‹ Les exploits de Capestoc [microforme]Chapitre 5 sur 22 · ME · texte numérisé non relu

ME

-Pour quoi pas? répondit le jeune homme en fixant Gaston d'Orléans.

De Thou remarqua alors que le visage de Ginq-Mars, ordinairement plus coloré, était d'une pâleur livide. Et la létonna.

Mais comment vous prendrez-vous, Monsieur ?

demanda la reine.

Æn le poignardant, s'il le faut!

Oh! oh! voilà qui est catégorique, MUTMUura (Gaston d'Orléans.

ji le faudra bien, répondit Cing-Mars, «i nul ne me vient en aide!

Monsieur rougit et mordilla sa moustache. Il avait vu dans ces paroles une allusion directe à son passe. V'était-il pas homme en effet, qui, avant le plus comploté contre le cardinal, setait toujours retiré au dernier moment, ce qui fait que ses amis les plus chers avaient payé de la prison où méme de leur tête leur folie d'avoir cru en la générosité d'un prince du sang.

\fais. en entendant parler Île favori de poignarder Richelieu, le due de Bouillon avait bondi:

Xon! non! Pas de Poignard' Nous ne sommes pas

des assassins, détruisons son crédit, que cela nous su f-

lise,

Vous oubliez, fit Eraston., que le crédit de Richelieu est une place forte que l'on n'emporte pas facilement d'assaut.

Tout est facile quand la cause est bonne !

Oui! mais Richelieu est puissant. Il tient le roy qui l'écoute par faiblesse et par crainte; ses créatures ont nombreuses, et les premières du royaume, car il a pour lui les Condé, les Brézé, les Meilleraie, les Marienv: de grands généraux comme les Guébriant, les Harcourt, les Fabert, ce qui fait qu'il a l’armée.

__Hé! vive Dieu! repartit Bouillon, j'ai Sedan, j'ai l'armée d'Italie, et tous les vieux huguenots de La Ro-

MICROCOPY RESOLUTION TEST CHART

ANSI and ISO TEST CHART No. 2

LE

LE

IS

APPLIED IMAGE ne

Street

York 14609 00 — Phone (716) 288 - 5980 - Fc

ax

chelle ou d'Italie n’attendent qu'un geste de ma main,

car il Y a beau temps que j'ai tout prévu dans l'attente des événements !

— Alors, c'est la guerre civile? fit la reine tressaillant,

— Hé! qu'importe! Tout n'est-il pas bon pour se débarrasser de ce farouche pourvoveur du bourreau !

—Tout cela est bel et bon, interrompit Gaston d'Orléans. Sedan, qui est à la maison de Bouillon, servira toujours de refuge à la reine et au dauphin, si les choses venaient à mal tourner, mais moi que deviendrai-je ?

— Vous! fit-elle avec un dédain qu'elle essaya à peine de dissimuler.

— 1 me faut des sûretés et un traité avec l'Espagne...

—Alors c'est l'invasion! fit la reine en se levant, un appel à l'étranger !

——N êtes-vous point Espagnole ,ma soeur, répondit Gaston, et la fille de Charles-Quint peut-elle voir l’étranger dans l'Espagne ?

—La fille de Charles-Quint est une reine de France ! répondit Anne Autriche.

—Ce qui vut dire, continua Gaston, que vous n’acceptez point l'offre de ces Messieurs, car guerre civile ou guerre étrangère, cela doit être tout un pour la reine de France.

Anne d'Autriche demeura une finute avant de répondre. Enfin:

—J'accepte les dévouements de mes fidèles serviteurs répondit la reine: mais si leurs moyens sont contraires à ma dignité de reine, je veux les ignorer.

—Vive Dieu! répondit M. de Bouillon ; s’il ne faut qu'un traité avec l'Espagne pour tranquilliser Monsieur je crois que ce sera facile, et M. de Cinq-Mars aussi, je l'espère ?

En

__Je l'ai dit: tout mon dévouement est acquis à la rein:

—Merci! dit Anne d’Autriche.

Puis se levant :

__Messieurs, vous m'avez promis de me débarrasser de Richelieu, et j'ai foi en vos paroles. Mais ce n'est point au Louvre, dans le cabinet de la reine, que doit fomenter la guerre civile ou se rédiger l'appel à l’étranger, A partir «de cette minute, je ne veux plus rien entendre ; allez, messieurs !

Les quatre hommes, ayant salué la reine, se retirèrent, suivant Gaston d'Orléans, qui songeait :

__Elle est joliment rouée, ma soeur; je ne lui aurais point. cru autant de malice. Qui donc l'inspire maintenant ?

S'il avait pu retourner dans le cabinet de la reine, il eût eu tout de suite la réponse à cette interrogation qu'il se faisait.

Car. à peine Anne d'Autriche se trouvait-elle seule qu'une portière, s’écartant, livrait passage à un homme qui, souriant, avait prononcé :

__Eh bien! ma reine est-elleæntente de moi?

__ (Certes! l'arrivée de Cinq-Mars a vaincu toutes les hésitations: mais comment avez-vous pu détacher de Richelieu une de ses plus fidèles créatures ?

__Benoni! là est mon secret, répondit l’homme avec un sourire.

Cet homme était Giulio Mazarini que Richelieu venait de faire nommer cardinal.

RO

Henri Coiffier de Ruzé. marquis de Cinq-Mars, grand écuyer du roi, avait à peu près vingt-deux ans au moment où se pass cette histoire. En effet, il était né en 1620, Céait un beau cavalier, de taille élégante et de physique fort agréable. Grand, élancé, il attirait de prime abord, par le charme pénétrant de son visage respirant Ja franchise, la jeunesse et la loyauté. Ses grands veux noîrs pétillaient d'intelligence, et rien qu'à le voir on comprenait que le roi se fût si familièretient attaché à lui.

Sa fortune avait été aussi considérable que rapide. Le cardinal l'avait placé auprès du roy, d’abord parce qu'il était le fils de G@, maréchal d'Effiat qui avait été un de ses amis Ke Ja première heure. Le maréchal. d'ailleurs, devait son élévation au cardinal, car, à vrai dire, sa valeur personnelle et sa petite noblesse ne l’auaient guère pu servir.

Il y avait done là deux motifs bien puissants pour que le jeune Cinq-Mars conservât au cardinal une éternelle reconnaissance,

Nous l'avons dit, le cardinal comptait d’ailleurs sur cette reconnaissance et il n'épargna rien pour pousser cette nouvelle créature. Capitaine aux gardes à dixsept ans, puis maître de la garde-robe de Sa Majesté, il avait été promu à vingt ans grand écuyer de France. Jamais fortune n'avait été égale à celle-là. Le TOY d'ailleurs avait fini par ne plus pouvoir se passer de Cinq-Mars; dès qu'il le perdait de vue, il l’envoyait

chercher; il ne le quittait guère d’une minute, et ce jeune homme assis aussi près {lu trône pouvait à juste titre se considérer comme un peu maître des destinées de la France. Une telle fortune, d’ailleurs, ne pouvait que croître, et l'amour s'étant mis de la partie, Cinq- Mars se voyait à la veille d’épouser la plus riche héritière du royaume, en la personne de la princesse Marie de Mantoue, fille du due de Nevers. Richelieu n'avait qu'un mot à dire pour que ce mariage se fit.

Done, comme l'avait si bien dit Gaston d'Orléans, qui connaissait fort bien les faiblesses humaines, à défaut de la reconnaissance, un intérêt immédiat devait faire du grand écuver une fidèle créature du cardinal.

