‹ Les exploits de Capestoc [microforme]Chapitre 21 sur 22 · HR LISE · texte numérisé non relu

HR LISE

Peu Ein Pa ren restes ns

qe 6 LE ENS

Et se tournant vers d’Artagnan:

—Pardieu! c’est M. de Cinq-Mars qui a fait enlever Marianne.

—Que faire ?

—Nous allons y songer.

Et en proie à la plus vive douleur, Capestoc quitta Mirandor épouvanté, suivi de d’Aftagnan. Longtemps is marchèrent sans rien dire. Enfin:

—KEcoutez, d'Artagnan, fit Capestoc, voici, je crois, qui est le ples sage: Il n’y a pas de temps à perdre. Moi, je vais partir pour aller redemander à M. de Puyroland l'enveloppe que je lui ai confiée il y a deux mois. Seul je puis faire cela, car M. de Puyroland ne remettrait cette enveloppe à personne autre. Pendant ce temps et dussiez-vous mettre ici tout sens dessus dessous, retrouvez Marianne coûte que coûte.

—Je la retrouverai! fit d’Artagnan d’une voix résolue.

—J'en suis sûr, répondit Capestoc, et, sur ce, au revoir, car le temps presse !

Un quart d'heure après, Capestoc, à cheval, partait pour l'Ile-de-France.

Par une belle matinée du mois de juin 1642, un cavalier tout couvert de poussière franchissait la porte de Vaise et pénétrait dans Lyon. C'était M. Henry de Capestoc qui, à france étrier, regagnait le Roussillôn, où il espérait retrouver le roy et le cardinal continuant le siège de Perpignan.

Son ami d’Artagnan, il en était convaincu, arait retrouvé Marianne, et tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Un petit sachet de peau, qu’il portait À-son cou entre chair et cheunise, contenait la fameuse enveloppe, que M. de Puyroland lui avait remise, et il espérait que rien ne viendrait mettre obstacle désormais à la mission qu’il s’était donné.

En traversant les faubourgs de Lyon, Capestoc fut étonné du mouvement inaccoutumé qui y régnait. Le public envahissait les rues, discutant sur le pas des portes, et chacun pérorait, semblant commenter un événement considérable. Et parfois plusieurs mains s’élevaient, désignant le château de Pierre-Encise, qui domine la ville, construit sur la colline de Fourvières.

——Que se passe+-1l? murmura Capestoc.

Et il courait toujours. À mesure qu’il pénétrait dans le coeur de la ville, l'agitation semblait plus grande. Quand il arriva sur la place des Terreaux, la voy? nt encombrée d’une foule compacte, (‘Apestoc comprt que décidément quelque événemeni considérable

UT ne pic apart. mr «+ Pan emtieet

aan tree les

j'vais

orge de

venait de se produire, et, descendant de cheval, il avisa un bourgeois et lui demanda :

— Pourriez-vous me dire c que fait ce populaire sur cette place ?

L'homme regarda le Gascon.

——\h Ga! prononcaæt-il, vous tombez donc de la lune ?

— Presque !

—Mon Dieu! cela <explique alors que vous ignoriez ce qui SC passe 1C1.

—Mai: encore ?...

— Eh bien, jeune homme, continua le bourgeois lyon-

nais, tout ce public est réuni ici parce que le Parlement de F#on vient de condamner à la peine de mort MM. de Cinq-Mars et de Thou.

Capestoc tressaillit, Ah° vraiment ?

| , -Et comme vous devez ignorer quel est leur crim

apprenez qui!s ont €té reconnus coupables de haute

tralnson ét d'appel à l'étranger.

— Vous n'en direz tant! répondit Capestoc, qui ne put Sempécher d'étre ému en songeant que cette san- “lante tragédie était son oeuvre.

Voilà, jeune homme ! conclut le bourgeois d’un air important.

— Mais, pardon! reprit Capestoc, pourriez-vous me dire que c'est le Parlement de Lyon qui a jugé MM. le Cinqg-Mars et de Thou?

-Parce que c’est à Perpignan qu’ils ont été arrêtés.

