‹ Les exploits de Digénis AkritasChapitre 25 sur 78 · CXX VIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

CXX VIII INTRODUCTION

C'est à peine si les chronographes byzantins mentionnent cette conquête, qui fut cependant considérée comme l’un des plus glorieux faits militaires de l’époque. Silence complet sur Panthérins, alors généralissime d'Orient. Estil permis de conjecturer que celte tentative contre Édesse fut due à l'initiative de Panthérius, et au désir qu'il nourrissait peut-être de reconquérir la ville qui avait été le berceau de son père et où se trouvaient assurément beaucoup de ses parents et une grande partie de ses biens ?

À peine débarrassé de la tutelle gènante de son beaupère, le Porphyrogénète, désormais seul maître, s’'empressa de signer la destitution de Panthérius. Ce fut le premier acte de son gouvernement personnel. Il remplaça le valeureux petit-fils d'Andronic Ducas par le général Bardas Phocas (décembre 944).

L'histoire ne nous dit pas de quelle façon Panthérius recut la nouvelle de sa destitution. Notre poëme est également muet à cet égard ; 1] n'y est pas même question de Constantin Porphyrogénète, tandis que les noms de Romain et de Nicéphore y sont mentionnés l’un et l’autre.

Cependant la chanson en dialecte de Trébizonde, que nous avons publiée ci-dessus, nous montre Panthérius révolté contre l’empereur. Il y prononce des paroles dédaigneuses contre son successeur Bardas Phocas et contre son fils Nicéphore Phocas. Dans la chanson intitulée /e Fols d’Andronic (voyez plus haut, page xLvn), il se vante mème de ne pas craindre l’empereur Constantin. Enfin 1] lève l'étendard de la révolte, et Phocas recoit l’ordre de marcher contre lui. Ce n’est pas sans une certaine appréhension que le nouveau généralissime part pour combattre le terrible gardien des frontières. Le hasard veut qu'il surprenne

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Panthérius pendant son sommeil, il le charge de chaines et il le conduit à Constantinople. Mais le héros, ayant entendu la voix de sa bien-aimée qui lui reproche de 5᾽ être laissé prendre, brise ses fers, tue ceux qui le gardaient, οἱ regagne ses montagnes, où il continue de vivre indépendant.

Le Porphyrogénète nous fournit une curieuse indicaüon, de laquelle nous pouvons conjecturer avec quelque certitude que Digénis, reconnu comme indépendant, gouvernait paisiblement sa petite province des bords de l'Euphrate, avec l’aide des pallikares de son choix, surnommés, comme leur illustre chef, akrites, ou gardiens des frontières. k

Constantin rédigeant pour son fils, Romain Il, le cérémonial d'un voyage impérial en Asie, donne des détails très-circonstanciés sur tout ce que les thèmes anatoliques étaient tenus de fournir au monarque et à sa suite ; 1] parle principalement des troupes qui devaient composer l’escorte impériale. « Lorsque, dit-il, l’empereur pénètre dans les déserts de Syrie (1), il abandonne toute sa cour et y entre accompagné de cinq cents akrites armés, qui forment son avant-garde (2).» Pourquoi ce cérémonial particulier ?

(1) Au lieu de désigner par son nom le thème d’Akritas, Constantin Porphyrogénète préfère se servir de la formule employée par Héraclius, lorsqu'il institua la garde des défilés du désert (στόμια τῆς ἐρήμου) et la confia aux mercenaires arabes (Théophane, année 6123.)

(2) Le savant annotateur du Porphyrogénète, ne sachant comment expliquer le mot AKPITAI, écrit ceci : Verti « delecti viri», nescio quo errore, tanquam si ἔχκριτοι scriptum invenissem ; sed vulqata lectio sana est et notat τοὺς ἐν ἄχροις τεταγμένους, ACiem quæ exercitus τὰ ἄγρα obtinet, extrema, frontem, alias prodromi, l'avant-garde.

