‹ Les exploits de Capestoc [microforme]Chapitre 20 sur 22 · LOU · texte numérisé non relu

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—Richelieu cette fois fronça le sourcil.

—A çà! l’ami, vous me jugez donc bien mal que vous ne voulez rien recevoir de moi ?

—Monseigneur, mes amis sont des forçats en rupture de ban.

—Je signe leur grâce !

Bah! avant trois mois votre justice les atteindrait de nouveau, car, quoi que j'aie pu faire, je n’ai jamais pu les convertir. Laissez-les où ils sont et où ils vivent heureux.

C'est bien, répondit le cardinal, nous verrons.

Une minute encore, il songea, arpentant la chambre où ils se trouvaient.

Quelle heure est-il? fitil enfin.

—Près de deux heures.

Parfait. Estiu fatigué, Capestoc ?

Monseigneur, voici bien six zuits que je n’ai dormi.

Bah! tu veilleras bien une septième ?

Oui, si Votre Eminence l’ordonne.

Je le veux, Tu vas sortir, éveiller tout le monde, faire sonner le boute-selle. Dans une heure je veux partir pour Perpignan.

—Bien, Monseigneur.

Et Capestoc sortit.

Un quart d’heure après, la petite ville de Tarascon était sens dessus dessous. Les habitants étaient tous aux portes. Et, voyant les quatre compagnies des gardes se réunir à cheval, voyant les derniers et rares amis du cardinal accourir en émoi, voyant la litière de Richelieu se diriger vers la forteresse, ils étaient tout blèmissants de peur, croyant que les Espagnols vainqueurs venaient de mettre le siège à leur petite ville.

[1 n’en était rien, heureusement. C'était tout simplement Son Eminence le cardinal Richelieu qui <Iait demander au roy la tête de ses ennemis.

Cependant, après avoir donné des ordres qui venaient de jeter la perturbation dans Tarascon endormi, Capastoc se dirigea vers son logis.

Il avait mené à bonne fin les affaires du cardinal : il était temps qu’il s’occupât un peu des siennes. Ou, pour mieux dire, de celles de Marianne. Il savait maintenant à quoi s’en tenir. (Grâce à ce que lui avait conté Bobign , il avait acquis la preuve irréfutable que c’était bi. . le nom de Mafianne que ie chapelain de Galluis avait voulu prononcer et que, par conséquent, c’était bien à elle qu’il avait pour mission de remettre l’enveloppe scellée de cire jaune. Ce qui lui restait à faire était done bien simple. I1 s'agissait maintenant d’aller trouver la jeune fille et lui dire:

—Mademoiselle, le hasard et aussi ma bonne étoile m'ont permis de pénétrer le secret de votre naissance. Vous vous croyez une fille abandonnée, une enfant perdue, sans aïeux, sans nom, sans fortune. Eh bien! vous vous trompez. Vous êtes la fille d’un grand seigneur, votre fortune est immeræ, et votre place n’est plus dans la troupe d’un comédien: elle est aux côtés du trône, dont.votre père, qui n’est plus hélas! fut un des plus fidèlæ soutiens. F4 la preuve de ce que j’avance, donnez-moi trente jours et je vous l’apporterai indéniable.

Puis, à franc étrier, Capestoc partirait pour le château de la Mortmare, redemanderait à M. de Puyroland le dépôt qu’il lui avait confié il y avait près de deux mois et viendrait le remettre à Marianne, qui y trouverait qu'elle était la fille du maréchal d'Effiat.

Ensuite. ...

Ensuite, comme (Capestoc était obligé de s’avouer qu’il était amoureux fou de Marianne, comme d’un autre côté la jeune fille ne l’aimait probablement pas et que, l’aimât-elle, Capestoc n’accepterait jamais la main d’une femme à laquelle il avait rendu un tel service ; eh

bien fil disparaîtrait, il fuirait Marianne, et il espérait que, sa bonne étoile continuant à veiller sur lui, il aurait certainement la chance d'être tué sur un champ de bataille, pour le service de son Troy, ce qui était, à tout prendre, la plus belle fin pour un cadet de Gascogne.

Il se dirigea done vers son logis afin de mettre le plus vite possible ce sage projet à exXéCUtION.

