‹ Les explosifs et les explosions au point de vue médico-légalChapitre 30 sur 48 · EXPLOSION DE FARINE DANS UNE BOULANGERIE · texte numérisé non relu

EXPLOSION DE FARINE DANS UNE BOULANGERIE

La flamme se précipila ensuite dans le fournil, s'échappa par l'escalier formant cheminée d'appel, vint frapper contre la porte à coulisse que nous avons décrite plus haut, oii elle brûla presque complètement un plumeau suspendu à l'huisserie de gauche de cette porte. La cornière de la porte à coulisse fut tordue et arrachée, et la porte renversée à l'intérieur de la salle à manger. La traverse supérieure de l'huisserie est noircie parla fumée, mais au delà de cette porte il n'y a plus de traces de flamme ni de fumée.

Enfin, sous l'eff'et de l'explosion, la glace dépolie de la salle à manger vola en éclats ainsi que la glace de la travée de droite de la devanture, et les morceaux violemment ptojetés au dehors blessèrent légèrement un enfant qui passait sur le trottoir.

La cloison vitrée subissait en même temps un choc violent et l'on remarque des crevasses à la partie supérieure dans la jonction du plâtre avec les huisseries des deux portes vitrées dont les glaces, d'ailleurs, n'ont pas été brisées.

M. Melzlé évalue à 200 kilogrammes la quantité de farine qui fit subitement irruption dans le fournil par cette déchirure de la manche en toile.

Les cas d'inflammation de la folle farine, au contact d'une lumière et brûlant comme la poudre de lycopode, sont bien connus des meuniers et des boulangers; en projetant sur un bec de gaz de la farine très divisée au moyen d'une brosse, j'ai reproduit exactement les longues flammes que les artificiers obtiennent dans les théâtres; mais l'on cite très peu de cas d'incendie avec explosion.

De l'examen des lieux, il paraît résulter qu'il y a eu deux phases distinctes : 1° Dans le fournil, en cave et dans l'escalier jusqu'à la porte à coulisse, production d'une longue flamme, mais pas d'explosion, car les vitres des soupiraux sont intactes et ne sont pas brisées; 2° Explosion contre la porte à coulisse qui est violemment arrachée, ainsi que dans la salle à manger et dans la boutique où les glaces sont brisées.

Dans la séance du 14 avril 1878, à la Société d'encouragement pour l'Industrie nationale, M. Dumas remettait au Conseil une lettre qui lui était adressée deLouisville (U.-S.), par M. Laurence Smilh, correspondant de la Société pour les arts chimiques, et signalant une violente explosion survenue dans des circonstances exceptionnelles:

148 OBSERVATIONS ET EXI'EHTISES MÉDICO-LÉGALES.

« Le 2 mai dernier, une violente explosion a eu lieu dans un des grands moulins à farine de Minneapolis, sur une des chutes du Mississipi. Ces moulins sont comptés parmi les plus grands du monde; leur force motrice est produite par un appai'eil hydraulique. La détonation a eu lieu sans aucun avertissement préliminaire. La couverture entière de cet immense édifice a été lancée en l'air et les murailles sont tombées en tuant un grand nombre d'employés. L'etîet de cette explosion s'est étendu aux moulins voisins, renversant les murailles et causant un violent incendie qui a détruit cinq des plus grands moulins établis sur cette chute d'eau.

« Quelle est la cause de cette détonation?

« Après les recherches les plus minutieuses, je suis convaincu qu'il y a eu explosion provenant de la présence, dans l'air, de matières organiques excessivement divisées (tleur de farine, etc.), qui ont formé un mélange explosif semblable à celui qui résulte de l'éther, de l'alcool mêlé à l'air. Des faits semblables, mais d'une bien moins grande gravité, ont, je crois, été déjà observés.

a Cet événement mérite la plus sérieuse attention, car il révèle un danger qui n'était pas connu et qui intéresse une importante industrie.

« L'inflammation a dû être causée par réchauffement des meules tournant avec une vitesse excessive {ninning dlzzy).

« J'ai pensé qu'il convenait de porter cet accident extraordinaire à la connaissance de la Société d'encouragement. »

A la suite de cette communication, M. Laboulaye rappelait un mémoire de Carnot (i), relatif à ce genre de détonation. Voici le passage de ce mémoire qui a trait à la question qui nous occupe :

« Parmi les tentatives faites pour développer la puissance motrice du feu par l'intermédiaire atmosphérique, on doit distinguer celles de M. Niepce (2), qui ont eu lieu en France il y a

(1) Réflexions sur la puissance motrice du feu et sur les machines propres à développer cette puissance, par S. Carnot, ancien élève de l'École polytechnique, à Paris, 1824, chez Bachelier. — Carnot (Nicolas-Léonard- Sadi), fils aîné du conventionnel, né eu 1796, mort en 1832, victime de l'épidémie cholérique.

(2) Niepce (Joseph-iXicéphore), l'inventeur de l'héliographie, né à Chalon-sur Saône eu 17G5, mort en 1833.

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