La Révolution de 1848 marque une nouvelle phase
(4) Le Gouvernement examina, en 1834, le projet de construire un palais permanent de l'Industrie, en raison du nombre loujours croissant des exposan(s et de la fréquence des expositions.
(2) Nous empruntons au rapport très intéressant et très documenté de M. Picard, sur l’£Zxposition de 1889, le tableau suivant, qui rend
plus frappants les progrès réalisés par les onze expositions nationales de la France.
ANNÉES DURÉE PRÉVUE EMPLACEMENT EXPOSANTS| RÉCOMPENSES 1798 (an VI) 3 jours Champ-de-Mars 110 31 4801 (an IX) 6 jours Cour du Louvre 220 110 1802 (an X) 1 jours id. 540 251
1806 24 jours |Esplan.desinvalides| 41.422 610 1819 35 jours Palais du Louvre 1.662 869 1823 50 jours id. 1.642 1.091 1827 62 jours id. 1.695 1.254 1834 60 jours Place de la Concorde! 2.447 1.785 1839 id. Champs-Élysées | 3.381 2.305 1844 id. id. 3.960 3.253
1849 6 mois id. 4.532 3.138
de l’évolution sociale et économique. La doctrine du libreéchange gagne tous les jours du terrain ; la vapeur et l’électricité révolutionnent le monde industriel et commercial, en décuplant la rapidité et la facilité des moyens de transport et de communication ; la pénétration, de nationale, est devenue internationale. Les Expositions devaient refléter ce nouveau progrès.
Dès 1833, M. Boucher de Perthes, président de la Société d’émulation d’Abbeville, avait exprimé, dans un noble langage, le désir de voir la France, en organisant une exposition 2r{ernalionale, proclamer, la première, que l’amour de la patrie n’est nullement incompatible avec le souci du bien général de lhumanité. Mais l'heure n’était pas encore venue.
En 1849, le terrain était mieux préparé. Touret, ministre du Commerce, organisateur de l'Exposition, désirait la rendre internationale. Le Gouvernement français conçut même le projet de se concerter avec les puissances étrangères pour ouvrir alternativement, tous les cinq ans, dans les différentes capitales, une exposition de l’industrie des deux mondes. Cette généreuse tentative échoua devant les protestations des industriels français, qui appréhendaient l'avènement du libre-échange et les dangers de la concurrence des nations rivales.
Ces craintes exagérées privèrent la France de l'honneur d'organiser la première exposition internationale. La conception en fut reprise par l'Angleterre, alors en excellente situation pour la réaliser. En 1849, la ville de Birmingham convia les nations à une exposition qu’elle préparait ; mais son appel resta sans écho. Pour faire réussir une pareille entreprise, il fallait l'attrait d’une capitale : le Gouvernement britannique donna rendez-vous aux
puissances, à Londres, en 1851, et, cette fois, elles l’acceptèrent (1). É L'Exposition fut organisée par la Société royale des arts, des manufactures et du commerce. Cette société constitua une compagnie, qui réunit tout d’abord, avec le concours de la Banque d'Angleterre, un capital de garantie. Une ordonnance royale, du 3 janvier 1850, donna la sanction officielle. Le succès fut très grand : la France, la Russie, l'Allemagne, l'Autriche, la Belgique, les États- Unis, l'Italie, l'Espagne, le Portugal, le Danemark, la Suède, la Norwège, la Turquie, la Grèce, la Hollande, les États barbaresques, la Chine, la plupart des États de l'Amérique du Sud y furent représentés par des exposants, dont le nombre, joint à celui des industriels anglais, s’éleva à plus de 17.000, dont 1.756 Français. Six millions de visiteurs affluèrent à Londres. Un jury de 314 membres, dont la moitié étaient étrangers, prépara la distribution des récompenses. Les résultats financiers furent des plus rémunérateurs. — La cause des Expositions universelles internationales était gagnée (2). - 7. La France ne pouvait tarder longtemps à suivre cet exemple. Elle voulut, comme l’Angleterre, donner aux locaux destinés à abriter les produits du monde, des proportions monumentales. Le Palais de l'Industrie s’ache-
(1) Nous ne mentionnons que pour mémoire deux expositions, tenues, lune à Mayence, en 1842, l’autre à Berlin, en 1844, et auxquelles participèrent tous les États allemands. On ne saurait les qualifier d’internationales.
