DORE SES
per tannins: NE | SN
11 le faut.
“Mais, Monseigneur, pensez que nous ne sommes
point à Paris, que Valence est une tonte petite ville, que la présence du roi fait sortir tous les habitants dans la rue, et que...
PAU CEE: | faut !
“ Je connais M. de Fontrailles, et sais que lorsqu'il a
ni quelque chose dans a tete et que ce quelque chose
doit plaire à AT ch Cing-Mars, il est difficile et inème impossible de le faire revenir sur sa décision.
“C'est bien! répondis-je, Je l'enlèverat.
“__Pr'ailleurs, continua M. de Fontrailles, pour que ue cette jeune fille sera en ton pouvoir, gagne Pautre rive du Rhône et, par Viviers et le Pont-Saint-Esprit, file sur Avignon où demain cette enfant à M. le Grand qui en est
ta tâche soit plus facile, des q
nous enverrons Amoureux.
“Ht voilà! j'ai exécuté ces ordres, et maintenant vous savez tout.
Mfordioux' grommela Capestoe entre ses dents, | son récit, ce l'ontrailles se
quand l'Angevin eut fini foutre toujours au milieu de ma route! Décidément,
j'ai bien peur qeu tout la ne finisse fort mal pour
lui!
Eh bien, Messieurs, dit PAngevin inquiet devant le silence de <es auditeurs qui s'étaient constitués ses
juges, mon histoire vous a-t-elle intéressés ?
Certes! répondit Capestoe.
Alors vous allez me rendre la liberté ?
Ouis! ouais! murmura Capestoc.
Oh! par pitié, il a votre parole, implora Marianne dont la bonté d'âme ne gardait point raneune À son ravisseur.
__Quitila notre parole ? appua d'Artagnan !
Ouit oui! conclut Capestoc; seulement, à peine libre, il ira tout conter à M. de Fontrailles, qui en fera
til
part à M. le Grand. Et comme le marquis de Cinq- Mars est le favori du rov et l'ami du cardinal, nous risquons fort de laisser nos plumes dans cette affaire, sans méme avoir la joie de sauver cette pauvre enfant.
Alors, que faire? demanda d'Artagnan.
Ceci, si vous Je voulez bien: prier cet excellent are bergiste de garder ce brave l'Angevin dans sa cave pendant une huitaine de jours: d'iei là nous aurons eu le teinps d'aviser.
Me garder prisonnier! S'exclama PAngevin,
Bah! répondit Capestoe, dans une cave! Et quand iu auras uoûte quelques fioles du vin de ce pays-Ci, je age que tu n'en voudras plus sortir.
—Mais!...
Et puis! Ainsi l'ont décidé Nos Seigneuries ! Tu entends, l'aubergiste: Tu vas enfermer ce gaillard dans une de tes caves, en veillant bien à ce qu'il ne se sauve pas |
Et pour plus de sûreté, fit d'Artagnan, je vais te laisser mon valet qui se chargera de veiiler à ce que le prisonnier ne prenne point la clef des champs.
Mais cela va vous géner, fit observer Capestoc, d'être ainsi privé de votre serviteur.
Bah! vous me prêterez le vôtre,
—Mordioux! æ sera avec plaisir.
Cadéac, en entendant ces paroles, commença par es-
quiser une grimace qui Sacheva par un sourire.
C'est que son âme, subitement, venait d'être partaue en deux entiments contraires. D'abord l'ennui, avant ainsi deux maîtres à servir, d'avoir double charge et double travail. De là la grimace.
Mais tout de suite il songea que si les deux officiers faisaient ainsi un galant troc de valets, c’est que la paix était scellée entre eux pour longtemps. Et il sourit.
Mais ni M. de Capestoc ni M. d’Artagnan ne daignèrent remarquer ces jeux de physionomie si divers.
ter ré: k
ge te pont ta te dénmnntreps Hirhrabent sentant
Tu entends! fit le mousquetaire à son valet, tu vas prisonnier,
demeurer 1er 4 garder ie liberté que dans huit jours,
Ettu ne lui rendras si ajouta Uapn steon
Et aitu le laise échapper, tu seras rompu dk coups ?
L'on peut compter ur moi, répondit le valet.
