LXXXII INTRODUCTION
était située sur l'Euphrate. Grâce à son excellente position stratégique, elle servit de rempart aux Byzantins dans leurs guerres contre les Perses et les Arabes. Conquise par ces derniers, elle échut en partage à un émir, qui se signala, de 835 à 837, par des luttes continuelles contre l'empereur Théophile (1). Cet émir, que les historiens arabes appellent Omar Ibn Abd Allah Alakta (2), n'est autre que le bisaïeul de Digénis, Amer ou Ambron, plusieurs fois mentionné, sous ce dernier nom, dans notre poëme. Les chroniques byzantines de cette époque ne le désignent jamais autrement (3).
Carbéas, après avoir contracté alliance avec cet Ambron
et un émir de Tarse nommé Ali, attaqua immédiatement l'empire byzantin (4). Mais, Ali ayant été nommé par le Calife gouverneur d’une province d'Arménie et y étant φ) LA
mort, cette union ne tarda pas à se relâcher. En outre, Ambron, s'étant brouillé avec le Grec Scliros qu'il avait pris pour son associé au gouvernement, aima mieux vider ses querelles particulières et affermir son autorité que de combattre l’ennemi commun au profit d'intérêts souvent étrangers aux siens (5). Bientôt il eut terrassé Scliros, et 1]
(4) Voir Murazr, Chronographie byzantine, 432, 726, 729.
(2) Weiz, Geschichte der Chalifen, 11, 362.
(3) “Ὁ τε τῆς Μελιτηνήῆς ΑΜΕΡ, ὃν οὕτω πως συμφθείροντες τὰ στοιχεῖα A MBPON ἐχάλεσαν οἱ πολλοί (Continuateur de Théophane, IV, 16). Les Pauliciens traduisirent par Movoyepäpnc le surnom arabe d’Ambron, Alakta, qui signifie manchot. Voir Pierre de Sicile, 14; et Photius, Contre les Manichéens, I.
(4) Le patriarche Photius caractérise ainsi Carbéas, dans son livre contre les Manichéens : ὁ τρισαλιτήριος Καρδέας, ἀνὴρ δεινὸς μὲν ϑπελθεῖν ὄχλον, στεγανὸς χρύπτειν τὸ ἀνέχφορον Hal τοῖς χείλεσιν ἄλλα προφέρειν παρὰ. τὴν ἐν τῇ χαρδίᾳ μελέτην πιθανώτατος, χαὶ πίστιν μὲν οὐδ᾽ ἡντιναοῦν στέργων, ἐπεὶ χαὶ τὰ
τῶν Apdbwv θειάζειν ἐσχηματίσατο.
(>) Nous ignorons quel était ce Scliros; nous savons seulement que sa
INTRODUCTION. LXXXHA
s'allia de nouveau avec Carbéas pour combattre les Byzantins. Le général Pétronas, frère de l'impératrice Théodora, réussissait à peine à enrayer les sauvages incursions d’Ambron, que, par suite d'une coupable négligence de Bardas, on laissait tranquilles ces audacieux envahisseurs.
Cependant Bardas, étant enfin parvenu à renverser les obstacles qui s’opposaient à ses projets, prit entre les mains les rênes du pouvoir, comme tuteur de son neveu Michel ΠῚ, et résolut de faire une expédition contre les Pauliciens.
Ils se mirent, lui et son pupille, à la tète des armées et s'avancèrent jusqu'à Samosate (858); mais Ambron οἱ Carbéas tombèrent sur eux à l’improviste, les mirent en pleine déroute et firent prisonniers cent des principaux officiers, qui furent jetés en prison. Ils rachetèrent leur
liberté moyennant des rançons considérables.
Enflés par un tel succès, les vainqueurs continuent leurs incursions, ils mettent tout à feu et à sang et parviennent jusqu'à Sinope (1).
Deux ans après, Ambron, à la tète de quarante mille hommes, parcourt les provinces byzantines, ravageant et pillant ; 11] ne s’arrète qu'à la mer, qu'il fait battre de verges, comme un autre Xerxès, parce qu'elle mettait obstacle à sa marche victorieuse,
Effrayé, l'empereur ordonne à son oncle Pétronas, alors gouverneur du thème d'Ionie, de rassembler ses troupes
lutte contre Ambron fut si acharnée que, des cinquatte mille hommes dont 56 composaient leurs deux armées, dix mille à peine survécurent (Continuateur de Théophane, IV, 16). |
(1) Continuatéur de Théophane, IV, 23-36: Voir aussi tous les autres chronographes de cette époque: sé