INTRODUCTION. XXXIII
fois que mon père est cruel, qu'il a entendu parler de tes actions d'éclat, et qu'il a placé des sentinelles chargées de te surveiller. Tiens-toi donc sur tes gardes. »
La nourrice répéta fidèlement à Digénis les paroles d'Eudocie. Alors Basile s’écrie : « Mets-toi à ta fenêtre, ὃ ma douce lumière, afin que je voie ta beauté, et que ton amour pénètre dans mon cœur. Car je ne suis qu un Jeune adolescent, comme tu le vois, etje ne sais pas encore ce que c’est que d'aimer. » (/ci se trouve une lacune qu'il y a lieu de croire assez considérable.)
La jeune fille partage l'amour de Digénis, 115 sont parvenus à avoir un entretien. « Pars, lui dit Eudocie, et ne m'oublie pas ! » Et Digénis, au comble de la joie, lui répond : «Attends-moi cette nuit. »
Il revient ensuite chez son père, pensif et impatient. Il voudrait déjà que le soleil eût disparu derrière l'horizon, afin de pouvoir retourner auprès de sa bien-aimée. En rentrant, 1l donne l’ordre à son palefrenier de préparer son cheval moreau ; 1l lui recommande de mettre sur la selle sa massue et son épée.
Il avait sans cesse devant les yeux la rayonnante image de la jeune fille, et l'amour dont son cœur était rempli le rendait soucieux et avait altéré les traits de son beau visage. Sa mère, voyant un tel changement et remarquant qu'il ne prenait pas de nourriture, lui demande la cause de son chagrin , mais Basile se tait, et, pour couper court, se met à table. Son repas terminé, il entre dans sa chambre, prend sa lyre, qu'il arrange comme 1] désirait (car il connaissait parfaitement la musique), se rend ensuite à l'écurie et enfourche son moreau.
Bientôt il arrive près de la maison d'Eudocie; il joue de
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la lyre et chante d’une voix mélodieuse. (/ct une lacune d'au moins deux cents vers, où étaient racontés l'enlèvement d'Eudocie, et la fuite de Digénis, poursuivi par les fils et les serviteurs de Ducas.)
Basile, se voyant serré de près, s’écarte un peu de la route et fait asseoir la jouvencelle sur une grande pierre, puis, rebroussant chemin, 1] marche à la rencontre de ceux qui le poursuivent. Bientôtil est au milieu d'eux. D’un coup d'épée 1] pourfend un des serviteurs de Ducas et il disperse tous les autres. Voyant alors ses futurs beaux-frères s’approcher de l'endroit où était la jouvencelle, Digénis s’élance sur eux, les frappe d’un léger coup de massue et leur fait vider les étriers.
A la vue de ses gens en pleine déroute, le vieux Ducas se met en chemin et arrive, pleurant et gémissant, pour voir sa fille. Basile se prosterne humblement à ses pieds, lui demande pardon de ce qu'il ἃ fait, et lui déclare qu'il lui serait Impossible de trouver au monde un meilleur gendre.
Bon gré mal gré, Ducas accepte le fait accompli et rend grâces à Dieu. Il prie Basile de revenir avec lui à la maison, afin d'y célébrer les noces et de recevoir la dot. ἢ lui promet une grosse somme d'argent, des vètements précieux, des domaines d’un apport considérable, des serviteurs et des servantes de toute espèce, des reliquaires que la jeune fille tient de sa mère, et enfin une couronne enrichie de pierreries. Si Ducas engage Digénis à revenir avec lui, c’est principalement pour que son épouse le voie et se réjouisse du bonheur de sa fille.
Basile lui répond que, s’il a enlevé Eudocie, ce n’est pas dans l’espoir d’une riche dot; la beauté de la jouvencelle lui suffit; quant à l’argent, il en fait cadeau à ses beaux-
INTRODUCTION. XXXV frères. Il désire que Ducas et ses fils l’accompagnent pour célébrer les noces chez l'émir son père; après quoi 1] reviendra avec eux. S'ils ne veulent pas y consentir, 1l emmène la jeune fille avec Iui. (Lacune.)
Ducas et ses fils partent ensemble. Eudocie, restée seule avec Basile, est confuse de son isolement ; elle regrette que son bien-aimé n'ait pas écouté la prière du général, car, dans ce cas, 115 auraient eu une nombreuse et brillante escorte. Basile la console et continue son chemin, emmenant avec lui six magnifiques chevaux, enlevés aux hommes de Ducas, dans le combat qu'il leur a livré.
L'émir vient au-devant de son fils et de sa bru; 1] les salue avec affection et remercie Dieu du bonheur qu'il daigne accorder à son enfant bien-aimé.
Ensuite 1l ceint le front de la jeune fille d’une couronne magnifique, et la fait asseoir sur un coursier superbement enharnaché. Il serait difficile de se faire une juste idée de ia joie que tout le monde ressentit alors; la nature ellemême partagea l’allégresse universelle.
Lorsque le cortége fut à une petite distance de la maison de l’émir, la générale et la mère de Basile sortirent au-devant d'eux.
Mousour ne fut pas plutôt de retour qu'il envoya ses beaux-frères prier Ducas de venir à la noce. Le général promit de se rendre à cette invitation et s’occupa dès lors de préparer les cadeaux qu'il destinait à son gendre.
ΠῚ lui donna des chevaux de prix, des harnais magnifiques, douze faucons d’Abasgie, douze onces très-exercés à la chasse, douze nourrices, douze servantes, des vêtements précieux, une tente immense, deux tableaux qui représentaient les deux saints Théodore; dix lances arabes, la
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célèbre épée du roi Chosroës, et un lion apprivoisé. La dot s'élevait à la somme de six cent mille livres.
Basile épousa Eudocie conformément aux prescriptions de la religion chrétienne. Les réjouissances qui eurent lieu à l’occasion de leur mariage ne durèrent pas moins de trois mois. Après ce laps de temps, Basile obtint le pardon et la bénédiction de Ducas, son beau-père. Celui-ci retourna ensuite chez lui, et Digénis, avec sa jeune et ravissante épouse, se rendit aux frontières, où il remplaça son père, et se hâta d’exterminer les irréguliers. Ce fut alors seulement qu’on lui donna le surnom d’Akritas, ou gardien des frontières.
Mais le désir de Basile était de se séparer de ses pallikares et d’errer seul, à l'aventure, pour accomplir des actions d'éclat. Ses tentes l’accompagnaient partout ; celle où il habitait avec Eudocie était merveilleusement belle.
Il devint alors si redoutable que sa vue seule inspirait la terreur. Son cuisinier s’étant un jour mis en colère, il lui donna un si violent soufflet que ce pauvre homme en resta estropié toute sa vie. Akritas défendait à qui que ce fût d'approcher de lui, hormis à sa jeune femme. Ils se nourrissaient d'oiseaux, de cerfs, de chèvres et de sangliers.
L'empereur de Constantinople, Romain I‘, qui dirigeait alors en Cappadoce une expédition contre les Arabes, concut le désir de voir le célèbre protecteur des frontières de son empire. Il lui écrivit une lettre dans laquelle 1] l'invitait à se rendre auprès de lui.
Mais Basile lui répond qu'il ne peut se présenter devant une si nombreuse société, et 1] prie l'empereur de vouloir bien venir lui-même à sa rencontre sur les bords de l’Euphrate. Romain accède au désir d'Akritas. Accompagné