AT
amorcer, garnir d'amorce.
Fig. attirer, par des choses qui flattent, les sens ou l'esprit:
Vos raisons, comme vous, sont de si peu de force, Que, loin de m'arrêéter, cet obstacle m'amorce.'
appât, proprement, aliment; patüre pour attirer et prendre le gibier.
Fig.
Les spectacles, les dons, invincibles appas, Vous attiroïent les cœurs du peuple et des soldats.”
appeau, doublet de appel, désigne soit un engin servant à imiter le cri des oiseaux, soit un oiseau même dressé pour attirer les autres.
Fig. ce qui sert à attirer:
Et ce beau cuisinier armé d'un grand couteau? Reviendrois-lu pour cet appeau? *
appelant, oiseau tenu en captivité pour appeler les autres et les attirer dans le piège.
Fig.
Avoir une figure d’appelant, avoir mauvaise mine.
frouer, imiter le cri de la chouette pour attirer les oiseaux.
Fig.
Ce mot, d’après le Dict. gén., à été employé par VILLON, dans ses pièces en jargon, au sens de «tromper au jeu».
1 Rorrou, Antigone, Act. III, sc. 5.
2 Cf. DARMESTETER, Op. cit, p. 97.
3 RACINE, Britannicus, Act. IV, sc. 2, éd. 1768, p. 393. 4 LAFONT., Fabl., VIII, 21.
pipée, sorte de chasse où l’on attire les oiseaux vers les gluaux, en les excitant par l’imitation du cri de la chouette ou de leur propre cri.
Fig. tromperie:
Lorsque l'esprit humain s'est échappé de la pipée, il n'est pas facile de l'y reprendre.”
piper, prendre à la pipée.
Fig. tromper, leurrer:
Un minois à piper les plus fins . . .?
pipeau, tuyau au bout duquel on met une feuille servant d’anche, et que l’on emploie à imiter le cri des oiseaux et à les attirer ainsi dans un piège.
. Fig. artifices par lesquels on cherche à tromper quelqu'un :
J'ai évité ses pipeaux.”
pipeur, celui qui fait jouer les pipeaux.
Fig. filou qui trompe au jeu, en substituant de fausses cartes ou de faux dés en la place des bons: celui qui trompe de quelque manière que ce soit:
L'étalage de l'espérance est le leurre de tous les pipeurs d'argent.“
attraper, proprement, prendre à un piège; de là, d’une façon générale, «arriver à prendre, à saisir», et, finalement, «atteindre».
On reconnaîtra aisément ces diverses acceptions, prises au figuré, dans les trois exemples suivants:
Or vrayement j'en suis attrapé; Car je n’'avoie intention
! Boisre (ap. BESCHERELLE).
? LesaGe, Gi Blas, 1. IV, ch. 5, éd. Charpentier, p. 284. 5 Lrrrré, Dict., s. y.
# Burr., Arith. mor.
A Luis
D'avoir drap, par la passion De Nostre Seigneur! quand je vins.*
Quand on court après l'esprit, on attrape la sottise.?
IL suffit qu'à la fin J'attrape le bout de l'année.”
attrape, piège pour prendre le gibier.
Fig. tromperie, perfidie:
Et Sains Adriiens ki fu pape, Ki moult cremoit lui et s’atrape, Se plainst a Charlton.‘
En fr. mod., attrape désigne une tromperie innocente, faite par manière de jeu:
Au milieu de huil ou dix boîtes d'attrapes une autre boîte garnie de bonbons . . .”
piège, engin pour prendre certains animaux.
Fig. ce qui, comme un piège, saisit ou trompe les hommes:
N'apprenons-nous pas des saints mesmes combien la concupiscence leur tend de pieges secrets?"
Cf. donner dans un piège, se prendre au piège, etc.
trébuchet, piège à prendre les petits oiseaux, qui consiste en une cage dont la partie supérieure, couverte de grains, fait bascule, trébuche quand l'oiseau vient s’y poser, et l’enferme.
1 Maître Pathelin, p. p. le bibliophile JacoB 1876, p. 11. ? MoNTESQUIEU, Pens. diverses, éd. 1799, t. 7, p. 267.
3 LAFonNT., Fabl., VIII, 2.
4 Mouskes, Chron., 4070.
5 J.-J. Rouss., Émile, Il.
6 Pascaz, Les Provinciales, lettre IV, éd. 1877, p. 51.
E. Nicobn *
Fig.
Votre maitresse ailleurs, en ses nobles projets, Peut à d'autres oiseaux tendre ses trébuchets.'
Cf. prendre quelqu'un au trébuchel, l'amener par adresse à faire une chose qui lui est désavantageuse ou désagréable.
trapusse, même sens que le mot précédent.
