EXPLOSION DE LA RUE FRANÇOIS-MIROM
2. Explosion de la rue François-Miron. — Nous soussignés, de Foutanges, inspecteur général des ponts et chaussées en retraite, D"' Crequy, D"" Brouardel, experts désignés par le conseil de préfecture de la Seine, en date du 8 février 1888, pour examiner le sieur L..., serment préalablement prêté, avons procédé à celte expertise le 19 mars 1888.
Le sieur L... (Edouard), âgé de cinquante ans, cuisinier, demeurant 138, rue Saint-Maur, à Paris, déclare avoir été blessé au moment où il se trouvait sur la voie publique, lors de l'explosion survenue le 12 juillet 1882, dans la rue François-Miron.
Un certificat du D"" Mérigot, en date du 16 juillet 1882, décrit les blessures constatées à cette époque :
« L... porte sur la partie latérale gauche du crâne une plaie coutuse paraissant n'avoir intéressé que les téguments, mesurant environ 8 centimètres de développement et qui paraît avoir été accompagnée d'un décollement étendu des téguments.
« Une seconde plaie superficielle, 'mesurant 2 centimètres, existe au niveau de l'olécràne gauche.
« Enfin la région lombaire et le côté gauche du tronc dans la région de la hanche paraissent avoir été violemment contusionnés, une vaste ecchymose apparaît à ce niveau.
« La face, les mains et les jambes sont criblées de petites blessures superficielles déterminées par la projection de grains de sable. »
Le sieur L... fut transporté à l'Hôtel-Dieu, il en sortit le 12 août 1882; il dut y faire un nouveau séjour du 18 octobre au 18 novembre 1882. Dans un certificat, dont L. . . nous donne seulement copie, M. le professeur Richet aurait certifié : « que le nommé L... est atteint d'une perforation du tympan de l'oreille gauche consécutive à l'accident de la rue François-Miron. »
Actuellement, le sieur L... est pâle, maigre, il paraît affaibli. Sur la partie latérale gauche du cuir chevelu (région fronto-pariétale), nous voyons une cicatrice blanche de 6 à 7 centimètres, non douloureuse. La cicatrice n'est pas adhérente aux os du crâne, mais les téguments qui l'entourent dans une zone de 5 à 6 centimètres sont peu mobiles.
L... déclare que du côté gauche, il n'entend rien, pas même lorsque la montre est appliquée sur l'apophyse mastoide. Nous n'avons pu découvrir la perforation du tympan. Nous avons rem-
pli d'eau le conduit audilif externe, nous avons fait souffler le sieur L. . ., la bouche étant fermée, il n'est pas sorti de bulle d'air par le conduit auditif externe. Il semble donc qu'actuellemeni, il n'y a pas perforai ion de la membrane du tympan, ou que si la perforation existe, elle doit être fort petite. Ce qui d'ailleurs ne prouve pas qu'au moment de l'accident cette perforation ne se soit pas produite, elle a pu ensuite se cicatriser, et ce travail cicatriciel donner naissance à un épaississement de la membrane du tympan amenant un certain degré de surdité de l'oreille gauche.
Mais des diverses épreuves auxquelles nous avons soumis L. . ., il résulte pour nous cette conviclion que la surdité de l'oreille gauche existe en partie, mais que L. . . l'exagère considérablement. En tout cas, l'ouïe de l'oreille droite est excellente, car lorsqu'on s'adresse à L... en baissant progressivement la voix, il entend parfaitement.
L... accuse de plus d'autres troubles spéciaux sur lesquels nous devons nous expliquer et qu'il lui sciait difficile d'inventer et surtout de grouper de façon que leur caractère nosologique soit facile à reconnaître. Il dit que parfois (une dizaine de fois depuis l'accident) étant sur la voie publique, il est pris d'une sorle de vertige, il glisse à terre, il ne perd pas connaissance.
Les sensations éprouvées par le blessé, les actes qu'elles déterminent, caractérisent suffisamment la forme de vertige dite maladie de Ménière ou vertigo ah aiire Ixsa. Ce diagnostic a été confirmé par le professeur Charcot à qui nous avions adressé le malade, d'une part pour avoir la confirmation de notre opinion, d'autre part pour qu'il le soumit à un traitement rationnel qui n'a pas encore été tenté jusqu'à ce jour.
Le sieur L... accuse de plus des douleurs de (ête, une insomnie, dont nous ne pouvons contester ou affirmer la réalité. Disons seulement que ces troubles nerveux accompagnent souvent le vertige de Ménière.
Nous avons de plus constaté sur l'olécràne du côté gauche la cicatrice blanchâtre de la plaie notée le 16 juillet 1882 par le D"" Mérigol. Il ne reste actuellement aucun trouble imputable à cet accident local.
Conclusions. — 1° Le sieur L... (Edouard) a eu au moment de l'explosion de la rue François-Miron une plaie de tête et une