Éther
M. Ogier a été chargé en 1888 de faire une expertise ayant pour cause l'explosion d'une tourie d'éther (1). Un Anglais, M. WooUey, était venu en France pour y exploiter un remède secret qui devait guérir les douleurs : il employait pour la fabrication de ce remède, appelé huile de Saint- Jacob, de l'alcool, de l'éther, de l'huile d'origan et diverses plantes aromatiques. Il s'était établi à Puteaux et il installait ses appareils.
A un moment donné, une tourie d'éther fait explosion. Comment l'accident est-il arrivé? Woolley n'a pas pu donner d'explication.
M. Ogier a constaté que, près de la porte de la pièce servant de laboratoire, se trouvait un diable dont l'un des brancards avait disparu et dont l'autre était fortement carbonisé. Il est probable que Woolley amenait sur ce diable, la tourie d'éther dans le laboratoire. Il y avait évidemment
(1) Obs. 20.
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une fissure dans le bas de cette tourie, peu importe que cette fissure ait existé avant que la tourie ait été placée sur le diable ou qu'elle ne se soit produite qu'à ce moment, à la suite d'un choc. La paille qui entourait la base de la tourie s'est imprégnée de vapeurs d'étha^ qui se sont répandues dans l'appartement, ont passé à travers un couloir dans la cage de l'escalier et ont pénétré dans la cuisine Quelles ont pris feu au contact des charbons allumés sur le fourneau. La bonne qui était dans la cuisine fut brûlée, elle essaya de se sauver et traversa l'escalier et le couloir en flammes ; elle a succombé à ses brûlures.
M. Socquet fut chargé de l'autopsie de cette fille. Elle était profondément brûlée sur toute l'étendue de son corps, excepté au niveau du corset; ses vêtements avaient pris feu (fig. 4et o).
Quant à WooUey, ses brûlures étaient graves; on dut lui amputer le bras droit; l'œil du même côté était le siège d'un staphylome qui a dû entraîner l'abolition de la vision de ce côté (1).
J'appelle votre attention sur diverses circonstances que vous pourrez retrouver dans des expertises dont vous serez chargés. On avait cru d'abord à une explosion par la dynamite, d'autant plus que dans un réduit attenant à la cuisine, un pan de mur s'était écroulé, que dans la cuisine un mur s'était lézardé et que le sol de la vérandah avait été soulevé.
Mais M. Ogier avait constaté que les boiseries, les peintures avaient subi une combustion très superficielle. Les murs étaient comme flambés, léchés par une flamme, bientôt éteinte; les parois de la cage d'escalier présentaient le même aspect; les carreaux des fenêtres étaient brisés, une porte était faussée ; mais, en réalité, les désordres n'étaient pas
(1) Obs^ 21.
Fig. 4, — Explosion d'une tourie d'éther à Puteaux. Laflile X... brûlée, vue de face.
Fig. 5. — Explosion d'une tourie d'éther à Puteaux. La fille X.. brûlée, vue de dos.
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considérables : il n\y avait pas eu là un foyer de combustion, mais une déflagration subite et passagère.
Pour mieux graver dans votre esprit la facilité avec laquelle ces vapeurs se répandent dans un appartement, loin de leur foyer de production, je vais vous citer un fait, dans lequel la responsabilité du médecin a été gravement engagée.
C'était en province ; un médecin faisait le soir, à la lumière, un pansement à un malade, et il se servait de coton hydrophile ; le malade était en assez mauvais état et le médecin crut devoir lui faire une piqûre d'éther ; mais il ne boucha pas son flacon, comme on doit le faire ; il le laissa debout ; les vapeurs d'éther arrivèrent au contact de la lumière, prirent feu, incendièrent la ouate qui couvrait le malade, celui-ci fut profondément brûlé et succomba à ses blessures.
Dans les cas que nous venons d'examiner, il s'agissait de gaz qui mélangés à l'air dans des conditions déterminées prennent feu et détonent au contact d'un point en ignition. L'explosion est accompagnée de leur inflammation.
Je dois vous signaler un danger d'un autre ordre. Lorsque des gaz sont comprimés sous des pressions considérables, ils peuvent rompre les parois des récipients et la rupture de ceux-ci peut provoquer des accidents analogues, moins les brûlures et l'incendie, s'ils ne sont pas inflammables.