Et maintenant, dit Uapestor, rentrons à Valence,
ea il est bien tard et demain,
ou plutôt ce matin, il faut remonter à ehevai,
Puis <e tournant vers Marianne :
l'illustre Mr-
Æt d'ailleurs, à défant de vos parents,
randor doit être inquiet de vous.
Je le crains, répondit lt jeune fille.
Alors, en route!
Ca pestoc offrit son bras à la jeune fille, ce qui fit oure tt à M. d'Artagnan. Puis, après avoir pavé laubergi-te, avoir bien recommandé prisonnier
‘adéac réjoui, quittèrent le Rhône qu'ils fran-
froncer le
au valet, tous trois auivis de (
l'auberge et se dirigérent vers chirent sur le pont de bateaux.
Valence étant une ville ouvete, ils n'eurent point besoin de parlementer aux poternes pour y pénétrer, et
moins d'un quart d'heure après avoir quitté l'auberge
de Saint-Porrav. ils se trouvèrent sur la place d'Anmes,
Capestoc el Marianne avaient joveusement devisé le long de la route. ei cela au erand dam de M. d'Artapoint voulu prendre part à la con-
enan, qui n'avait | versation, 1 était évident que le mousquetaire était comédienne et que le rôle ne lui
amoureux de la jolie spectateur diseret
plaisait point, d'auditeur muet et de
des naissntes amours du Gascon et de Marianne. Pour Cadéae, il avait suivi à trois ou quatre pas der- 3° PR NT te
coeur ti avoir vi Lifiif &i
rière, Ja joie dans k i duel qui avait si malencontreusement commencé. Dé-
cidément le hasard se mettait de son côté.
Cependant, arrivé sur la place d'Armes, endormie à cette heure tardive, car il pouvait bien être entre trois æt quatre heures du matin, Capestoc interrogea Marianne :
Et maintenant, Mademoiselle, voulez-vous dire où cite l'illuatre sieur Mirandor, afin que nous vous remettions saine et sauve entre ses mains ?
Vous @tes mille fois trop bon, Monsieur, répondit la jeune fille. C'est à côté, dans cette rue, à l'hôtellerie de la Croir-d'Or.
L'hôtellerie de la Croir-d'Or <'édifiait en effet, à une centaine de pas de la place d'Armes,
Quand ils parvinrent, ils furent tout étonnés de voir la cour de l'hôtellerie illuminée comme pour un jour le fête, et toute pleine d'un bruit de voix.
Mordioux! observa Capestoe, la présence du roy lans cette joveuse ville a troublé l'esprit de ses habitants, pour qu'ils fetovent encore à cette heure.
Et, avant poussé la porte charretière, il pénétra dans la cour, avant toujours la jeune fille à son bras. A peine en avait-il franchi le seuil, qu'un cri partit dans l'ombre, et un jeune homme, portant une torche, #avanca, disant:
En croirai-je mes veux! Mais c'est Marianne elleméme !
Et galamment, le jeune homme, qui n'était autre que le Léandre de la troupe, prit la main de la jeune fille qu'il baisa le plus amoureusement du monde.
Cependant, à son cri, cinq où six personnes étaient venues, et en tête un homme d'une cinquantaine d’années, court, bedonnant, mais à la physionomie non sans noblesse, et dont les sourcils baissés devaient faire frémir quand il jouait les tvrans de tragédie.
Capestoe devinant tout de suite l'illustre Mirandor le salua, disant :
—Voilà la perle de votre troupe que nous vous rame-
re nier en rite limitent al PP
PP Ter nanas ou in rires
mé éhatept nn prrsitenes
Us + ef a pre pl nn 2
nons, ayant eu l'insigne honneur de l’arracher aux mains d’un misérable qui l’enlevait.
—Oh! la pauvre mignonne! soupira une vieille femme à la figure fardée, ce qui n’effaçait point ses trop nombreuses rides, tandis qu'un homme long et sec fit un geste emphatique en s'écriant :
—Oh! si j'avais été là!
Mirandor, cependant, saluait le garde et le mousquetaire, et, se confondant en remerciements :
—A vrai dire, Messieurs, je me doutais un peu de ce qui était advenu à cette pauvre enfant.