Quand il arriva devant sa maison, il s'aperçut que la fenêtre du premier étage était éclairée,

—Pardieu ! fitsl, Cadéac a été évoillé par la diane et le boute-selle, et comme c'est un brave garçon, il préparé mes harnais, tout comane si j'étais là.

Et comme la porte n'était point fermée au verrou, il la poussa et monta jusqu'à la chambre du premier.

Le brave Cadéac était assis dans un fauteuil, le front dans ses mains. En entendant s'ouvrir la porte, il releva la tête, et, reconnaissant son maître, se trouva debout d'un seul bond,

— Vous! s'écria-t-il.

— Oui, moi! Ne t'avais-je pas dit que je reviendrais ?

Mais, tout à coup. Capestoc remarqua létrange figure de son valet. Elle était littéralement bouleversée et l'on y lisait la trace d'un profond désespoir.

—(ju'as-tu ? interrogea le Gascon.

— Ah! Monsieur ne sait pas! larmoya Cadéac.

—(Qu'est-il arrivé? Parle!

sentant un malheur.

—Oh monsieur peut croire que ce n’est pas de ma faute! Jai fait l'impossible pour empêcher cela! Mais je n'ai pas été le plus fort! Aussi, voici quatre jours que je me lamente et ne cesee de pleurer.

Enfin, double brute! cria Capestoc, dont la colère commençait à monter, me diras-+u...

Héas! Monsieur, Mirandor a quitté Tarascon.

—Mirandor !

—Depuis quatre jours!

demanda Capestoc, pres-

—Et Marianne ?

—Ausai. Elle a suivi son directeur. J'ai voulu l’en empêcher, mais les comédiens m'ont rossé, Oh! Monsieur, je suis bien malheureux! Monsieur qui m'avait tant recommandé de veiller sur cette enfant!

Devant ce pitoyable désespoir de Cadéac, le Gascon ne put s'empêcher de rire. Somme toute, le départ de Mirandor n'était point un si grand malheur. On le retrouverait facilement. Capestoc avait craint un évémement irréparable, en voyant la désolation de son valet.

—C'est bien, va fit-il. Nous aurons vite fait de remettre la main sur Mirandor. Une pareille troupe de comédiens ne passe point inaperçue, et ils ne doivent pas être bien loin.

Cadéac ouvrit les veux étonnés, où la joie d’en être quitte à si bon compte commençait à briller.

—Ainsi, fit-l, Monsieur ne va pas me rouer de coups ?

—Mais non, grande bête! Est-ce ta faute ?

—Certes, non! allez! A peine étiez-vous parti, je me suis attaché aux talons de la jeune fille et ne l’ai point quittée d'une minute. (Chaque soir, je suis allé voir jouer Mirame; c'est une fort belle pièce, qui m’a fort diverti... le première fois. Bref, tout marchait au mieux, quand tout à coup, sans crier gare, Mirandor a décidé de partir.

—Et pourquoi cela ?

—Par ma foi, c'est vous qui en êtes la cause.

—Moi ?

—Oui, vous! Quand il a su que vous étiez parti pour une destination inconnue, je ne sais quelle sotte idée lui a pris que vous ne reviendriez plus. Alors 1l s’est dit: M. de Capestoc parti, c’est fini, jamais je ne verrai Son Eminence. (est on vain que depuis dix jours je joue Mirame, c'est comme si je préchais dans

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le désert. Je n'ai plus qu'à m'en aller ailleurs et me hâter de regagner le temps perdu. Alors il est parti!

—Et toi ?

—Moi, j'ai essayé de le retenir. Mais ça été en vain. Puis j'ai tenté de persuader à Marianne d’attendre ici, en ma compagnie, votre retour. Mais, comme j'ai eu Phonmeur de vous le dire, MM. les comédiens m'ont rossé d'importance,

—ÆEt tu t'es laissé faire!

—Palsandious, non, car, dans la Intte, je crois bien que, j'ai endommagé quelques veux et cassé quelques nez. Mais tout cela n'a pas empêché Marianne de partir. Ce qui fait que depuis ce jour je ne dors plus, persuadé qu'à votre retour vous me romprez les 08!

—Et tu m'as attendu, cependant, fit Capestoe en riant : et tu n'as pas tenté de fuir?