Or, voiei que tout à coup Cinq-Mars levait le masque et qu'il se mettait à la tête d’une conspiration contre son bienfaiteur: voici que tout à coup il se préparait à signer un traité appelant l'étranger en France, afin d'aider la reine à renverser le cardinal.

Que se passait-il dans l’âme de ce jeune homme? A quelle pensée obéissait-il en agissant ainsi contre ses propres intérêts, semblait-il? Quels événements mystérieux le poussaient dans cette voie de rébellion, où il avait tout à perdre et rien à gagner ?

Si la chose était indifférente au due de Bouillon qui, ignorant les intrigues de la cour, ne connaissait point les attaches formidables qui unissaient le marquis de Cinq-Mars au cardinal, il n’en était pas de même de Gaston d'Orléans et du jeune de Thou.

Chacun de leur côté, ils se torturaient l'esprit pour chercher les causes d’un pareil revirement dans l’esprit de M. le Grand. Mais l’un comme l’autre se sentaient incapables de découvrir les secrets motifs qui le poussaient. |

Un seul homme eût pu leur répondre. Cet homme, on l’a vu, était Giulio Mazarini.

Giulio Mazarini, dont l’histoire a francisé le nom en

; H SE è € É

sn ditéiée sé hate

DR ven

celui de Mazarin, était une autre créature du cardinal. Né à Rome, d'une ancienne famille de Sicile, ct Italien était venu en France en 16:34, comme noncæ du pape. Richelieu qui se connaissait en hommes, remarqua tout de suite la finee de cet Italien. T1 l'attacha à sa personne et le présenta à la cour, où tout de suite il plut. La reine surtout le trouva charmant, sans doute parce que ses traits délicats lui rappelaient ceux de Buckingham. Richelieu, d'ailleurs. n'avait-il point compté sur cette étrange ressemblance ?

Avant une créature à lui auprès du roy en Cinq- Mars, ne lui plaisait-il point d'en placer une autre auprès de la reine en la personne de Mazarin? Le fait est qu'il l’aceabla de ses faveurs, et qu'il ne tarda point à lui faire revêtir la pourpre cardinalice, bien que Mazarin n'eût point la prêtrise.

Un historien a dit: * La vengeance que l'Italie a tirée de la France pour avoir tant de fois trompé sa confiance a été dy mettre la peste qui s'exhalait de son tombeau.”

En introduisant Mazarin à la cour de France, Richelieu eût dû songer à Coneini. Il eût dû se rappeler que tout Italien porte au fond de lui une ambition démesurée qu’il arrive toujours à assouvir par la patience et par la ruse.

Richelieu avait découvert la finesse chez Mazarin, mais il ne songea point que dans une âme sournoise la finesse ne va pas sans l'astuce. I] avait toute confiance en Mazarin, qu’il avait comblé de toutes ses faveurs, et pas une minute il ne pensa que Mazarin pouvait le trahir.

L'ambition s'était éveillée dans le coeur de celui-ci. Parti de rien, il examina la situation et comprit qu’avee un peu d’habileté il pouvait arriver à tout. Il avait plu à la reine, et tout de suite il préjugea que cette reine serait le pivot sur lequel tournerait sa fortune.

mn

Aussi s'attachat-il à elle corps et âme. Bientôt il devint son conseiller secret, et c'est lui qui l'inspira dans l'ombre.

Mazarin, ignoré au Louvre, passant inaperçu sans que nul au monde fdaignât le remarquer, la lutte qu'il avait engagée était d'autant plus belle pour lui, que les coups qu'il frappait, Anne d'Autriche en était seule responsable, qu'il ne risquait rien à la bataille, et que si, par aventure, les choses ne tournaient point à son avantage, on n'irait point le chercher dans l'ombre où il végétait en attendant que sonnât l'heure du triomphe.

Ce triomphe c'était de s'asseoir à la place que Richelieu laisserait vide à la salle du conseil: c'était mieux que cela encore: était de devenir véritablement maître Le la France, sous la régence d'Anne d'Autriche, quand Louis XIIT ne serait plus. Et l’on comprendra lémoi de Mazarin, lorsqu'il apprit que Richelieu avait demandé au rei d'enlever la garde des enfants de France à la reine, pour qu'on les confiât à lui, Richelieu. C'était la fin prématurée de son rêve ambitieux.

Dès ce jour, Mazarin songea à se défaire de Richelieu. Il s'en ouvrit à la reine. Il savait la haine que depuis longtemps Anne d'Autriche gardait au cardinal et son impérieux désir d'en voir débarrasser sa route, Mais à peine s'était-il ouvert de son projet, que la reine s’écria :

—C'est impossible !

—Pourquoi cela? demanda le KSicilien de son ton le plus doucereux.

—Parce que la puissance de Richelieu est trop bien établie, et que nul n’osera.

—Même vous ?

—Pour renverser Richelieu il faudrait l’aide de l’étranger, et je suis reine de France.

—Alors, Monsieur ?

scale runs es à us 9 Scout jonelndinses carte ns

rs D dteut uE SES i

ns

—]ui !

Er la reine eut un haussement d'épaules de pitié. Alors quir [Un homme seul pourrait oser cela !

Ah! vraiment!

Mais cet homme est une créature de Richelieu, et reconnaissance de lie. ne voudra jamais, et lui RATS «mblable proposition serait ue folie.

A <on tour. Mazarin haussa les épaules. Lui aussi était une créature de Ridelien. 1H demanda :

Et cet homaine, S'il voulait, serait assez fort pour

renverser le cardinal?

Oui! répondit la reine, et comme il est le favori du roy, Sil signait un pacte avec TEspagne, son nom au bas de Faete équivaudrait presque à la signature royale,

Benoni! répondit Mazarin, par cette sorte de juron qui Jui était familier, et quel est cet homme ?

Monsieur le Grand!

—] 0 MaATŒUIS de Cinq-Mars?

-Lui-méme!

Ah! fit simplement Mazarin.

Mais un mystérieux sourire vint effleurer ses lèvres pales et minces,

Vous le vovez, continua la reine, notre seule espérance repose sur un homme que rien ne peut attirer à nous,

Qui sait? répondit Mazarin.

Anne d'Autriche <ursauta :

__Comment! vous espérez faire de Cinq-Mars conspirateur contre Richelieu ?

—Pent-être !

—Mais c'est une folie.

—L'avenir le dira

Mais c'est nous perdre à jamai

i | dd soin de M. le Grand sera d’avertir le PT

us

—Je ne crois pas.

—Ah ça! monsieur, fit Anne, troublée par l'air autant que par les paroles de FTtalien, quel projet insensé

mtirissoZ-VOoUs ?

—Uu projet n'est insnsé que lorsqu'il échoue; or, j'espère bien que le mien réussira.

—Qhu'allez-vous faire ?

Vous le saurez." En attendant, Convoquez dans votre cabinet semain matin, Monsieur le due de Bouillon, ci ce jeune de Thou qui, pour amour de Mile de Guéménce, vous et dévoué jusqu'à la mort.

—Et quand ils seront 1? — Attendez!

Et. sans ceser de sourire, Mazarin prit congé, laissant la reine stupéfaite,

Il se dirigea tout droit vers l'hôtel de M. le grand écuver de Franc. A l'annonce que Mazarin plésirait l'entretenir, Cinqg-Mars fronça le sourcil,

—Ajue me veut ce faquin? murmura-t-1l.

Cependant il le reçut.