—Ce n'est ] raison. | Eminence le cardinal que Dieu bon bourgeois ealua—<e dirigeait Y faire inscrire le procès des deux coupables, ais la inaladie Fa arrêté en chemin, et il est resté ici, ce qui fait que c’est Lyon qui a le grand honneur...

—Comment ! le cardinal est à Lyon?

—Depuis huit jours. Avec sa garde et les mousquetaires de Sa Majesté.

—Vous dites vrai?

—Aussi vrai que le soleil m'éclaire!

—Parfandious! s’exelama Capestoe, voilà une bonne nouvelle, et mon voyage s’arrête ici!

Et, tout joyeux, il planta là le bourgeois stupéfait, qui haussa les épaules, murmurant :

—Quelque fou !

Capestoc n’avait pas loin à aller pour découvrir son ami d’Artagnan. I! venait d’entendre dire que Richelieu logeait au palais Saint-Pierre, et il était certain d'y trouver le mousquetaire.

[1 n'eut done qu'à traverser la place. Des gardes de x compagnie veillaient à la porte du palais, qui le reconnurent en poussant des vivats.

—Bonjour, mes amis! fit Capeswe joyeusement. Ne pourriez-vous me dire où je trouverai M. d’Artagnan ?

—]Je lieutenant aux mousquetaires ?

—Lui-mêème.

—Ma foi, il ny a qu'un instant il était au haut du grand escalier.

—Merci, mes amis!

I] n’avait pas fait trois pas qu’il entendit une voix qui lui criait :

—Enfin! vous voici de retour!

C'était le mousquetaire.

—Eh bien! et Marianne? fit le Gascon, après avoir serré les mains de son ami.

—Introuvable! répondit d’Artagnan avec un geste d’impuissance.

—Eh quoi!...

—J'ai fouillé Perpignan et ses environs, Rien! Le soir de votre départ, M. de Cinq-Mars a été arrêté en compagnie de son ami de Thou. Puis nous avons

quitté Perpignan. Maintenant, Cinqg-Mars vient d’être condamné à mort. Demain il sera exécuté, Lai seul pourrait nous dire où « trouve Marianne.

Je vais le Jui demander, reprit Capestoc avec une sombre énergie,

Et. saluant d'Artagnan étonné, il grimpa quatre à quatre l'escalier et Sen vint frapper aux appartements du cardinal.

Le fidèle Bastien veillait dans l’antichambre du ministre.

Je veux voir Son Eminence! lui ordonna Capestoc,

Bastien examina le Gaseon avec étonnement.

Mais Son Eminence à consigné sa porte!

—{(jue m'importe!

Mais Elle ne veut voir personne! Elle travaille ! Dis-lui que c'est moi!

Mais...

Va done! va done! fit le cadet impatienté. Le cardinal est toujours là lorsque Capestoce veut Tui parler !

Devant une telle hardiesæ, Bastien n’insista pas, Il pénétra chez le cardinal, et une minute après en sortit de plus en plus ébahi.

—Eh bien ?

—-J* cardinal vous attend.

—Quand je te disais! répondit Capestoc.

Et à son tour il entra.

Richelieu, dans une chambre dont les rideaux fermés laissaient à peine pénétrer une blanche lumière, était, assis dans un fauteuil à oreillettes, pâli, la figure émacite. grelottant de fièvre, commençant à ressentir les premières atteintes du mal qui devait l'emporter quelques mois plus tard. Cependant en voyant paraître con fidèle lieutenant, sa figure amaïgrie s’éclaira d’un faible sourire,

—Vous voici, cher ami! prononça-t-il d’une voix défaillante.

—Oui, Monseigneur.

—Et vous avez appris ce qui s’est passé? Grâce à vous, je triomphe, Capestoc, et mes ennemis sont À terre. Hélas! je n'aurai pas longtemps à jouir de ma nouvelle faveur !

—Mais Votre Eminencæ s’abuse, voulut dire Capestoc, réellement ému de l'état désespéré dans lequel il retrouvait son maître.

—Non, non! fit Richelieu d’une voix attendrie.

Et, tutoyant le (rascon :

—Ah! si tu as quelque service à me demander, Capestoc, dépêchetoi, car, bientôt il ne sera plus temps...