—On ne se sépare pas ainsi d’un si bon maître! répondit Cadéac.

—Oui! surtout lorsqu'on a de bonnes raisons pour } cera.

Cadéac ne répondit que par une grimace qui avait la prétention d'être un sourire.

—Allons! conclut Capestoc, tu es un brave coeur, Cadéac, et je me félicite de t'avoir rencontré sur ma route. Va. console-toi, nous retrouverons Marianne, et ayant rempli ton devoir jusqu'au bout, je n’ai pas à te rendre responsable des événements. En attendant, selle mon cheval et prépare mes harnais, car nous partons à l'instant.

—Ah! cette fois vous m'emmenez ?

—Qui, car nous allons à Perpignan.

__Tiens! fit Cadéac, Son Eminence a done fait sa paix avec le ro ?

—T} va la faire.

Eh bien. tant nmeux! Comme ça nous reverrons M. d’Artagnan, qui vous aime tant.

Et, sans attendre une minute de plus, Cadéac s’en fut exécuter les ordres de son maître.

Quelques instants après à la tête de sa compagnie, heureuse d'avoir retrouvé son lieutenant, Capestoc refaisait le chemin qu'il avait fait la veille.

A vrai dire, c'était une petite déception pour le cadet que de n’avoir pas trouvé Marianne à Tarascon. C'était aussi un retard. Mais, bah!... Il s’en coneolait! Mirandor ne pouvait être perdu. Dès qu'on serait arrivé à Perpignan. Capestoc solliciterait un congé. Il se mettrait en campagne et aurait vite fait de retrouver l'impatient comédien. Marianne avertie, il partirait alors pour la Mortmare, et rien ne serait changé aux dispositions qu'il avait prises.

L'on mit quatre journées pour faire le trajet que japestoc avait fait en moins de trente-six heures. Enfin, l'on arriva devant Perpignan.

La surprise fut grande parmi l'entourage du roy, quand on apprit la vunue du cardinal. Que venait faire V'Eminence ? et qu'allait-il résulter de son entrevue avec le roy ?

A vrai dire. Louis XIIT reçut plus que froidement le cardinal.

__Vous ici. monsieur le cardinal! interrogea Louis XIII quand il se trouva en présence de zichelieu. Vous êtes done rétabli, que vous ayez quitté votre forteresse de Tarascon ?

—Serais-je à l’agonie, repartit le cardinal, Votre Majesté sais bien que je quitterais mon lit quand il &agit de la sécurité du trône.

—Que voulez-vous dire ?

J'aurai l'honneur de m'expliquer davantage Votre Majesté veut bien m'accorder un entretien.

__{°est bien. Monsieur. je vous écoute, riposta le roy.

Et d'un ceste il congédia ses courtisans. Il y avait Jà toute la noblesse de France, au premier rang de la-

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quelle Monsieur et le due de Bouillon. M. de Thou était perdu dans la foule Pour M de Cinq-Mars, il était absent,

Tout le mode se retira et laissa le cardinal en présence «du roy

La curiosité agitait tous les esprits, mais chez Gaston d'Orléans et le due de Bouillon la curiosité faisait place à l'inquiétude,

— (Que pensez-vous de cela, Monsieur? demanda Gaston à Bouillon.

Celuii hocha la tête, et avee sa rondeur de soldat, répondit :

—Je pense, Monseigneur, que j'ai toujours un cheval tout sellé dans mon écurie, des relais préparés jusqu’à Sedan et que, avant quinze jours, je serai hors de France.

—Vous croyez ?. ..

—Eh! mordieux! je crois que tout est perdu. Pour que ce renard de Richelieu quitte ainsi Tarascon pour se jeter dans la gueule du loup, il faut que nous soyons découverts, et c'est notre tête qu’il est en train de demander au roy!

—Mais il lui faudra une preuve!

— Hé! tôtedieu! Monseigneur, qui vous dit qu’il n’a pas le traité qui depuis huit jours devrait être arrivé d'Espagne ct que nous attendons vainement ?

—Mais ma signature est dessus! fit Gaston en pâlissant.

—Et la mienne aussi, et comme je ne suis point prince du sang, je vais mettre immédiatement une certaine distance entre moi et la colère du roy; car il est temps !

