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à lui refuser le serment d’obéissance. Ils se révoltèrent et contraignirent leur chef, Alexis Mousélès, à se mettre à leur tête. Les autres thèmes de l’Asie-Mineure ne tardèrent pas à suivre l'exemple de la Cappadoce.
Alors Irène, désespérant de vaincre une si formidable insurrection, restitua le pouvoir à son fils et l’envoya aux armées révoltées, qui l’acclamèrent comme seul empereur (1). À peine Constantin VI eut-il repris en mains les rènes du gouvernement que, pour acquitter une dette de reconnaissance, 1] nomma Alexis Mousélès général de la Cappadoce (790).
Malheureusement, cet empereur sans énergie se montrait trop docile aux sanguinaires caprices de sa mère. Obligé de l'envoyer en exil, 1l la rappelle presque aussitôt, et, comme s’il eüt voulu lui faire oublier la mesure sévère dont elle avait été l'objet, 1] l'associe à l'empire. Cependant cela ne suffisait pas encore à l'ambition de cette femme avide. Elle voulait se débarrasser de son fils ; mais, avant de mettre à exécution ce monstrueux projet, 1] était indispensable de réduire les Cappadociens à l’impuissance. Elle commence par exiger de Constantin que Mousélès soit rappelé à Byzance et nommé patrice. Alors les Cappadociens lèvent une seconde fois l’étendard de la révolte et offrent le commandement à Mousélès; mais cet infortuné général est pris par Constantin et enfermé dans un monastère, où 1] est obligé de se faire moine. Dès lors la haine des Cappadociens se tourne contre l’empereur. Leurs armées demandent avec instance que le césar Nicéphore soit rendu à la liberté et proclamé empereur. En réponse à ces
(1) Théophane, années 6282-6283.
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revendications, si parfaitement motivées d’ailleurs, Constantin, poussé par sa mère, fait couper la langue à ses quatre frères et crever les yeux à Nicéphore et à Mouselès.
À la nouvelle de ces impériales atrocités, les Cappadociens jettent en prison le général que Constantin leur avait envoyé, et l'y tiennent sous bonne garde.
Des peuples de l’Asie-Mineure, deux surtout opposèrent une résistance opiniâtre aux progrès de la réforme : ce furent les Arméniens et les habitants du thème dit des Buccellariens (Galatie). Pour venir à bout de ces derniers, Constantin V se vit forcé de leur envoyer le général Manès, avec mission d'imposer la réforme de vive force (1).
On connaît la résistance acharnée des Arméniens ; ils occupèrent momentanément la capitale et proclamèrent empereur un de leurs compatriotes nommé Artabasde. On connaît aussi la guerre que soutint ce barbare contre Constantin V, avec l'alliance des autres thèmes de lAsie hellénique (2).
À la haine que devaient nécessairement avoir pour les Arméniens orthodoxes les Cappadociens, partisans de la réforme, venaient encore s'ajouter d’autres griefs. Enfants gâtés de l'empire grec, les premiers avaient envahi la Cappadoce, y avaient fondé des colonies militaires, et, pour humilier l'élément national, avaient imposé leur nom à toute la province (3).
Avant que la nouvelle révolte des Cappadociens eût gagné du terrain, Irène crut prudent de l’étouffer. Elle rassembla à cet effet une armée qu'elle confia à deux géné-
(1) Théophane, année 6258.
(2) Théophane, année 6232-6235.
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raux orthodoxes et dévoués : l’Arménien Artaschir et le chef des Buccellariens, Chrysochéris (1).
Les Cappadociens marchent à leur rencontre, et, après un combat opiniâtre, mettent en fuite les troupes byzannes. Artaschir et Chrysochéris tombent entre les mains des vainqueurs et ont les yeux crevés.
Aussitôt l'empereur se met à la tête de toutes les armées fournies par les autres thèmes orientaux, et s'avance contre les rebelles. Grâce à la trahison des Arméniens, qui étaient nombreux en Cappadoce, il parvient à les soumettre et fait mettre à mort leurs deux chefs Andronic et Théophile, ainsi que l’évèque de Sinope, qui combattait avec eux. Quant aux autres rebelles, il les châtie de diverses manières. Mille d’entre eux furent conduits, chargés de chaines, à Constantinople, où on leur fit marquer sur le front les mots : Cappadocien parjure (2), puis on les dispersa en Sicile et dans les autres îles (3).