—Monseigneur !

Va! je n’oublierai jamais la façon dont tu m'as ærvi, et ce me serait une suprême joie de t’accorder quelque faveur.

—Cela est facile à Votre Eminence, répondit le Grascon.

—Eh quoi! tu as enfin quelque chose à me demander toi qui ne sollicite jamais ?

—Et quelque chose de si considérable, poureuivit le cadet, que j'ai bien peur que cette première demande n'essuie un refus.

—Allons donc! Parle, Capestoe, et me demanderais- {u le bâton de maréchal, que je supplierais le roi de ti le faire avoir.

—I1 ne s’agit point de cela, Monseigneur.

—Que veux-tu ?

—Voir M. de Cinq-Mars!

Tout malade qu’il fût, le cardinal se leva en entendant le Gascon émettre ume telle prétention.

—Voir M. de Cinq-Mars! répéta+-il en regardant Capestoc.

Celui-ci, point ému, continua :

—Je ne dis point il le faut! car on ne doit point parler ain devant le grand cardinal qui tient dans ses mains les destinées de la France. Mais je dirai à Votre Eminence: il s’agit là du bonheur de to'ite ma vie. J’ai absolument besoin de voir M. de Cinq-Mars avant que sa tête ne tomhe sous la hache du bourreau. Et si Votre Eminence m'accorde cette faveur, je m’estimerai grandement récompensé de tout ce que, dans mon faible pouvoir, j'ai pu faire pour Elle.

Le cardinal réfléchit une minute. Il ne pouvait se douter de ce que M. de Capestoc pouvait avoir à faire avec M. de Cing-Mars. Pourtant, lentement, ayant pris une décision, il! se dirigen vers son bureau. griffonna quelques mots sur un carré de papier, le signa, V ap}risa le sconu, et, le tendant à Capestoc :

Tiens! fital va voir M. de Cinq-Mars.

La Gascon prit le papier, et, étranglé par le bonheur. ue put balbutier que ces paroles :

Monseigneur! ma vie vous appartient, et c'est tout ce que j'ai! Mais disposez-en à votre fantaisie, ordonnez-moi de mourir, et pour vous, sur-le-champ, je mourrai l'âme pleine de joie,

Va! va! fit Richelieu souriant, et hâte-toi, si tu ne veux arriver trop tard!

Capestoe salua le cardinal, dégringola l'escalier quatre à quatre, et, croisant un garde:

Vite! vite! un cheval! criatl

On lui amena un cheval, et, un quart d'heure après,

était sur le pont-levis du château de Pierre-Encise, où étaient enfermés les deux condamnés à mort.

A peine Capestoc eutl formulé le désir d'être introduit dans sa celluie auprès de M. de Cinq-Mars. que tous les wuichetiers ni éclatèrent de rire au nez. Mais auand il eut montré l'ordre signé de Richelieu, chacun

s'inclina gravement. Le cardinal était le maître de la France, de ses châteaux, comme de ses prisons,

—Suivez-imoi, Monseigneur, fit un des gvôliers.

A la suite du porte-clefs, le Gascon traversa des cours, monta des escaliers, suivit des corridors. Enfin l'homme s'arrêta devant une lourde porte, en tira le verrou, puis <'inclhinant :

—Entrez, Monseiwneur.

Et Capestoc pénétra dans la cellule de M. de Cinq- Mars.

Eclairée par une haute fenétre grillée qui ne permettait au prisonnier que de voir un coin du ciel brumeux, cette chambre de force était simplement meublée d'un lit, d'une table et d'un fauteuil.

Ciny-Mars était assis sur ce fauteuil, les mains croices sur sa poitrine, les veux fermés, semblant dormir. Mais au bruit que fit la porte en “ouvrant, il releva la tete,

Ajue me veut-on ? prononçast-il

Le woolier avait fermé la porte derrière le (Gascon. Capestoc était seul en face de Cing-Mars. Il savança respéctueusement, et, S'inclinant:

—Monsigneur, je vous salue! commençat-l.

—À jh êtes-vous? que me voulez-vous ? interrogea Cinqg-Mars.

