GODEFROY, 8. Y
5 Cf. BESCHERELLE, Dict., 8. v.
taire
Fig. étendre les bras, les jambes avec nonchalance et mollesse; marcher avec peine, se traîner dans la boue: en parlant de chevaux, frapper du pied, par ex. faire pennader un cheval. j
Remarque. Ce mot, d'après BESCHERELLE, aurait été employé par RaBELaIs sous les deux dernières de ces acceptions.
s’essorer, S'élancer dans l'air:
L'oiseau se perd qui trop s’essore.' Fig.
Notre esprit rampe bien plus facilement qu'il ne S’eSsOre.” essor, élan d'un oiseau dans l'air:
Ens emmy l'eure sont si hault Que tantost montent en essor Soit oysel, ou mué ou s0r.*
Fig. élan de l’esprit:
Habitez, par l'essor d'un grand et beau génie, Les hautes régions de la philosophie.
volée, essor de l’oiseau depuis le moment où il prend son vol jusqu’au moment où il se pose; troupe d'oiseaux qui volent ensemble, par ex., donner la volée à un oiseau, prendre sa volée; une volée de perdrix, de grues, etc.
En termes de chasse, volée désigne plus particulièrement une compagnie d'oiseaux éclos d'une même couvée.
Fig.
De volée viennent un très grand nombre d’expressions figurées. Les exemples suivants donneront une idée des principales nuances de sens:
l Baïr, Mimes.
G. NAUDÉ, Apologie. GAcE, Rom. des deduiz, Ars. 8332, f° 89 »°, (ap. GoDEFROY). Moz., l'em, sav., Act. I, sc. 1.
1° 1 [Prévost-Paradol] ne se hâta pas de suivre ses camarades dans leur volée vers les régions profanes. :
Aux femmes du sérail je donne la volée.?
Prendre sa volée, partir inopinément, sans annoncer son départ, etc.
On sait que, dans ce temps-là même, une volée de philosophes revenait du cercle polaire, sous lequel is avaient été faire des observations dont personne ne s'était avisé jusqu'alors.
Cf. volée de canon, décharge de plusieurs canons faite en même temps (par comparaison à une volée d'oiseaux).
Je ne doutois pas que ce ne fût une dame de la première volée.‘
hérisser,”’ étymologiquement, dresser en parlant des piquants du hérisson, et, par ext., en parlant des poils, des plumes ou des cheveux: l'oiseau hérisse ses plumes; le cheval hérisse ses crins.
Dans ce sens, on dit aussi se hérisser. Par analogie, hérisser se dit enfin de choses aiguës, saillantes, qui couvrent, qui garnissent: des roches aiguës hérissent les flancs de la montagne.
Fig.
Se hérisser, être hérissé, montrer une résistance irritée à ce que propose quelqu'un:
A celte proposition il se hérissa."
1 O, Rousset, Disc. à l’Acad., Journ. offic. 3 mai 1872, p. 2962, 8€ col. ? FavART, Soliman II, Act. III, sc. 13.
3 VOLTAIRE, Micromégas, ch. 4, éd. de Bâle 1792, t. 64, p. 167.
4 LESAGE, Guzm. d’Alf., 1. II, ch. 6, éd. 1828, t. 6, p. 222.
5 Cf. DARMESTETER, Op. cit, p. 98, note.
Dict, gén., 8. Y.
TO
Cf. C’est un homme hérisse, c.-à.-. d’un commerce difficile et qu'on ne sait comment prendre.
Le chemin de la vie est hérissé de ronces.”
Cf. enfin des expressions telles que: hérisser son style d'archaïsmes; texte hérissé de difficultés, etc.
ahurir,” hérisser les poils de la tête.
Cf. Et devez savoir que ainsi que on doit appeler du cerf des doulces bestes la teste, ainsi doit l'en appeler d'ours, de sanglier et des autres bestes mordans la hure.*
Fig. faire perdre la tête à quelqu'un:
Vous ahurissez ce pauvre enfant par votre brusquerie. *
ruser,’ employer toutes sortes de détours et d’expédients pour échapper aux chiens, en parlant du renard, du lièvre, du cerf, etc.: le renard a longtemps rusé. *
Fig.
