‹ Les exploits de Digénis AkritasChapitre 17 sur 78 · LXXXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LXXXIV INTRODUCTION

en toute hâte et de marcher contre Ambron. Le brave général s'avance contre le terrible rebelle, 1l le cerne dans une position appelée Lalakéon, et 16 force à accepter la bataille. Le rusé Arabe voit le danger et essaie de l’éviter ; mais toutes les issues sont fermées, 1l se décide à combattre. Trois fois 1] se rue contre l'aile de l'armée commandée par Pétronas, sans pouvoir réussir à l’entamer, et est enfin entouré par les Grecs. Alors, désespéré, 1l réunit ses forces et s’élance sur le front de bataille, où 1l trouve une mort glorieuse (860). Sa nombreuse armée fut impitoyablement égorgée par les vainqueurs.

Le fils d’'Ambron réussit à échapper au massacre et s'enfuit vers Mélitène ; mais, poursuivi par Machæras, gardien des défilés de la province de Charsiane, 1] fut pris et livré à Pétronas (1).

Quelque temps après, Carbéas mourut de maladie, laissant le commandement des Pauliciens à son neveu et gendre Chrysochéris (2). Celui-ci recommença la guerre contre les Byzantins avec la plus grande furie. Mais, avant d'esquisser l’histoire de ce terrible adversaire de Byzance, il est nécessaire de toucher une autre question.

I existe douze lettres du patriarche Photius adressées à un certain Chrysochéris (3). Ce Chrysochéris avait reçu une éducation hellénique et était au service des empereurs; il fut revètu des dignités de prétospathaire et de prôtonotaire du Drome. Photius avait conçu beaucoup de doutes

(1) Continuateur de Théophane, IV, 25; Génésius, IV. 97; Georges Cédrénus, 962-965.

(2) Χρυσοχέρης et quelquefois Χρυσόχειρ.

(3) Tantôt il le nomme Jean Chrysochéris, tantôt Jean le Spathaire ou le

Prôtospathaire. Dans une de ses lettres, Photius lui donne méme le titre de général du Péloponnèse. ᾽

INTRODUCTION. LXXXV

sur sa croyance; il essaie de l'affermir dans l'orthodoxie, car il le soupçonne de professer en secret les dogmes des Pauliciens, comme, du reste, le bruit en courait. Finalement, le fourbe Chrysochéris, n'ayant plus de ménagements à garder, jette le masque, à la grande douleur de Photius, qui écrit ceci à l'adresse du rebelle :

, , " , ΄΄ \ / * 5 \ ” Οὐχ ἐλύπησχς, ὅτι NTATAGAS, χα! συχνὸς ὁ χρόνος ἐξ οὐ τὸν οφιν ε .» 7 Ὁ - ΄ , , \ » ’ ὑπ ἀν)ρώπου μορφῇ χχτεῖχες χρυπτόμινον " ἀλλ᾽ ὅτι χαχὸς ἐφνης,

Il n'y ἃ rien d’extraordinaire à supposer que ce Jean Chrysochéris et le parent de Carbéas dont nous venons de parler sont un seul et même personnage. On peut croire qu'il servait dans l’armée byzantine comme simple espion de son beau-père, et qu’il abandonna, après la mort de ce dernier, le service de Byzance, pour prendre le commandement de ses coreligionnaires. Ν

Les Byzantins essayèrent par tous les moyens de s’attacher ce dangereux ennemi, et Chrysochéris lui-même, soit quil désirât s'entendre avec eux, soit qu'il voulût simplement exercer ses troupes, différa pendant un certain laps de temps la reprise des hostilités.

Il y avait alors à Constantinople un savant homme nommé Pierre de Sicile, qui avait été chassé de sa patrie par les Arabes. Il était honoré pour sa vaste érudition et son expérience consommée. Ce fut lui que l’empereur Basile le Macédonien envoya à Téfrique, capitale des Pauliciens, pour y négocier un échange de prisonniers, mais

(1) Lettres de Photius, édition de Valettas. Londres, 186% (Lettre 217).

Les lettres adressées à Jean Chrysochéris portent dans cette édition les numéros 52 à 60, et 132, 214, 217.

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