(2) V. Proronorari, Le Esposisioni considerate in se stesse e nelle loro relazioni, Florence, 4861 ; — Boccarpo, Disionario di economia politica, Milan, 4875; — Luzzam, Le Esposisioni (volume formé d'articles publiés dans la Nuova Antologia) ; — W. F. Exner, Les Exposants et les Expositions, 2e édit., Weimar, 1873, etc., etc.
vait à peine quand, en vertu du décret du 8 mars 1853, fut inaugurée, le 1% mai 1855, la première Æxposition universelle de Paris. Le succès du Cristal Palace fut dépassé : 11.968 étrangers répondirent à l’appel du Gouvernement français et se joignirent à plus de 12.000 représentants de notre industrie nationale. Comme à Londres, un jury international fut organisé : il compta 333 membres ; les jurés étrangers furent choisis par les comités respectifs de chaque pays, proportionnellement au nombre de leurs nationaux exposants. — Un trait caractéristique de l’Exposition de 1855 fut l’adjonction d’une section spéciale aux beaux-arts.
L'Exposition universelle de Londres, en 1862, organisée, comme celle de 1851, par la Société des Arts, attira un concours encore plus notable (27.500 exposants). Elle donna lieu à une innovation, due à l'initiative du Gouvernement français : un millier de contre-maîtres et ouvriers furent délégués à Londres, aux frais de la Commission impériale de la section française et du Conseil municipal de Paris, pour étudier, sur place, les perfectionnements réalisés dans leurs industries respectives (4). Cette pratique a, depuis, été suivie par la plupart des gouvernements.
Fidèle à l’esprit de noble émulation qui anime les deux grandes métropoles de la vieille Europe, Paris ne resta pas longtemps en arrière. L’Exposition de 1867 (2), affranchie des difficultés économiques qu'avait eu à vaincre sa devancière, organisée par F. Le Play sur un plan
(1) A Penvoi de cette délégation d'ouvriers français à l'Exposition de 1862, se raltache un fait qui a eu de graves conséquences, la formation de l'Association internationale des travailleurs.
(2) V. DD. 22 juin 1863 et 4er février 1865.
d'une scientifique harmonie et avec le concours, très heureusement provoqué, de collaborateurs intéressés à la réussite de l’œuvre, fut un véritable triomphe, qui consacra la nouvelle forme de l'institution (1). Elle suscita l'inscription de 52.200 exposants, dont 15.969 Français.
Sur l'initiative de F. Le Play, qui réalisait, en cela, l’une de ses plus chères conceptions d'économie sociale, un nouveau groupe, le groupe X, avait été créé, comprenant « les objets destinés à l’amélioration de la situation matérielle et morale des travailleurs », et un nouvel ordre de récompenses avait été réservé « aux personnes, aux établissements ou aux localités qui, par une organisation ou des institutions spéciales, avaient développé la bonne harmonie entre tous ceux qui coopèrent aux mêmes travaux, et avaient assuré aux ouvriers le bien-être matériel, moral et intellectuel ». Une enquête, devenue l’un des monuments de la sociologie moderne, s’accomplit, à cette occasion, dans plus de six cents manufactures et usines, classées parmi les principaux établissements industriels du monde entier. Un reflet moral fut ainsi projeté sur les médailles dévolues aux chefs-d'œuvre de la richesse matérielle (2).
(4) « La Commission impériale chargea du soin de diriger les installations de chaque classe un certain nombre de délégués, désignés par les exposants eux-mêmes. Ce système, substitué à celui des installations isolées, autrefois en usage, permettait de laisser aux intéressés la liberté d’action compatible avec les convenances générales ; il affranchissait la Commission de l’obligation d'examiner directement chaque détail et réservait son contrôle pour les installations d’ensemble ». (Extrait du Rapport général sur l'Exposition de 1867, Imprie natle, 4869, pp. 10 et s.).
(2) V. le rapport présenté, lors de l'Exposition de 4867, sur les ateliers qui conservent la paix sociale. — V. aussi la notice biogra-
Dans l’ordre chronologique, viennent ensuite les expositions internationales, qui se succédèrent annuellement, à Londres, de 1871 à 1874, avec celte particularité qu'elles présentèrent toutes des éléments communs (beaux-arts, inventions scientifiques récentes et nouvelles découvertes en tous genres), et que chacune se spécialisa par des catégories déterminées de produits. La France, malgré ses récents désastres, y prit une large part.
S'ouvrirent ensuite les Expositions de Vienne, en 1873, et de Philadelphie, en 1876, toutes deux très remarquables. Celle de Vienne, à laquelle participèrent 42,000 exposants, se caractérisa par la place importante qu'y occupèrent l’enseignement et l'éducation. Mais, par suite d’une installation très coûteuse, elle aboutit à un échec financier. — L’Exposition de Philadelphie, entreprise privée, patronnée officiellement et subventionnée par le Gouvernement fédéral, quoique très brillante, fut signalée par les charges considérables (frais d'installation et de droits de douane) imposés aux 27,000 industriels qui vinrent y participer.