Fig. tromperie:
Touchant le mariage qui servit de leurre et de trapusse aux huguenots.”
traquer, fouiller un bois pour en faire sortir le gibier, et, plus particulièrement, obliger les bêtes à entrer dans les toiles ou à passer sous le coup des chasseurs, en resserrant toujours davantage une enceinte faite dans un bois: {raquer un bois, traquer des loups.
Fig. poursuivre à outrance:
Une révolution qui allait traquer, comme des béles nuisibles, les nobles, les grands et les riches . . .?
Cf. traquer des malfaiteurs, traqué par la police, etc.
traquenard, piège du genre des trébuchets dont on se sert pour prendre les animaux nuisibles:
On se garantit du renard, en tendant des pièges ou traquenards, avec une preparation qui sert à les uinOTCer. *
Fig.
Cet honime s’est laissé prendre au traquenard.”
CF. donner dans le traquet.
! REGNARD, Méneclun., Act. II, sc. 3, éd. 1801, p. 40. ? Satyre Ménippée.
# MorezLzer, Mém., 1e éd., t. II, p. 28.
1 Genis, Maison rust., t. 1, p. 229 (ap. Lrrrré).
5 LIiTTRÉ, 8. Y.
bric, Cage, engin pour prendre les oiseaux:
Je m'en allois souvent cueillir le houx,
Pour faire glus à prendre oyseaux ramages
Tous differans de chantz, et de plumages:
Ou me souloys pour les prendre entremettre
À faire brics, ou caiges pour les mettre.
Fig.
Celui qui sceut de guerre autant le style Que Marius, qui par façon subtile Eut en ses mains Jugurtha prins au bric.°
breil, piège pour prendre les oiseaux:
On peut aussi prendre oiseaux par autres manieres comme est au brai a une guvette.*
Fig. piège en général:
Trop sont ses las fors el soubtil, Prendre me voelt, je croi, au bri.*
broion, sorte de piège pour prendre les animaux: Or sui je esgaree com lievres en broion.” Fig.
Amors vos à mis el broion ; Si est del retorner noïiens.°
lacs, nœud coulant qui sert à prendre des oiseaux, des lièvres et autre gibier.
Fig. piège, embarras dont on a de la peine à se tirer:
1 Manor, £clogue au Roy, éd. 1781, p. 216.
2 J. Le Marre, Zlainte du Desiré (Œuvwr. p. p. J. STECHER, t. 3 1885, .p. 177);
3 P, pes CrEsCENs, Prof. champ., X, 28 (ap. GODEFROY).
4 Froiss., Poés., ms. Richel. 880, f£° 112 r° (ap. GoDErRoY).
5 Jean Boper, Chans. des Saxons, OOI, p. p. F. MicHez 1839.
5 Gauv., 4092, p. p. HrPPEAU (ap. GODEFROY).
UN — La coquette tendit ses lacs tous les matins."
Cf. tomber dans le lacs, être dans le lacs, tomber, être dans l'embarras.
alacier, prendre dans un lacs, dans un filet:
Fig. tromper:
Li mauvais hom alace son ami et le deçoit de sa bouche.
lacet, lacs avec lequel on prend les perdrix, les lièvres, etc.
Fig. piège, embüûche:
Pour altirer les âmes infirmes dans leurs lacets...*
Cf. étre pris dans ses propres lacets, être pris par cela même à l’aide de quoi on voulait prendre les autres.
rets, filet pour prendre du gibier, du poisson.
Fig. tout ce qui sert à saisir, à prendre l’esprit, le cœur, comme fait un rets:
Iis [les philosophes] quiüiteront les rets de leurs vaines et dangereuses subtilités, où ils tâchoient «de prendre les âmes ignorantes et curieuses.“
Cf. prendre quelqu'un dans ses rets, etc.
filet, même sens et mêmes emplois figurés que le mot précédent.
panneau, filet pour prendre des lièvres, des cerfs et autres bêtes.
Fig.
La pauvre Blake avait donné dans le panneau que vous lui tendiez.”
1 BorLEAU, Épitre IX, éd. GIDEL, p. 163.
BRuNxETTO Larini, Trésor, p. 430, p. p. CHABAILLE. * BossuEr.
Boss., Panég. St. André, éd. 1816, t. 16, p. 529.
5 Comre DE HAMILTON, Mémoires de (Grammont.
Cf. donner dans le panneau, être dans le panneau, etc.
glu, matière visqueuse et tenace, avec laquelle on prend les oiseaux.
Fig.
Se laisser prendre à la glu par quelqu'un, en être la dupe.
Cf. avoir de la glu aux mains, retenir plus qu’on ne doit de l’argent qui passe par les mains.
gluant, qui est de la nature de la glu.
Fig.
Avoir les mains gluantes — avoir de la glu aux mains.
s’engluer, se dit d’un oiseau qui se prend à la glu.