Que se passa-t-il alors entre les deux hommes? Nul ne saurait le dire. Mais tout porte à croire jue ce faquin de Mazarin s'était montré fort éloquent, puisque, comme on vient de le voir le Jendemain matin, au grand étonnement de Gaston d'Orléans et de de Thou, M. le Grand se mettait à la tête de la conspiration ouverte contre Richelieu, son bienfaiteur, offrait de lassassiner et se préparait à signer le coupable traité appelant l'Espagnol à l'aide.

Seulement, comme Favait remarqué M. de Thou, le jeune favori était d'une pâleur livide en entrant chez la reine et il lui parut évident que M. Cinq-Mars n’auissait point de gaité de coeur, mais qu'il était poussé par quelque sombre fatalité.

Et, comme tous les deux sortaient du Louvre, de TFhou dit à son ami:

—Quoi c'est vous, Monsieur, qui voulez renverser le

candinal, vous qu'il ne gêne guère, vous qui êtes heureux, vous à qui tout emble sourire! C'est vous qui risquez la vie, pour le moins, en vous mettant ainsi à la tete de cotte conjuration !

Vous en êtes bien! fit de Cing-Mars essayant de sourire,

Moi, ce as la méme chose, répondit le jeune homme,

Et il poussa un “upir fort éloquent, démontrant bien que sans Mme de Guéménée, il « serait bien gardé de jouer un rôle dans ce drame qui se préparait.

Æh bien! mon ami, repartit Cinq-Mars en prenant familièrement le bras de son compasnon d'enfance, as tes raisons pour conspirer, mai j'ai les miennes, C'est une fatalité qui nous pousse chacun de notre côté dans cette voie de rébellion. Prions Dieu qu'il ne nous arrive point malheur!

Et sur ces paroles il laisst son ami plus intrigué encore qu ouparavant.

Rentrée dans son hôtel. Cinq-Mars appela un valet de chambre.

Qu'on aille me chercher tout de suite M. de Fontrailles, fit-il.et dès qu'il sera arrivé, qu'on l'introduise dans le cabinet des armes et qu'on vienne me prévenir.

Et, tandis que le laquais exécutait ses ordres, le favori laissa tomber son front dans ses mains et se prit à réfléchir ameérement.

Le baron de Fontrailles était à M. de Cinq-Mars ce que Lopez de Sylva. jadis, et M. de Rochefort, maintenant étaient au cardina! de Richelieu. Un peu moins qu'un ami, un peu plus qu'un confident.

Vingt minutes he “étaient pas écoulées que le même valet venait annoncer à son maître que M. de Fontraills attendait dans le cabinet des armes.

Sombre, un pli de tristesse couvrant son front, Cina-

Mars s'y rendit.

— Vous m'avez appelé, dit Fontrailles, et je me rends votre appel.

J'ai un grand service à vous demander,

Parlez!

Avez-vous à vos ordres quelques hommes sur lesjuels vous puissiez compter avenglement ?

Quels hommes? demanda le baron en interrogeant on maître du regard.

De ces gens qui sont préts à tout movennant une ertoine somme, et qui ont assez de crimes sur la consence pour que la potence nous en débarrasse quand ils onmmencent à devenir trop exigeants.

Fontrailles sourit.

Jai toujours ces sortes de gens à ma disposition. Parfait! dit Cinqg-Mars.

Il réfléchit une seconde, puis:

Connaissez-vous sur la route royale de Brest, entre Pontehartrain et oudan, une chapelle située sur le eu dit de Gaélius?

Non! mais avee ces indications il me &ra facile de trouver cette chapelle.

—- Elle est habitée par un vieux chapelain qui possède divers papiers dont j'ai absolument besoin. —Des papiers ?

—Oui, lun est une feuille arrachée à un registre

la naissance d’un fils du m n-

curial et doit contenir mé Jacques Gravier !

En prononcant ce nom, Cinq-Mars passa sa main sur son front, comme pour en chasser une horrible pensée.

—Bien! dit encore Fontrailles.

-Un autre est contenu dans une grande enveloppe scellée de cinq cachets de cire jaune.

— Facile à reconnaître.

—Ces deux documents, il me les faut!

T - le n Verve +: LES | —Vous les aurez, Mon: IERCUF, LIt-hi.

Demain, je pars avec le roy pour Perpignan, vous

me rejoindrez en route, et je vous jure que si vos hommes trouvent ce document, que si vous réussissez, je saurai ie SOUVONIP.

Vous <erez content de moi, Monsieur, répondit Fontrailles, qui, avant salué, sortit afin Wie donner ses

ordres,

Cinq-Mars demeura une minute réveur, puis il rele-

va da tôte. et, avec un triste sourire:

Tout n'est peut-être pas encore perdu: murmurat-il.

Pour aller de Paris à Perpignan, plusieurs routes “offraient au voyageur. Le roy avait choisi la plus ommode, sinon la plus directe,

I'avait done pris la route de Lyon; là, il avait cotoyé le Rhône jusqu'à Tarascon: puis, à partir de cette ville, le royal cortège avait tourné à droite, traversant Cette et Narbonne, pour arriver sous les murs de Perpignan ussiégé,

Le roy, -malade, voyageait flans un carrose qui ne quittait pas le favori, M. de Cinq-Mars. Mais à mesure que le voyage avançait, le grand écuver devenait de plus en plus triste. En partant de Paris, il avait fait encore montre de gaîté. Mais, à partir d'Auxerre, la mélancolie semblait s'être emparée de lui, et quand, jetant les veux à travers les portières du carrosse royal, il pouvait apercevoir M. de Fontrailles que sa gibbosité n'empêchait point le monter à cheval, son front se rembrunissait. Le roy se désolait de cet état d'esprit.

—Mon pauvre Cinq-Mars, répétait-il souvent, quel triste compagnon tu fais! Mon ennui commencerait-il à déteindre sur toi ?

Le favori essavait de sourire. Mais il ne tardait pas à retomber dans sa sombre mélancolie,

Après le carrosse du roy, qu'accompagnait les frinzants mousquetaires commandés par M. de Tréville, “'avançait le cardinal.

Pour ke voyage, il avait repris le costume kie cavalier, qui allait si bien à sa taille élancée que l’âge et les sou-

PC

cis n'avaient pu courber. Et il chevauchait au milieu de ses gardes, se plaisant à se faire accompagner par M. de Capestoc, heutenant de la deuxième compagnie.

Le brave Gascon cheminait gaiment, heureux de vivre, ct désormais tranquille. La vue du bossu Fontrailles, qu'il comparait à un singe du Brésil juché sur un cheval de cirque, Jui produisait l’effet opposé qu’il produisait à M. de Ciny-Mars. Le grand écuyer ne pouvait le regarder sans soupirer, et Capestoc ne pouvait le voir sans sourire.

Peut-être s'il avait pu entendre les soupirs de Cinq- Mars, le jeune cadet de Gascogne eût-il enfin découvert une partie du mystère qui l'obsédait et qui avait failli le perdre. Mais, en bon garde du ca#linal qu'il était, Capestoc avait bien trop de haine pour les mousquetaires de M. de Tréville, pour s’'aventurer du côté du carrosse du roy Louis XEIT. Ce qui fait que, ne pouvant entendre les soupirs de M. de Cinq-Mars, il était toujours aussi ignorant de l'énigme que la mort du curé de Gallius avait poste, et dont la solution se trouvait entre les mains de M. de Puyroland, enfermée dans les flancs de la grankle enveloppe scellée de cire jaune.

Chaque soir. à l'étape, Capestoc trouvait son nouveau valet Cadéac qui suivait à la queue du cortège parmi les bagages et les autres serviteurs.

