CHAPITRE II
Tirage des mines par Félectricité.
Le procédé ordinaire de mise à feu au moyen de mèches ou cordeaux détonants présente de graves inconvénients. En premier lieu, lesminesne peuvent être tirées que l'une après l'autre ; il en résulte une perte de temps considérable et un eflFet souvent médiocre. En outre, s'il survient un raté, les opérations sont quelquefois paralysées pendant un temps assez long; quant à effectuer le débourrage du trou de mine, c'est un travail extrêmement dangereux et qui est générament défendu par les ingénieurs et les entrepreneurs.
Or le tirage par l'électricité permet d'effectuer des explosions multiples et simultanées dont l'avantage est de produire des effets importants, de réduire le nombre des trous de mines à perforer et de diminuer notablement le danger des débourrages. On peut donc compter, en adoptant le procédé de mise à feu par l'électricité^ sur un travail meilleur et plus économique.
Toutefois,il importe essentiellement que la disposition des appareils et l'emploi du matériel soient rationnels et appropriés à chacun des cas particuliers qui peuvent se présenter.
Le matériel nécessaire pour le sautage des mines par l'électricité comprend :
lo Les amorces et détonateurs;
2° Les fils conducteurs;
3° L'exploseur, ou machine fournissant l'électricité.
I. Amorces et détonateurs. — En général on peut diviser les amorces
électriques en deux classes distinctes, suivant qu'elles présentent une grande ou une faible résistance. Ce sont les amorces à haute tensioriy ou à faible tension. Les premières sont enflammées par le passage d'une étincelle électrique dans une matière combustible placée entre les extrémités de deux fils conducteurs ; les autres, par rinc^ndescence d'un fil de platine interposé entre les conducteurs et noyé dans une composition chimique explosive.
Les amorces à haute tension ont le grand avantage de pouvoir être utilisées sans le secours de batteries voltaïques : appareils encombrants et incommodes à déplacer. Il suffit de faire usage d'un explose ur portatif quelconque : machine électrique à friction, machine magnétoélectrique, dynamo-tension, etc.. Dans le cas où l'on dispose d*une batterie, il faut que celle-ci soit très-puissante. L'emploi de ces amoi ces permet de tirer un grand nombre de coups de mine à la fois. Mais elles doivent être parfaitement isolées : leur résistance variant beaucoup selon qu'elles sont restées plus ou moins de temps en magasin ou qu'elles ont été ou non exposées aux influences cUmatériques. Aussi leur essai, avant l'emploi, est-il difficile et même dangereux.
Les amorces à faible tension ont l'avantage de ne pas se détériorer aussi facilement et de résister aux influences atmosphériques. Leur résistance peut être considérée comme constante, et elles détonent sous l'action d'un courant de tension relativement faible. On peut facilement les essayer avant l'emploi aux mines. Elles doivent aussi être isolées, mais sans exiger autant de précaution que les premières. La règle est de les faire détoner à l'aide d'une batterie voltaaque.
Leur principal inconvénient est de ne pas oflfrir une garantie suffisante pour le tirage des mines simultanées : il se peut, en effet, que quelques amorces du circuit soient plus sensibles que les autres^ et dans ce cas les mines correspondantes seules prennent feu.
En résumé, et en thèse générale, on doit préférer les amorces à haute tension pour les mines qui doivent être préparées longtemps à l'avance ; et les amorces à faible tension pour les opérations immédiates.
Les premières conviennent surtout aux mines et contre-mines militaires, les autres aux travaux de mines et d'abattage des roches . Nous nous occuperons plus particulièrement de ces dernières.
1*» Amorces et détonateurs à faible tension. — Les amorces proprement dites, ou fuséeSy servent à tirer des charges de poudre ; les détonateurs sont réservés pour les charges de fulmicoton ou de dynamite.
L'amorce anglaise à faible tension (fig. 17 et 18) comprend une capsule creuse, en bois de hêtre,
qui porte deux petits tubes de cui- Fig. i7 et 18.
vre avec deux fils métalliques aboutissant au fond de la partie creuse. Ceux-ci sont joints par un fil très-fin de platine, ou d'iridio-platine, mesurant 6 m. m.