Fig. être la dupe d’une affaire, d’un marché:
Il s’est laissé sottement engluer par un aventurier."
broi, gluau:
Me cuide-iù dont prendre com oiselet au broi.”
Fig.
Se Deus m'ait ce poise moi Qu’ Amors m'a lacié en son broi, Qui ne me velt laisier ester.*
parquer,' mettre dans un parc, dans une enceinte.
Fig.
On a parqué les émigrants dans l’entrepont.
Cf. se parquer dans des études spéciales.
emparchier, même sens que parquer.
1 Dict. gén., S. v.
Romans d’Alixandre, p. p. H. MIcHELANT 1846, p. 395. % Athis, Richel. 19162, f° 172% (ap. GoDErRoyx).
4 Cf. DARMESTETER, Op. cit, p. 98.
AE
Fig.
Le filz au conte de Blamont Fu pris; et 0 ceus que g'enparque Le filz au conte de la Marque.’
broil, proprement, bois, forêt; étendue de forêt entourée de murs ou de haies, etc., pour réserver au
propriétaire le plaisir de la chasse.
Fig. foule, presse, etc., significations qui semblent
avoir une origine cynégétique:
Mult par avoit li dux grant bruel De boine gent, fiere et hardie.*
! Guizz. Gurart, Branches des Roy. Lignages (1306), 13894, p. p.
J.-A. Bucxon 1828.
? Guill. de Palerne, 1844—46 (Soc. d. anc. textes, Paris 1876, p. 54).
LT
Expressions qui se rapportent au chien ou au faucon.
lévrier, chien à museau effilé, à corps menu, à jambes longues, d’allure rapide, employé particulièrement à courir le lièvre.
Fig. en parlant de gens qu’on met à la poursuite de quelqu'un:
Je m'imaginai qu'il n'y avoit plus rien à craindre pour moi, et que tous les lévriers de la justice s’étoient lassés de me poursuivre."
Cf. lévrier d'amour, entremetteur d’affaires galantes.
limier,” chien courant qui a reçu une éducation spéciale et dont on a fait choix pour mettre à la main d’un valet qui va détourner un animal.
Fig. celui qui ambitionne, poursuit quelque chose, comme fait le limier pour le gibier:
Cette convoitise des offices et états (curée autrefois réservée à nobles limiers) est devenue plus äpre encore, depuis que tous y peuvent prétendre.*
Cf. aussi: Don Côme ... s’élant aperçu du larcin ot de la fuite de son confident, eut aussitôt recours à la
1 LesAGE, Guzm. d’Alfar., 1. II, ch. 4, éd. 1828, t. 6, p. 210. ? Cf. DARMESTETER, Op. cit., p. 98.
8 P.-L. CourIER, 2° lettre, éd. 1829, t. 1, p. 21.
justice, qui dispersa de toutes parts ses limiers pour decouvrir le voleur.’
herbaut, chien qui se jette avec trop de violence sur le gibier.
Fig.
Se jeter dessus comme herbaul sur pauvres gens, loc. prov., qui se dit d’un homme brutal qui s'empare de quelque chose ou qui attaque quelqu'un.
braque, variété de chien de chasse à poil ras, à oreilles demi-pendantes, qui sert également pour l'arrêt et pour la quête.
Fig. étourdi qui va au hasard, inconsidérément:
C’est un braque, un vrai braque, et, adjectivement, il est un peu braque.
Cf. braquer.
clef de meute, le meilleur chien de la meute, qui relève les défauts des autres chiens accoutumés à le suivre.
Fig. se dit d'un homme qui à beaucoup de crédit dans sa compagnie, dans son parti:
faire parler aux pairs dont on pourrait
douter, et aux clefs de meute parmi les magistrats.*° clabaud, chien courant qui à de grandes oreilles pendantes et qui se récrie mal à propos sur les voies.
Fig.
On dit d’un chapeau qui a les bords pendants, qu'il est clabaud, qu’il fait le clabaud (par allusion aux oreilles du chien clabaud).
Remarque. Selon BESCHERELLE, clabaud se dit aussi d’un homme qui parle beaucoup et mal à propos: cest un clabaud.
clabauder, en termes de vénerie, aboyer sans être sur les voies, en parlant du chien de chasse.
! LesaGr, Diabl. boit., ch. 7, éd. 1828, t. 1, p. 105. ? SAINT-SIMON.
Fig. crier sans cause:
[l jura qu'il s'en vengerait. .., et clabaude aujourd hui contre moi chez ... monsieur le procureur général.’
aboyeur, sorte de chiens qui aboient à la vue du sanglier sans en approcher.
Fig. celui qui poursuit ardemment une chose ou qui fatigue par des criailleries, par des importunités pressantes: un aboyeur de successions; ce critique n’est qu'un aboyeur.