Voici, du reste, en entier, le passage du Porphyrogénète : Ὅτε δὲ ἀποθάλχη ὁ βασιλεὺς εἰς τὰς ἐρήμονς, οὔτε ἣ κόρτη mpolapédve, οὔτε τὰ βασιλιχὰ

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Pourquoi cet éloignement de toute la suite impériale? Ne semble-t-il pas que le monarque, lorsqu'il pénètre dans les terres akritiques, craigne de froisser quelques susceptibilités, en se faisant escorter comme sur les terres complétement dépendantes de l'empire? Il se dépouille, pour ainsi dire, de la majesté impériale, il vient plutôt en ami qu'en maître, et il donne à son puissant vassal une preuve de sa haute confiance en se composant à lui-même une garde d'élite avec les soldats de la frontière.

Constantin VIT, ayant ressaisi sa couronne grâce au concours de ses beaux-frères Étienne et Constantin Lécapène, crut prudent de se débarrasser de ces deux dangereux auxiliaires. Sous prétexte de conspiration, ils furent enlevés du palais et envoyés en exil, où 115 moururent de mort violente ; leurs fils furent faits eunuques et moines. Cependant un fils naturel de Lécapène, nommé Basile Pétinus, homme plein d'énergie et d’audace, conserva la faveur du Porphyrogénète, qui le nomma son premier ministre et lui confia le soin du gouvernement. Il est probable que ce Basile réconcilia Constantin et Panthérius, car nous voyons par la suite l’ex-généralissime d'Orient complétement d'accord sur les choses politiques avec son parent de Constantinople.

Après la mort de Constantin VII, Pétinus fut arrêté, fait moine, puis envoyé en exil. Devenu partisan de Nicé-

πράγματα, οὔτε ἄλλου τινὸς οἱονδήποτε πρᾶγμα, πλὴν oÙs ἔχει ὁρίσειν ὁ δρουγγάpros τῆς βίγλης ἀπὸ προστάξεως τοῦ βασιλέως ἐκ τῶν θεμάτων, προφυλάττουσι χαὶ περιπατοῦσιν ἔμπροσθεν τοῦ βασιλέως, ὡς ἀπὸ μιλλίων δύο ἀχρῖται φ΄, ἄνδρες ἐξωφλισμένοι; καὶ ἕτερον θέμα οἷον ὁρίσει, ἵνα ὦσι πλαγιοφύλαχκες, ὡς ἀπὸ διαστήματος τοῦ βασιλέως μιλλίων δύο, καὶ ἕτερα δύο θέματα, οἷα ὁρίσει ὁ δρουγγάproc τῆς βίγλης ἐκ προστάξεως τοῦ βασιλέως, ἵνα ὦσιν ὀπισθοφύλαχες, χαὶ ὑπαλ- Adocet τοὺς ἀμφοτέρους ἑκάστῃ ἡμέρα: (De Cerimoniis, 1, appendix, p. 281.)

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phore Phocas, il contribua beaucoup à faire proclamer empereur cet illustre général (963). Ce fut lui qui, à la -tète de trois mille hommes, souleva le peuple contre Joseph Bringas, ministre de Théophano et adversaire acharné de Phocas ; il l'obligea à chercher un refuge dans une église et ouvrit les portes au nouvel empereur (1).

Notre poëme nous apprend que Digénis Akritas finit paisiblement ses jours dans le palais qu'il s'était bâti sur les bords de l’Euphrate. Nicéphore n'avait cessé de lui témoigner son estime et sa gratitude, pour la bravoure dont il avait donné tant de preuves en combattant les ennemis de l'empire grec, comme aussi de la sagesse avec laquelle il gouvernait les grands thèmes akritiques.

Nous ignorons la date précise de la mort d’Akritas; nous savons seulement par notre poëme (voyez le vers 767) et par une chanson populaire (voyez plus haut, page rxm), qu'il mourut à l’âge de trente-trois ans, très-probablement sous le règne de Nicéphore Phocas, c’est-à-dire avant le 10 décembre 969.

TRADITIONS GRECQUES ET ÉTRANGÈRES CONCERNANT DIGÉNIS AKRITAS. IMITATIONS DU POÈME.

Nous avons vu quelle grandiose idée avaient de Digénis Akritas les écrivains byzantins ; nous avons vu également que l’un d'eux, Théodore Prodrome, ne croyait pouvoir

(1) Léon Diacre, pages 47, 49; de Cerimoniis, 1, 96. — Ce fut pour en récompenser Basile que Nicéphore institua la dignité de proèdre (président du sénat). Disgracié vers la fin du règne de Phocas, Pétinus s’unit à Jean Tzimiscès, qui lé combla de faveurs et le nomma ministre,

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