35 de longuo^u» et "*»• 034 d'épaisseur, et présentant une résistance de 1,08 ohm à la température ordinaire, et 2,6 ohms à la température de fusion du platine. Le fil est enveloppé d'un petit flocon de fulmicoton, et le reste de la capsule est rempli de poudre noire qu'on maintient en place à l'aide d'une plaquette métalHque.
Dans les ouvertures tubulaires de cuivre sont soudés deux fils de cuivre isolés avec de la guttapercha et qu'on relie aux fils conducteurs. Le courant électrique, qui passe par les conducteurs,
porte au rouge le fil de platine ; le fulmicoton s'enflamme et la poudre prend feu.
Le détonateur, qui sert à tirer les charges de dynamite et autres explosifs, est une capsule disposée comme la précédente mais portant, en outre, un tube de cuivre rempli de fulminate. Ce tube est introduit dans la cartouche-amorce qui fait explosion en même temps que le fulminate.
Dans les deux cas Texploseur est une dynamo^uantité ou une pile voltaïque.
L'amorce danoise, à faible tension, est particulièrement recommandée pour les mines sous-marines. Le fil à incandescence a un diamètre de y^^ à ^^ de millimètre ; il peut être porté au rouge par un
très-faible courant : 0,05 à 0,07 ampère. Sa longueur est de 11 millimètres, le fil est en platine et argent; sur une longueur de 2 m.m. on le met en contact avec Tacide nitrique qui le ronge en le laissant extrêmement fin.
L'amorce de la • Ingersoll Rock Drill Co » de New-York, se compose d'une capsule de cuivre A (fig. 19) contenant une forte charge de fulminate de mercure dans laquelle pécètre le fil de platine qui imit les extrémités des deux conducteurs E, D. Pour maintenir en ' place les conducteurs, ceux-ci sont emboutis dans une couche de soufre qu'on retient dans la capsule au moyen d'une saillie en bourrelet. Ces amorces sont vendues dans le commerce avec des longueurs de fils variant de 1",20 à 2'°j50 ; pour assurer un parfait isolement les fils sont recouverts d'une enveloppe de coton ou de gutta-percha, selon l'état sec ou humide des terrains où ils doivent être employés.
2" Amorces et détonateurs à haute tension. — Ces appareils diffèrent suivant les pays.
L'amorce anglaise se compose d'une capsule creuse en bois, munie de deux tubulures métalliques avec deux fils de cuivre qui péuètrent dans la cavité en traversant un cylindre de gutta-percha. Les extrémités des fils émergent légèrement et sont entourées d'un petit sac en papier d'étain qui renferme une composition fulminante ; le reste de la capsule est rempli de poudre noire fine qu'on maintient en place au moyen d'une feuille de gutta-percha (fig. 20 et 21).
— i57 — Le détonateur ne diflfère de Tamorce que par la substitution, à la
Fig. ÎO et 21. Fig. 19
plaque terminale de gutta-percha, d*un petit tube de cuivre rempli de fulminate.
Il existe un assez grand nombre de types d'amorces à haute tension : telles sont celles de la • Laffin and Rand C^ t , de la compagnie française de dynamite Nobel, l'amorce autrichienne, etc.
L'amorce française (fig. 22) se compose d'un petit cylindre en mastic isolant qui maintient les extrémités des deux fils conducteurs; celles-ci, écartées d'un quart de millimètre l'une de l'autre, sont noyées dans une petite cartouche en papier contenant une matière explosive, au-dessus d'une capsule à fulminate. L'étincelle, en jail-
lissant, enflamme la matière explosive et, par suite, fait détoner la capsule.
Dans Tamorce autrichienne, on s'est attaché surtout à ob- *^' tenir entre les extrémités des fils une distance déterminée et invariable. Ces extrémités sont réunies par un fil mince que l'on coupe en son milieu à Taide d'un petit sécateur qui écarte les deux bouts de la coupure à une distance hivariable.
