant leur prisonnier. Prudemment, Capestoc avança la tête.
—C'est bien lui! fitl en tressaillant.
En effet, il venait de reconnaître Fontrailles, déguisé en muletier catalan, mais que, malgré son travestissement, trahissait sa bosse proéminente. Et le Gascon prèta l'oreille.
— Tiens! fit Bobignasse en observant le prisonnier, mais 1! me semble que j'ai déjà eu affaire à cet homme.
—En effet! répondit Fontrailles, nullement effrayé; 1l y a une huitaine de jours, j'ai déjà eu le plaisir de rencontrer vos seigneurie.
Le bossu ironisait. Avant déjà passé par les mains des bandits, il savait à quoi s’en tenir. Il en serait quitte, pensait-il, pour les quelques doublons qu'il avait en poche, après quoi on le laisserait libre. Et qu’était-ce que quelques doublons de perdus, pour le richissime Fontrailles? Et puis, M. de Cinq-Mars n’était-il pas là pour le rembourser de tous ses frais de route, y compris les rançons laissées aux voleurs de grands chemins ?
Cependant, au milieu du silence religieusement observé par chacun, Bobignasse poursuivit:
— Aussi, je me disais intérieurement : Voici une tête qui ne m'est pas inconnue, Mais, au faft, ce n'est point ici que vous fûtes arrêté, il y a une huitaine ?
—Non! c'est au col de Montlouis.
—Et je parie que c'est pour nous éviter que vous avez pris par le col des Ayres ?
—Mon Dieu, répondit le bossu narquoisement, j’aurais mauvaise grâce à le nier.
—Pardieu! j'en étais sûr! Si vous nous aviez demandé conseil la première fois, on vous aurait dit que tous les passages pyrénéens sont gardés par un de mes postes. et œla vous eût évité peut-être de faire un long détour.
—Mon Dieu! répondit Fontrailles avec un salut, je
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ne m'en plains pas, ayant l’inestimable avantage de refaire votre connaissance. a
Bobignasse sourit. Mais en lui-même il songeait :
__Oui! oui! fais de l'esprit, mon ami, rira bien qui rira le dernier!
Car un coup d'œil jeté vers la caverne l'avait rensigné: à la mine de C'apestoc qui écoutait dans l'ombre, et que son oeil exercé avait pu distinguer, il avait compris que œæ bossu était bien celui auquel en voulait le Gascon.
Cependant Fontrailles reprit :
—D'ailleurs, je connais maintenant à combien se monte l'impôt que vous prélevez sur tous les voyageurs, et, vous le voyez, je suis tout prêt à le payer sans discussion.
Et ce disant, il vida ses poches, d'où œuelques pièces d'or tombèrent, s’égrenant sur la gazon.
Mais Bobignasce répondit :
__Peuh! vous savez, ce n’est pas ici comme dans les gabelles du re; et notre impôt varie chaque jour.
—Ah! bah!
D'autant plus qu'il y a huit jours, quand vous êtes passé, vous étiez en simple croquant, et que maintenant vous voici en muletier; c’est done que depuis ce jour vos affaires ont pris quelque importance. Donc...
—Vous allez me prendre plus cher !...
—Dame! n'est-ce pas juste ?
&i fait! seulement, vous ne pouvez me prendre plus que je n’ai.
— Pourquoi pas ?
Mais, il me semble! riposta Fontrailles, dont le bel accent commençait à tomber.
Il me semble que si ce que vous avez sur vous ne suffit pas, vous devez avoir des parents ou des amis qui æ feront un plaisir de payer voire rançon.
—Oh! oh! une rançon? fit Fontrailles.
= — hui !
— Ecoutez, je n'ai pas de consil à vous donner; cependant, je vous dirai bien franchement qu’un simple muletier comme moi n'a pas le bonheur de posséder des amis...
—Un muletier, oui!
—A\lors ?
—Mais, poursuivit Bobignasse, le noble marquis de Fontrailles !
La foudre tombant aux pieds du favori de Cinq- Mars ne l'eût pas plus étonné que d'entendre le bandit prononcer son nom.
— Vous dites? fit-il, à moitié démonté.
—Je dis, répondit Bobignasse du ton le plus dégagé, que si je demande au marquis de Fontrailles une rançon de cent mille écus, il n’est pas un de ses amis qui ne se hâte d'envoyer cette somme pour que je lui rende sa liberté. Qu’en pensez-vous ?
Fontrailles avait sur lui, on le sait une grande force de caractère; se vovant reconnu, il comprit en une seule minute qu'il aurait mauvaise grâce à nier. D'ailleurs peu importaient cent mille écus; Cinq-Mars était assez riche, et puisqu'il ne s'agissait que d'argent... Aussi.
—Ma foi! je crois que vous avez raison, et j'ajouterai que vous faites peu d'honneur au marquis de Fontrailles et qu'il vaut plus de cent mille écus.
—\'est-ce pas ?
—Pardieu! répondit Fontrailles d’une voix assurée.
—Et tenez, continua Bobignasse, je suis persuadé que je demanderais cinq cent mille écus...
—Oh! oh! tte fois, c'est un prix un peu cher.
—Bah! Pensez-vous que pour conserver un ami aussi précieux que vous, M. de Cinqg-Mars hésiterait ?
Cette fois, Fontrailles se troubla. T1 pâlit. Ce nom de Cimq-Mars, jeté dans la conversation par Bobignasse le fit frémir.