Remarque. Ce mot signifie aussi «crieur qui se tient à la porte des théâtres pour appeler les voitures ou qui dans les rues vend des complaintes, des nouvelles, etc.» Cf. plus haut, p. I4.
aboi[s|,* proprement, cri du chien. En termes de chasse, ce mot désigne plus particulièrement «les cris de la meute au moment où elle entoure l'animal de chasse», et, par ext., «la situation de l'animal entouré»: on dit alors de cet animal qu’ tient les abois ou qu’ est [réduit] aux abois. — Au XVI° siècle,” on trouve aussi, avec le même sens, rendre les abois.
Fig.
Être [réduit] aux abois, rendre les abois, être réduit à la dernière extrémité:
Aussi lost que ces advocas Nous ont empietez une fois, Ils nous font rendre les abbois.*
Cf. tenir quelqu'un en aboi, le repaître de vaines espérances.
1 Vorr., Lettre d’Argental, 20 oct. 1764, éd. de Bâle 1792, t. 89, p. 266.
? Cf. DARMESTETER, op. cit., p. 98, note.
3 Cf. H. ESTIENNE, op. cit., pp. 90—91.
1 BEzLLEAU (ap. H. ÉSTIENNE, op. cit., p. 91).
Re
rencontre. Cf. rencontrer, terme de chasse, qui se dit en parlant indistinctement du chien courant ou du chien d'arrêt, lorsqu'ils commencent à sentir la voie suivie par le gibier.
Fig.
Pour ma part, je serais tenté de voir, dans l'exemple suivant, une métaphore prise des chiens qui poursuivent et attaquent leur proie:
A l'exemple d’icellui vous convient estre sages, pour fleurer, sentir et estimer ces beaulx livres de haulle graisse; légers au pourchas et hardis à la ren- Contre a
halener, en parlant des chiens de chasse, prendre l'odeur de la voie de l’animal.
Fig. découvrir; reconnaître le faible de quelqu'un:
Dès que ces fripons eurent halené ce jeune homme, ils dressèrent leurs pièges.”
Cf. flairer, éventer, avoir vent de quelque chose.
souffler au poil. On dit que les chiens soufflent au poil d'un animal lorsque, en étant à sa poursuite, ils en approchent au point de paraître le toucher.
Fig.
Soffler au poil de quelqu'un, le poursuivre de très près:
IT faillit être pris, les gendarmes lui soufflaient au poil. *
curée, partie de la bête abattue que l’on donne aux chiens quand elle a été prise. DARMESTETER ‘ explique ce terme comme suit: «le mot [curée] vient de cuir, parce que les viscères donnés aux chiens étaient présentés dans la peau même de la bête.»
! RaB., Gargantua, Prol., p. 3, éd. BARRÉ, Paris s. d. ? LITTRÉ, Dict., 8. v.
* BEsom., Dict., a. v.
Op. Cite paors
Cf. Après deves faire venir Tous vos chiens sens nul retenir, Mengier sur le cuir la cuirée.’
Fig. au sens de butin, etc.:
Et ce sont vrais Satans [les damoiseaux], dont La queue altérée De l'honneur féminin cherche à faire curce.°
Cf. âpre à la cwrée — äpre à la proie (au fig.):
Le ministre se prit à rire en me voyant si âpre à la curée.
émerillon, femelle du [faucon] rochier.
Ven
C’est un esmerillon (dit d'un homme vif, éveillé).
Cf. s’émerillonner et émerillonné.
Remarque. Rappelons à ce propos que plusieurs des noms appliqués originairement aux diverses espèces de faucons, ont désigné par la suite des armes à feu: de ce nombre sont faucon, fauconneau, émerillon, mousqui émouchet]. Cf. Couleuvrines . ., sacres, faucons, fauconneaux . .. noms qui sont pris non seulement des animaux les plus ravissans, comme des sacres et faucons...°
lanier, espèce de faucon dégénéré:
Le lannier est proprement pour les champs: il est noi et sans courage, il volle de faim et de necessité."
Fig. lâche, couard:°
Voir, dist Geris, or me taïing por lanier, Se jel refus ne me pris ‘T denier.”
1 Hazpouix, Trésor de Vénerie (ap. PAIRAULT, op. cit, p. 91).
? Moz., École des femmes, Act. IT], sc. 1, éd. de Bâle 1760, t. I, p. 492. # Lesacr, (Gil Blas, 1. VIII, ch. 9, éd. Charpentier, p. 496.
4 H. ETIENNE, op. cit, p. 97.
5 Ampe. PARÉ, Œuvr., t. II, p. 122, éd. 1840.
5 Hagmoxt, Miroir de fauconn., (ap. GODEFROY).
T Gopzrrox fait de lanier, pris dans ce sens, un autre mot.
# Jaoul de Cambrai, 4607 (Soc. des anc. text. fr. 1882).
A Ve
sacre,' grand oiseau de proie du genre faucon.