Mais ce châtiment barbare ne suffisait pas pour assouvir la haine d’Irène contre les Cappadociens. Elle oblige son fils à répudier Marie, la Cappadocienne, et à épouser à sa place une de ses femmes de chambre, nommée Théodote.
Cependant, pour arriver au but où elle aspirait, il restait à Irène un dernier crime à commettre. Cette mère féroce fit crever les yeux à son propre fils Constantin (4),
(1) Peut-être le grand-père de ce Chrysochéris, aïeul de notre Digénis, dont nous parlerons ci-après.
(2) ᾿Ἀρμενιαχὸς émiGouhos. — Il faut bien distinguer entre Arméniaque, qui signifie Cappadocien (voyez CoNSTANTIN PORPHYROGÉNÈTE, de Thematibus, 2) et Arménien, qui désigne l'habitant de l'Arménie ou les Arméniens colonisés en Asie.
(3) Théophane, année 6286.
(4) Les chroniqueurs orthodoxes, qui ne tarissent pas en éloges sur le
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cinq ans après que ce misérable empereur avait lui-même condamné à un pareil supplice le césar Nicéphore et Alexis Mousélès. Elle fit ensuite exiler les quatre princes ses beaux-frères à Athènes, dans l'espoir que, surveillés par ses parents et par les habitants de cette ville, tous dévoués à sa cause, ils ne pourraient plus rien tenter contre l'ordre de choses alors existant.
En même temps, éclate en Cappadoce une nouvelle révolte (800), sur laquelle les chronographes ne nous donnent aucun renseignement.
Une fois maîtresse absolue de l'empire d'Orient, Irène ambitionne encore de ceindre la couronne d'Occident. Elle n'aspira à rien moins qu'à épouser Charlemagne, et elle entrait dans ce but en pourparlers avec les envoyés de l'illustre empereur, lorsque les généraux Nicéphore, Léon
Sarantapéchis et Grégoire Mousalacius, envahissent le pa-
lais, arrêtent cette ambitieuse femme et l’envoient en exil expier ses forfaits (1).
. Nicéphore lui succède, mais la réforme, commencée un siècle auparavant, avait, en traversant de 51 terribles épreuves, perdu son prestige des premiers jours.
Les successeurs de la maison Isaurienne furent des créatures du clergé orthodoxe ou des armées, qui restaient fidèles à la tradition, bien qu'elles eussent cessé de croire au triomphe de la grande idée.
Cependant, quoique Nicéphore eût renversé Irène, au
compte de cette « sainte femme», vont jusqu’à faire l'apologie de cet acte abominable, qu'ils qualifient de « très-juste ». Voyez Céprenus, I, 895. Léon V, l'iconoclaste, appelait Irène παρδὼ χαὶ θυάδα, tigresse et bacchante. Voyez Génésius, I, page 14 de l'édition de Paris.
(1) Théophane, années 6292-6295.
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nom de la réforme, il se borna, pendant les neuf années que dura son règne, à exécuter ses vengeances personnelles, et ne pensa guère à combattre l’orthodoxie. A la vue de l'indifférence de Nicéphore, l'armée, jadis si profondément dévouée aux empereurs, paraissait indécise ; elle se demandait si, au lieu de verser son sang pour un tel souverain, elle ne ferait pas mieux de lui reprendre la couronne qu'elle lui avait offerte. Elle était plongée dans cette 1rrésolution, lorsque Nicéphore l’entraina au-devant des Bulgares, commandés par Croum, qui menacaient Constantinople; mais il fut abandonné au milieu de la bataille, et, quelques semaines plus tard, son crâne monté en argent servait de coupe à son vainqueur.
