LXX VII INTRODUCTION
premier nom les Byzantins désignaient indifféremment toutes sortes d’hérétiques. A leurs yeux, les Tziganes et les dix-huit peuples alliés à Thomas le Slavon étaient tous Manichéens.
Suivant les historiens, les sectateurs de Paul de Samosate appelaient dédaigneusement les Byzantins « Romains », et réservaient pour eux-mêmes le titre de « Chrétiens (1) ». Une de leurs fractions portait le nom d’Astates, selon le témoignage de Pierre de Sicile. Leurs chefs avaient aussi des noms grecs, tels que Carbas, Chrysochéris (2), Aoratos, Tychicos, ce qui est très-rare dans l’onomatologie byzantine. Nous savons mème qu'ils remplaçaient leurs noms chrétiens par des noms helléniques; ainsi Joseph, surnommé Épaphrodite, Serge, surnommé Tychicos (3).
Tous ces faits nous autorisent à croire que la réforme religieuse avait pour unique but de rompre les traditions romaines soigneusement conservées par Byzance, et de régénérer l'empire par l’hellénisme.
Ce fut assurément pour enrayer ces tendances que l’impératrice [rène essaya, après le triomphe de l’orthodoxie, d'introduire dans le gouvernement l'élément occidental, en demandant la main de la fille de Charlemagne pour son ils, et, après la mort de celui-ci, la main du même empereur pour elle-même, La légende grecque de sa monnaie ne peut prouver le contraire, bien que nous ne connaissions pas dans quelles circonstances se produisit ce fait.
Constantin Porphyrogénète, dont la famille se posait en
(1) Καλοῦσι δὲ ἑαυτοὺς μὲν χριστιανούς, ἡμᾶς δὲ “Ῥωμαίους. Îd., ibid.
(2) Ces noms, ainsi que celui de Kanakaris, un de leurs chefs, se rencontrent encore de nos jours en Grèce:
(3) Georges Cédrénus, I; 757:
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protectrice de l'orthodoxie, ne trouve pas assez de paroles pour faire l'éloge des Romains, tandis qu'il traite avec la plus grande dureté ces pauvres Hellènes dont 1] parlait la langue (1). Il s'étonne que les légions de l'Asie parlent l'idiome hellénique et aient oublié 16 latin qui est leur langue maternelle (2). Il décoche contre Nicétas Helladicus un mauvais calembour (ὄψις ἐσθλασωμένη), pour démontrer la basse naissance des Grecs ses compatriotes. Il rassemble avec soin toutes les mauvaises épigrammes contre les Cappadociens ; 1l ne peut comprendre qu'un pareil peuple ait produit tant de saints et de Pères de l’Église, et il parle avec enthousiasme de leurs mortels ennemis, les Arméniens. Nous reviendrons là-dessus en détail. |
Cependant, faute d’autres documents sur l’histoire des Pauliciens, nous suivrons fidèlement le récit que nous ont laissé leurs adversaires.
Le successeur d'Irène, Nicéphore, protégea ces hérétiques ; il leur donna un territoire particulier pour y professer librement leur croyance ; mais cette faveur 1rrita tellement le clergé contre lui qu'un moine essaya de l’assassiner. On reconnut que ce fanatique était atteint d’aliénation mentale, et on le fit enfermer dans une maison de fous (3).
(4) « Le livre de Fallmerayer n'est, en somme, qu'un commentaire adouci de l'affirmation si radicale de Constantin VII: πᾶσα ἐσθλαδώθη. » ALFRED RamBauD, Constantin Porphyrogénète, page 221.
(2) Καὶ τὰ τῶν στρατιωτῶν τάγματα μάλιστα ἑλληνίζοντες καὶ τὴν πάτριον 4x! ῥωμαϊκὴν γλῶσσαν ἀποδαλόντες " λογγίνους γὰρ ἔλεγον (les Romains) τοὺς χιλιάρ χους, καὶ χεντουρίωνας τοὺς ἑχατοντάρχους, καὶ χόμητας τοὺς νῦν στρατηγόδύς. Αὐτὸ γὰρ τὸ ὄνομα τοῦ θέματος ἑλληνικόν ἐστι καὶ οὐ ῥωμαϊκόν (de Themalibus, I; 1).
(3) Théophane, année 6303;
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Le patriarche Nicéphore conseilla à l’empereur Michel [Ὁ (812) d’ordonner l’extermination de ces hérétiques. L’exécution du mandat impérial fut confiée à Thomas, évèque de Césarée, et aux magistrats de cette ville. La plus grande partie des malheureux Pauliciens furent tués (1).