—Et vous demeuriez là tranquille! ne put s'empécher de s’écrier Capestoc.
—Hélas! monsieur le lieutenant, répondit Mirandor avec un air d'humilité, nous ne sommes que des comédiens. Que pouvons-nous faire, quand il plaît à quelque seigneur d'enlever nos filles ou nos femmes ?
—Mais il v a des juges en Franc!
—Pas pour les comédiens, qui sont presque hors la loi.
—Bandit! srommela Capestoc entre ses dents, ajoutant à haute voix:
— Ainsi, si je mavais eu la grande joie de sauver cette enfant...
—Nous allions partir, Monsieur ! répondit le chef de troupe. J'ai le projet de suivre Sa Majesté le roy et Son Eminence le cardinal, —<et Mirandor ôta respectueusement son chapeau pour prononcer ces deux noms sacrés,—et comme demain soir j'espère donner une représentation à Avignon, je préparais ma voiture, afin de quitter ces lieux dans une heure.
Et Mirandor désigna au cadet un chariot déjà tout chargé, auquel deux ou trois comédiens, aidés des valets de la Croix-d’Or, attelsient deux mulets apocalyptiques.
—Pauvre Marianne! songea Capestoc en soupirant. Enfin, je veillerai sur elle.
Et saluant la compagnie :
—Serviteur, Messieurs !
Puis, à Marianne, dont il pressa la m d’émoi :
—À demain, Mademoiselle, car Dieu m je ne vais pas vous applaudir à
Et ïl sortit, entraînant
ain, tremblante
e damne si Avignon !
d'Artagnan dont la mauvaise
humeur ne faisait que croître.
Last ie cpu volqnn nat vont
À 0 bib out dinéiee aéhiianon«
Les deux gentilshommes, toujours suivis du fidèle Cadéac, firent quelques pas en silence et parvinrent ainsi jusqu'à la place d’Armes, qu’ils avaient traversée tout à l'heure, Là M. Capestoc s'arrêta et, se plantant devant le lieutenant aux mousquetaires :
—Certes, je ne regrette point d'avoir sauvé cette aïmable enfant du déshonneur qui l'attendait. Néanmoins, cela a interrompu notre duel, et nous en sommes encore à régler cetie question de préséance qui tant nous tient à coeur! Qu'en pensez-vous, monsieur d’Artagnan ?
En entendant ces paroles, Cadéac se mit à geindre de tout son être. Eh quoi! Cette vieille histoire n’était pas enterrée! Elle revenait encore sur le tapis ! Décidément, ces deux enragés ne seraient contents que lorsqu'ils se seraient coupé la gorge! Ce n’était pas une existence, que menait là Cadéac! Etre toujours sur le qui-vive ne lui allait pas du tout. Et si cela devait continuer, sûrement il en tomberait malade.
Cependant, d’Artagnan s'était incliné devant le Gascon.
—Je suis toujours à votre disposition! D'autant plus que si, ce soir, je tirai l'épée avec vous afin de vous obliger, dès à présent j'ai une raison de me battre.
—Une raison? demanda Capestoc.
— Qui !
—Autre que la question de préséance ?
—Tout autre!
—Et peut-on savoir ?
—C'est facile! Mais je vous en prie, renvoyez votre laquais, car nous n'avons point besoin de lui, et le pauvre garçon doit tomber de sommeil.
—Tu entends, Cadéac! prononça Capestoc.
—Mais je ne suis point fatigué, murmura le valet, qui était tout marri d'abandonner son maître dans une si périlleuse circonstance.
—Cela n°y fit rien! Va te coucher, te dis-je,
Cadéac, bien qu'il ne fût au service de Capestoe que depuis un mois, savait fort bien qu'il était dangereux de ne pas obéir aux ordres de son maître. Aussi, bien que le coeur lui saignât de le quitter, —et pour cause, — tou penaud et l'oreille base, il resagna le logis qu’il avait préparé pour son maître et pour lui:
Dès que, ayant tourné la première rue, le bruit de ses pas se fut éteint dans le silencæ de la nuit :
—Eh bien! Monsieur, ananda Capestoc au mousquetaire, ie direz-vous maintenant quel autre motif vous est venu de tirer l'épée contre moi ?
