‹ Les Expressions Figurées d'Origine Cynégétique en FrançaisChapitre 9 sur 18 · RONSARD · texte numérisé non relu

RONSARD

8 J.-J. Rouss., Politique, t. IT, ch. 6, p. 212, éd. des Deux-Ponts, 1782. #4 D’Aug., Hist. unir.

AN Etes

rameuter, arrêter les chiens qui sont trop en avant et leur faire attendre le reste de la meute, afin de former un ensemble compact.

Fig.

Le premier écuyer, vieilli dans les intrigues . .. qui les rameutait tous [la cabale attachée à Mme de Maintenon|].*

meute, ensemble des chiens qui composent une chasse:

Mute de chiens est quand ù y a douze chiens courans et ung limier, et si moins Ù y en a, elle n’est pas dicte mute.°

Remarque. En vfr. on désignait aussi, par ce terme, l’action de lever un animal de chasse: cette signification, on le voit, n'est pas très éloignée du sens étymologique du mot. — Quant aux sens de «soulèvement», «expédition armée», etc., quon rencontre. peut-être le plus souvent en vifr., ils n’ont rien à voir avec la chasse.

Fig. troupe de gens que l'on compare à une meute de chiens:

Toute la meute alors, comme une vague immense, Bordure

attitrer, poser les chiens dans des relais pour attendre le gibier.

Fig.

Ce mot, selon M. THomas,* s’est employé au figuré au sens de «aposter» jusqu’à la fin du XVIII siècle. FuretTière” donne la définition «<corrompre

? Modus, f” VI (ap. GopErroy).

* AuG. BARBIER, la Curée.

* Voir Romania XXIX, pp. 202 et 208.

5 Dict. universel, La Haie 1725, &. v.

yes

quelque personne pour nuire à quelqu'un», et cite à l'appui les deux exemples que voici: I avait atitré des gens dans une embuscade pour assassiner son ennemi, et Il atitra de faux témoins pour venir deposer. Après avoir donné, sur l’étymologie de ce mot, les opinions de MÉNAGE et de Vossius, FURETIÈRE poursuit en ces termes: «D'autres le derivent, et plus à-propos, par metaphore de fifre, terme de chasse, qui signifie le lieu ou le relais où l’on pose des chiens frais en embuscade pour courir les bêtes: car en effet les assassins et les faussaires cherchent des lieux et des occasions propres pour nuire.»

découpler, détacher des chiens couplés, attachés deux à deux:

Li braconier les chiens descoplent, Et li brachet au loup s’acoplent, Et Ysengrin moult se herice.”

Découpler des gens après quelqu'un, les mettre, les lancer à la poursuite de quelqu'un, pour le maltraiter, pour le solliciter, etc.:

On découpla les plus fins limiers de la police pour découvrir le voleur.

Cf. Pialei leur descoupla quelques galleres qui en combattirent deux des Venitiennes et en prirent une.”

lâcher, laisser aller, laisser partir, en parlant des chiens et des autours. (En parlant des faucons, on se servait du mot jeter.)

Fig.

Lâcher une personne après une autre, la mettre à sa poursuite, pour l’inquiéter, la tourmenter, ou l’amener à faire ce qu’on désire:

1 FPom. de Renart, 1221.

? D’Aus., Hist. univ.

Ils aiment les lettres, üls aiment et disent la verite, ils sont courageux comme de petits lions: lâchez-les sur JE RSOIS TRI

Cf. lâcher les huissiers après un débiteur, etc.

rompre les chiens, forcer les chiens à cesser la poursuite de l’animal qu'ils chassent, soit qu'ils soient sur un change, soit que l’on ne veuille pas continuer la chasse:

Monseigneur courut le loup, et fit rompre les chiens à dix grandes lieues d'ici; ù revint assez à temps pour être à la comédie.”

Fig. chercher à faire cesser un entretien désagréable, en parlant d'autre chose; ne pas ajouter foi à:

Mais le mari, qui se doutait du tour, Rompant les chiens, ne manquant au retour D'imposer mains sur Mme Féronde.*

haler, exciter (en parlant des chiens):

Et tout aïinsy que je haloye Mes chiens apres le sanglier.” Fig.

Menant le peuple a leur plaisir, et le hallant comme un chien apres ces pauvres gens.” acharner,® mettre les chiens, l'oiseau en appétit de chair, et, en parlant du leurre, garnir de chair. Cf. aussi ces vers de RonsarD:'

! Vorr., Lettre d’Argental, 11 mars 1752,éd. de Bâle 1792,t. 83, p. 228. ? DANGEAU, Journal.