Cf. Le sacre n’est point, comme le dit M. Brisson, une variété du faucon, mais une espèce différente qu'il faut considérer à part.”
Fig. homme sans foi ni loi:
Une maniere de sacre et de brigand qui pillait tant qu'il pouvait. *
Cf. plus haut, p. 14.
bec jaune, [béjaune],‘ faucon dont le becet les serres sont jaunes. D'après M. RozLanp,’ les fauconniers méprisaient cet oiseau comme n'étant pas susceptible d'être dressé.
Fig. personne à qui on ne peut rien apprendre, sot, ignorant.
Montrer à quelqu'un son béjaune, lui démontrer qu'il n’est qu’un sot.
Remarque. Ce mot, autrefois, Sest dit aussi de l'ouvrier qui passait compagnon ou maître, et du régal payé en ces circonstances; de là, payer son béjaune — payer sa bienvenue.
hobereau, espèce de petit faucon.
Fig. petit gentilhomme campagnard:
Il n'y à que des hobereaux dans ce voisinage.°
Cf. «Ce nom de hobreau, appliqué aux gentilshommes de campagne, peut venir aussi de ce qu'autrefois tous ceux qui n'étoient point assez riches pour entretenir une fauconnerie, se contentoient d'élever des hobreaux pour la chasse.»
1 Cf. DARMESTETER, op. cit., p. 98.
? Burr., Ois., t. II, p. 19, éd. de Berne, 1786.
Cf. DARMESTETER, op. cit., p. 97.
MOpecit it NT ep 199;
5 Dict. de l’Acad. fr., 8. v.
7 Burr., Ois., t. II, p. 35, note, éd. de Berne, 1786.
qe
tiercelet, nom donné au mâle des différentes espèces de faucons parce qu'en grosseur il est environ le tiers de la femelle.
Fig. homme très inférieur à l'importance qu'il affecte de se donner:
Muse, et sans varier, dy-nous quelques sornettes De tes enfans bastards, ces tiercelets de poëtes."
Cf. faire du tiercelet de prince.”
ramingue. Cf. it. ramingo, Prov. ramenc, qui se disent du faucon branchier, jeune encore et ne restant pas en place.
Fig.
De là, selon LiTrré, le sens de «indocile» qu’on donne, en termes de manège. au mot ramingue (en parlant de chevaux).
Remarque. En italien, ramingo se dit, au fig. «di persona o cosa che va errando senza direzione».*
niais,” se dit du faucon que l’on a pris jeune au nid pour le dresser:
Car ceux-la sçauront que niais (ou niez) se dit proprement du faucon, ou autre oiseau de proye qui est pris au nid, et n'ayant encore volé: auquel est opposé hagard.°
Fig. simple et sans usage du monde:
Si le sage n’erroit, le niais creveroit.'
Cf. plus haut, p. 14.
! RÉGNIER, Satyre II, éd. Garnier, p. 19.
? H. ESTIENNE, op. cit., p. 94.
3 P. PEerroccxi, Diz. ital., 8. v.
4 Cf. DARMESTETER, Op. cit., p. 98.
5 H. ESTIENNE, op. cit., p. 93.
6 Leroux de Lincy, Proverbes 1859, t. II, p. 416.
oh
débonnaire. D’après H. ŒESTIENNE, LITTRÉ et d'autres, on aurait affaire ici à aire, nid des oiseaux de proie: débonnaire équivaudrait donc à «issu d’un bon nid», c.-à.-d. «de bonne race». — Cependant on est loin d’être fixé sur l’origine de cet élément verbal, d'autant plus que aire semble être masculin.”
sor [saure], en termes de fauconn., se dit du faucon pendant sa première année, où il porte encore son premier pennage, qui est roux.
Fig.
Selon Duez,” sor a désigné aussi: 1° un jeune homme à qui la barbe ou le poil follet commence à venir; 2° un jeune homme sans expérience. M. ROLLAND” pense que le mot sor servant à désigner une nuance de couleur viendrait d’une comparaison avec le plumage roussâtre du faucon sor, ce qui me paraît assez vraisemblable, bien qu'on ne puisse être très affirmatif sur ce point.
Remarque. Disons en passant que M. BoRMANN s’est trompé en voulant citer un emploi figuré de ce mot: en effet, sours, dans le passage qu'il cite, est tout simplement le fr. mod. sourd.”
hagard,° se dit du faucon qui à été pris après plus d’une mue et qui ne s’apprivoise pas aisément.
Fig. dont l'aspect a quelque chose de farouche et d’étrange:
Tu ne dédaignes point d'un haussebec de teste N'y d'un sourcy hagard, des petits la requeste."
L Cf. Romania IX. 159 et XV, 140. Voir aussi AHerrig's Arch. VOIRON AUS: ‘ = Dict. ital.-franc. et franc.-ital., Genève 1678. MOp. cit, t. VI p.218. note.
