CXXXII INTRODUCTION
faire un plus magnifique éloge de Manuel Comnène que d'appeler cet illustre empereur /e nouvel Akritas. Le peuple” des bords du Pont-Euxin-chante ce héros depuis neuf srècles, et espère le voir un jour sortir du tombeau et exterminer les infidèles avec sa terrible massue. Un grand nombre de forteresses passent pour avoir été bâties par Akritas ; un village de la Chaldée s'appelle AxriraNTÉ; en outre, AkriTipis et AKRITOPOULOS sont des noms patronymiques des plus répandus dans le pays. Non loin de Trébizonde, à Télikli-Tasi, on montre le tombeau d’'Akritas, et les mères ont coutume d'y porter leurs enfants nouveau-nés pour les préserver du mauvais œil (1).
Les Chypriotes, chez lesquels le souvenir d’Akritas s’est perpétué d’une façon extraordinaire pour des raisons que M. Sathas a exposées longuement dans la préface du second volume de sa Biblhotheca græca medn ævi, considè-
(1) Εἰς τὸν βίον τοῦ ᾿Ἀχρίτου ἀναφέρονται ἐπίσης ὀνόματα χαὶ ἄλλων ἡρώων τῆς χώρας, οἷον τοῦ Φιλοπάππου χαὶ τοῦ ᾿Ιωαννιχίου, μεθ᾿ ὧν μονομαχήσας ἐνίχησεν αὐτούς. Ὥς δὲ τοῦ Ἀχρίτον οὕτω χαὶ τοῦ Ἰωαννιχκίου ὑπάρχουσ! πολλὰ τραγῴδια σωζόμενα εἰς τὴν χώραν ταύτην. ᾿Εχτὸς δὲ ὅτι σώζονται πολλὰ τοιαῦτα καὶ ἐχτενὴ ἄσματα τοῦ ᾿Αχρίτον, χαὶ πολλὰ φρούρια ἀναφέρονται χτίρια αὐτοῦ, χαὶ χωρίον τι τῆς Χαλδίας μέχρι τοῦ νῦν Ἀχριτάντε χαλεῖται καὶ πολλὰ οἰκογενειαχὰ ἐπίθετα ἀπαντῶνται Ἀχριτίδαι χαὶ ᾿Αχριτόπονλοι. Αἱ περὶ αὐτοῦ παραδόσεις ἐπεχράτησαν πολὺ μάλιστα περὶ τὴν Τραπεζοῦντα, ἂν χαὶ οὗτος οὐδόλως ἀναφέρεται περὶ τὰ παράλια, καὶ ὁ τάφος αὐτοῦ δείχνυται πλησίον τῆς Τραπεζοῦντος, περὶ τὸ Τελιχλή-τασι (τετρυπημένη πέτρα), ὅπου συνήθως φέρουσι τὰ veoyvà διὰ νὰ μὴ βασχαίνωνται, καὶ τὰ ἄσματα τοῦ Ἀχρίτου ἐνταῦθα ὡς ἐθνιχὰ καὶ ἡρωϊχὰ προέχουν εἰς τοὺς χοροὺς χαὶ τὰς διασχεδάσεις. (SABBAS IoANNiDis, Statistique de Trébizonde, page 39.)
Nous pouvons ajouter ici, sans toutefois en tirer aucune conclusion, Île passage suivant, que nous lisons à la page 114 des Καππαδοχιχὰ de M. Rizos : Εἰς τὸ Κλισεχισὰρ (τὰ Τύανα) ὑπάρχουσιν aurehot καλοί, ἐκ τῶν ὁποίων ἐξάγεται σταφὶς ὁμοία τῆς Κορινθιαχῆς " ἐξάγεται δὲ χαὶ νίτρον ἐξ οὗ χατασχενάζονσι πυοἴτιν. Εἰς τὸ χωρίον τοῦτο εὑρέθη εἷς πίθος μέγας ἔξωθεν τοῦ ὁποίου ἧτο γεγραμ.μένον AITENY, κατασχευασθεὶς χατὰ μίμησιν, φαίνεται, τοῦ εὐτελοῦς θαλάμου τοῦ Κυνιχοῦ φιλοσόφου (??).
INTRODUCTION. CXXXIIT
rent le héros cappadocien comme l'idéal de la force surhumaine. M. G. Loukas ἃ donné, dans le numéro 1432 du journal grec Néologos de Constantinople, la description d'une statue gigantesque trouvée parmi les ruines de l’antique Amathonte, et qui, suivant le dire du peuple, représentait les traits de Digénis. Le gouvernement ottoman a fait transporter cette statue à Constantinople (1).
Dans un village de l’île de Chypre il existe deux grandes colonnes que l’on appelle communément les massues de Digénis (2). M. Athanase Sakellarios appelle Digénis l’'Æercule chypriot, à qua l'on attribue toutes les actions surhumaines (3).
Les chroniqueurs arabes de l’époque d’Akritas étant encore inédits, nous ne savons si l’on trouverait dans leurs écrits quelques renseignements sur notre héros. Quant aux Persans, ils ont sur Digénis les mêmes idées que le peuple grec. Tout le monde connaît l'immense épopée historique (Shahnameh), dans laquelle Firdousi raconte les annales de la Perse (4). Par un orgueilleux sentiment de vanité nationale poussée jusqu’au ridicule, le chantre de la gloire iranienne ne daigne pas même nommer les empereurs et les généraux de Byzance, qui disputèrent aux Sassanides les provinces de l'Euphrate ; les Grecs sont toujours vaincus, emmenés en captivité; pas la moindre mention de Justinien, pas un seul mot de Bélisaire.
(1) Voyez G. Louxas, Φιλολογικαὶ ἐπισχέψεις, page 31.
(2) Id., ibid., page 32, en note.
(3) A. SAKELLAR1OS, Cypriaques, IIT, page 273.
(4) À une époque reculée, il existait en Perse un grand cycle de poésies populaires sur les exploits des héros persans. Kesra Nouschirvan (sixième siècle) fit réunir ces poésies et les déposa dans sa bibliothèque. Deux siècles après, le dernier des rois Sassanides ordonna de les reviser et de les compléter. Enfin le poëte Aboul Kasim Firdousi, utilisant ces riches matériaux,