D'Artagnan passa son bras sous celui du Gascon, et, l’entraînant :
—Ditesimoi, Monsieur, — et pardonnez-moi si ma question paraît indiscerète, — seriez-vous par aventure amoureux de la jolie fille que nous avons sauvée ?
Capestoc regarda d’Artagnan.
—Amoureux ?
— Oui, amoureux !
—Mordioux! Monsieur ! vous avez une façon de poser des questions à brûle-pourpoint.….
—Mon Dieu! c’est la chose la plus simple du monde :
; quand on aime, cela vient eine poitrine, comme une ar-
—Bon! bon! je comprends, interrompit Capestoc. Mais dites-moi où tend cette question...
EL A 2e ressure nn NS POPO PRE Je ANAr ne
—Tndiscrète, n'est-ce pas ?
—Peut-être bien, parfandious !
—Eh bien! elle tend à ceci: que moi, entendez-vous! moi le chevalier d’Artagnan, il m'a suffi d’un seul regard de cette jolie Marianne porr tomber amoureux delle!
—0h ! oh!
—Et lorsque j'aime quelqu'un, il ne me plaît pas d’avoir de rivaux !
—Parfandious! Je suis ainsi fait! C’est bizarre comme nous avons les mêmes sentiments !
—J'en suis ravi; je conclus done que si par hasard vous étiez amoureux de la belle Marianne, vous deviendriez mon rival, et comme tel, je serait tout aise de vous tuer, question de préséance à part!
—Oh! oh! s'exclama Capestoc.
—N’êtes-vous point de mon avis ?
—Hé! hé! pas tout à fait.
—Vraiment ?
—QOui!
—Expliquez-vous de grâce! Et si vous avez quelque raison plausible, je me ferai une joie de me ranger à votre opinion.
—Eh bien, voici quelle est mon opinion: Le fait que quelqu'un aime la femme que j'aime ne me le fait point ranger parmi mes rivaux.
—Ah!
—Oui! puisque je suis seul à occuper le petit coeur de la belle!
—Et vous en concluez ?
—Que je serai votre rival le jour seulement où Marianne m’aura choisi, si tant il est qu’elle fasse un choix entre nous, et que son coeur ne soit pas pris ailleurs.
—C'est là votre facon de voir?
—Qui !
—Eh bien, j'en suis fâché, mais elle n’est point la
mienne. Moi, je considère comme rival tout quidam qui regarde d’un œil attendri celle vers qui vont mes YOUX, et comme je suis horriblement jaloux, pour ne pas me voir préférer ce rival, je le tue sans pitié.
—Mon Dieu! répondit Capestoc, ceci est un point de vue, et je n'irai point nrinscrire contre. Je vous avouerai donc que je suis amoureux de Marianne, et de cette façon nous aurons deux motifs au lieu d’un de nous battre et de nous couper la gorge congrûment.
—Je suis heureux de vous voir dans de telles dispositions, Et, ma foi, comme le proverbe dit qu’il ne faut jamais remettre au lendemain ce que l’on peut faire le Jour même, si vous le voulez bien, nous allons e:1 découdre de suite ?
Tout en pariant ainsi, bras dessus bras dessous, les deux gentilshommes étaient arrivés jusqu’au bord du Rhône. 11 y avait là une large lagune de sable où l’on pouvait être à merveille pour ferrailler, d'autant mieux que la lune brillait dans le ciel et que l’on y voyait presque autant qu’en plein jour.
Aussi d'Artagnan répondit :
—Mon Dieu, je n'y vois pas d’inconvénients. Cependant sans témoins. .
—Bah! entre hommes d'honneur comme nous, il n'en est pas besoin. Demain, l’on trouvera le cadavre de l’un de nous sur cette rive. et l’on dira naturellement qu'ayant eu, pendant la nuit, quelque intrigue amoureuse, il aura été poignardé par un mari jaloux.
—Capédédious ! vous êtes un homme d'esprit.
—Allons, Monsieur, répondit Capestoc, l'épée au clair!
Et tout en disant cela, le Gascon tira sa rapière et se mit élégamment en garde. D’Artagnan l’imita et, sous Je blanc ravon de la lune, les deux épées étincelèrent.