4 Op. cit., p. 49.
Cf. Goperroy, qui cite le même passage s. v. mwel. Cf. DARMESTETER, Op. cit., p. 98.
T Roxs., Œuvr., t. I, p. 370 (Bibl. elzév. 1857)
Remarque. En vfr., à en juger par la traduction qu'en donne GODEFROY, $. v., hagard avait aussi le sens de «muable», «incertain».
madré, se dit en parlant d’un oiseau de fauconn. qui a mué plusieurs fois: il a alors ses plumes #adrées.
Fig.
Madré, dans le sens de rusé, viendrait selon M. ROLLAND’ de ce que le faucon madré, qui a plusieurs années, est au courant de toutes les ruses de son métier.
déluré | déleurré|, proprement, en parlant du faucon «qui ne se laisse plus piper par le leurre».
Fig. dégourdi, déniaisé:
C’est une personne bien délurée.”
Cf. plus haut, pp. 41—42.
mue, terme de fauconn.:
1° renouvellement des plumes de l'oiseau de proie:
Portent girfaus, faucons, oisiaus de mainte mue.”
2° grande cage ou chambre où on met l'oiseau ‘quand il mue:
Pour lates a faire les fenestres de le mue la uw on mue -VII des faucons monsieur le duc.'
3° endroit où l'on enferme les faucons.
Fig.
Au premier sens signalé ci-dessus se rattache l'expression suivante, qui, selon H. EsrTienns,” était en vogue au XVI° siècle, à savoir la mue d'une femme. D'après le même auteur, on appelait ainsi, par moquerie,
(Os et do AE Go TIRE
? DARMESTETER, op. cit., p. 98.
% Rom. d’'Alix., p. 258.
! GoperRoy, Cumplém., 8. Y.
PROD: cite sp 01
«la peau nouvelle qu'elle se fait venir au visage, ayant faict consumer l'autre par le moyen de quelques drogues corrosives.»
— Quant à l'expression fenir une femme en mue pour «entretenir une femme comme maîtresse», «la mettre en chambre», elle dérive évidemment du dernier des sens propres ci-dessus cités, — C’est là encore le cas pour »#ue au sens figuré de «retraite»:
Guilheme, ses fis, est demoreis en sa mue.
Cf, se tenir en mue, se tenir chez soi:
C'est donc cela que tu te tiens en mue, Fais le malade, et te plains tous les jours, Te réservant, sans doute, à tes amours?
Remarque. (GODEFROY, s. v., donne comme significations premières de ce mot «lieu secret», «cachette», «prison». Ne serait-on pas fondé à penser — ce à quoi semblent d'ailleurs nous autoriser à la fois l’étymologie et les exemples donnés par Godefroy -— que toutes ces acceptions sont autant d'emprunts faits au langage des fauconniers ?
pantois /pantais]. H. ESTIENNE‘ prétend dériver le sens de «halètement» (en parlant des hommes) qu'on trouve à ce mot du sens qu’il avait en fauconn. — Tout cela est très douteux et l'étymologie phantasiare proposée par G. Paris { est à certains égards séduisante. — Ce sens ne dériverait donc pas de la chasse,
gorge,* proprement (en termes de fauconn.), sachet supérieur, «poche» de l'oiseau, et, par métonymie, «ce qui entre dans la gorge de l'oiseau», c.-à.-d. la nourriture qu'on lui donne.
1 JEH. DES PREIS, Geste de Liege, Gloss. philol. p. p. SCHELER, p. 205. ? LAroNT., Contes: Rich. Minutolo, 64. 1777, t. IT, p. 12.
3 Op. cit., p. 89.
Ÿ Romania NI, p. 628.
5 Cf. DARMESTETER, op. cit, pp. 97—98.
Gorge chaude, chair des animaux vivants que l’on donne aux faucons, curée prise toute chaude.
Rendre gorge, se dit de l'oiseau qui vomit après avoir mangé.
Voler sur sa gorge (toujours en parlant du faucon), prendre son vol aussitôt repu.
Fig.
Foire gorge chaude de quelque chose, se l'approprier:
IT comptait avoir celte succession et en faire une bonne gorge chaude.’
Mais, en général, les expressions faire des gorges chaudes, une gorge chaude de quelqu'un ou de quelque <hose signifient plutôt <s’égayer aux dépens de quelqu’un ou de quelque chose»:
Le duc de St-Aignan trouva l'aventure si plaisante qu'il en fit une gorge chaude au lever du roi?
Rendre gorge, restituer par force ce Gus on à pris ou acquis par des voies illicites:
Ah! sandis, messieurs les coquins, vous rendrez gorge.”
C£ faire rendre gorge aux traitants, les forcer à restituer l’argent qu'ils ont accaparé.