Faut-il le dire ? le Gascon était enchanté de son nouveau serviteur. Tout d'abord, on avait été bien étonné parmi les gardes de voir le lieutenant prendre comme valet un saillard d'aussi piteuse mine. Car, nous devons l'avouer, non seulement Cad/ae était fort laid, mais encore il n'avait point de ces physionomies qui inspirent la confiance.

Petit et gros, long de torse et cagneux des jambes,

sa grosse face jaune se couvrait d’une barbe rouge et

il louchait affreusement.

Capestoc le vêtit convenablement, le fit raser, puis à ceux qui se moquaient.

—Vous le trouvez un peu gras, tant mieux, on dira partout qu'il est bien nourri; vous lui reprochez son -trakisme, tant imieux encore, car de cette façon il aura l'oeil de tous les côtés à la fois,

Comme on le voit, M. de Capestoc était fort content de son valet. Quand au valet, il n'avait pas à se plaindre de son maître,

Mais eût-il eu à s'en plaindre, qu'il se serait bien gardé de le faire voir.

Un Ben trop important attachait l’honnête Cadéac

M. de Capestoe.

M.s c'est à Lyon que, pour la première fois, le lieutenant aux gardes put se rendre compte de la fidélité a toute épreuve du valet qu’il s'était donné.

On était arrivé aans sette ville vers les sept heures du soir, et le roy, plus fatigué qu’à l’ordinaire, avait coupé court aux harangues des échevins de la cité pour aller se reposer dans les logis qu’on lui avait préparés au palais du gouvernement.

Le cardinal s'était également retiré dans les appartements qui lui étaient destinés et qui étaient toujours voisins de ceux de Sa Majesté.

En sa qualité de lieutenant, Capestoc, après avoir désigné cœux de ses hommes qui devaient veiller aux portes de Richelieu, s'était hâté de rejoindre Cadéac qui l’attendait sur la place, après lui avoir préparé son propre logis.

Comme il allait sortir du palais Au gouverneur, il se trouva sur le seuil de la porte avec M. d’Artagnan qui avait dans les mousquetaires du roy le même grade que Capestoc dans les gardes de l’'Eminence.

Nous l'avons dit, entre les mousquetaires et les gardes régnait une mésintelligence que rien ne ponvait calmer. La sourde inimitié de Louis XIII et de Riche-

aber

lieu était peut-être la cause de cette rivalité Mais, quel qu'en fût le motif, ces deux corps d'élite vivaient continuellement en guerre, et il ne se passait guère de jour que, malgré les édit, les gardes et les mousquetaires n'en vinssent aux mains

Jusque-là, Capestoc et d'Artagnan, les deux officiers des deux régiments ennemis, avaient paru se tenir en dehors we ces haïnes inasouvies qui mettaient sans cesse l'épée à la main de leurs soldats. Soit qu'ils juveassent ces duels indignes d'eux, soit qu'ils eussent égard à leur titre de compatriotes, car d'Artagnan était eadet de Bearn. c'est-àdlire (Gaecon comme Capestoc, jusqu'à cette minute ils avaient véeu sur le pied d’une froide politesse, évitant toute relation.

\ais, ce soir-là, le hasard les mettait face à face sur le seuil de cette porte, et tout de suite la question se posa de savoir lequel céderait le pas à l’autre.

Pour un empire, Capestoc n'eût point voulu s’effacer devant. l'officier des mousquetaires et le laisser passer devant lui, et il lut la même résolution dans l'œil de d’'Artagnan, qui pensait Sans nul doute qu’un mousquetaire de Sa Majesté devait avoir le pas sur un garde du cardinal. Si grand fût-il, zichelieu ne passait-il pas après Louis NIITY Que faire ?

__Parfandious! Monsieur, fit Capestoe, en saluant d'Artagnan. jusqu'ici nous avons vécu en paix; mais voici, je pense, qui Va nous mettre en guerre.

—Pourquoi cela ? demanda d’Artagnan avec une €xquise politesse.

Et parce que je sais que vous avez l'intention de passer devant moi, et que je suis bien résolu à ne point souffrir ce que je considérerais comme un outrage.

__Oh! oh! vous êtes pointilleux, à ce que je vois monsieur le lieutenant

__Eh! mordioux! Monsieur ie lieutenant, je suis Gascon, et vous devez me comprendre

—Je vous comprends si bien que je me ferais tuer plutôt que de vous céder Le pas.

—(C'est aussi mon intention !

— Alors, Monsieur... fit d'Aïtagnan galamment, en tirant à demi sa rapière.

— Hé! sangdious! grommela Capestoc, un duel dans cette antichambre, à deux pas du roy et du cardinal! Vous voulez donc nous faire embastiller ?

—Bah! la Bastille est loin.

—4Qui, mais à défaut de la Bastille, vous n'êtes pas sans savoir, Monsieur, que Lyon a le château de Pierre- Encise.

— Pourtant, Monsieur, fit le chevalier d'Artagnan, non sans un peu de dépit, il faut que nous nous battions pour trancher cette question; à moins que vous ne vouliez demeurer devant cette porte jusq@'à l'heure où sonneront les trompettes du Jugement dernier.

—Hé monsieur d’Artagnan, sortons d'abord, nous nous égorgerons après.

—A\lors, vous me cédez le pas? fit le mousquetaire railleur. =

—Mon Dieu oui. Comme je suis sûr de vous tuer tout à l'heure, c'est bien le moins que je vous donne cette petite satisfaction dont vous serez bien empêché de vous vanter.

—En ce cas, répondit d'Artagnan en reculant d’un pas, c'est à moi de vous céder la place, car je compte bien avoir l'honneur de vous laisser sur le terrain.

Mais à ce moment, Cadéac qui se trouvait dans le vestibule du palais du gouverneur, au lieu d'attendre son maître sur la place comme le lieutenant le pensait, s’'approcha de Capestoc et :

—Son Eminence le cardinal veut vous parler.

—A moi? ‘

—AÀ vous,

—Mais je sors de chez lui.

RP ET ce ne Lu d

__Sans doute qu'il a oublié de vous faire une recom-

mandation dernière, Cet bon, j'y vais! murmura Capestoc de fort mé-

chante humeur.

__{it, se tournant vers d’Artagnan :

__Ma foi, Monsieur, voici qui arrange tout. Mon service nrappelant auprès du cardinal, je n'ai plus à sortir de ce palais. La question de bienséance qui nous

séparait se trouve donc toute tranchée, et j'ai bien

l'honneur de vous saluer.

__Mordioux! j'en suis tout aise, répondit d’Artagnan car, sur ma vie, vous êtes un fier gentilhomme, et j'eusse été tout marri de vous tuer.

—Oh! me tuer!

Enfin, n'importe. Votre main, monsieur de Capestoc; je suis heureux de la serrer, car vous êtes digne d'être mousquetaire.

Et les deux hommes s'étant salués, d’Artagnan sortit, et, tout mélancolique, Capestoc regrimpa quatre à quatre le grand escalier d'honneur et s’en vint heurter aux appartements qu'occupait le cardinal.

Le fidèle Bastien, qui ne quittait jamais Richelieu d'une minute, voillait à la porte de son maître. En voyant paraître Capestoc, il se dressa tout effaré.

Eh bien! qu'arrivet4-il? la bonne ville de Lyon serait-elle en révolution ?

__HJlé! cadédious, non, tout est tranquille. Je viens seulement répondre à l'appel du Cardinal.

—Du cardinal?

__KEh oui! Il vient de me faire dire de venir le trouver sur-le-champ. Quelques ordres pour demain qu'il aura oubliés sans doute ?