Pendant un règne de deux mois, son fils et successeur, Slauracius, inspira de vives inquiétudes aux orthodoxes ; aussi fut-il bientôt détrôné et sa couronne donnée à son parent, Michel Rhangabé. Celui-ci promit par écrit au patriarche de rester fidèle à l’orthodoxie et de respecter les moines. Il ne put faire autrement que de tenir sa promesse, car cet indolent monarque se laissa toujours mener aveuglément par le haut clergé constantinopolitain.
Cependant le parti des Iconoclastes ne restait pas inactif. Après s'être efforcé de faire proclamer empereur le fils de la Cappadocienne Marie, sans pouvoir y réussir, il obligea Michel à transmettre la couronne à Léon V (813). Mais la réforme, trahie par ceux-là même qui s'étaient emparés du pouvoir en son nom, tombait chaque jour en discrédit. Le peuple, sans cesse obligé de changer de croyance, ne savait plus auquel entendre. Les provinces, qui avaient versé le plus pur de leur sang pour le triomphe de la bonne
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cause, étaient devenues tout à fait indifférentes aux luttes qui les passionnaient naguère.
Léon, quoique surnommé l'/conoclaste, nous semble avoir ménagé les deux partis. Il voulait que les savants, partisans de la réforme, parcourussent les livres, afin d'y trouver des arguments favorables à leur opinion. Il adorait certaines images et faisait brüler les autres. Constantin V avait chargé Mélissène et plusieurs autres généraux d'imposer la réforme de vive force aux provinces de l’Asie-Mineure ; et le faible Léon oblige le petit-fils de Mélissène à quitter la carrière des armes et à se faire patriarche pour soutenir d'une nouvelle façon l’œuvre de ses pères.
Son successeur, Michel le Bègue, fanatique orthodoxe et jadis condamné comme tel à être brûlé vif, se voit subitement transporté du cachot sur le trône. Il commence à gouverner avec les chaînes aux mains, parce qu'on ne trouve pas la clef pour les ouvrir. Les chronographes orthodoxes, sans motifs apparents d’une telle colère, aceablent d'injures le nouvel empereur ; ils l’appellent Manichéen, Juif, Tzigane, ete. Quant à lui, 1] montre la même indécision que ses prédécesseurs, et, tandis qu'il protége un parti, il n'ose toutefois se montrer ouvertement hostile à l’autre.
Un général de Sicile, ayant enlevé une religieuse, se voit forcé, pour ce crime, de demander asile aux Arabes. Ceuxci, introduits par lui dans l'île qu'il gouvernait, en font facilement la conquête.
Un vieux domestique slave, boiteux et misérable, nommé Thomas, se pose comme prétendant à l'empire. Il se dit le descendant légitime des empereurs iconoclastes, et le peuple d'Asie fait cause commune avec lui, sauf les Cappado-
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ciens, qui demeurent fidèles à Michel IF, jusqu'à ce qu'il se soit débarrassé de ce redoutable adversaire.
Théophile, son fils et son successeur, donne un nouvel essor à la réforme; mais, à sa mort (842), son œuvre est renversée par les mains mêmes qui avaient contribué à l'édifier. Un Arménien aussi brave que turbulent, Manuel le Magistre, qui fut d’abord iconoclaste, puis musulman, ensuite de nouveau iconoclaste, et finalement orthodoxe, et que Théophile avait désigné comme tuteur de son fils, Michel ΠῚ, porta le dernier coup à la réforme déjà agonisante, en obligeant son pupille et sa mère Théodora à célébrer la grande fête de l’orthodoxie, le relèvement des images (1).
Durant cette période d'indécision, la famille des Ducas joue le mème rôle que le reste du monde byzantin, et principalement les Cappadociens, ses compatriotes. Ceux-ci, il faut bien le dire, ne ressemblent plus que de très-loin aux premiers défenseurs de l’iconoclasie, qui avaient abaissé l'orgueil de l’Athénienne orthodoxe. Jusqu'à Michel [°, ils continuent à aimer la réforme d’un amour platonique ; mais, de leurs antiques traditions, une seule demeure complétement inébranlable, leur foi dans la légitimité.