Il est, en effet, de la plus grande importance que tous les écartements des amorces soient les mêmes, afin que les résistances soient partout égales au passage de l'étincelle. II faut aussi éviter que les deux fils se touchent, puisque dans ce cas l'étincelle ne pourrait pas jaillir.
La matière explosive, employée dans les amorces électriques, varie de composition suivant les cas. Nous citerons les principales :
1° Amorce Abel, pour faible tension ;
Sous-phosphure de cuivre . . 10 parties Sou8-8ulfare de cuivre ... 45 — Chlorate de potasse .... 15 —
Cette composition convient avec l'exploseur magnéto-électrique. 2** Amorce Abel, pour moyennes tensions :
Fulminate de mercure:
Graphite en poudre :
3^ Amorce Ebner, pour moyennes tensions :
Sulfure d'antimoine .... 44 pariîes Chlorate de potasse .... 44 — Plombagine 12 —
avec emploi de la machine électrique à friction. 4^ Amorce Downe, pour moyennes teasions :
Cuivre métallique finement divisé. • 3 parties Fulminate de mercure ..... 1 —
5« Amorce au fulmicoton.
Les extrémités des fils sont noyées dans du fulmicoton en poudre.
IL Fils conducteurs. — Les conducteurs ont pour but d'amener à l'amorce toute la charge électrique de l'exploseur. Ce sont, par conséquent, des fils bons conducteurs de l'électricité et parfaitement isolés. On peut employer des fils de fer recuit, dans les galeries sèches ; mais s'il y a de l'humidité, on se sert de fils en laiton bien recuit de Vo millimètre, ou de fils de cuivre recouverts de gutta- percha. Le cuivre possède une conductibilité six fois plus grande que celle du fer.
Pour les mines militaires on fait souvent usage d'un câble comprenant une âme d'acier entourée de 6 filets de cuivre de V^ millimètre de diamètre, isolés avec de la gutta-percha.
En tout cas il faut toujours tenir compte qu'une isolation parfaite est surtout nécessaire quand on se sert d'exploseurs à haute tension; tandis qu'avec les amorces à fil de platine il faut particulièrement que les conducteurs présentent une faible résistance, et par suite que tous les joints soient bien faits.
Il faut distinguer :
1° Les fils d'accouplement qui réunissent ensembles les diverses amorces ;
2° Les fils conducteurs qui comprennent : les conducteurs proprement dits et les fils de retour.
La jonction des premiers avec les amorces doit être aussi parfaite que possible ; il faut prendre garde qu'ils ne se touchent pas, autrement le courant passerait sans traverser l'amorce.
Pour unir les fils entr'eux, on dégage les parties métalhques sur 5 ou 6 centimètres de longueur ; puis, les bouts nettoyés et décapés avec soin sont roulés en torsade l'un sur l'autre, et recouverts ensuite de gutta-percha. Quelquefois on soude entr'eux les fils à unir, de manière à assurer un contact métallique parfait.
Au lieu de gutta-percha, on peut encore faire usage d'étoupes ou de bandes de toile trempées dans le goudron.
Quand toutes les jonctions sont établies, on place les amorces. Si Texplosif employé est de la poudre, on en remplit un sac jusqu'au tiers; puis, on y suspend l'amorce avec ses fils, on achève de remplir le sac, et on serre les fils à la fermeture, de manière à empêcher tout
mouvement de retrait lors du bourrage et de la mise en place des fils conducteurs.
Ceux-ci, serrés dans des bobines, sont déroulés dans un angle de la galerie et amenés à Texploseur sur des isolateurs en verre, porcelaine ou caoutchouc vulcauisé, ou simplement sur des poteaux ou des corbeaux en bois.
S'il s'agit de sautages à la dynamite, ou tout autre grand explosif analogue, on fixe le détonateur dans une cartouche- amorce qui repose directement sur la charge, avec ou sans bourrage. Les fils émergeant des trous de mine sont groupés par séries et reliés à l'exploseur.