—Ce que je veux, une srâce de

Cinq-Mars hausca les épaules :

—Je vais mourir demain, fit-11.

Capestoc continua :

je <wis? simplement l’homme qui, ayant surle votre conspiration, a arraché le traité

Fontrailles et l'a remis au cardinal.

Cinq-Mars se leva, très pâle. TT examina Capestoc de la tête aux pieds. Il semblait en proie à une surex citation extraordinaire. Ses veux brillaient comme des flammes, Puis tout à coup cette émotion tomba com-

__rmnnnrrinrliirnnnntienttiqnnntientinnn

me par enchantement, son regard s'adoucit, et tendant la main au Gascon:

—Je vous remercie, Monsieur. Vous es cause que je vais mourir, mais vous m'avez empêché de commettre une infamie. Que voulez-vous ?

le Gascon s'attendait si peu à de telles paroles, qu'une minute ‘l demeura muet, cloué par la surprise.

Enfin il se remit:

Monseigneur, en faisant ce que j'ai fait, j'ai rempli mon devoir. Vous me pardonnez, tant mieux! Ce que je veux vous demander, c'est ceci:—Qu'avez-vous fait de Marianne ?

—Marianne? interrogea Cinq-Mars.

—Oui! la jeune fille que vous avez enlevée à Perpignan, la comédienne, où est-elle? qu'en avez-vous fait ?

—Mon Dieu! fit Cinq-Mars, et c'est à l'heure où je vais mourir que vous venez interrompre Ines suprêmes prières pour me parler de cette fille ?

—('est que vous ne savez pas qui elle est.

—Et qu'est Marianne ?

—('est votre soeur, Monsieur !

—Ma soeur! fit Cinq-Mars. en fixant sur le Gascon de: veux d'épouvante.

Oui! Marianne est la fille du maréchal d’Effiat, votre père.

—Que dites-vons ?

La vérité,

—Ainsi cette jeune fille est...

— Votre sœur.

Oh! ch! murmura Cinq-Mars, sur un ton d’infini douleur. Et le front dans ses mains, il s’abattit dans un fauteuil.

C'apestoc laissa pleurer le pauvre jeune homme, respectant sa douleur.

Mais Cing-Mars se releva, et le visage torturé par la «cuffrance, d'une voix calme, cependant :

Vous vous trompez, Monsieur, Murianne n'est pas ma sœur.

—Allons donc! fit Capestoc, bouillant d'impatience, vous oseriez me soutenir que Marianne n'est pas la fille du maréchal d'Effiat!... Marianne, Monsieur, était en nourrice à Galluis ,chez des paysans du nom de Potron: elle a été enlevée par un bandit du nom de Jacques Gràvier, qui, lui-même, l'a abandonnée dans le chariot du comédien Mirandor, et la preuve de ce que j'avance est contenu dans cette enveloppe.

Eu, arrachant le sachet de sa poitrine, il montra à Cinq-Mars l'enveloppe scellée de cire jaune.

L'enveloppe du euré de Galluis! hurla, plutôt qu’il ne le dit, Cing-Mars.

Oui! l'enveloppe pour laquelle vous avez fait tuer le pauvre curé de Galluis.

__C’est le dernier coup! murmura Cinq-Mars, pâle comme la mort.

-Eh bien! continua Capestoc, nierez-vous encore que Marianne est votre sœur ?

Le condamné à mort releva le front, et d'une voix très nette :

Ouit fit-il, car le maréchal d’Effiat n'était point mon père !

Capestoc, ahuri, regarda Cinq-Mars. Il crut que le jeune homme était devenu fou.

—Est-ce possible! murmura-t-il avec épouvante.

Mais Cing-Mars reprit:

Brisez le cachet de cette enveloppe, et vous verrez

j'ai menti.

—Non! non'

__Si, Monsieur, car la vérité, la voilà: Le maréchal d'Effiat, marié fort vieux, se désolait de n’avoir pas d'enfant. Il voulait un fils pour perpétuer sa race. Et

MICROCOPY RESOLUTION TEST CHART

ANSI and ISO TEST CHART No 2

: Lu LE .

ls

Page 1