—Vive Dieu! cria d’Artagnan, nouy ÿ voyons clair,
ane.
ou RU arc ns Pret
rer RER APE w.
gx D
nn rnqmnanmne
et je vais pouvoir mieux que tout à l'heure essayer des coups qui m'ont toujours réussi.
— Et j'espère, ajouta Capestoc, que cette fois nul ne viendra nous déranger et que nous n’aurons plus de jeune fille à sauver.
Mais à peine achevait-il ces mots, que tout à coup, là-bas, au loin, il lui sembla apercevoir deux silhouettes,
— Parfandious! clama-t-il.
—Qu'avez-vous? interrogea le mousquetaire, qui, la face tournée vers le Rhône, ne pouvait voir ce qui se passait du côté de la ville,
—[Ù Y a, Monsieur, qu'il faut que pour un instant nous remettions l'épée au fourreau, car voici des fàcheux qui se dirigent de ce côté.
D’Artagnan se retourna. Les deux silhouettes se précisaient, et il était évident qu'elles se dirigeaient vers le fleuve.
—Têtedien ! vous avez raison, fit le mousquetaire. Maudite ville, où l'on ne peut demeurer un instant seul et se couper la gorge en toute tranquillité !
—Ma foi, Monsieur, il faut faire contre mauvaise fortune bon coeur, et si vous n'en croyez, nous nous cacherons dans ce bouquet de tamaris: car, pour ma part, je ne tiens pas à être surpris ici les armes à la main.
Et, ce disant, Capestoc se dirigea sous les tamaris qui fleurissaient le long du Rhône et sv tapit, attendant les événements. Le mousquetaire l'avait suivi, et tous deux, assis par terre, ne perdaient point de vue les deux ombres qui approchaient lentement et qui devenaient de plus en plus distinctes.
Cinq minutes se passèrent ainsi. Tout à coup:
— Hé! mordioux ! \dit Capestoc, on dirait un bossu.
—Ma foi, ça m'en a tout l'air.
—Ne serait-ce point M. de Fontrailles.
PR 7e
—Capédious! c’est lui, répondit d’Artagnan.
Qui donc accompagne !
— Attendez un instant, et nous ne tarderons pas à le reconnaître,
—Que diantre vient faire en ces lieux M. de Fontrailles, et à cette heure da la nuit! Qu'en pensez-vous monsieur d'Artagnan ?
—J'en pense que si M. de Fontrailles est éveillé à cette heure où tout le monde dort, ce ne doit être que dans les pires desseins.
—Je suis assez de votre avis, connaissant ce person-
nage Inieux sans doute que vous ne le connaissez vousmême,
—Oh! oh! s'écria soudain d'Artagnan.,
—Qu'avez-vous ? demanda Capestoc.
—kRegardez done l'homme qui accompagne Fontrailles.
—Eh bien ?
— Ne vous semble-t-il pas le reconnaître ?
— Heu ! heu! attendez !
— Regardez mieux!
—0Oh! oh! ventre bleu !
—L'avez-vous reconnu ?
— Non! non! c'est impossible !
— Pourtant...
— Non! non! ce ne peut être M. de Cinq-Mars.
— Hé! tôtedieu! c'est lui, cependant! répondit M. d'Artagnan, c’est bien lui, et le donte n’est pas possible,
—M. de Cinqg-Mars! murmurait Capestoc, comme stupéfait de voir paraître M, le Grand. M. de Cingq- Mars seul à cette heure, sans garde et sans escorte ! Que diable vient-il faire ici ?
—Mon Dieu ! avec un peu de patience, répondit d’Artagnan, je pense que nous allons être complètement ren. seigné avant qu’il soit longtemps.
En 7
Maintenant les deux hommes étaient tout proche, et il eût fallu être aveugle pour ne point reconnaitre l’élégante taille de M. de Cinq-Mars, et la grotesque et tortue silhouette du bossu Fontrailles. Tous les deux avançalent muets, et vinrent s'arrêter sur les bords du fleuve, à dix pas à peine du bouquet d'arbres où Capestoc et d'Artagnan étaient cachés. Les deux gentilshonmines, haletants retenaient leur souffle, les veux grands ouverts, ne voulant rien perdre dece quiallait se passer. Et ce n'est pas sans un certain étonnement qu'ils virent M. de Cinq-Mars prendre un sifflet d’or que pendait à son cou et er tirer trois sons aigus qui se répercutérent dans la nuit. «a
—Hé! he! fit Capestoc, voici qui promet merveille, et je pense que nous n'allons pas perdre notre temps ici !