On peut encore provoquer l'explosion simultanée de toutes les charges par influence. On fait détoner une ou plusieurs charges disposées à proximité des trous de mine dont on supprime ainsi les trop multiples communications avec l'exploseur. Dans ce cas, les cartouches-amorces doivent sortir en partie des trous de mine. Ce procédé a été employé avec beaucoup de succès, par le général Newton, pour le sautage du Flood-Rock, dans la baie de New- York..
Dans le cas de conducteurs noyés et pour éviter la déperdition qui résulterait d'un contact accidentel par suite du croisement des fils de signes contraires, on emploie la disposition suivante :
Le conducteur (fil positif) est un toron enveloppé de gutta-percha et recouvert d'une chemise de coton en torons croisés ; on le place dans un tuyau de caoutchouc. Celui-ci est renfermé dans une enveloppe métallique qui sert de fil de retour et qui est, à son tour, recouverte de gutta-percha, coton et Qaoutchouc. L'ensemble forme un câble suffisamment souple et donne un isolement parfait.
Pour les petites mines, on trouve dans le commerce des fils de cuivre de n»m. 09 recouverts de gutta-percha. On vend aussi des câbles à deux conducteurs de cuivre de 0""°.07 de diamètre, recouverts chacun de gutta-percha et d'une enveloppe de coton ; ils sont placés côte à côte et serrés ensemble par des effilés de coton. Ils sont enroulés autour d'une bobine en bois, à joues à tôle de fer, qu'on met en mouvement à l'aide d'une manivelle. Il y a toujours avantage à faire usage du câble à double conducteur qui ne tient pas plus de place qu'un seul fil et qui dispense d'établir des communications
avec la terre ; on peut ainsi opérer rapidement et avec pjus de sécurité.
Fig. 23 à 26.
Fig. 27
Fig. 28
Installation des circuits. — Les circuits qui relient les charges à Texploseur peuvent affecter l'une des dispositions suivantes :
^ Circuit simple. Les fils conducteurs et de retour vont de Texploseur A à Tamorce G (fig. 23).
2*» Circuit mterrompu. Le fil conducteur va de Texploseur aux amorces ; mais les fils de retour pénètrent en terre (fig. 24).
3° Circuit continu. Le courant passe de la première amorce F a la dernière F', et de celle-ci retourne à Texploseur (fig. 25).
4* Circuit divisé. Chaque amorce est reliée par des fils spéciaux aux fils conducteurs et de retour de la batterie (fig. 26).
5^ Circuit continu avec amorces divisées. Les amorces sont dédoublées et chaque paire est organisée en circuit divisé (fig. 27).
Ce système offre beaucoup de sécurité, et Ton n*a pas à craindre le raté de l'une des amorces.
&> Circuit continu et divisé à la fois. Dans ce cas les charges sont groupées, 4 par 4 par exemple. Chaque groupe est formé en circuit n"" 5, et l'ensemble des groupes se rapporte à la combinaison n*' 4 (fig. 28).
Les règles suivantes doivent servir de guide pour le choix du circuit qui convient le mieux :
(a) Quand on fait usage d'exploseurs à haute tension, il faut adopter la disposition du circuit continu avec amorces accouplées.
(b) Si les amorces sont à faible tension, ou à incandescence, on doit préférer le circuit divisé avec 2 amorces pour chaque mine, si toute fois la batterie' est assez puissante.
(c) En général on peut, en toute sécurité, prendre la disposition du circuit continu toutes les lois qu'il y a deux amorces ou détonateurs par charge ; le circuit divisé sera préféré si chaque mine ne renferme qu'une amorce ou un détonateur.
(d) Dans certaines circonstances, on trouvera de l'économie dans l'emploi du circuit continu et divisé à la fois.
{e) On déterminera le choix du meilleur circuit en calculant le pou*, voir de la batterie, comme nous le verrons plus loin.
Exploseurs ou appareils électriques employés au sautage des mines. 1"* Batteries voltaîques. — On se sert de préférence des éléments Grove, Leclanché, ou de piles à bichromate.
On détermine par le calcul la quantité d'éléments nécessaires pour un nombre donné de détonateurs, et réciproquement.