__Mais Son Eminence est couchée,

—Ah !

Mais elle dort !

Qu'importe, réveillez-là, puisqu'elle ma mandé.

Bastien ouvrait de grands yeux, regardant le lieutenant avec les marques de la plus profonde stupéfaction.

—Eh bien! fit le Gascon impatienté, quand vous aurez fini de me dévisager..….

—C'est que... murmura Bastien.

— Voyons, qu'avez-vous à ‘e?

—C'est que depuis votre dé art je n’ai pas quitté le cardinal et qu'il n’a pas du tout donné l’ordre de vous appeler.

—Ah çà! se serait-on gaussé de moi! s’écria le Gascon ébahi.

—Mon Dieu, j'en ai bien peur.

Parfandious !

Et tournant sur ses talons, Capestoc planta là Bastien qui pensa que le lieutenant aux gardes était devenu subitement fou, dégringola les escaliers plus vite qu’il ne les avait montés, traversa la porte comme un trait, et bondit vers Cadéac qui, piteux et la tête basse, l’attendait au beau milieu de la place.

—Or ça! drôle, sais-tu bien que j'ai envie de te faire rouer de coups!

—Moi! murmura le valet qui comprenait qu’un orage était prêt de tomber sur sa tête.

Pâle de fureur, Capestoc poursuivit :

— Et que je n'aime pas du tout être le jouet de tes sottes plaisanteries !

—Monseigneur !

—Et que si je ne me retenais, je te pulvériserais sur” cette place !

Le pauvre Cadéac ne répondit rien. I] se esntait fort coupable sans doute, car il n'essaya même pas de se défendre, ce qui prouvait bien que sa cause devait être fort mauvaise.

—Or çài continua Capestoc, qui donc t'a dit que le cardinal voulait me parler ?

—Qui m'a dit...

Qui! quelle belle idée Ua pris de venir me déranger au moment où j'avais un entretien si intéressant avec ce brave lieutenant des mousquetaires

Cette Lois, bravement, Cadéac releva la tète.

__Ma foi, commença-t-il, je vais vous dire toute la vérité.

-Mordioux ! cela va être curieux !

__Je vous ai vu aux prise avec M. le chevalier d’Artagnan, continua le valet, et ma foi, comme je vous connais assez l'un et l'autre pour compre ndre que ni vous ni lui ne céderiez, j'ai tout de auite compris que le résultat de toute cette affaire ne pouvait être qu'un bel et bon duel.

—Pardieu!

Or, Si je suis trop bien, hélas! quelle fière lame vous êtes, d'un autre côté je n'ignore point que tous les duels qu'a eus M. le chevalier d'Artagnan ont été néfastes à <es adversaires.

__Hlolàt! maître Cadéac! fit Capesioe avec un hautle-corps, pensez-vous que ce mousquetaire eût pu me tuer!

__Je n'en sais rien, répondit Cadéac avec un grand sang-froid ; mais, me souvenant d'un certain papier qui doit m'envoyer à la potence le lendemain du jour où l'on vous trouvera mort, je n'ai nulle envie qu ’il vous arrive malheur, et voici tout simpier*ent pourquoi j'ai prétendu que le cardinal désirait vous parler, afin de mettre fin à une aventure où vous pourriez perdre

vofre vie... et la mienne.

Si colère que fût Capestoc, il ne put s'empêcher de rire, en entendant un pareil discours. Le proverbe le dit: Qui rit est désarmé. Ayant ri, le Gascon ne put sévie, contre son valct. !} se contents de lui pincer l'oreille en disant :

IJolà! maître Cadéac, je vous prierai à l'avenir de

ne plus vous immicer dans mes affaires, ou je vous ferai rouer tout vif. entendez-vous! Et, sur ce, conduisezmoi au logis que vous n'avez préparé.

Et cest be cette façon que M. de Capestoc eut la preuve qu'en prenant pour valet le plus fieffe des coquins, if n'avait pas eu la main malheureuse, Désormais il pouvait se lancer dans les pires folies et come mettre les entreprises les plus hasardenses, avait près de Lui, constamment à ses côtés, un ange gardien qui veillerait soiwneusement sur si vie

Certes oui! tout cela est fort bien, se dit Capestoe, lorsque, ayant bien soupé, 11 <écendit entre deux draps

M: rai S hambre d’aubere - 1aloré bien frais, dans une chambre d'auberge que, aalgre

affluence de populaire venu à Lyon pour voir le roy, Cacéac avait pu réerver à son maître; oui, tout cela est fort bien, N'empéche qu'avec sa maudite ruse, ce Satané Cadéac m'a forcé de céder le pas à M. d'Artaunan, Comme il était faux que le cardinal me mandât devers lui, mon service ne m'appelait point à Pintérieur du palais du gouverneur; donc, M. d'Artagian a passé fevant moi, done je lui dois un coup d'épée. Il faudra que je lui parle de cela demain matin, et comme 1l est homme d'honneur, je suis bien persuadé qu'il comprendra parfaitement mes raisons, si captieuses qu'elles paraissent au premier abord.

Et tout heureux de cette décision, Capestoc s'endormit avec cette conscience qu'il mettait à toutes choses, Maluré toutes les supplications et toutes les prières des magistrats et des habitants de sa bonne ville de Lyon, Louis XIII ne fit que coucher dans cette cité. T avait tant de hâte d'arriver sous les murs de Perpignan, que dès le lendemain matin il <e remit en route. Capestoe, à qui la nuit ne portait conseil que pour fortifier en son coeur les décisions qu'il avait prises ja veille, prit place dans le royal cortège à la tête

compagnie, n'ayant qu'une idée: trouver le moyen d’a-

border le lieutenant d'Artagnan et lui faire part des & rupules qu'il avi ut.

Seulement, le chevalier d'Artagnan se trouvait en téte du cortège, AUX cotés du rov, et C4 1pestoc ne pou vait décenment quitter sa compagnie pour aller prove: quer le Heutenant an milieu de ses mousquetaires.

Heureusement, sur les midi, le rox s'arréta à Vienne en Dauphiné, pour accepter la collation que les consuls de cette ville lui avaient préparée.

Le cortège <e disloquait. Tandis que le roy, le eardinal et les grands dignits res de la cour pénétraient dans les salons pavoisés par les municipes viennois, chaeun æ hâtait vers les rares hôtel leries pour chercher

“is rnalière pitanc

Capestoc profita de ce tumulte pour aborder : M. d'Artagnan qui, Festomac dans les talons, se dirigeait vers une humble auberge, dans le vain espoir d'y trouver de quoi diner.

Pardon, un mot, monsieur le chevalier d’Artagnan...

Le mousquetaire eut un geste d'humeur. L'auberge où il espérait déjeuner se remplissait rapidement de tous les officiers que les cons suls de Vienne avaient négligé d'inviter à la royale collation, et un instant de pe rdu. c'était risque r de ne pl us rien trouver à se mettre sous # dent.

__Eh! mordieux! monsieur, dit d'Artagnan, vous allez faire s'envoler mon déjeuner !

Eh! parfandious: Monsieur, vous partagerez le mien, car mon valet Cadéac, qui est (rascon comme VOUS et moi, et par conseque nt fort spirituel, a toujours avec

Lui un panier bien rempli de victuailles, ce qui est une

sage précaution dans ces VOYASes où l'on pense toujours au rar et au ec ardinal qui n'ont pas d’ appétit, et jamais aux gardes ni aux mousquetaires qui dévoreraient des montagnes.

