XX VIII INTRODUCTION
Les servantes apportent ensuite à l’émir son fils Basile, né peut-être durant son absence; 1] le serre dans ses bras et le couvre de baisers.
L’escorte de l’émir arrive à la forteresse. On décharge les bagages et on met les chevaux à l'écurie. L’émir congédie, en les chargeant de présents, les Perses et les Arabes qui l’avaient accompagné ; il retient seulement cent Arabes d'élite, avec leur mère et leurs frères.
Quatrième livre. — Iei commence l'histoire proprement dite de Basile Digénis Akritas.
Le fils de l’émir et de la fille d'Andronie Ducas fut appelé DiGénis, parce qu'il descendait de deux races, arabe et grecque, et Axriras, parce qu'il était gardien des frontières (en grec AKPAI). Le nom de Base lui fut donné, lors de son baptème.
Pendant trois ans, Basile étudie les belles-lettres ; grâce à la vivacité de son esprit, il y fait de rapides progrès. Il apprend aussi à manier l'épée et la lance, et 1] devient un lutteur habile. La chasse est sa passion favorite. A l'âge de douze ans, il supplie son père de lui permettre d’aller à la chasse des bêtes fauves. L’émir essaie de l’en dissuader et l’engage à différer jusqu’à ce qu'il ait atteint l’âge viril. Chagrin de Basile. On finit par lui accorder sa demande.
Le lendemain, il part, en compagnie de son père et de son oncle Constantin, et il se rend dans les grandes montagnes. On ne tarde pas à se trouver en présence de deux ours, dont l’un se précipite sur Basile. Mais celui-ci saisit l'animal par la gueule, et le tue. Une biche, que le bruit a effrayée, bondit hors du bois. Basile s’élance à sa poursuite, la rejoint, la saisit par le pied et la fend en deux pares. Ceux qui étaient présents en croyaient à peine leurs
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yeux, ils ne pouvaient comprendre qu'un enfant fût doué d'une force aussi prodigieuse, 115. disaient que jamais on n'avait vu son pareil et que Dieu l'avait sans doute envoyé sur terre pour exterminer les apélates.
Mais ils allaient être témoins d’une action plus prodigieuse encore. Une lionne apparaît. Constantin Ducas dit à son neveu de l’attaquer pour donner une preuve de sa vigueur et de son courage. Basile s’élance ; son oncle l’engage à ürer son épée. L'enfant obéit ; il se précipite sur la lionne, la frappe au milieu du front et lui fend la tête jusqu'aux épaules. Son père et son oncle l’embrassent avec effusion et se félicitent eux-mèmes de le posséder.
Basile se rend auprès d’une source et y lave le sang dont il est souillé ; après quoi il se revêt d’un habit magifique pour retourner chez sa mère. — Ici le poëte donne une description de la merveilleuse beauté de Digénis : un visage blanc et rose, une chevelure blonde et bouclée, des sourcils noirs, de grands yeux, une poitrine pure comme un limpide cristal.
Après son bain, Basile met une tunique légère, et pardessus celle-ci 1] en met une autre de couleur rouge, brodée de perles, au col enrichi d’ambre musqué, et constellée de boutons d’or qui brillaient du plus vif éclat. Ses chaussures étaient rehaussées de dorures et ses éperons embellis de pierres d’aimant. Il montait une jument de haute taille, blanche comme une colombe, dont la crinière était entremêlée d’émeraudes, et qui agitait bruyamment des grelots d'or. La selle de cette cavale était recouverte d’une magnifique housse de soie verte et rose qui la préservait de la poussière, et sa bride était ornée d'or et de pierres précieuses.
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En avant, marchaient les pallikares ; venaient ensuite l’émir et Constantin Ducas, enfin Basile Digénis s’'avançait, : brillant comme le soleil au milieu des étoiles. I tenait à la main une lance de fabrication arabe, au bout de laquelle flottait une banderole verte.
L'éducation militaire de son fils une fois terminée , l’émir se retira dans son palais avec sa femme et ses autres enfants (ceux qu'il avait eu de ses épouses mahométanes). Il y vécut paisiblement, ne s’occupant que des choses de Dieu.
Quant à Basile, il prit le commandement des pallikares de sa maison, et commença à se signaler par des actions d'éclat.
