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CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES ET ORGANISATION

445. Une distribution de récompenses est le couronnement logique et nécessaire de toute exposition, — logique, parce qu'une exposition à le caractère d’un véritable concours et appelle, par conséquent, un classement, une sélection entre les participants, — nécessaire; parce que l'attrait de distinctions enviées contribue, dans une large mesure, au suecès de ces solennités, dont un grand nombre d'industriels se désintéresseraient, si elles leur offraient, comme compensation de frais presque toujours

considérables, le seul avantage d’une importante publieité.

Aux expositions internationales, où la concurrence ne s'établit pas seulement entre les exposants pris isolément, mais aussi entre les nations, la valeur et le prestige des récompenses grandissent, et grandit aussi, par conséquent, la part de succès qui leur revient.

Mais ces solennelles manifestations ont fait ressorüir, à cet égard, de graves inconvénients. Dès 1855, le principe des récompenses avait fait l’objet de sérieuses critiques (1). On fait valoir, notamment, que les décisions d’un jury, quelques garanties de compétence et dimpartialité qu'il présente, ne peuvent remplacer que d’une manière fort imparfaite les appréciations du public, seul véritable juge entre les exposants, — que ces distributions, de plus en plus fréquentes et abondantes, de diplômes etde médailles favorisent la réclame et la concurrence déloyale, contribuent à faire dégénérer les expositions universelles en de frivoles exhibitions, — qu’entin le développement prodigieux de ces concours rend la constitution du jury extrément difficile et sa mission de plus en plus lourde et délicale (2).

Sans méconnaître la part de vérité que renferment ces objections, on est obligé de s’incliner devant l'intérêt même des expositions, dont l’avenir serait gravement compromis, — l'expérience le fait craindre (3), — si les

(1) Consulter le rapport général sur Exposition de 1867, p. 176.

(2) Ces critiques se sont, notamment, reproduites en 1867. La Commission impériale ne voulut prendre aucune décision, à ce sujet, sans consulter les principaux exposants ; leur avis unanime fut favorable au maintien des récompenses.

(3) Elle a été faite, à Londres, lors des Expositions internationales spéciales de 1871-1874, et l’absence des récompenses fut l’une des principales causes de leur quasi-insuecès.

industriels se trouvaient privés, par la suppression des récompenses, d’un encouragement nécessaire pour stimuler toute bonne volonté.

146. L'attribution des récompenses est confiée à une commission spécialement constituée à cet effet, et que l'on appelle jury des récompenses. La formation du jury est particulièrement délicate dans une exposition universelle.

L’équité et la courtoisie internationale exigent que ce jury soit lui-même international. Sans doute, c’est à l'État qui organise ou patronne l'exposition qu'est réservé le droit de déterminer la nature et le nombre des récompenses, puisque c’est lui qui en supporte les frais et en effectue la remise aux mains des lauréats ; mais, pour éviter tout reproche de partialité, il doit convier tous les gouvernements, qui ont répondu à son appel, à prendre part aux opérations du jury, par l'intermédiaire de délégués spéciaux.

Dès la première Exposition universelle, celle de Londres, en 185), on a vu fonctionner un jury international. C’est là une pratique traditionnelle, à laquelle les gouvernements ne sauraient déroger, sans soulever de fâcheux incidents, comme ceux dont l'Exposition de Chicago a été le théâtre.

Nous les rappelons brièvement. La Commission de l'Exposition décida que la mission d'attribuer les récompenses serait confiée à un juge ünique, désigné par l'autorité américaine, en dehors de toute intervention des commissaires étrangers. Ceux-ci, et, au premier rang, le Commissaire général de la section française, protestèrent énergiquement contre une règlementation qui était

la violation des usages universellement suivis. La Com-

mission ayant refusé toute concession sur ce point, comme sur d’autres, les commissaires étrangers estimèrent, avec raison, que leurs sections respectives devaient s'abstenir de toute participation à la distribution des récompenses. « Il est impossible, écrivait M. Krantz, commissaire gé- « néral de France, de prendre part à un concours au- « quel fait défaut la garantie essentielle, résultant de « l’organisation d’un jury vraiment international (1) ».

De pareils conflits jettent le discrédit sur l’œuvre la mieux organisée et démontrent que le sort des expositions universelles est étroitement lié à la constitution d’un jury, dont les membres appartiennent aux différentes nations.

Il ne suffit pas, pour qu’un jury ait vraiment ce caractère, que chacun des Etats exposants y soit représenté ; il faut encore que le nombre des jurés étrangers soit à peu près proportionnel au nombre des exposants étrangers. L'Angleterre s’attira de vives critiques, lors de l'Exposition de 1862, pour s'être réservé la part du lion dans les récompenses, en assurant une forte majorité aux jurés anglais.

447. Les jurés nationaux sont ordinairement nommés par la commission organisatrice, et les membres étrangers, désignés respectivement par la commission de leur pays ; dans chaque section, le nombre des jurés est fixé proportionnellement à celui des exposants, ou bien à l’espace occupé.

Le jury d’une exposition universelle comprend presque toujours plusieurs degrés de juridictions, ordinairement trois : les jurys de classe, les jurys de groupe et le jury

(4) V. Journal de M CzLuxer, 1893, p. 978. — Le Gouvernement

français inslitua, dans sa section, un jury qui décerna des récompenses aux exposants français.

supérieur, chargé de statuer en dernier ressort et de décerner les plus hautes récompenses. Les détails de cette organisation varient nécessairement, suivant chaque exposition.

Les jurés sont choisis parmi les exposants qui ont obtenu le plus de récompenses dans les expositions antérieures, parmi les membres des grands corps de l'État, les hauts fonctionnaires du personnel administratif de l'Exposition ; on s'adresse enfin aux notabilités scientifiques et industrielles.

Les exposants, membres du jury, sont mis Lors concours, ainsi que ceux qui remplissent les fonctions d’experts.

Les administrations publiques sont également, d’ordinaire, exclues de la distribution des récompenses, à cause des conditions exceptionnelles dans lesquelles elles fonctionnent.

La faculté de se mettre eux-mêmes hors concours est quelquefois accordée aux exposants ; il en a été ainsi, notamment, à Vienne, en 1873, et à Philadelphie, en 1876; mais cette faculté facilite les abus et la concurrence dé-

loyale.

448. Il est presque toujours institué plusieurs ordres de récompenses. Cette pluralité est une condition nécessaire d’un classement sérieux et d’une classification équitable des divers degrés de mérite. Le refus d'accorder différents ordres de récompenses, opposé, à Chicago, aux réclamations des commissaires étrangers, fut une des causes du grave conflit que nous avons rappelé.

Sans entrer dans le détail des opérations que ‘comporte l'attribution des récompenses, signalons une question dont les expositions internationales ont accru l'importance :

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faut-il exiger l'indication du prix sur les objets exposés, afin d’en permettre une plus exacte appréciation, et, dans ce cas, quel prix doit être indiqué ? Sur le premier point, les avis se partagent entre trois solutions : rendre Pindication obligatoire, la déclarer facultative, la prohiber. A l’'Exposilion de Londres, en 1851, ce dernier système prévalut; en 1855, à Paris, ce fut le second qui l'emporta ; le Règlement général de l'Exposition universelle de 1889 (4) invita expressément les exposants à mentionner le prix de leurs produits. — Ce prix doit-il être le prix de revient ou le prix marchand? C’est à ce dernier prix qu’il semble

préférable de se rattacher (2).

SECTION II

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