En ce cas, Monsieur, je vous écoute et suis tout à vous, répondit d'Artagnan, qui, dès lors qu'il était sûr de déjeuner, n'avait aucune raison de refuser à son compatriote l'attention d'une minute ou deux.

Monsieur. commence Capestoe, vous souvient-il qu'hier au soir nous avons el une petite altercation sur le seuil du palais du gouverneur de Eyon?

Ouit l c'agisaait de régler cœtte grave question : avoir qui de nous deux devait céder le pas à l'autre ?

Vous avez bonne mémoire,

A telles enseignes que je me souviens fort bien que cette question n'a pas été tranchée, M. le cardinal vous avant appelé, ce qui fait que vous n'aviez pas à sortir at que...

(est ce qui vous trompe, monsieur le mousquetaire, interrompit Capestoe avec son sourire le plus doux.

—(‘omment cela?

Tout simplement parce que le cardinal ne m’appelait point, qu'il y avait erreur, et que, comme voué, j'aurais dû sortir du palais.

Oh! parfait, répondit le mousquetaire. Or, comme je suis sorti avant vous...

__Je vous dois un coup d'épée. Je suis channé que vous me compreniez si bien.

__Eh' mordioux! entre (rascons ces choses se devinent fit galamment observer d'Artagnan.

Ainsi, continua Capestoe, vous comprenez le scrupule de ma conscieuce ?

—Ki je le comprends!

LEt vous me ferez l'honneur de tirer l’épée avec moi ?

4e me sera un véritable plaisir.

Ah! vous êtes un homme!

s : tan vi

Alors, écoutez! Le roy ne se mettra pas en route

avant deux heures, par conséquent nous aurions tout le temps voulu de régler entre nous cette question de préséanee, Seulement vous avez grand'faim., et moi aussi, Je n'ai point l'honneur de connaître la coutuime des mousquetaires! mails nous, les gardes, il n'est rien que Hotls Né CFAl0noNs COonÉ de Hoti= battre avant déjeuner, Le notre durera longtemps, Car non valet

Cadéac à coutume de bien remplir <on service, Par

conséquent, jai bien peur que nous n'avons pas le temps d'en découdre, Mais Ce SOIT HOoUs scrons à Valence, et, ma foi, avec trois où quatre flambeaux »t la lune qi,

le lécor service de nous éclairer

je l'espère, nous rendra aussi, nous serons fort bien pour cette petite partie d'estocade, Approuvez-vous mes conclusions, monsieur le mousquetaire ?

—Mordioux! jy contresigne des deux mains! répondit d'Artagnan, tout en <ouriant.

—En ce cas, allons déjeuner. Et familièrement, passant son bras dessous celui du Heutenant aux mousquetaires du rov, Capestoc entraîna son ennemi à l'endroit méme où il était sûr de trouver l’honnète Cadéac.

Celui-ci ouvrit des veux grands comme une porte cochère quand il vit apparaître son maître en compagnie du terrible d'Artagnan. Eh quoi! toute sa belle ruse de la veille n'avait servi de rien, et à la première halte les deux lieutenants Sétaient retrouvés, prêts sans doute à se couper la gorge. Et Cadéac frissonna, songeant à ce qui lattemdait Si, par avanture, son maître allait être tué par le mousquetaire.

| Eh bien! mon brave Cadéae. interpella Capestoc, |

le couvert est-il

dressé et les mets sont-ils de choix ?

Voiei M. le chevalier d'Artagnan qui nous fait l'honneur de partager notre frugal repas,

Cadéac respira.

—Alancs! rwn-a.t ; TOI He] RE E an ‘oi : ù i ii Iuit it

vont déjeuner ensemble, et ce n'est pas encore aujourhui que M, le grand prévôt m'enverra à la potence,

Et, la joie dans l'âme, come on & trouvait dans ne Vaste prairie qui descendait en pente vers les rives du Rhône, il se mit à dresser le couvert à même le gaon,

Doucement, avec des précautions maternelles, il éta- «une serviette blanche, puis, ouvrant le panier, qe le matin ji! avait en soin de faire remplir à Lvon, il en Ur successivement un quartier de monton braisé, un pâté de foie gras, un jambon, et enfin un de ces énormes saucisons que la bonne ville de Lyon s'enorgueilit de fabriquer. Puis, comme le panier semblait être népuisable, Cadéac en tira encore une demi-douzaine de Fioles qui, sous le soleil méridional, se mirent à rire de tous leurs rubis,

—NSangdious! S'écria d'Artagnan en voyant apparaître toutes es choses succulentes, vous avez là un maître d'hôtel précieux !

— Oh! oh! répondit Capestoc en riant : aussi sais-je ce qu'il m'en a coûté pour l’attacher à mon service ?

—Et ne craignez-vous point qu'il ne vous quitte quelque jour ?

— Lui! oh! je peux dire qu'il m'est dévoué jusqu’à la mort. Mais mongeons, je vous en prie, car, je vous l'avouerai, j'ai grand'faim.

Et les deux licutenants s'attablèrent, s'il est permis de s'exprimer ainsi quand il s'agit d’une simple collation sur l'herbe,

Derrière eux, sur le versant de la verdoyante colline, “'étageaient les maisons de la vieille cité dauphinoise ; 4 leurs pieds roulaient les flots du Rhône impétueux et au loin, par delà le verdoyant panorama des plaines, il pouvaient voir la silhouette des hautes montagnes du Forez.

Comme s'ils ne devaient point se couper ja gorge le

soir méme, Capestoe et d'Artagnan dévorèrent avee le fougueux appétit de leur vingtième année, et joyeusement festoverent, pour la plus grande joie de l'honnète et brave Cadéac qui se figurait naïvement que ce festin

allait sceller l'amitié du mousquetaire et du garde,

Vers les huit heures, le cortège parvint à Valence.

C'était là l'extrême limite du Dauphiné. Encore quelques heures et l’on serait en Provence, cette terre bénie du soleil, où Capestoc, croyant reconnaître sa (rascogne, pourrait respirer ce bon air du Midi dont ses poumons étaient déshabitués,

Pas une minute il ne songea que Valence pourrait étre son tombeau, Certes, il allait se battre avec la plus vaillante épée du royaume, avec ce terrible d’Artagnan dont on racontait tout haut les exploits et tout bas les bonnes fortunes. Mais, bah! Sans vouloir en rien rabaisser la force, reconnue de l’invulnérable lieutenant aux mousquetaires, dont les adversaires, s#ils avaient pu revenir de l’autre monde où il les avait expédiés, auraient tous proclamé sa science impeccable de l'escrime, sans se dire que d’Artagnan lui était inférieur et que lui, Capestoc, n'en ferait qu’une bouchée, il avait confiance en sa bonne étoile,

Voyons, le destin, qui tient les fils de toutes les marionnettes humaines, ne l'aurait-il tant de fois tiré de périls imminents que pour le faire tomber sous l'épée d'un Gascon comme lui ?

Mais non! C'était impossible !

Le destin, en qui il avait une entière confiance, ne le trahirait point, et il sortirait vainqueur de cette lutte engagée par une simple raison de préséance,

Son service terminé, le cardinal s'étant retiré dans

le palais épiscopal où il logeait, les gardes placés à sa

porte, Capestoc se mit en demeure de chercher son adversaire.

[ le trouva en face de la cathédrale qui l’attendait. Je vous cherchais, monsieur, dit Capestoc, en sa-

luant le mousquetaire.

—-Et moi, je vous attendais! répondit d’Artagnan

avec un salut.

— Alors, nous allons en découdre ?

Certes! Mais pas avant d’avoir soupé.

— (‘est juste.