Appelons :
E la force électrique en volts de chaque élément;
L la résistance du liquide ;
R — des conducteurs principaux ;
r — des fils entre les charges ;
p — d'une amorce ou d'un détonateur ;
X — le nombre d'éléments exigés pom* 7 détonateurs
en circuit continu.
On la a formule (*).
0,8 ampères = s 1 , ^ ,
Lx+r+R+py
On connaît E, L, r, R et p, si donc on se donne x on peut en déduire y et réciproquement.
Supposons, par exemple, 5 mines avec 2 détonateurs chacune ; on emploie la pile Grove et le circuit continu. La longueur des fils entre deux mines consécutives est de 10 mètres, la distance des charges à la batterie dé 100 m.
Résistance du liquide L=:0,2
— des flis entre les mines. . r = 0,015 X 40 = 0,6
— des conducteur s principaux R =0,015 X 200 = 3
— d'une amorce . • . . p = 2,6
La formule devient alors :
0,8 ampères = o;^ x + 0,6 + 3 + 2t5
d'où:
En ajoutant 50 0/0 pour les défectuosités et mécomptes possibles, on trouve que le nombre des éléments Grove nécessaires est de 20.
Supposons encore 4 mines, en circuit divisé, à 20 mètres de distance l'une de l'autre et à 100 mètres de la batterie, avec 2 détonateurs par mine disposés en circuit continu.
(I) Instniction in Hilitary Engineering. London (1888) p. 55.
Calculons le nombre d'éléments Leclanché nécessaires. On mettra dans la formule :
Résistance de la batterie. • . z X 0^15
— rdesfil, 2 XJ0XML5
— des conducteurs principaux, 200 X 0,015
— des détonateurs .... 7-^
L'application de la formule donne x = 15 ; et en ajoutant 50 0/0, on trouve qu'il faudra faire usage de 23 éléments Leclanché.
Il serait difficile d'entrer ici dans tous les détails d'installation d'un sautage par batteries; nous donnerons, plus loin, comme exemple^ la description de l'appareil à batterie employé pour le tirage des grandes mines d'Hallet's Point, à New- York. Toutefois nous indiquerons quelques-unes des précautions à prendre quand on adopte ce système d'exploseur.
Il faut :
h Employer des conducteurs aussi minces que possible ;
2» Disposer les batteries aussi près des mines que le comportent l'effet à produire et la sécurité des opérateurs ;
y S'assurer que les amorces et détonateurs sont en parfait état;
4« Vérifier que tous les joints ont été bien isolés et solidement faits, soudés même si c'est possible ;
5^ Faire l'épreuve préalable des fils, conducteurs, amorces, etc.
II. Exploseurs proprement dits. — Les exploseurs proprement dit sont de trois espèces:
fa) Machines électriques à frottement ;
(bj Machines électro-magnétiques ;
fc) Dynamos.
fa) Machines électriques à frottement. — Une des plus répandues est celle de Bomhardt. Elle est plus particulièrement en usage en France.
Elle se compose de deux plateaux F en caoutchouc durci ou ébanite, mis en mouvement par deux roues dentées et une manivelle d^ et
tournant entre des frottoirs R garnis de peaux de chat (fig. 29, 30, 31 et 32).
L'électricité qui se développe par le frottement est recueillie par
Fig. 29,
=^XÏDl
^J;^g^BL^
les peignes collecteurs I et ensuite par les deux bouteilles de Leyde L.
Deux anneaux C et D qui correspondent aux deux armatures des bouteilles de Leyde sont destinés à recevoir les extrémités des fils conducteurs qui vont aux mines. Ces anneaux sont reliés à la baguette GN, formée de deux boules métalliques unies entre elles
par une tige isolante d'ébanite, qui peut osciller autour du point N. Il suffit de presser le bouton K pour que la baguette vienne s'appuyer contre Tarmatupe intérieure des bouteilles ; à ce moment l'électricité accumulée dans les bouteilles de Leyde passe par les fils fixés aux anneaux C et D^ ce dernier étant relié à la boule N qui communique avec l'annature extérieure des bouteilles de Leyde.