—Ouil oui! répondit d'Artagnan, mais ne faisons aueun bruit, car je ne donnerais pas deux mailles de nos deux peaux si nous venions à être découverts.
Cependant après avoir sifflé trois fois, Cinq-Mars attendit, inspectant consciencieusement la nuit du côté du nord. Tout à coup, il se fit un clapotis d'eau, et à la grande surprise des deux officiers, ils virent s’avancer une barque qui s'arrêta aux pieds de M. Cinq-Mars!
—C'est vous, Piolene? demanda M. Cinq-Mars.
—Oui! Monseigneur, répondit l’homme qui conduisait le bateau.
— Tout est-il prét ?
— Tout !
—Les chevaux sont préparés ?
— Depuis trois heures.
—Et les relais ?
—Etablis de huit en huit lieues.
—(C'est bien! Et tu as fidèlemenc exécuté mes dres.
Puis se tournant vers Fontrailles, qui, jusque-là, avait tout écouté sans mot dire:
— Et toi, tâche de bien exécuter ceux que je t'ai donnes,
— Vous pouvez compter sur moi.
—Îl te faut cinq ou six jours pour aller, trois pour revenir, et mettons deux jours encore à faire ce dont tu es chargé, cela te fait onze jours, mettons douze. Nous sommes aujourd'hui le vingt-trois, c'est donc le quatre du mois prochain que tu pourras me rejoindre à Perpignan, où nous serons arrivés, et depuis longtemps. Este entendu ?
—le l'ai dit, Monseigneur, répondit Fontrailles, vous pouvez compter sur moi comme sur vous-même,
—\ors, adieu, et bon voyage! Il est cinq heures du matin, la ville ne va pas tarder à s'éveiller et je ne tiens pas à ce que l'on te voie partir.
—Monseigneur at-il songé, interrogea Fontrailles, que dans son entourage l’on pourra s'étonner de mon absence ?
— Ne t'inquiète pas de cela, Fontrailles: je me charge de donner le change aux curieux.
—C'est bien!
— Allons! embarque! embarque! car l'aurore ne va pas tarder à se lever.
— Ah! un mot avant de partir, Monseigneur.
—Un mot?
— Demain à Avignon, mon valet l’Angevin vous présentera une jeune fille que vous serez heureux de revoir.
—Une jeune fille!
—Cette comédienne que, hier au soir, vous avez daiyné trouver à votre goût.
—Marianne! s'exclama M. de Cinq-Mars, les yeux ‘uisants de concupiscence.
—Oui! Marianne. Eh bien, je l’ai fait enlever par
l'Angevin, qui à ordre de vous la remettre demain à Avignon.
Capestoc poussa du coude d'Artagnan. Et n'eût été qu'ils craignaient plus que tout de <e laisser surprendre
tous deux eussent éclaté de rire. Mais ils se continrent.
Cependant, en apprenant ce que Fontrailles venait de faire pour Jui, M. de Cinq-Mars lui serra la main, disant
—Ah! voilà d'un bon serviteur, Fontrailles, et cela rachète ton échec de Gallius,
—0h! oh! songes Capestoc qui ne erdait pas un mot de cette conversation, c'est done pour le compte de M. de Cinq-Mars que cette canaille de Fontraiiles agissait quand ses argousins n'ont donné une si rude chasse? Ma foi, voici qui est particulièrement curieux. Mais c'est égal Uilest heureux que nul ne se doute que je me suis trouvé à Gallius, car, par les cornes du diable, avec un ennemi comme M. de Cinq-Mars à mes trousses, je risquerais de ne pas atteindre aux limites de la vieillesse,
Tandis que M. de Capestoc songeait ainsi, la conversation se poursuivait entre M. le Grand et Fontrailles En Sentendant reprocher son échec de Galluisles-Yvelines, Fontrailles n'avait pu s'empêcher de faire un mouvement,
— Ah! Monseigneur ne devrait pas me faire un crime de n'avoir pas pu réussir, prononça Fontrailles d'une voix contrite, car Dieu me damne si je n'ai pas tout mis en œuvre pour arriver à un résultat heureux.