Et fort cavalièrement, sans prendre congé de Monsicur, le due de Bouillon tourna les talons et se dirigea vers son logis.

Gaston d'Orléans demeura là, fort perplexe.

—Bah! murmura4-l enfin, Bouillon a raison: je suis prince du sang, et le roi n'osera pas livrer au bourreau le fils de Henri le Grand, Je suis sauvé, Que les autres se lébrouillent!

Et il rentra chez lui, attendant les événements, l’âme fort tranquille, car Monsieur n'en était pas à une imfamie près.

M. de Thou n'avait pas perdu un mot dk ce qu'avait dit le due de Bouillon. Et, comme lui, ! pensa que la situation était perdue, Il savait trop bien qu'il n’y avait rien à attendre de la pusillanimité de (Craston d'Orléans. [1 courut done chez Cinq-Mars.

—Venez-vous m'annoncer que Fontrailles est de retour ?demanda le grand écuver en voyant entrer son ami.

—Je viens vous annoncer que tout est découvert!

—Vous voulez rire, “je pense? fit Cinq-Mars, qui sæ leva.

—Monsieur, le cardinal est chez le roy.

—C’est impossible !

—Je viens de le voir.

—Mais alors !...

—Gaston d'Orléans prépare déjà les termes de lamende honorable qu’il va faire à son frère et le moyen de tout rejeter sur nous.

—L’infâme !

—Et M. de Bouillon, à cette heure, chevauche vert Sedan.

—Oui, tout est perdu !

Et Cinq-Mars laissa tomber son front dans ses mains,

Cependant comprenant, que le temps pressait et que chaque minute perdue était un pas que l’on faisait vers l’irréparable, de Thou s’approcha de son ami, et doucement, lui posant la main sur lépauie:

—Voyons, Monsieur, fit-il il faut agir et non son-

Cinq-Mars leva les yeux vers 80n ami.

— Agir? demanda4-il. Que voulez-vous donc faire ? Mais ce qu'a fait M. de Bouillon.

—Fuir ?

(Certes !

—Comte de Thou, fit Cinq-Mars en se levant, le jour où j'ai posé ma signature au bas de l'acte que vous

connaissez, j'ai pesé toutes les éventualités qui pou-

vaient <e produire, Et j'avais prévu le cas où nous serions découverts. Ma décision était prise. Elle n’a pas changé. Je reste !

Mais c'est une folie!

-Pout-étre !

—Mais vous vous perdez!

Je me perdrais bien davantage en fuyant, car je commettrais une lâcheté.

—Mais..….

Cinq-Mars interrompit de Thou:

Vous êtes libre de partir. Ma décision n'engage que moi. Voici de l'or, partez, de Thou! J'ai des chevaux dans mon écurie, prenez le meilleur et fuyez!

Mais de ‘Thou secoua la tête:

Puisque vous restez, fitil simplement, je reste. Je suis votre ami, je ne vous ai jamais quitté, et cœ west point devant le billot que ma main se séparera de la vôtre.

Merci ! répondit M. de Cinq-Mars.

Et il « prit à songer.

Cependant, tandis que ces événements se passaient, Capestoe ne perdait point son temps. À peine arrivé: au camp de Perpignan, il s'était mis en quête de son ami d'Artagnan. Il n'eût pas de peine à le retrouver.

Comment! vous, Capestoc! fit le mousquetaire en apercevant son ai.

Oui, moi. Cela vous surprend?

—Vous avez done quitté le service du cardinal ?

—Pas le moins du monde, puisque Son Eminence est ici.

—Richelieu à Perpignan! vous voulez vous moquer, je pense ?

—Pas le moins du monde, Richelieu est à cette heure avec Sa Majesté et j'ai tout lieu de croire que le cardinal et le roy ne se quitteront plus.

—Mordioux! vous m'en voyez tout ravi, Capestoc, car, à vrai dire, je commençais à m'ennuyer de ne point vous avoir à mes côtés,

—Ma foi, d'Artagnan, il faudra en prendre votre parti, car je vais vous quitter.

—Allons donc !

—Oh! pour quelque temps seulement. Et dès ce éoir je vais solliciter un congé de M. de cardinal.

—Quoi! c'est vous, Capestoc, qui allez abandonner votre régiment à l’heure de la bataille ?