Voler sur sa gorge, se dit d’une personne qui danse aussitôt après étre sortie de table.
serre,‘ pied des oiseaux de proie.
Fig.
La serre du malheur me tient.’
Cf. des expressions telles que fenir quelqu'un dons ses serres, avoir la serre bonne, etc.
4 Lrrreé, Dict., 8. v.
7 Sarsr-Sim0%.
2 Daxcovez, Déroute du Pharaon, #e, 26, éd, 1760, t. 12, p. 359.
4 C£ Darwesreree, 0p. cit, p. 98
5 Mu DE Srafz, Corinne, L XNIIL ch, 5, éd. 1842, p. 383. ÆE. Nicolin.
on
Remarque. On trouve parfois, par une métaphore: naturelle, serre synonyme de «rapacité» :
Chaque jour le fer du soldat et la serre des agens français flétrissent ses beautés naturelles.”
se battre à la perche, en termes de fauconn.. se dit d'un oiseau de proie, lorsque, étant sur la perche, il se débat continuellement, et étend les ailes comme pour voler.
Fig. se débattre pour prendre l’essor:
Aubigné retourna en Xaïintonge ches son curateur, lequel voyant son pupile se baltre à la perche pour quitter les livres, à bon escient le tint prisonnier jusques à la prise des troisiemes armes.”
prendre le montant, se dit du faucon qui parvient à s’élever au-dessus de l'oiseau qu'il poursuit.
Fig.
Prendre le montant sur quelqu'un, se rendre supé- TiOUEN AU
C'était une ambition sans bornes, et, quand à pouvait prendre le montant, une hauteur, un mépris des autres insupportable. *
Autre exemple:
Surville, ne se sentant pas le plus fort, voulut capituler; mais ù trouva un homme [Villars] aisé à prendre le montant et qui ne pardonnait point . . .”
voler, en termes de fauconn., se dit de certains oiseaux de proie qui sont dressés à chasser, à poursuivre d’autres oiseaux ou quelque autre sorte de gibier.
1 P.-L. Courter, Lettres, éd. 1828, t. I, p. 34.
? D'AUBIGNÉ, Œuvres comp. p. p. RÉAUME et DE CAUSSADE, t. }, p. 36. 3 SAINT-SIMON
Le faucon, l’autour, le lanier, apprennent facilement à voler d’autres oiseaux."
Dans ce sens, voler se dit également des personnes qui emploient ces oiseaux à la chasse:
Je volerai la pie cet après-dîner.'
Fig.
Selon LITTRÉ,* ce mot, au sens de «dérober furtivement», dériverait du langage de la fauconn.: un rapport aurait été établi au XVI* siècle entre l'acte du voleur et celui de l'oiseau de chasse, d’où substitution de voler à embler antérieurement en usage.
planer, se dit proprement d'un oiseau, lorsqu'il se soutient en l'air sur ses ailes étendues, sans qu’il paraisse les remuer: un milan qui plane.
Fig. considérer de haut:
Un roi philosophe qui plane d'en haut sur toutes les sottises de notre espèce. *
Cf. I} plane de haut vol au-dessus des autres ...* (dit d’un esprit supérieur). — Cf, oiseau de haut vol — oiseau dressé à la haute volerie.
s’embat|tlre, en termes de fauconn., se disait autrefois du faucon qui s’élançait sur sa proie.
His Se jélLersurs
Et m'esbahy, puisque toutes les histoires tant anciennes que modernes, sont pleines de tels exemples, comment se trouve encore des hommes si pauvre d'entendement, de s’embaitre ct s'envoler à ce faux leurre.”
1 Dict. de lAcad., 8. v.
2? Études et Glanures, pp. 67—68.
3 D’ALEMBERT, Lettre au roi de Prusse, déc. 1782. # Le journal Ze Temps.
5 Sat. Ménipp., p. p. OH. READ, p. 235.
empiéter, enlever, prendre et tenir avec les serres, en parlant du faucon: un faucon empiète sa proie.
Fig. saisir:
Aussi tost que ces advocas Nous ont empietez une fois, It nous font rendre les abbois.”
A ce groupe peuvent aussi se rattacher les mots:
furet, petit animal du genre des martres dont on se sert pour la chasse des lapins de garenne: prendre des lapins au furet.
Fig. personne qui fouille partout, homme qui a beaucoup d'habileté à découvrir certaines choses:
Il auroit pourtant eu besoin d’un furet plus exerce que moi à deterrer des beautés.°
Cf. fureteur (même sens fig.):
Elle [la langue du peuple] est un régal pour les grammairiens fureteurs.*
fureter,‘ chasser au furet
Fig. fouiller, chercher partout:
J’allais errant dedans et dehors de la ville, furetant, visitant tout ce qui me paraissait curieux et nouveau. °
1 R. BELLEAU, Œuvr., t. 8, p. 348 (Bibl. elzév. 1867). ? LesAGe, Estev. Gonz., ch. 5, éd. 1898, t. 7, p. 32. 3 É. ZoLA, l’Assommoir, Préface.