5 LAroNT., Féronde,.

Mist. du siege d’Orl., 2875, p. p. GuEssarD.

5 L'Hospiraz, Mém. à Ch. IX sur la guerre cir.

5 Cf. DARMESTETER, op. cit., p. 97.

Œuvr. compt., t, VI, p. 363: Les Bacchanutes (Bibl. elzév. 1866).

Mais animons ces bouteilles Ces corbeilles Achernons de jambons gras De pastez, de pains d’espices, De saucisses

De boudins, de cervelaz.

Par ext., attacher à une proie:

... L’ours s’acharne peu souvent Sur un corps qui ne vil, ne meut, nine respire.’

Fig. allécher; inspirer une animosité opiniâtre contre quelqu'un, attacher opiniâtrément à quelque chose:

On les leurre [les femmes]... ef acharne par tous moyens.”

Des soldats étrangers qu'une férocité naturelle acharnait sur les vaincus . . ”

descharner, enlever une proie des griffes de l'oiseau de chasse:

Tu l’abescheras sur le loirre, puis le descharneras.*

Fig. «désacharner» :

Et pour ce que la tuerie et la pilerie duroïent sans fin, les plus advisez pour descharner leurs gens, trouverent invention de les faire passer à Limoux.”

réclamer. En termes de fauconn., réclamer un oiseau, l'appeler pour le faire revenir sur le poing ou au leurre:

1 LaAroNT., F'abl., V, 20.

MonTAIGNE III, p. 5, éd. 1595.

3 FLÉCHIER, Turenne.

4 Modus, f” 82 (ap. GODEFROY).

5 D’AuB., Hist. univ.

Cum l’om deit faire oisel voler, Paistre, reclamer et tenir.”

Fig. attirer:

Jusqu'a la mort d’'ame l’eusse clamee,

Mais un nouveau l’a si bien reclamee, Que tu ne veulx qu’à son leurre venir.”

Se sa biautez mes iauz reclaimme, Et mi oel traient a reclaim, Dirai je por ce que je l’aim?*

reclaim, cri pour rappeler l'oiseau de chasse:

Reclamer un oiseau, c’est le huer et le rappeler, comme on fait les oyseaux domestiques qui se vont quelque fois pourmener par la Tue, puis on les rappelle pour les meitre en cage, el le reclaim c’est ce cri la; on s’en sert souvent en fauconnerie.*

Par métonymie, reclaim a désigné aussi le sifflet ou pipeau dont se servait le chasseur pour attirer les oiseaux :

Chascun a un reclaim et un chapellet, a ce que il puissent clamer leur oisiaus et tenir.°

La forme moderne de ce mot est reclin: elle désigne un appeau spécial pour attirer les cailles.‘

Fig.

Mostrer loire et reclain, appeler et réclamer:

Or me mostrent loire el reclain Chi de Miaulens et de Biaurain, Qui tuit sont pori o fardel.’

l Chron. des ducs de Norm., II, 13680.

” C. Manor, Æond.: De celuy de qui l’amye a faict nouvel amy, p. 309, éd. 1545.

# Cligès, 494, p. p. W. Fôrsrer, Halle 1884.

* CL. BINET, Merv. de nat., p. 67, éd. 1622.

5 Voy. de Marc Pot, XCIL, p. p. G. PaAuTrER 1865.

6 Sacxs, Encyklop. Wb., 8. v.

Ÿ Li Congié Johan Bodel d’Aras, 166, p. p. G. RaAyNAuD (Romania IX).

leurre,” originairement, appât. M. RoLLanD”° nous fournit, sur ce terme, les indications suivantes : «instrument en osier en forme de fer à cheval allongé qu'on recouvrait des ailes de l'oiseau ou de la peau du quadrupède (lièvre ou lapin) quon voulait accoutumer l'oiseau de proie à voler. On plaçait la viande destinée à la nourriture de l'oiseau de proie à voler sur le leurre* et il s’y paissait. Il en résultait qu'il connaissait le leurre et qu'il revenait à son maître dès que celui-ci l’appelait en tournant cet instrument». Ex.:

Quoique l’alouette s'élève beaucoup, le hobereau vole encore plus haut qu’elle, et on peut le dresser au leurre comme le faucon et les autres oiseaux du plus haut vol.“

Fig. plaisir qui tente et qui séduit, tromperie:

L'étalage de l'espérance est le leurre de tous les pipeurs d’argent.?

leurrer, dresser un oiseau au leurre:

Ainsi qu’on voit au mouvement du bras du fauconnier quand il leurre et duit ses oiseaux . .."