Il le faut. J'ai cette fois acquis la preuve certaine que notre petite amie Marianne est bien la personne à qui je dois remettre l'enveloppe scellée de cire jaune dont je vous ai parlé, et sans retard il faut que j'exéeute les dernières volontés du chapelain de Galluis.

Mais, au fait, fit d’Artagnan, Mirandor doit être à Perpignan, puisque le cardinal y est venu. Et je vais pouvoir bientôt revoir les traits de la belle Marianne.

Vous vous leurrez encore, d'Artagnan, continua Capestoc. Ayant été forcé de m’absenter six jours de Tarascon, Mirandor m'a cru perdu et, désespérant d’être jamais présenté au cardinal, il est parti.

—Pour où ?

—Dieu le sait.

—Mais alors ?...

Dès demain je me mets à sa recherche.

—Que ne puis-je vous y aider!

Les deux amis en étaient là de leur conversation

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lorsqu'ils virent arriver Cadéac, rouge d’avoir couru, suant comme une éponge et haletant comme un boeuf.

—Grande nouvelle! criat-1l du plus loin qu’il put voir son maitre,

—Eh bien ?

—Mirandor est ici!

—Dis-tu vrai?

—Comme je traversais le camp, j'ai aperçu une grande construction en toile, avec, devant l'ouverture qui sert de porte, un écrit ainsi conçu:

C'e SOtT, On jouera Mirame de M. Desmarets.

—Parfandions! ce ne peut-être que Mirandor.

—C'est lui, vous dis-je! appuva Cadéac.

—Pardieu, on peut en avoir le coeur net, exprima d’Artagnan.

—M'accompagnez-vous ?

—Certes !

—Eh bien, Cadéac, fit Capestoc à son valet, conduisnous vers cette tente théâtrale.

Et les deux officiers suivirent Cadéac.

Ils n'avaient pas fait huit cents pas que la loge de toile, hâtivement dressée par les comédiens, frappa leurs regards et qu'ils purent distinguer l'affiche dont Cadéac venait de leur parler. Ayant poussé le rideau qui servait de porte, Capestoc et d’Artagnan pénétrèrent dans cette grande tente. La première personne qu'ils apereurent fut l’ilustre Mirandor en personne, en train de donner des ordres à une demi-douzaine de charpentiers. En entendant nn bruit de pas, il avait tourné la tête, et tout soudain demeura pétrifié.

—Eh quoi! c'est done vo inonsieur de Capestoc! fit-il, sur le ton de la plus de surprise,

—Ah ça! tu me croyais & mort?

—AÀ vrai dire, vous sachant parti, et n'ayant pu m'informer pour quelle direction, je n’espérais plus vous revoir.

—Mais était-ce une raison pour quitter Tarascon ?

—Ma foi, comme en dix jours que j'y suis demeuré je n’ai pas fait une livre de recette et que, vous parti, je n'avais plus d'espoir d'attirer l'attention du cardinal, à petites journées je me suis dirigé vers Perpignan où j'avais plus de chance de faire de l'argent.

—Enfin, fit Capestoc, je te retrouve, c’est le prineipal. Où est Marianne?

Mais, à cette simple question, Mirandor ouvrit les yeux comme s'il avait vu se dresser tout à coup devant lui le roi des Enfers en personne.

—Eh bien! qu'astu à me regarder ainsi ? poursuivit le cadet. Je te demande où est Marianne.

—Comment! vous ne savez pas? fit enfin Mirandor.

—Qu'y al? Voyons? :

Devant cet entêtement, le comédien prix l’expression lamentable d’un père tragique à qui l’on apprend que son fils a été dévoré par un monstre, et d’une voix pleine de sanglots :

—Elle a été enlevée avant-hier !

—Enlevée! firent d’une même voix Capestoc et d’Artagnan.

—Oui, enlevée avant-hier au soir, et sans que moi et mes comédiens ayons pu lui venir en aide.

—Tôtebioux! jura Capestoc.

—Ventredioux ! exclama d’Artagnan.

Mirandor baïssa la tête.

—J’ai fait tout ce que j'ai pu! balbutia-t-il.

—Imbécile! que venais-tu faire à Perpignan? continua Capestoc.

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