Cependant les Astates (2) résistèrent aux envoyés de l'empereur et les massacrèrent; ensuite 115 allèrent, sous la conduite de Serge Tychicos, demander asile à l’'émir de Mélitène. Celui-ci les reçut avec joie et leur fit don de la forteresse d’Argaoun pour y habiter. Ils y formèrent une sorte de république égalitaire (ἰσοπολιτεία). De là, ils faisalent de fréquentes incursions sur les terres byzantines et les ravageaient (3). Mais ce fut seulement après 16 triomphe complet de l’orthodoxie que la guerre contre les Pauliciens prit un caractère plus sérieux.
En 855, l’impératrice Théodora envoya en Asie trois généraux, Léon Argyros, Andronic Ducas (4) et Soudalis, avec ordre de détruire les derniers débris de l’iconoclasie. [ls tombèrent sur ces malheureux avec une rage féroce. Les uns furent égorgés, les autres pendus, les autres pré-
(1) Théophane, année 6304. — Il parait qu'une notable portion des habitants n’approuvaient pas cette mesure. Le chroniqueur orthodoxe essaie cependant de démontrer que cette horrible extermination fut un acte «très-chrétien ». ,
(2) Ils s’appelaient aussi Sergiotes, du nom de leur chef.
(3) Petri Siculi historia Manichæorum; Paris, 1604, ch. 42.
(4) Nous croyons nécessaire de relever ici une erreur dans laquelle sont tombés les premiers traducteurs et éditeurs du Continuateur de Théophane. Le texte grec de cet historien est ainsi concu : 6 τοῦ Apyupoÿ καὶ ὁ τοῦ Δουχὸς χαὶ ὁ Σουδάλης οἱ ἀποσταλέντες ἐλέγοντο. Les traducteurs, ayant écrit δουχός (sans initiale majuscule), ont ainsi rendu ce passage : Erant illi Argyri ducisque filii et Sudales. Et dans l'index : Andronicus dux, Eustathii Argyri filius. Cédrénus est plus clair que le Continuateur : ὁ τοῦ Ἀργνροῦ, dit-il, ἦν Λέων xai ὁ τοῦ Δούχα ᾿Ἀνδρόνιχος χαὶ ὁ Σούδαλις (1, 954).
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cipités au fond de la mer. Plus de cent mille victimes périrent et leurs biens furent confisqués au profit de la couronne (1). Cet abus de la force eut des conséquences vraiment épouvantables, et les Byzantins le payèrent plus cher qu'ils n'avaient pensé.
Un de ces Pauliciens nommé Carbéas (2), qui était alors au service du général d'Orient, Théodore Mélissène, avec le titre de Prétomandator, ayant appris, en mème temps que le massacre de ses coreligionnaires, que son père avait été attaché au gibet, jura de les venger. Comme un autre Spartacus, 1l rassembla vingt mille Pauliciens et se réfugia avec eux chez l’émir de Mélitène, qui le reçut avec joie. Mais la forteresse d'Argaoun, ayant déjà été donnée aux Astates, ne suffisait pas à contenir les nouveaux transfuges. Carbéas se vit donc contraint de bâtir trois villes, dont la principale et la plus fameuse reçut le nom de Zéfrique (3); ensuite 1l commença ses terribles expédiüons contre les provinces byzantines (4).
L'histoire des Pauliciens se trouvant étroitement liée à celle de l’émir de Mélitène, ancêtre de Basile Digénis, 1] nous faut dire quelques mots de ce personnage.
La ville de Mélitène, en Cappadoce, appelée par les Arabes Méledni et Molouténi, et Malatia par les Occidentaux,
(1) Τοὺς μὲν ξύλῳ ἀνήρτων, τοὺς δὲ ξίφει παρεδίδουν, τοὺς δὲ τῷ τῆς θαλάσσῆς βυθῷ ὡσεὶ δέχα μυριάδες ὁ οὕτως ἀπολλύμενος ἠριθμεῖτο λαός, καὶ ἡ ὕπαρξις αὐτῶν τῷ βασιλιχῷ ταμιείῳ ἤγετο χαὶ εἰσεχομίζετο (Continuateur de Théophane, IV, 16). Voir aussi Zonaras, XVI, 2.
(2) Notre poëme l'appelle Caroës. Les écrivains arabes écrivent son nom de plusieurs facons; on trouve Karbias, Karibas, Farschas, Farnias {voir Weiz, Geschichte der Chalifen, 11, pages 362 et 363).
(3) Cette villé, aujourd'hui disparue, était située entre Sébaste et Trébizonde.
(4) Continuateur de Théophane, IV, 16; Photius, Contre les Manichéens, 1.