Ayant entendu parler des apélates (1), ou brigands, qui occupaient alors les défilés et commettaient toutes sortes de méfaits, il voulut faire connaissance avec eux. Un jour donc, il monte à cheval, prend sa lance et sa massue, et se dirige vers l’endroit où 1] espère les rencontrer. Arrivé près d’un marécage, il y trouve un lion récemment tué par le fameux Joannikios, un des chefs de brigands. Plus loin, il lie conversation avec le porteur d’eau des apélates, et il lui demande où ils sont, car 1] désire les connaître et devenir un des leurs. Le porteur d’eau conduit Digénis au quartier général, près du vieux Philopappos, le chef de la bande. Digénis trouve le vieillard étendu sur un lit garni de peaux de bètes fauves, 1] le salue avec déférence, — « Sois le bienvenu, lui dit Philopappos, si tu n’es pas un traître. » — « Je ne suis pas un traître, répond Basile, mais je veux me faire apélate. » — « 51 telle est ton intention, reprend le vieillard, 1l faut que tu subisses les épreuves auxquelles
(1) Nous dirons plus loin quels étaient ces apélates, dont le nom se trouve si souvent dans les scoliastes des Basiliques:
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on les soumet. Il faut que, n'ayant d'autre arme que ta massue, tu restes quinze jours en sentinelle, sans manger et sans dormir ; 1] faut qu'ensuite tu puisses tuer des lions, que tu me rapportes leurs dépouilles, et enfin que, lors du passage des princes dans les défilés, tu... » (Το ol existe une lacune assez considérable).
Basile prend sa massue, se rend au milieu des apélates, frappe dessus à coups redoublés, les désarme tous jusqu’au dernier. Ensuite 1] va porter leurs massues à Philopappos et lui dit, en les lui remettant : « 51 ce présent ne t’agrée pas, je te traiterai comme eux. »
Après ces diverses épreuves, Basile retourne à la maison paternelle, et, à dater de cette époque, 1] fut si redouté que son nom seul était l’effroi des méchants.
Cinquième livre. — Le général d'une province voisine, nommé Ducas, et parent de nos Ducas, possédait une fille d'une ravissante beauté, appelée Eudocie. Digénis, qui avait maintes fois entendu faire son éloge, monte un jour à cheval, et, accompagné de ses gens, se rend à la chasse. Quand 1] eut fini de chasser, 1l revint du côté où 56 trouvait le palais de Ducas. Ce palais était bâti tout en marbre et en mosaïques, les fenêtres étaient ornées de perles, et dans une des chambres habitait la charmante Eudocie, Arrivé devant ce somptueux édifice, Digénis entonna une chanson qui disait que « le jeune homme qui aime une jeune fille et ne peut contempler sa beauté, ne trouve en ce monde que tristesse et tourment ».
Les personnes présentes furent ravies de la voix mélodieuse de Digénis ; Eudocie elle-même sentit battre son cœur et tomba éperdûment amoureuse du jouvenceau. Ne pouvant toutefois se pencher par sa fenêtre, elle dit à sa
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nourrice de regarder le jeune homme. Celle-ci obéit et s'écrie aussitôt : « Le monde n’en possède pas un plus. beau, et vous seriez bien heureuse, si votre père voulait vous le donner pour époux ! » Eudocie ne peut résister au désir qu'elle a de voir Digénis, et elle le regarde par une fente, sans être vue de lui.
Cependant Basile interroge les personnes présentes, il leur demande si ce palais est bien réellement celui de Ducas, et si c'est là que réside cette fameuse jeune fille, pour laquelle ont péri tant de nobles et vaillants hommes.
Ducas, qui était présent, se donne comme un domestique du palais et dit à Basile : « Bien des audacieux ont essayé d'enlever cette jeune fille, mais son père leur ἃ dressé des embuüches, et les a tous pris et mis à mort. » Digénis, comprenant la ruse, répond qu'il n’est pas venu avec l'intention qu'on semble lui prêter, mais que pour ce qui est des embuscades, 1l n’en a pas peur. Ce qu'il désire, c’est d’épouser la jouvencelle avec le consentement de son père, et il prie le serviteur de vouloir bien négocier son mariage. Mais Ducas lui répond que plusieurs fois déjà il a tenté une pareille démarche et qu'il a été évincé. Cependant Basile, loin d’être troublé par une telle réponse, s’approche de la chambre où se trouve la jouvencelle et 1] lui dit par une ouverture : « Fais-moi savoir si tu m'aimes, ὃ jeune fille, ou si tu en aimes un autre, car je ne veux pas te contraindre. »
La jeune fille charge sa nourrice d’aller porter au jouvenceau la réponse que voie : « Je t'aime de tout mon cœur, mais je ne sais qui tu es. Si, cependant, tu es Basile Digénis, je m'en réjouis, car tu es d’une noble et riche famille et, par les Ducas, tu es notre parent. Sache toute-