—Enfin, tout cela n'empêche pas que tu as échoué, et que je ne suis pas plus avanéé qu'avant.
Et, comme se parlant à lui-même, il ajouta :
—Et Dieu sait ce que je donnerais pour que tout fût arrive à souhait.
— Tiens! tiens! songea Capestoc, c’est donc M. de
Cinq-Mars intéresse l'enveloppe que possède M. de Puyroland? Voilà un renseigne ment que j'aurais payé fort cher, et que je viens d'avoir pour rien,
Cependant Fontrailles continuait :
—Ma foi! Monseigneur, j'en arrive à croire que le diable Tuiriéme s'est mis de LE partie. J'avais envoyé trois homines bien décidés,
— Et tons le< trois sont morts!
Je vous le «dis, c'est le diable...
— Bref! tu as échoué, Et maintenant il est trop
tard. Allons! embarque! embarque !et songe que si tu
réussis, tu me sauve plus que la vie!
Fontrailles S'inelina devant M. de Cinq-Mars, puis descendit dans le bateau. D'un coup de rame, l'homme qui le conduisait gagna le milieu du fleuve et bientôt un bruit rythmique d'avirons indiqua que la barque SUIVaIt le courant et S'éloignait de Valence,
M. le Grand demeura encore un instant debout sur rivage, puis, quand la barque avec ses passagers eut disparu dans la brume qui montait du Rhône, il quitta le rivage, et partit dans la direction de Valence.
Capestoe et d'Artagnan attendirent qu'il fût loin pour sortir du bouquet de tamaris où ils s'étaient cachés,
— Eh bien, monsieur de Capestoc! fit d'Artagnan,
— Eh bien! me.sieur d'Artagnan, répondit le Gascon, je crois que nous venons d'assister à une conversation que le roy où le cardinal paveraient cher pour la connaître,
— Vous croyez qu'il s'agit d'une con<piration ?
l'en donnerais ma tête à couper.
—-Bah! qui vivra verra!
— En tout cas, monsieur le mousquetaire, je ne vous
canseille pas de vous vanter d'avoir assisté à cet embarquement.
—Dame, non! Car, tout lieutenant que je sui, je
EE
pense que M. de Cinq-Mars aurait vite fait de me faire oublier ce que je viens d'entendre, M, le Grand et son bossu de favori ont laissé échapper devant nous certains secrets dont le moindre serait suffisant pour envoyer un homme à l'échafaud,
Et, comme Capestoc secouait la tête d'un air approbatif :
— D'ailleurs, je n'ai compris goutte à toutes ces mys térieuses choses, et dans le fond, je serais bien empéché d'en bavarder.
— Bah! grommela Capestoc entre ses dents, jai fort bien compris, moi, et je n'en bavarderai pas davantage pour cela.
D'Artagnan reprit :
— Une chose qui m'a semblé claire, par exemple, c’est ce qui concerne la jeune comédienne.
Oh! pour cela, reprit Capestoc, il n'y a aucun doute, Hein! voyez-vous la tête que va faire M. de CingeMars lorsque demain soir il ne trouvera pas à Avignon lAngevin que M. de Fontrailles lui annonçait !
— Hélas! j'ai bien peur que tout cela ne finisse mal.
—{Comment l'entendez-vous ?
—0h!ce n'est pas sur notre sort que je gémis. Jusqu'à la semaine prochaine, et tant que l’'Angevin demeure.a dans sa cave, nous n'avons rien à craindre. Mais quand il ira trouver M. de Cinq-Mars et lui racontera…
—Bah! vous vous effravez à tort.
— Pensez vous.
— Oui! car l'Angevin ne sortira jamais de la cave où nous avons ordonné de le tenir prisonnier.
D'Ariagnan recula d'un pas, et regardant le cadet :
—Hé quoi! fit-il, ma! rré la parole jurée, auriez-vous ordonné de l’assassiner ?