En 1878, la France convia, de nouveau, le monde à Paris, tant pour tenir l’engagement pris en 1867, que pour attester solennellement, après de terribles épreuves, son énergique vitalité. Plus colossale encore que les précédentes, l'Exposition de 1878, décrétée le 14 avril 1876, réunit 53,000 exposants ; elle se distingua par une installation somptueuse, dont le Palais du Trocadéro perpétue le souvenir, et que rehaussa particulièrement l’éclat des sections étrangères (1). Mais alors apparut un défaut inhéphique sur K. Le PLay, publiée dans le Correspondant (livraison du
25 avril 1882).
(1) Trente-six Elats y furent conviés ; un seul, l'Allemagne, crut
rent au développement même de ces immenses exhibitions, une tendance fâcheuse à dégénérer en de fastueuses kermesses.
Dès lors, le branle étant donné, la plupart des grandes cités industrielles et commerçantes üinrent à honneur d'organiser des expositions internationales universelles. C'est ainsi que se succédèrent les Expositions de Sydney, ‘en 1879, — de Melbourne, en 1880, — d'Amsterdam, en 1883 (1), — d'Anvers, en 1885 (2), — de Barcelone, en 1888 (3).
En 1889, pour célébrer le centenaire de la Révolution française, Paris offrit une fois de plus le spectacle grandiose d’une concentration universelle des produits du labeur humain. Plus de 25,000 industriels étrangers vinrent se joindre à 30,000 de nos compatriotes ; en outre, la section des beaux-arts, particulièrement brillante, réunit les œuvres de 5,110 artistes, dont 2,155 étrangers. La section d’£conomie sociale reçut une ample et très heureuse extension (4). Bien que la plupart des puissances monarchiques se soient abstenues d’une participation officielle, le succès a été éclatant, mais, faut-il l'avouer? grâce surtout
devoir décliner l'invitation du Gouvernement français, mais autorisa ses nationaux à envoyer individuellement leurs produits à Paris.
(1) Cette exposition, dénommée officiellement Exposition coloniale et d'exportation coloniale, fut une entreprise privée, patronnée et subventionnée par le Gouvernement néerlandais.
(2) Entreprise privée, placée sous le patronage de l’État.
(3) Dirigée par l'autorité municipale, sous les auspices du Gouvernement espagnol.
(4) V. le Rapport présenté par M. E. Cneysson, Inspecteur général des Ponts et Chaussées, au nom du jury de la section d'Economie sociale (Institutions patronales).
aux attractions semées à profusion et à la magnifique ordonnance de l'installation (4).
La dernière, en date, des grandes expositions universelles s’est ouverte, à Chicago, en 1893, sous la dénomination de Foire du Monde (Fair of World), en l'honneur du quatrième centenaire de la découverte du Nouveau- Monde. Elle à témoigné de la munificence américaine, mais à été marquée par de graves défectuosités d’organisation.
D’autres expositions, également internationales et universelles, mais de proportions plus restreintes, ont été entreprises, avec ou sans l'intervention gouvernementale,
soit par des compagnies privées, soit par des villes indus-
(4) En 1855, les dépenses engagées par l'Etat furent de 11,500,000 francs, dont 3,000,000 seulement furent couverts par des recettes, notamment par des répétitions exercées contre la Compagnie du Palais de l'Industrie.
En 1867, les recettes, en y comprenant les subventions, s’élevèrent à 26,236,805 fr., tandis que les dépenses n’atteignirent que 23,490,805 fr. : l'excédent, ou bénéfice net, fut réparti par tiers entre l'Etat, la Ville de Paris et les souscripteurs du capital de garantie. Dans le chiffre total des dépenses, les frais d'administration et de surveillance ne figurent que pour 957,431 fr.
En 1878, les dépenses furent de 55,7175,000 fr. (y compris 14,305,017 fr., affectés aux travaux du Trocadéro) et entraiînèrent, à la charge de l'État, qui avait seul assumé les risques de l’entreprise, un déficit de 37,849,159 fr., réduit à 31,649,159 fr., grâce à une subvention de 6.200.000 fr., allouée par la Ville de Paris (V. la notice biographique, précitée, sur F. Le PLay). ,
En 1889, les recettes furent de 50 millions, dépassant de 7 millions l’évaluation primitive; — les dépenses s’élevèrent à 39,990,000 fr., chiffre inférieur de 6 millions et demi aux crédits alloués (46,500,000 fr.). Mais les 40 millions de dépenses se sont accrus de 9,100,000 fr., représentant le rachat des matériaux, en location, des palais conservés, et la subvention payée à la Ville de Paris pour la création d’un champ de manœuvre, destiné à remplacer le Champ de Mars.