4 Cf. DARMESTETER, op. cit., p. 98.
5 J.-J, Roussrau, Confess., II (ap. Lirrré).
DE
Expressions qui se rapportent au gibier où à ses mœurs.
gibier.’ Le sens de ce mot en vfr. est «chasse» ou «animal de chasse», parfois aussi, «terrain de chasse». L'étymologie du mot étant très obscure, on ne saurait dire lequel des deux premiers de ces sens est le plus ancien. Au reste, il semble que cette étymologie se rattache à l’idée d’un instrument employé par les chasseurs. Ex.:
Alez s’en est sanz armes ensi com an gibiez Crien qi ne soit as Saisnes folement acointiez.*
Specialement [le faucon dit lanier] est bon par les prez pour battre les lievres, voler perdris, phaisans, chahuans, et toute autre sorte de menu gibier.*
Pour le chercher par gibbiers et par bois.*
Fig. personne que l’on poursuit ou que l'on s’efforce de surprendre ou de tromper:
1 Cf. DARMESTETER, op. cit., p. 98.
2 J. Bopez, Chans. des Saxons, p. p. F. Micnez, p. 242.
8 JEAN DE FRANCHIERES, Fauconnerie, 1. I, ch. VII, t° 3 v’, éd. 1602.
4 Est. Forcapez, Opusc., le Baiser de la lune et d'Endymion, éd. 1551.
Nous autres fourbes de la première classe, nous ne faisons que jouer, lorsque nous trouvons un gibier aussi facile que celui-là.”
Gibier de prevost, gibier de potence, celui qui mérite d’être pendu. Gibier à commissaire, fille publique, filou repris de justice.
Cela n'est pas de son gibier, cela est hors de son gibier, cela dépasse sa portée, sa capacité, ses ressources; cela n’est pas de son goût.
Cf. Or, quand bien ccla n'empescheroit point, encores seroit il mal aysé de trouver en un tyran une amour asseuree, parceque estant au dessus de touts, et n'ayant point de compaignon, ü est desjà au dela des bornes de l'amitié qui à son gibbier en l'equité, qui ne veult jamais clocher, ains est tousjours eguale.*
Dans l'exemple suivant, il semble qu'il y ait une allusion au bruit causé par la chasse dans la forêt:
Ançois [1y Sarrasin] reguleront et menront tel gibier Que ci par derière iaux requieront arrier.* Sur les emplois figurés des verbes gibecier et givoier, voir GoDEFROY. * bête[s] noire[s]|, en termes de chasse, se dit des sangliers, de leurs femelles et de leurs marcassins (par opposition aux béfes fauves, aux bêtes puantes, aux bêtes rousses, etc.).
Fig.
De là probablement l'expression béfe noire, qui s'emploie en parlant d’une personne généralement haïe.
! Moz., A. de Pourceaugnac, Act. II, se. 8.
? EsT. DE LA BoëËTIE, Œuvres compl., p. p. L. FEUGÈRE, p. 20.
$ Chevalier au cygne, 34704, p. p. DE RETFFENBERG, (Coll. de chron. belges, 5:6, Bruxelles 1854—59).
4 Dict., ss. vy.
le —
Cf. I a lu gorge noire, c’est un franc mäle, qui se dit d'un homme vigoureux, par allusion aux moineaux mâles, qui ont la gorge noire. D'après LirrRé, ‘ cette expression signifierait plutôt «c'est un bon compagnon».
brohon [broion|, ourson.
La vi ge ‘IT broions fors del breullet issir, Les menbres nos volioient desmembrer et tolir.°
Fig.
Au viel doien, au viel brohon Honte et laidure ont dite assez.” leu, loup.
Fig. dans l’expression:
A la queue leu leu,‘ à la suite les uns des autres.
dupe,” ancien nom de la huppe, oiseau:
Et fussent-ils aussi huppés que dupes de marais.
Fig. personne qui a été trompée, jouée, ou qui est facile à tromper:
Vous le croyez votre dupe; S'il feint de l'être, qui est plus dupe de lui ou de vous?”
Cf. duper.
Remarque. Le nom actuel de cet oiseau est luppe; huppe se dit aussi de la touffe de plumes que portent cet oiseau et quelques autres. À ce mot se rattache l'adjectif huppé, qui se dit proprement des
D iCLS ES Ne
? Ajol, 4693.
3 G. pe Corxcr, Mir, ms. Soias., f” 1624 (ap. GoDEFRoY). 4 Cf. GAsTON Paris, Romania X, pp. 50—51.
5 Cf. Lirrré, Études et Glanu'es, pp. 17—18.