Des disques isolants en ébanite B, B, empêchent toute déperdition de l'électricité.
Pour s'assurer du bon fonctionnement de l'appareil, on fixe aux anneaux C et D deux petites chaînes de laiton qui aboutissent aux extrémités d'une rangée de 15 clous de cuivre; ces clous,fixéssur le côté extérieur de la boîte qui enveloppe la machine, laissent entre eux des espaces de 2 milUmètres. Puis, on tourne la manivelle, à la vitesse de 2 tours par seconde. Au onzième tour on presse le bouton K. Si Tappareil est en très-bon état, l'étincelle doit jaillir; on peut cependant doubler ou tripler ce mouvement jusqu'à production de l'étincelle, mais en général l'appareil est mauvais s'il ne donne pas de résultat après 20 révolutions du plateau.
Cette machine ne fonctionne bien que si elle est entretenue dans un état de sécheresse aussi grand que possible. Aussi, dans les travaux humides, lui préfère-t-on les appareils magnéto-électriques ou les dynamos.
fb) Machines magnéto-électriques. — Il existe un très-grand nombre de types de ces machines. L'une des meilleures et des moins coûteuses est la magnéto de la • IngersoU Rock Drill C* • de New-York.
Elle se compose d'un aimant, en fer à cheval, entouré de fils de cuivre isolés entre les pôles duquel on fait tourner une armature ordinaire Siemens. Le courant électrique qui se développe est dirigé, par un mouvement spécial, au moment même où il atteint son maximum d'intensité, dans le circuit de sautage où il produit l'explosion des amorces interposées.
La magnéto dite N^» 3 peut tirer 15 amorces immergées à la distance de 450 mètres. On l'emploie avec avantage quand on n'a pas plus de 12 à 15 mines à faire sauter.
La disposition de cette machine est lasuivante : Entre les pôles de l'aimant AA entouré de fils isolés est disposée une armature cylindrique B(fig. 33, 34 et 35). CeUe-ci est mise en
mouvement à Taide d'un pignon C fixé sur l'arbre B et commandé par une longue crémaillière H à poignée P. En pressant sur cette poignée on fait descendre la crémaillère dont le pied vient pousser un ressort D et en même temps séparer deux petits taquets en platine restés jusqu'alors en contact l'un avec l'autre.
Un commutateur F est fixé sur l'arbre de l'armature. Tout l'appareil est renfermé dans une boîte en bois sauf la poignée P et deux vis d'attache pour les fils conducteurs.
Pour se servir de cet exploseur, on commence par remonter la crémaillère ; les deux taquets se mettent en contact. Puis, on presse la poignée de manière à produire lentement une faible descente. Le
mouvement s'établit et le courant se développe. On fait alors vivement descendre la crémaillière, et celle-ci, en arrivant au fond de la boîte, après avoir parcouru toute sa course et imprimé un rapide mouvement de rotation à l'armature, choque le ressort D et écarte l'un de l'autre les deux taquets. A ce moment le courant passe dans les fils de sautage et les amorces sont mises en feu.
Cet appareil est d'un bon usage ; toutefois il est essentiel de s'assurer, à chaque opération, que les deux taquets sont bien propres et que leur contact, lorsque la crémaillère est relevée, est parfait.
La machine magnéto-électrique de Bréguet, dite coup-de-poing, est d'un jusage assez fréquent en France. Le petit modèle qui pèse 2 kil. 750 peut enflammer 2 ou 3 amorces Abel; le grand modèle, du poids de 10 kil. 500 est garanti pour 12 amorces. Cet exploseur a l'avantage d'être facile à transporter et d'un maniement simple. On l'emploie avec un seul fil conducteur en établissant les deux communications de retour avec la terre; mais il est plus commode d'employer des câbles à deux fils conducteurs.
fc) Machines électriques dynamos. — Les dynamos sont des machines électriques au moyen desquelles on développe un courant dans un circuit métallique fermé en faisant tourner une portion de ce circuit dans le champ d'action d'un aimant.
Nous décrirons la dynamo Browning, machine qui peut être armée en quantité ou en tension, d'où ses deux noms de dynamo-quantité et dynamo-tension.