trielles où commerçantes. Il convient, notamment, de mentionner, dans cette catégorie, les Expositions de Nice, de Louisville, en 1883, — de Calcutta, de la Nouvelle-Orléans, en 1884, — de Saragosse, en 1885, — de Liverpool, d'Edimbourg, de Stockolm, en 1886, — de Bombay, d’Adélaïde, en 1887, — de Bruxelles, en 1888 (1), — d'Edimbourg, en 1890, — de Kingstown, de Lyon, de San-Francisco, d'Anvers, en 1894, — de Bordeaux, en 1895 (2). 8. Enfin, sans parler des expositions purement nationales, devenues, il est vrai, moins fréquentes, il importe de signaler une dernière catégorie d'expositions internationales, dont le nombre s’accroît d’année en année, celles qui sont limitées à une ou plusieurs spécialités de produits ; certaines expositions nationales rentrent dans cette catégorie pour une de leurs sections. Quelques-unes ont eu une grande importance ; toutes ont présenté de l'intérêt. La plupart des pays d'Europe et d'Amérique rivalisent de zèle pour organiser ces concours d’un caractère moins solennel, moins fastueux, mais plus féconds en véritables progrès. En France, ils se sont particulièrement multipliés ; mentionnons notamment les expositions maritimes du Hâvre, en 1868, et de Marseille, en 1883, — à Paris, les expositions d'électricité (1881), de lithographie (4894 et 1895), de photographie (1892), du livre et des industries du papier (1894), les expositions ouvrières de 1885, 1889
(1) Dénommée Grand concours international des sciences et de l’industrie ; la France n’y à pas participé, du moins officiellement.
(2) Cette exposition, organisée par la Société philomatique de Bordeaux, présente celte particularité qu’elle n’était complètement internationale que pour trois de ses sections (sciences sociales, vins et spiritueux, électricité); dans les autres, n'avaient été admis que les envois de l’Angleterre, de la Belgique, de l'Espagne, de l'Italie, du Portugal et de la Suisse,
et 1891 (1) et l'exposition d'hygiène, en 1895. — L'Angleterre (2), l'Allemagne (3), l’'Autriche-Hongrie (4), l’Italie (5), l'Espagne (6), la Belgique (7), la Hollande (8),
(1) Les sociétés coopératives de production ont pris part à l’'Exposilion ouvrière de 1891, secondées par des subventions de l’État. (V. L. 24-25 mars 1891, Zzxposé des motifs, Journ. off., Doc. parlem., 1891. p. 675).
(2) Expositions d’Edimbourg (sylviculture), de Londres (hygiène et éducation), en 1884, — de Londres (inventions industrielles et agricoles), en 1885, — de Manchester (arts et manufactures, la section des beaux-arts exclusivement nationale), en 1887, — etc.
(3) Expositions de Nuremberg (orfévrerie, joaillerie, bronzes d'art et ameublements), de Kœnigsberg (machines des petites industries), en 1885, — de Cologne (horticulture), en 1888, — de Kænigsberg (machines, hygiène industrielle, etc.), en 1895, — etc.
(4) Expositions de Vienne (produits pharmaceutiques), de Vienne (électricité), en 1883, — de Vienne (industries du tour), de Buda-Pesth (universelle, mais les sections des machines et outils seules internationales), en 1883, — de Vienne (alimentation populaire, entretien de l’armée, appareils de sauvetage, etc.), de Buda-Pesth, organisée par le musée hongrois du commerce (machines-outils mues par l’électricité), en 14894, — etc.
(5) Expositions de Venise (géographie), en 1881, — de Cagliari (mécanismes et appareils des eaux), en 1883, — de Turin (universelle, mais la section d'électricité seule internationale), en 1884, — de Conegliano (appareils anti-cryptogamiques et insecticides), en 1886, — de Ferrare (instruments et machines pour la culture du chanvre), de Milan (meunerie et boulangerie), en 1887, — de Foggia (semoirs), en 1890, — de Rome (médecine et hygiène), en 1893, — de Milan (section des machines et outils pour la vinification et l’huilerie, à l’exposition nationale de vins et d'huiles d'olive), en 1894, — etc.
(6) Exposition de Madrid (universelle, mais la section des machines seule internationale), en 1885.
(7) Expositions de Bruxelles (hygiène et sauvetage), en 1876, — de Liège (pomologie);/ en 4883, — d'Anvers (industries du livre), en 1890, — ec.
(8) Expositions de Middelburg (appareils à gaz), en 1883, — d’Ams-
la Russie (1), la Suisse (2), la Roumanie (3), la Grèce (4), les Etats-Unis (3), l'Uruguay (6), l'Egypte (7), le Chili (8), le Canada (9) ont particulièrement participé à ce mouvement.
Nous ne saurions ne pas mentionner spécialement l’Exposition française de Moscou, en 1891; administrée et dirigée par une Commission supérieure du contrôle et des finances, elle a obtenu un éclatant succès.