Lors de la grande révolte de Thomas le Slavon, le thème de la Cappadoce et celui d’'Obsequium furent les deux seuls champions de l’empereur, qui ne régnait plus qu'entre les murs de Byzance; ils exterminèrent entièrement les rebelles.
En récompense de ce signalé service, Michel [ἢ abolit chez eux l'impôt appelé kapnikion, et épousa l’infortunée
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fille de Constantin VI et de Marie la Cappadocienne (1). Son fils Théophile, voulant s'unir plus étroitement encore avec la Cappadoce, fait marier sa fille Marie avec Alexis Mousélès (2), petit-fils de l'adversaire d'Irène; il le combla d'honneurs, il le nomma césar, magistre et due de Sicile ; il eut même l'intention de lui transmettre la couronne. Mais quelques intrigues de palais le firent momentanément tomber en disgrâce. Dégoüté de la vie politique, Mousélès prit le froc et se retira dans le monastère d'Anthémius, où il finit paisiblement ses jours. Son frère Théodose, qui avait aussi été patrice, imita son exemple et mourut dans le mème couvent (3).
Selon toute probabilité, Andronic Ducas, grand-père maternel de Basile Digénis, était le fils de cet Alexis Mousélès Crénitis. L'histoire du temps ne mentionne pas un autre «célèbre Mousélom », pour parler comme le poëme, dont l'existence puisse infirmer notre conjecture. Mais, avant d'exposer toutes les aventures du brave et infortuné grand-père d'Akritas, 1] est indispensable de dire quelques mots de ses ancêtres paternels, qui occupent une place si importante dans l’histoire de cette époque.
Nous avons vu que le coup porté par Irène à la réforme avait été mortel. L'agonie de cette réforme ne dura pas
(1) Cédrénus, I, 895, — Continuateur de Théophane, IT, 11.
(2) Le Continuateur de Théophane (III, 18, Théophile) dit que ce Mousélès descendait de la famille des Crénites. Mais, comme il ajoute plus loin qu'ils habitaient la maison dite de la Crénitisse (femme de Crénitis), on peut conjecturer que ce surnom lui venait de sa mère, qui, probablement fille et héritière de cette Crénitisse, avait uni, suivant une coutume byzantine, le nom de son père à celui de sa mère.
(3) Le couvent d’Anthémius avait été fondé par Alexis Mousélès. On y conservait son portrait.
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moins d'un demi-siècle et engendra une foule d'hérésies qui furent pour l’orthodoxie une plaie véritable, et qui compromirent alors très-sérieusement l'existence politique de Byzance.
Telles furent les hérésies des Pauliciens, des Tétradites, des Tziganes οἱ des Zélikiens, hérésies que formèrent les derniers iconoclastes, persécutés par l’orthodoxie triomphante. Il s’y introduisit peu à peu des éléments étrangers qui les firent dévier de leur but primitif.
Ce continuel changement de croyance et ces révoltes successives, accomplies en vue de conquérir la couronne, détruisirent les deux plus puissants ressorts du gouvernement byzantin, c’est-à-dire la religion et la légitimité. Chacun se crut capable de fonder une religion nouvelle ou de monter sur le trône de Constantin le Grand.
Un scribe appelé Zélik fut le chef de l’hérésie qui a pris son nom. Un vieux Slavon, boiteux et ridicule, Thomas Gazouron, fils de Mosmar, se donna comme prétendant à l'empire, et le peuple, entraîné par son éloquence, lui prêta son appui dans sa longue et désastreuse guerre contre Michel IT (822-893). On ne saurait dire à quel titre ce vieillard appela le peuple à se ranger sous sa bannière. Il se faisait passer pour descendant légitime des empereurs 1conoclastes, et cela pour faire la guerre à un empereur qui, de l’aveu de tous les chronographes, fut le persécuteur acharné de l’orthodoxie
Pour donner une idée du chaos des opinions, qu'il nous suffise de dire que, parmi les partisans de Gazouron, il y avait des Sarrasins, des Indiens, des Égyptiens, des Perses, des Assyriens, des Mèdes, des Chaldéens, des Arméniens, des Abasges, des Tzèches, des Thériens, des Cabires,