P Dynamo-quantité. — L'appareil se compose d'un électro-aimant A (fig. 36-37) entouré de 430 mètres de fil de cuivre, au-dessus duquel peut tourner une armature Siemens B. Le mouvement est donné à l'aide d'un pignon et d'une manivelle. Deux vis d'attache F et G destinées à recevoir les fils conducteurs et de retour, sont unies par un ressort ; et la communication ainsi établie entre ces deux points est interrompue quand on presse la borne H au moyen du bouton K.
Quand l'armature est en mouvement, son fil est traversé par un faible courant provenant de la petite quantité de magnétisme de l'électro-aimant; ce courant à son tour développe du magnétisme
dans l'aimant qui agit alors plus activement. Le commutateur E permet au courant induit de traverser les fils de Télectro-aimant.
Fig. 36.
Fig. 37.
Avec 3 ou 4 tours on peut obtenir le maximum d'aimantation ; si à ce moment on presse rapidement le bouton K, on interrompt la circulation du courant dans les fils induits ; celui-ci est alors obligé de passer par la vis F dans le fil conducteur pour revenir ensuite par le fil de retour à la vis G et à Télectro-aimant.
Cet appareil, quand il est dans de bonnes conditions, peut tirer par incandescence 25 amorces électriques ou détonateurs.
On l'essaie, avant de s'en servir, au galvanomètre.
2^ Dynamo-tension — La dynamo-tension diffère peu de Texploseur précédent. La longueur de fil earoulé sur l'aimant est plus grande- De plus, un déclic automatique M fait passer le courant, au moment voulu, dans les fils conducteurs de sautage (fig. 38 et 39).
On tourne d'abord la manivelle, lentement, jusqu'à ce que l'on perçoive le bruit de la chute du déclic. On fixe alors les fils de sautage. aux vis de serrage et on donne trois ou 4 tours rapides à l'armature. L'étincelle jaillit et enflamme les amorces.
Un mesureur d'étincelle S fixé à l'appareil permet de faire l'essai préalable ; on place ses pointes à 6m.m. de distance. Il est de toute
nécessité que la machine, les conducteurs et les amorces soient en parfaite communication .
Fiff. 38 et 39.
Quand tout fonctionne bien, on peut tirer 80 amorces en circuit continu,ou 60 en groupes de deux en circuit divisé.
Vérification des installatiotis électriques. — Quand on a terminé la mise en place d'une installation électrique, il est nécessaire de faire répreuve de tous ses organes afin de s'assurer que le courant passera dans les conditions voulues.
n y a donc lieu de faire les essais suivants :
1^ Épreuve des exploseurs ;
2" Épreuve des amorces et détonateurs ;
3** Épreuve des fils conducteurs ;
4° Épreuve du sol ou de l'eau quand ceux-ci sont substitués aux fils de retour ;
5° Épreuve du circuit complet.
P Épreuve des appareils électriques. — On fait usage d'un galvanomètre.
Si l'appareil est une batterie voltaïque, on commence l'essai en interposant une résistance égale au quart de celle que le courant pourrait traverser ; si c'est une machine magnéto-électrique, on essaie
immédiatement toute la force du courant. Dans le cas d'un dynamotension, on reconnaît sa force à Taide du mesureur d*étincelle,annexé àTexploseur.
On peut mesurer la puissance d'une batterie, à l'aide d'un galvanomètre ordinaire que Ton gradue de la façon suivante, indiquée par M. L. Maiche. On prend conmie étalon une pile Daniell et on intercale dans le circuit le galvanomètre et une résistance variable (boîte de résistances). On observe les positions de l'aiguille pour diverses résistances ; le maximum de déviation correspondra à une résistance extérieure précisément égale à la moitié de la résistance totale. Si donc on divise 1 volt par le double de la résistance observée en ohms, on aura l'intensité correspondante en ampères, chiflfre que l'on peut noter sur le point du cadran indiqué par l'aiguille du galvanomètre. On peut multiplier autant que l'on veut le nombre des déviations maxima et, par suite, les points de graduation, en faisant varier la distance des électrodes et la quantité dont elles plongent dans le liquide.