—J'ai un valet qui, je dois le dire à ma honte, ne vaut pas le vôtre, continua d'Artagnan, mais il a cet avantage d'être du pays. Aussi est-il parti pour nous commander à souper dans une auberge qu'il m'a fortement recommandée pour la suceulence de sa chère et la supériorité de ses vins. Cette auberge se trouve de l’autre côté du fleuve, et comme vous m'avez offert à dîner ce matin, j'espère que vous ne trouverez point mauvais de partager mon souper @ soir ?

—Vous êtes trop aimable, en vérité, répondit Capestoc.

Et se tournant vers son valet:

—Holà, Cadéac! Suis-moi. M. d'Artagnan nous convie.

Bras dessus, bras dessous, les deux gentilhommes se mirent en route, suivis de Cadéac, qui songeait, en pleurant d'attendrissement :

Les voici grands amis, maintenant ; et dire que si, hier, je n'avais usé de ma malice, il se seraient entretués à cette heure, et que moi, de plus, je serais peutêtre pendu. An! Cadéac, mon ami, tu es décidément un garçon bien spirituel.

Et se félicitant ainsi, le loval Cadéac suivait les deux officiers qui, devisant gaiement, descendaient les rues de Valence, « dirigeant vers le pont de bateaux qui re-

lait cette ville au petit village de Saint-Perray qui se trouve en face,

La nuit était complètement venue, une nuit sombre, sans étoiles et sans lune, plongeant la campagne dans son manteau de suie, voilant le fleuve qui roulait en grondant sans lueur, sons reflet.

Le pont de bateaux fut vite traversé, et sur l’autre rive on rencontra le valet de M. d’Artagnan qui attendait son maître.

—Eh bien! demanda le mousquetaire, le souper estil prêt ?

—L'oie est à la broche, répondit le valet,

—Et ce fameux vin ?

— T1 est au’frais dans le bassin de la fontaine.

—Est-il, au moins, aussi savoureux que tu le dis, et l'amour que tu as pour ton pays ne va-t-il point nous forcer à déguster quelque horrible piquette ?

— Une piquette! sursanta le valet froissé. Ah! mon-

sieur le lieutenant s’'apercevra bien que si le petit vin blane de Saint-Perray n’est point connu, il mériterait de tout point de l'être et de figurer avec honneur sur la table d'un roy.

—Bah! il ne vaut pas le vin de Jurancçon! ricana d’'Artagnan qui, comme le feu roy, était Béarnais.

— Ni ceux que le soleil mûrit aux côteaux du Médoe, repartit Capestoe.

—-Attendez! vous m'en direz des nouvelles !

—-Enfin souhaitons qu’il soit buvable seulement, conclut d’Artagnan, et conduis-nous à ton hôtelier.

—Nous y voici, Messieurs, répondit le valet.

On était, en effet, devant urfb sorte de masure bâtie sur le bond de la route, une simple maison, dont la porte était ornée d’un énorme rameau de buis indiquant qu’en ces lieux on donnait à boir: et à manger. Cette porte qui s’ouvrait à même la rue, donnait accès à une unique chambre qui composait tout le rez-de-chaussée, Une

immense table, faite d’un plateau de coeur de chêne poli par le temps, la meublait presque en entier. Au mur était accrochée une étagère où reluisaient des plats et des assieties d'étain: à côté, une échelle conduisait aux chambres, et à droite, un âtre gigantesque rougeoyait, allumant aux vitres des lueurs d'incendie, accrochant aux étains des paillettes d’or, et derant une aie magnifique que tournait un chien enfermé dans une roue de fer.

A l'entrée des deux gentilhommes suivis de leur valet, lhôtelier, un honime grand, sec, à la face maigre. hâlé du soleil. s'avança respectneusement avec ce sourire heureux et fier de laubergiste qui a rarericat la bonne aubaine d’héberger des lieutenants aux mousquetaires et aux gardes.

—Eh bien! et ce souper? dit d’Artagnan, qui, en sa qualité d’amphitrvon, prit la parole.

—Vos Seigneuries peuvent se mettre à table, répondit l’hôtelier: je vais avoir l’honneur de leur servir un ragoût de crêtes de coq comme Sa Majesté. j'en suis sûr, n'en à pas souvent mangé.

—Allons! à table! répondit d’Artagnan.

Le souper fut déclaré excellent, bien qu’il ne se composât que du ragoût de crêtes de coq et de l’oie à la broche.

Quant au fameux vin, il fut trouvé tout simplement exquis, et mieux que leurs louanges, les six bouteilles vides pouvaient témoigner que M. d’Artagnan et M. de Capestoc l'avaient trouvé à leur août.

—Mordioux ! fit le mousquetaire, si feu le roy Henry n'avait anobli le juramcon en v goûtant le jour de sa naissance, je proclamerais qu'il n’est que piquette auprès de ce cru.

—-Hé! hé! répondit Capestoc, je ne voudrais point: imédire des vins Gascons, mais œiui-ci...

Et ce ft jeut-être de ce jeur que le petit vin mous-

seux de Saint-Perray obtint ses grandes lettres de noblesse dans l’Armorial des vignobles de France.

Les deux valets, cependant assis au coin de l’âtre, avaient pris une part de ce plantureux festin que ioyeusement ils avaient arrosé de saint-perray. Et sous l'influence d’une digestion facile, le brave Cadéac se réjouissait de vivre et bénissait le hasard qui l’avait pous- 6 à la poursuite de M. de Capestoc.

Il trouvait la vie bonne sous les ordres d’un pareil maître et prévoyait en perspective une longue suite de Jours pareils accompagnés d'oies rôties et de vins délectables, TT Y avait bien, faisant ombre à son bonheur, ce petit chiffon de papier que le lieutenant des gardes avait adresé au grand prévôt dn Châtelet... Mais, bah!... M. de Capestoc était plein de santé, et quant aux hasards imprévus, Cadéac était là pour veiller qu’il n'advint rien de fâcheux à son maître dont il avait trop d'intérêt à ménager les jours. Et, pardieu, c'était d’ailleurs une tâche facile pour le garçon de ressources qu’était Cadéac. Déjà hier, n'avait-il pas évité une malencontreuse rencontre entre ce bretteur de d’Artagnan et son bon maître? Voici maintenant qu’ils étaient les meilleurs amis | 1 monde, et fort éloignés, à coup sûr, de l’idée biscornue qu’ils avaient eue de se couper mutuellement la gorge. Parbleu, à l'avenir il n'aurait qu'à ouvrir l'oeil. Et Cadéac se laissait doucement aller à son bonheur, délivré désormais de toute inquiétude, quand tout à coup il sursauta.

M. de Capestoc s’était levé et avait prononcé cette simple phrase à l’adresse de d’Artagnan :

—Et maintenant, mon cher ami, je suis à votre disposition.

—Ouais! soupira Cadéac qui pâlit, qu'est-ce cela ?

Cependant, à son tour, d’Artagnan s'était levé, et appelant Fhôte:

—Hé! Vami, vous avez bien deux lanternes, par ici ?

—Deux lanternes ?

— Oui! ou deux torches, peu importe, pourvu que cela éclaire.

—J'ai des lanternes, en effet.

— Eh bien! allumez-ies et donnez-les à ces deux valets.

L'hôte sortit pour aller chercher les deux ustensiles demandéx,

—Des lanternes! pensait Cadéac, et pourquoi faire, capésandious ! Este pour entrer à la ville ou bien...

L'hôte était revenu, portant les deux lanternes. I] en remit une à Cadéac et l'autre au valet du mousquetaire.