Fig. instruire:

A ce ten cuer afaite et loire Qu'il croie consel de provoire.?

Aucuns sont mis [à l'étude] pour apprendre trois ow quatre mots de latin en attendant qu’ils soient grandelets pour faire le voyage d'Italie, afin que la on acheve de les leurrer.”

Cf. DARMESTETER, op. cit, p. 98.

2Op.rcit., t VI, pp 210/et.211.

Ce qui, en termes de fauconn., s’appelait acharner le leurre. ! Burron, Ois., t. I, p. 246 (Œuvr. compl., t. 18, 1825).

5 BUrFFON, Arithmétique morale.

AMBR. PARÉ, Œuvr., t. I, p. 8 (ap. LITTRÉ).

T Vers de la mort, ms. Richel. 375, {0 3354 (ap. GopErRroy). H. ESsTIENNE, Apologie pour Herod., p. 91, éd. 1566.

Ho

Remarque. Dans le langage de la fauconn, leurrer [l'oiseau], en fin de compte, devenait synonyme de le «tromper», vu que, pour prix de son obéissance, on ne lui donnait de nourriture que tout juste ce qu'il fallait pour «l’acharner». De là, par métaphore, les sens de «attirer par un artifice», «suggérer quelque objet d'espérance pour tromper», etc., qu'on rencontre souvent, par ex.:

Tu m'allègues le sort : prétends-tu, pur ta foi, Me leurrer de l’'appât d'un profane langage?"

Quant au part. passé leurre, il avait déjà en vfr. les sens métaphoriques de «fin», «rusé», «déniaisé à force d’avoir été la dupe des autres», comme on peut s’en convaincre par l'exemple suivant:

Ne croi celui qui Dieus maudie Tu feroie grant ribaudie Mes soiez sages et loirrez.”

CRNATNSSIE

Un auteur qui a passé deux ou trois fois par les mains des libraires de Hollande, devient leurré à l'égard des autres libraires narquois. *

Cf. les emplois figurés de aleurrer, enteurer.

lever, faire partir le gibier de l'endroit où il est posé, par ex.: le chien a levé une perdrix;* lever un lièvre.“

IDATONT, AGO, x, ll,

? Fabl., ms. Chartres, 261 f° 141 v° (ap. GoDEFRoY).

3 Le Roux, Dict. comique.

Dict. gén. Cf. cependant le dict. de l’Acad, fr, qui semble ne pas admettre ces façons de parler.

Fig.

Lever un lièvre, soulever une question, une difficulté imprévue. Cf. lever le lièvre,‘ faire le premier une proposition, ou trouver un expédient dont les autres ne s'étaient point avisés.

relancer, lancer à nouveau l'animal de chasse:

On relança le cerf jusqu'à trois fois.”

Relancer quelqu'un, l'aller chercher, l'aller trouver au lieu où il est, pour l’engager à quelque chose à quoi il ne songeait point, ou qu'il n'avait pas envie de faire:

Un homme impatient qui venait à tout moment me relancer pour des comptes . . .*

affût," en termes de chasse, poste derrière un arbre pour attendre le passage d'un gibier, par ex., attendre un loup à l'affût; se mettre à l'affût, être à l'affût.

Fig.

Être à l'affût, épier l'occasion:

Il est à l'affût de ce qui se dit sur son compte.”

affûter, poster derrière un arbre, un buisson, en parlant des chasseurs et des chiens, par ex., affüter les chiens, s’affûter, etc. Cf. affût.

Fig. aux sens de «disposer», «mettre en état», «aiguiser», etc.

viser, mirer, regarder un but pour y adresser un coup de pierre, d'arme à feu, etc.: viser un animal à la tête.

1 Dict. de l’Acad. fr.

ÉDITER Eve

8 Prcarp, M. Musard, Act. I, sc. 1, éd. 1812, t. IV, p. 187. 4 Of, DARMESTETER, Op. cit., p. 97.

5 Lirrré, Dict., 8. v.

he

Fig. avoir en vue une certaine fin, un certain résultat:

On ne peut assez admirer les moyens dont elle [la nature] se sert pour unir les mères avec leurs enfants; car c’est ie but auquel elle vise.

visée, direction de la vue vers un but à atteindre: prendre sa visée trop haut, trop bas.