C’est une des belles chasses qu’il est possible de voir, que celle que nous faisons après M. de Bellièvre el M. de Mirepoix; ùs courent, is rusent, mais nous sommes toujours sur la voie.’
D'une façon générale, ruser — user de moyens de tromper:
Il faut ruser avec la négligence des hommes, ainsi qu'avec leurs passions.*
Dict. gén., 8. v.
Cf. DARMESTETER, Op. cit., p. 98, note.
Gaston PHepus, Bibl. Maz., 514 f° 60° (ap. GopErroy).
Lirrré, Dict., 8. v.
Sur Ja filiation des sens de ce mot, voir LITTRÉ 8. v.
5 Jbid.
© Mme DE SÉv., Lettr., 12 juillet 1675.
J.-J. BARTHÉLEMY, Voyage du jeune Anacharsis en Grèce, t. 3, ch.16,.p. 108, ed. 1821,
ET e-
ruse, détours, expédients du lièvre, du cerf, du renard, etc., quand on les chasse:
Les ruses et les moyens que les animaux sauvages metlent en œuvre pour se dérober à la recherche, ou pour éviter la poursuite et les atteintes des chiens, sont peut-être plus merveilleux que les méthodes les plus fines de l’art de la chasse.’
Fig. moyen qu’on emploie pour tromper:
La ruse la mieux ourdie Peut nuire à son inventeur Et souvent la perfidie Retourne sur son auteur.*
brosser, en parlant du cerf, du chevreuil, et aussi du chasseur, traverser les fourrés.
Fig. s'échapper, s’esquiver à travers:
M. l'archevêque, lui dit-il [le duc de Grammont] verba volant, scripta manent; l'archevêque brossa el ne répondit pas un mot.”
se blottir. DARMESTETER,‘ en faisant figurer ce mot dans la liste qu’il donne des emprunts faits au langage des chasseurs, le dérive sans doute avec A. ScHELER® de l’ancien terme de fauconn. bot, qui signifait le petit chevalet de bois où se reposait l’oiseau de proie.
FureTièRE* remarque, à propos de ce mot, qu'il se dit principalement des perdrix, «lorsque pour se cacher, elles s’abbaissent, et se ramassent le plus
1 Burr., Quadrupèdes, t. I, 359. 2 LAFONT., Fabl., IV, 11.
4 Op. cit., p. 98, note.
5 Dict. d’étymol, franc, 8. v.
6 Dict. univ., 8. Y.
es R.
qu’elles peuvent». Il semble donc sur ce point être de l'avis de MÉNAGE, qui dérivait blottir du vfr. bloie, bloutre — petite motte de terre renversée par le soc en labourant. — Tout cela, on le voit, n’est qu'hypothèses, bien que la dernière cadre fort bien avec le sens actuel du mot «se mettre en se pelotonnant dans un petit espace». Ce sens se retrouve d’ailleurs déjà chez Marc LESCARBOT (commencement du XVII siècle):
[Ils] apperceurent les sauvages fuiuns par les bois, les uns se baissans comme gens qui ne veulent point estre veuz, d'autres se bloutissans dans les herbes pour ne point estre apperceuz.'
CF, se moiter.
change, en termes de vénerie, substitution d’une nouvelle bête à celle qui a été lancée d’abord.
Donner le change, Se dit de la bête qui en fait lever une autre à sa place:
Plus, faut entendre que quand le cerf se voi chassé des chiens, se deffait d'eux, et leur donne le change en plusieurs manieres: car 11 va cercher les bestes à leurs reposees, et les boute el fait valoir devant eux: puis se îelle sur le ventre en leur lict, et laisse passer les chiens outre, lesquels n'en peuvent avoir le vent ne sentiment . . .?
Prendre le change, (tourner au change) se dit des chiens qui quittent la bête lancée pour la nouvelle.
Fig.
Donner, faire prendre le change à quelqu'un, l’induire en erreur en lui faisant prendre une chose pour une autre:
Je crois voir Annibal qui, pressé des Romains, Met leur chef en défaut, ou leur donne le change. * ! Cité par GODEFROY, Complém., 8. Y.