Cependant d'Artagnan avait jeté une pièce d'or au patron de l'auberge, tandis que Capestoe, qui fredonnaït un air entre ses dents, bouclait son ceinturon

— Allons, les amis, fit le mousquetaire en s'adressant aux valets, suivez-nous !

Et. salués par l'hôte, tous les quatre sortirent.

Mais, à la grande surprise de Cadéae, au lieu de retourner vers Valence, les denx gentilshommes firent quelques pas dans la direction de Saint-Perray, et sarrêtèrent soudain.

Malgré l'obscurité, Capestoc venait d’apercevoir une sorte de terrain battu, aire où l’aubergiste, qui était propriétaire, avait coutume de battre son blé.

—Voici où nous serons merveilleusement, Monsieur, dit le Gascon.

—HTôlà, vous autres! Approchez-vous et éclaireznous !

Et tout aussitôt, Capestoc tira sa rapière.

Alors, tout frissonnant, C'adéac comprit que les deux lieutenants allaient se battre.

—Jour de Dieu! murmura-t-il, et il fut pris d’un tel tremblement que la lanterne qu’il tenait dlansait au bout de son bras.

Ainsi donc, ce bon déjeuner sur l'herbe à Vienne en Dauphiné, et ce succulent souper tout à l'heur, tout cela n’était que les prémisses d’un combat que les deux enragés officiers allaient se livrer! Son maître allait exposer sa vie... et la sienne. Quelle déception !... Quelle fin à une journée si heureusement commencée ! Mordioux! il était perdu. Et Cadéac sentait passer dans son dos le frisson de la petite mort.

Cependant d'Artagnan avait, lui aussi, dégaiîné. Et à la lueur douteuse des deux lanternes que portaient les valets, le plus galamment du monde les deux gentilshommes salignèrent.

Vous l'avons dit, d’Artagnan était un terrible adveraire. Ses aventures étaient nombreuses et ses duels fameux. 2 “ourait sur lui d'étranges histoires, et l’on murmurait iout bas que ce brave cadet de Bearn avait osé tenir tête au grand cardinal lui-même. En tout cas ce qui était certain, c'était sa science consommée de lescrime, et il fallait que Capestoc fût le plus hardi des Gascons pour oser s'attaquer ainsi au plus brave des Béarnais.

Mais Capestoc avait également fait ses preuves, et si sa renommée était moins grande que celle de son adversaire son courage et sa bravoure étaient égales au courage et à la bravoure de d’Artagnan.

Si le mousquetaire en avait douté il en eut tout de suite la preuve dans la maestria que le garde déploya pour parer la première attaque de d’Artagnan.

—Oh! oh! fit celui-ci, je vois avec plaisir qu’on ne m'avait point trompé en m’assurant que vous étiez un maître.

—Bah! je tâche de vous imiter, répondit Capestoc modestement.

—Allons! je puis y aller carrément, j'ai devant moi un adversaire qui ne m'est pas indigne.

Et, par une feinte de prime, KW’Artagnan porta au

Cadet un tel coup de flane, que le plus hardi bretteur du Pont-Neuf eût été percé d'outre en outre. Mais, d'un simple battement de fer, Capestoe avait écarté la lame de son adversaire, et, prompt à la riposte, il s'était fendu avec une telle vigueur, que d'Artagnan rompit fe deux pas pour ne pas être touché.

Mordioux! hurla le mousquetaire, voici une botte qui m'a toujours réussi !

Parfandious! Monsieur, c'est que jusqu'à ce jour vous ne vous êtes battu que contre des o1sons.

Allons, je vois qu'il faut sortir le grand jeu avec vous,

Et, rapide comme la pensée, d'Artagnan fit un saut de côté, porta une feinte à la gauche de son adversaire, puis, faisant tournover son épée, labattit en un coup droit, en plein dans la poitrine de Capestoc.

Mais le leutenant aux gardes semblait lire dans l'oeil de son adversaire les coups qu'il allait Jui porter. Il ne se laissa point prendre à la feinte hardie de d'Artagnan. et lorsque l'épée de celui-ci se trouva en ligne de sa poitrine, elle ne trouva que l’épée de Capestoc, qui, d'un battu, l'écarta, ce qui fait que, emporté par son élan, le mousquetaire se fendit dans le vide.

Avant qu'il eût pu revenir en garde, Capestoc eût pu facilement le tuer. Mais l'âme généreuse du Gascon répudiait à de tels procédés qu’il n’estimait point courtois. Faisant un «ant en arrière, il baissa donc son épée, et, le plus gracieusement du monde :

Le gramd jeu ne vous réussit pas mieux, monsieur d'Artagnan !

—Mordioux! fit le mousquetaire, vous êtes terriblement sur votre défense; jamais je n'ai vu une telle promptitude dans la parade.

Ki si vous le permettez. reprit Capestoc, je vais vous montrer que je ne suis point maladroit non plus dans l'attaque.

Et il fonça sur le mousquetaire avec une telle impétuosité, que durant une seconde, d’Artagnan se crut mort. Par un moulinet rapide, il put néanmoins éviter. e terrible choc, mais il n'était pas encore revenu de son emotion que le cadet le chargeait de nouveau,

Cependant, effravé, atterré, tremblant, Cadéac assistait à ce formidable duel où deux géants semblaient être x prises. La lanterne frémissait dans ses mains.

Pour son camarade, le valet du mousquetaire, il recardait tout cela sans nulle pointe d'émoi, habitué qu’il tait, ct depuis longue date, à de pareilles estocades. Et avait un regard de mépris pour Cadéac, ne pouvant -e douter de l'intérêt capital que Cadéac avait dans listie de ce duel.

I y avait bien une bonne demi-heure que, dans le -lence Ve Ja nuit et à la lueur des lanternes, les deux officiers ferraillaient sans résultat.

Capestoe qui durant un long moment s'était contenté le parer les bottes formidables de d’Artagnan, maintenant prenait l'offensive et terriblement chargeait son adversaire, Mais voici que tout à coup le cadet, qui s’était engagé à fond dans un engagement de tierce, se laissa Tier l'épée par le mousquetaire qui, d’un coup see, la lui fit sauter des mains.

— Tonnerre! hurla Capestoe avee un cri de rage.

Et fièrement il croisa les bras, attendant le coup qui allait Fexpédier dans l’autre monde, car, sous le règne de Louis XTTI le Juste, le code de l'honneur ne défendait point de frapper un ennemi désarmé. Capestoc sattenÿait donc à être transpercé d’outre en outre par “on ennemi, et il ne fut pas à demi surpris en voyant ÆArtagnan sourire, puis se baisser, ramasser son épée et la lui tendre galamment en disant :

—Monsieur de Capestoc, je ne serai pas moins généreux que vous. Tout à lheure, quand je me suis fendu si malheureusement, vous eussiez pu facilement me tuer

à la riposte, Vous m'avez épargné @t ] aurais honte

maintenant de profiter le ce que dans la chaleur de la

lutte votre épée a glissé de vos doigts, Je vous remercie, Monsieur, répondit Capestoc en se remettant en garde,

Mais il rougit. I n'aimait pas beaucoup qu'on refit, apré lui, les nobles générosités qu'il avait faites, Et la lutte recommenca.

Mais Cadéae commencait à <e rassurer, Lui qui, des puis le premier engaement de ce combat, n'avait pas un pore de sa peau qui ne distillat une outte de sueur, s'était senti soudainement glacé en voyant la lourde rapière échapper aux mains de son maitre.

Je sais mort! s'écria-t-il en gémissant.

do

Page 1