{}ue non pas.
— Alors! dans huit jours, mon valet le relâchera, et.
—Hé! parfandious! dans huit jours le bélitre aura Wnt et tant goûté au petit vin blanc et pétillant de Saint-Perrav, qu'il sera mort. Et c'est lui qui se sera tué! Nul ne pourra nous reprocher d'avoir perpétré un ‘ssassinat, et n°'s serons demeuré fidèles à la parole donnée,
—Mordieux! vous êtes un habile homme! ne put empêcher de s'exclamer d'Artagnan.
-Vous voyez done que de ce côté nous somes tranquilles, et que ni le malin Fontrailles ni le vindicatif M. le Grand ne sauront jamais que c'est nous qui avons arraché Marianne de leurs griffes.
— Oui, reprit d'Artagnan, mais ils auront que Ma- “anne n'est pas en leur pouvoir,
— Dame! quand M. le Grand ne la verra point paraître, accompasnée de cet ivrogne de l’Angevin.
—Et sûrement il prendra alors la fantaisie à M. de Cinq-Mars d'aller voir la comédie, pour se renseigner sur ce qu'est devenue la belle enfant qu'il avait choisie...
—Mordioux ! clama Capestoc,
— Et, apercevant Marianne sur les planches, sa fureur s'accroîtra d'autant : il tentera sans doute un nouveau coup pour l'enlever, et le hasard qui nous a favorisé une fois ne permettra peut-être plus que nous la #UVions encore,
—Cordious et parfandious ! je ne la quitterai pas une minute, jura Capestoc en étendant la main.
—Ni moi non plus, pardieu ! Mais quand nous serons de service...
—Alors que faire ?
—Une chose fort simple: empêcher Marianne de jouer la comédie. De cette facon, M. de Cinq-Mars, ne la voyant plus usr les planches, pourra croire que quelque accident lui est survenu, ainsi qu’au brave et ioyai l’Angevin.
—Pardieu! voilà une fière idée, monsieur d’Arta-
gnan! Dès ce soir je vais en conter deux mots à ce faquin de Mirandor, et je cacherai si bien Marianne...
Mais le mousquetaire linterrompit :
--Vous cacherez?... Pardon, mon cher lieutenant, mais je ne suis pas mort encore !
— Pas mort ?
— Dame! vous oubliez sans doute pourquoi nous nous trouvons ie.
— Hé! capédious! c'est vrai, reprit Capestoc, et je ne sais vraiment où j'ai la téte. Je vous en fais toutes
ot dent dès
mes excuses lieutenant, mais du diable si je me souvenals que nous avons à régler tout d'abord une question
de préséance, et ensuite...
—Ensuite, à savoir qui de nous deux va faire la cour à la beile Marianne.
—Mais tout n'est pas perdu, et maintenant rien ne
nt à a pe
nous empêche. .
Et bravement, les deux gentilshommes allaient tirer leur épée, lorsque tout à coup ils entendirent des cris.
S'étant retournés, ilsapereurent le brave Cadéae qui accourait de toute la force de ses petites jambes torses et qui poussait des cris de paon, tout en levant au ciel des bras éplorés.
—Eh bien! qu'y at-il, Cadéac? dit Capestoc, lorsque son valet fut à dix pas de lui.
— 11 v a, Monseigneur, répondit Cadéac, suant, soufflant et haletant, il v a qu'il est six heures, et que dans un instant on va sonner la bouteselle, et que depuis une
FA
heure, je vous cherche par tous les coins de la ville. —Capedious! déjà six heures! clama Capestoe.
Et il interrogea le ciel. En effet, le jour était complètement venu, et là-bas par delà les montagnes du Vivarais, le soleil commençait à monter dans une gloire de nuages roses, —Ma foi! c'est une partie remise, prononça d’Arta-
gnan en souriant.
M de
—Bah! nous nous retrouverons!
Cependant, Cadéac songeait :
—Mais ils sont fous, archifous! ma parole! Enfin, tout de même je suis arrivé à temps. Mais à partir de cette minute je ne les quitte plus de vue!
Et tous les trois se dirigèrent vers la ville, où ils arrivérent juste à temps pour prendre place dans le cortège qui commençait à s'ébranler.