? Du FouLLoux, Vénerie, éd. 1601, p. 42.
3 LAFONT., Fubles, XII, 23.
ONE Prendre le change, se laisser duper:
Ne parlons point ici du Tage ni du Gange, Je connais ma portée et ne prends point le change."
hourvari, Cri des chasseurs pour ramener les chiens qui sont tombés en défaut, et, par ext., ruse de la bête qui met le chien en défaut en revenant à l’endroit d’où elle est partie; dans ce dernier sens, on dit que {a bête a fait un hourvari.
Fig. De là les sens de «grand désordre», «grand remue-ménage»; «contre-temps qui déroute», Dans le passage suivant, c’est évidemment au dernier de ces sens qu’on à affaire:
Hier on [Louis XIV et Mme de Montespan] alla ensemble à Versailles, accompagnés de quelques dames ; on fut bien aise de le visiter avant que la cour y vienne; ce sera dans peu de jours, pourvu qu'il ny ait point de hourvari.*
Remarque. M. RoLLaAnp° traduit ce terme par «ruse d’un animal qui, pour tromper les chiens, retourne sur ses mêmes voies», et il ajoute: «Si l’on s’en aperçoit on crie aux chiens hourvari! hourvaril Il se forme alors dans la meute un grand mouvement de désordre, accompagné d’un grand tapage. Un certain nombre de chiens continuent à donner sur la voie, tandis que les autres plus dociles rebroussent chemin. Les piqueurs gourmandent les chiens avec bruit et distribuent à droite et à gauche de vigoureux coups de fouet qui causent des hurlements de douleur. Ajoutez à cela le bruit des fanfares et vous comprendrez pourquoi hourvari est devenu dans le langage
1 CoRNEILLE, Mort de Pompée, Act. II, sc. 3.
? Mme DE SÉVIGNÉ, Lettr., 10 juillet 1676.
BODRcit IN SD 00!
ordinaire synonyme de grand désordre, grand remueménage».
randonnée, circuit plus ou moins long que fait un animal autour de l’endroit où il a été lancé par le chasseur:
Les lièvres mâles font de plus grandes randonnées que les hases.”
Fig.
Ma méloncolique randonnée dans les rues mortes de cette ville morte . . .”
Remarque. La reprise de ce mot par un auteur moderne me paraît significative: en effet, randonnée, qui à l’époque du vfr. était d’un usage courant au sens de «course rapide, impétueuse», semble avoir vieilli après le XVII siècle et ne s’être plus guère employé que dans le langage cynégétique, auquel nous devrions ainsi cette résurrection.
refuite, en termes de vénerie, se dit soit du trajet que fait une bête chassée, soit de l’endroit où elle a coutume de passer quand on la chasse. On désigne enfin, par ce terme, les ruses de la bête chassée, ainsi qu’on peut le voir par le passage suivant :
Lorsque le cerf ne S'y trouve pas, ù ne reste d'autre moyen que d'imaginer la refuile qu'il peut avoir faite. *
Fig. retardements, détours d’une personne qui veut échapper à quelque chose.
Mais lui, avec ses adresses ordinaires pour éluder... Mme la duchesse du Maine ne prit pas le change.
1 J.-J, BAUDRILLART, Diet. des chasses, 8, v.
* J. BaRBEY D’AUREVILLY, Une page d'histoire, p. 3, éd. Lemerre. 3 BurFOoN, Quadrup., t. II, p. 22.
Accoutumée à ses réfuites, elle le suivit jusqu’à ce qu’elle l’eût atteint.’
défaut, en termes de vénerie, perte de la voie par les chiens:
L'animal rusé, qui les voit passer et s'éloigner, sort de sa retraite, rentre dans le. sentier, confond ses traces el met la meute en défaut.”
Etre en défaut, avoir perdu la voie de l'animal de meute.