Par ce procédé, on obtient un galvanomètre gradué en ampères et suffisamment exact.
2^ Essai des amorces. — On mesure la résistance de chacune d'elles, autant que possible.
On observera si les fils de cuivre sont bien fixés dans l'amorce, si les contacts métalliques sont bien établis et surtout si le fil de platine qui joint les extrémités des conducteurs, n'est ni trop, fin ni trop épais.
Il est encore de la plus haute importance, dans le cas de mines simultanées, que tous les fils de platine soient de même grosseur ; ou, dans le cas de mise en feu par étincelle, que tous les écartements, au passage de l'étincelle, soient égaux.
3^ Épreuves des fils conducteurs . — Les fils conducteurs doivent être essayés au point de vue de leur conductibilité et aussi de leur isolement, s'ils doivent être exposés à l'humidité.
Ce dernier essai se fait au galvanomètre, à l'aide d'un élément de pile, sur une longueur déterminée du fil plongé dans l'eau.
La meilleure matière isolante est la gutta-percha ; cependant cette substance, après un certain séjour dans Teau, finit par s'imprégner d'humidité et n'oppose plus alors de résistance au courant électrique- Mais c'est surtout quand elle a été desséchée, après avoir été mouillée, qu'elle perd ses propriétés isolantes dans l'eau. On a indiqué la composition suivante, dite de Chatterton, qui paraît donner de bons résultats :
3 parties de Gutta-percha 1 — de Goudron 1 « de Résine
4^ Essai de la résistance opposée par le sol ou par Veau. — Pour reconnaître la résistance du sol, on détermine d'abord la résistance d'une batterie quelconque à travers un circuit fermé pris comme type, puis celle de la même batterie quand le môme circuit est mis en communication avec le sol. La diflFérence donne la résistance du sol.
La résistance difi^ère sensiblement suivant que le fil de retour communique avec la terre ou avec l'eau. Ainsi, pour ne citer qu'un exemple, une plaque métallique de 0"^,1016x0'»,18415 présente une résistance de 1 ohm dans l'eau salée et de 40 ohms dans la terre ordinaire.
50 Essai du circuit complet. — Quand on fait usage d'amorces au fil de platine on peut constamment, même pendant la durée de la maidpulation, vérifier à l'aide d'un galvanomètre et d'une pile trèsfaible, si le courant passe dans tout le circuit, et s'il n'y a ni joint défectueux ni contacts mal établis, ou toute autre imperfection.
On peut encore, et dans tous les cas, se servir du galvanomètre et un élément de pile au bichromate. On note d'abord la résistance qu'un faible déplacement de l'aiguille de l'appareil indique comme trop grande, puis celle qui correspond à un petit mouvement de TaiguiUe en sens contraire ; la moyenne des deux observations indique, avec une approximation suffisante, la résistance actuelle du circuit.
Installalion improvisée pour sautage démines simultanées. — Il peut
arriver que l'on n'ait pas à la main les appareils électriques et le matériel nécessaires pour eflFectuer un sautagede mines simultanées, et que d'autre part la mise en feu par simples mèches soit, de tous points,désavantageuse ; on remédie à cet inconvénient en créant sur place une batterie et des amorces improvisées.
Batterie improvisée. — On découpe des plaques de cuivre et de zinc de 6 à 7 mil. d'épaisseur, 0^,20 de longueur et 0™,15 de largeur, auxquelles on soude des attaches en cuivre avec un enduit de poix chaude étendue sur le point de soudure. On accouple les plaques cuivre et zinc en accrochant l'une avec l'autre leurs attaches de cuivre, et on les maintient séparées en interposant une double bande de laine ou de feutre mouillée.
On fixe le tout ensemble avec du bitord en prenant bien soin que les deux métaux ne se touchent pas, et on constitue ainsi autant d'éléments de pile qu'il est nécessaire. Ces éléments sont placés dans une caisse en bois divisée en 10 compartiments rendus é tanches par
Fig. 40 à 43.