Acide carbonique
Tel est le cas par exemple de V acide carbonique. Dans les fabriques d'eau de Sellz, on a substitué à la production de l'acide carbonique, chez le fabricant, par un carbonate et un acide, son emploi alors qu'il est formé au préalable et emprisonné dans des cylindres métalliques, où il est comprimé à 32 atmosphères.
Un exemple vous édifiera sur les dangers que présentent ces procédés. Je le résume d'après un rapport de M. Michel Lévy, lu au Conseil d'hygiène de Paris le 3 juillet 1896 (i) :
« Les récipients d'acide carbonique liquide étaient disposés au nombre de 24 sur le sol pavé du quai Louviers, par rangées superposées de 9, 8 et 7. Déposés depuis la veille
(1) Michel Lévy, Explosion de récipients d'acide carbonique {Annales d'hygiène, 1" sept. 1896, p. 273).
en plein soleil et sans aucune couverture, ils devaient être expédiés par bateaux.
« Le i5 mai 1896, à 11 heures et demie du matin, trois d'entre eux ont fait violemment explosion, un fragment de 26 kilogrammes de l'une des bouteilles rompues a été projeté par-dessus les maisons du quai Henri IV, jusqu'au boulevard Morland, où il a légèrement blessé un cheval. Deux récipients intacts ont été lancés l'un dans le fleuve, l'autre sur un bateau vide à loO mètres en amont. Quelques caisses voisines ont été défoncées. Les témoins n'ont entendu qu'une seule détonation.
« Ces récipients sont en tôle d'acier Martin extra-doux, d'une résistance de 36 à 40 kilogrammes par millimètre carré avec un allongement de 22 à 25 p. 100 à la rupture; la longueur est de 1^^,14 ; le diamètre extérieur de 13''°^, 5; l'épaisseur de 0"™,5 ; la soudure longitudinale des tubes est faite au laminoir, avec un recouvrement en biseau de 15 à 30 millimètres, vérifié, après des découpages des tubes, au moyen d'une attaque de la tranche par l'acide azotique. On verra plus loin que cette soudure constitue avec évidence le point faible des appareils.
« Avant tout découpage, les tubes sont soumis à une épreuve hydraulique à oO kilogrammes et martelés. Puis ils sont coupés à bonne longueur et munis de fonds de 2 à 4 centimètres d'épaisseur, soudés à la forge. L'un des fonds est percé et fileté pour recevoir un robinet et une chape de pro tection en fer.
« L'appareil terminé est soumis à une épreuve hydraulique à 250 kilogrammes, en présence d'un contrôleur des mines, et porte une médaille poinçonnée (Qg. 6). Les ruptures, constatées lors de cette épreuve, sont de 4 à 5 p. 100 et affectent presque toujours la soudure longitudinale; elles ne se produisent pas au-dessous de 200 kilogrammes de pression.
Fig. 6. — Vai'iations de la pression avec la température suivant la densité de chargement.
Fig. 7.
G~^.fe
Fisr. 8.
Fragmpnt de la bouteille n» 241 ~«--~>~»~>~<' Lignes de rupUire reportées sur les bouteilles supposées intactes.
Echelle — pour les
ensembles.
1/2 grandeur naturelle pour les coupes.
« Les bouteilles qui ont fait explosion portaient les n°^ 143, 241 et 881 ; elles avaient été éprouvées du 23 avril au 1" juin 1894 et mises en service du 30 juin 1894 au 21 juillet 1895. « La bouteille n° 881 (ûg. 7) s'est rompue sur la moitié inférieure de sa longueur, suivant la génératrice de la soudure , mais il n'y a eu décollement proprement dit que sur 1 millimètre d'épaisseur environ du côté extérieur, le reste de la cassure étant en plein métal et dans une direction à peu près normale à la surface. Vers le haut de la bouteille, les cassures se prolongeaient sur le quart suivant de la longueur, suivant une spire entière de spirale ; enfin le quart supérieur était intact. Toute la partie rompue avait été développée par l'explosion jusqu'à présenter une surface presque plane ; le fond inférieur était complètement détaché, non par dessoudure, semble-t-il, mais par rupture suivant une section droite à peu près régulière.
« La bouteille n° 241 (fig. 9) paraît s'être rompue d'une manière très analogue, mais inverse, la rupture suivant une génératrice s'étant produite dans la moitié supérieure ; le fond supérieur qui a été retrouvé paraît avoir arraché avec lui quatre parties de la bande de tôle qui y était soudée. De plus, l'autre moitié de la bouteille était complètement détachée et n'a pas été retrouvée. Sur 27 centimètres environ de la cassure rectiligne, il y avait décollement à peu près complet de la soudure qui ne présentait en ce point que 3 à 4 millimètres de recouvrement ; le reste de cette cassure était analogue à la cassure homologue de la bouteille 881. Le fragment était aussi presque entièrement développé vers l'extérieur jusqu'à une forme presque plane.
« La bouteille n° 143 (fig. 8) s'est ouverte en gardant ses deux fonds intacts suivant une ligne irrégulière, mais oscillant autour de la génératrice de soudure sur presque toute la largeur de la bouteille; à l'origine inférieure de cette ligne de