Mettre quelqu'un en défaut, le mettre dans la fausse voie:
Les fautes des sots sont quelquefois si lourdes el si difficiles à prévoir qu’elles mettent les sages en DE OULNN |
Être en défaut, faillir:
Voilà mes guichetiers en défaut, Dieu merci.*
[alairier, faire son nid, se percher:
El ses espreviers lors s’esbat Qui dontes fu et deboinaire, Desour -I biel aubourc s’aaire Qui fu sour le Rhin a la rive.°
Fig. s'arrêter, résider:
Cuers en cui grans anui s'aaire.”
duiere, retraite, terrier:
1 Mme DE STAAL, Mémoires, éd. 1755, t. IIT, p. 165.
? C. Bonnet, Contempl. de la nat. |
8 La BRUYÈRE.
4 RACINE, Plaideurs, Act. I, ch. 8.
5 Grr8. DE MonTREeUIL, Rom. de la Violette, 4251, p. p. F. MicHeL 1838.
6 Li Congié Baude F'astoul d'Arras, 469, p. p. Méon, Recueil de fabliaux, I.
E. Nicolin. 6
ou
Et l'ours en sa duiere enanglent.'
Fig.
Les Suysses . .. rentrerent en leurs montaignes el duyeres.”
terrier, trou, cavité dans la terre où certains animaux se retirent.
Fig.
1° retraite profonde et cachée:
Cet homme s’est retiré dans son terrier.
2° le tombeau, la mort (jeu de mots?):
J'ai grande et juste appréhension que tout cela ne le mène [un malade] au terrier.“
tanière,” proprement, réduit du taisson, et, d’une façon générale, retraite d’une bête sauvage.
Fig. logis retiré, comparé à une tanière:
Non, jamais on ne vit des gens aussi fiers d’être traîtres. Prudemment enfoncés dans leurs tanières, ùs s’applaudissent de leurs lâchetes, et insultent à ma franchise en la redoutant.°
Ii est toujours dans sa tarière, se dit d’un homme d'humeur sauvage qui sort rarement de chez lui.
fort, en termes de chasse, le plus épais du bois et des buissons, où les bêtes sauvages se retirent: relancer la bète dans son fort.”
1 Pastoralet, ms. Bruxelles, f” 30 r° (ap. GopErRoy).
? FosseTier, CHron. MarG., ms. Brux. 10512, VIII, II, 1 (ap. GoDEFROY).
5 LirrRé, Dict., s. v.
# Gui PATIN, Lettr., éd. 1846, t. II, p. 250.
5 Cf. DARMESTETER, Op. cit., p. 98, note.
5 J.-J. Rouss. (ap. BESCHERELLE).
T Luvrré, Dict., 8. v.
Les ombrages ne sont pour l’autre [le chasseur] que des viandis, des forts. *
Cf. aussi l'expression piquer dans le fort, qui signifie «pousser son cheval au galop dans le plus fourré du bois»,
Fig.
Lorsque l'ennui pénètre dans mon fort, Priez pour moi: je suis mort, je suis mort. ?
Remarque. A noter que d’après LiTTRÉ* le mot fort apparaît avec le sens ci-dessus indiqué beaucoup plus tôt qu’avec le sens militaire, lequel pourrait bien en conséquence dériver du premier.
gîte, en termes de chasse, lieu où le lièvre repose:
Un lièvre en son gite songeait; Car que faire en un gîte, à moins que l’on ne songe? *
Fig.
Il faut attendre le lièvre au gîte, il faut attendre les gens chez eux.
Cf. aussi revenir au gite — revenir parmi les siens.
bauge, gîte fangeux du sanglier.
Fig. lit très sale.
Remarque. L'expression avoir tout à bauge (— être dans l'abondance) n’a probablement rien à faire avec les mœurs du sanglier: il faut plutôt la rattacher au sens de «hutte» qu'on trouve en vfr. au mot bauge.
souille, terme de chasse synonyme de bauge.
Fig. empreinte que laisse, dans la vase ou le sable fin, le fond d'un navire qui revient à flot, après avoir échoué dans ce sable ou cette vase:
‘ J.-J. Rouss., Émile, IV.
2? BÉRANG, Le mort vivant, éd. 1854, t. 1, p. 26, 3 Dict., 8. +.
+ LAFONT., F'abl., II, 14.