‹ Les exploits de Digénis AkritasChapitre 27 sur 78 · CXXXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

CXXXIV INTRODUCTION

Firdousi n'a fait d'exception qu'en faveur d'un « farouche pehlewan (1) », qui eut l’insigne honneur de se mesurer avec Kesra Nouschirvan (2), et ce personnage privilégié n’est autre que notre héros. Voici en quels termes Firdousi raconte cet épisode :

« De là 1] marcha (le roi de Perse) avec son armée, laissant derrière lui Araïschi Roum. Quelqu'un vint lui dire que le kaisar (l'empereur de Byzance) envoyait une armée et qu'on la voyait sur la route. Lorsque le roi eut appris qu'il arrivait une masse de troupes portant des lances et des cuirasses, il dit à son armée ce qu'il avait entendu, pour qu'elle se préparât, et elle se mit en marche comme une montagne de fer, et les trompettes d’airain résonnèrent. |

« Un messager des espions arriva en courant auprès du roi du monde et lui dit que 16 kaïisar envoyait une armée composée de ses plus illustres guerriers, tous avides de combats, comme des loups, commandés par un farouche pehlewan, dont le nom roumi (grec) était Farrourrous (Porphyre) (3), un cavalier portant haut la tête et précédé de clairons et de timbales.

composa son Livre des Rois, publié avec une traduction francaise par M. Jules Mohl.

(1) Pehlewan est le synonyme d’Akritas, gardien des frontières.

(2) Les anachronismes de cette sorte sont des plus fréquents chez Firdousi. Il confond sans cesse les Persans modernes avec les anciens Perses, et les auteurs byzantins les confondent avec les Arabes. Michel Psellus (page 8) et Cédrénus (page 433, 6), racontant la fuite de Bardas Sclérus (976) près du calife de Bagdad, Azodeddaula, appellent ce dernier (qui était contemporain d’'Akritas) Chosroës, nom du roi de Perse, contre lequel Firdousi fait marcher notre héros.

(3) C’est ainsi que M. Mohl lui-même rétablit le nom défiguré de Farfourious. On sait que le philosophe Porphyre n’est jamais appelé autrement que Farfour par les Arabes et les Persans.

INTRODUCTION. CXXXV

« Le roi amena de la salive à ses lèvres (se mit à parler) et ordonna de former les rangs; les deux armées se rapprochèrent, et la poussière ne laissa plus passer le vent. Il y avait là rassemblée une glorieuse armée perse de héros pleins de fierté frappant de l'épée, leurs glaives teints de sang et déchirant les nuages, tous ayant les reins ceints pour le combat, des hommes puissants, de grands personnages et de Keianides. Cette armée ne tardait pas plus que ne tarde un léopard, qui bondit d'en haut sur sa proie; de tous côtés 1] y eut des monceaux de Roumis tués ou des blessés mis hors de combat. Farrourious fut blessé et s’éloigna de la mêlée ; son drapeau était déchiré, ses timbales étaient jetées par terre. Les cavaliers iraniens, semblables à des léopards auxquels il tombe sur la plaine un argali dans les griffes, s’élancèrent à la poursuite des Roumis et en débarrassèrent les vallées et la plaine (1).»

Quand les Turcs s’emparèrent des provinces grecques de l'Asie, et particulièrement de la Cappadoce, 115 y trouvèrent sans nul doute en très-grande vogue, parmi leurs nouveaux sujets chrétiens, le cycle de chansons relatif aux victoires d’Akritas sur leurs coreligionnaires, les Arabes. Il est permis de penser que ce fut pour contre-balancer, aux yeux de leurs sujets musulmans, le héros grec, qu'ils inventèrent les exploits du fabuleux Sajjid Batthâl. Ils personnifièrent en lui la lutte de l'islam contre le christianisme. Cet Akritas musulman est même plus ancien que celui dont il est la contrefaçon, il est contemporain d'Hé-

(1) Le Livre pes Rois, par Aboul Kasim Firdousi, publié, traduit et commenté par Jules Mohl (vol. VI, pages 211-213). Le même Firdousi ajoute (page 219) que Farfourious, ainsi vaincu, conseilla à l’empereur de demander la paix.

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