Fig. dessein, intention:

Si votre sot dégoût et vos folles pensées Ne rompoient mes desseins et toutes mes visées.”

coucher en joue, donner au fusil une position couchée, horizontale, en l’ajustant à l'épaule et contre la joue pour tirer.

Fig. aspirer à:

Si tu l’aperçois que quelque parent de don Gonzale ai de grandes assiduilés auprès de lui el couche en joue sa succession, tu m'en avertiras aussitôt.

point de mire, le point où l'on vise, pour tirer une arme.

Fig. but auquel on tend:

Cette dignité est le point de mire de beaucoup d’'ambitieux.*

berser, tirer de l'arc, soit à la chasse, soit à la guerre :

Pour aler chacier et berser En cez fores ci devant nos.”

? BossuET, Sermons.

? REeGNARD, Ménechmes, Act. III, se. 4, p. 53, éd. 1801. * LesaGr, Gil Blas, 1. IN, ch. 7, éd. 1828, p. 376.

? Livrré, Dict., 8. v.

® Perceval, ms. Montp., H. 249, f°. 510 (ap. GoperRoy).

EE

Son coer presser

Voit et berser

Et se mct

En trop plus grand peri qu'en mer.

tirer, décharger une arme à feu; diriger une arme à feu sur:

Allons tirer des grives, c’est assez pousser d’'argumens.”

Fig.

Je lui dis: Vraiment, madame, vous avez tiré de bien près ce bon père, vous aviez peur de le manquer . .

Cf. Pour lui parler, faut le tirer au vol, le tirer en volant, il est difficile de le joindre et de trouver le moment de lui dire un mot.

Cf. aussi des expressions telles que tirer sa poudre aux moineaux, tirer (à cartouche) sur quelqu'un, etc.

porter, atteindre, en parlant des armes à feu et des coups de fusil, etc.:

Une longue carabine qui portait fort loin.

Fig. ce qui fait impression, est décisif:

IL n'y à pas un mot dans la vôtre [lettre] qui ne porte; on ne voudrait ni en Oter ni en mettre un seul.”

à bout portant, dans l'expression firer à bout portant, c.-à.-d. le bout de l'arme étant mis près de l'objet qu'on vise.

1 FRoIssART, Poés., I, 36, 1194, p. p. SCHELER.

2 J.-J. Rouss, Héloise, P. V, lettre 7, éd. des Deux-Ponts 1882, p. 35. * Mme DE SÉVIGNÉ.

+ LiTTRÉ, Dict., s. vV.

5 Mme DE SÉv., Lettr. à Bussy, 10 sept. 1681.

Fig.

On a vu le mot étrange, à bout portant, que Tonnerre, évêque comte de Noyon, lâcha au roi en plein petit couvert . . .”

calibre, diamètre intérieur des armes à feu.

Fig. valeur, état, etc. d'une personne:

Cela s'entend prix pour prix et sans faire comparaison de deux comédiens de campagne à deux Romains de ce calibre-là . . .”

écarter, se dit d'un fusil qui ne lance pas son plomb bien serré: ce fusil écarte la dragée [cendrée|, les grains de plomb qu'il lance s’écartent trop les uns des autres.

Fig.

Écarter la dragée, laisser échapper de petites parties de salive en parlant.

rater, se dit d'une arme à feu qui manque à tirer ou bien de celui dont l'arme rate au moment où il veut tirer: le fusil a raté; il rata le lièvre.

Fig. manquer son coup, ne pas réussir:

Cet endroit-là est peut-être celui de ma pièce le plus propre à me fournir des vers pompeux: je ne le ralerai pas, sur ma parole! *

n'avoir plus ni plomb ni poudre.

Fig. être dépourvu de tout ce qu'il faudrait.

amorce,‘ appât pour prendre certains animaux.

Fig. tout ce qui fait mordre à, tout ce qui attire:

Sa grace el sa vertu sont de douces amorces Qui, pour tirer les cœurs, ont d’effroyables forces.”

? SCARRON, Rom. com., ch. 16.

* LesaGr, Diable boit., ch. 14, éd. 1828, p. 215. Cf. DARMESTETER, op. cit., p. 97.

Mou., l’Etourdi, Act, III, se. 2.

nu

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