‹ Les Expressions Figurées d'Origine Cynégétique en FrançaisChapitre 6 sur 18 · J.-J, ROUSSEAU · texte numérisé non relu

J.-J, ROUSSEAU

? BRANTÔME, Œuvr. compl., T. VII, p. 78 (Bibl. elzév. 1878).

3 Livre du roy Modus et lu reine Racio, ms. Valenciennes, 602, fo 2084,

4 Noëz Du Fair, Contes et discours d’Eutrapel, II, p. 251 (Bibl. elzév. 1874).

mOi

Fig.

Être au poil et à la plume, être également propre à des travaux, à des occupations de genres très différents :

Je vous ferai voir que je suis au poil et à la plume. *

à cor et à cri. Chasser à cor et à cri, c’est chasser à grand bruit avec le cor et les chiens, chasser à la huée. Cf. chasse clameuse.

Fig.

Vouloir, demander, poursuivre une chose à cor et à cri, vivement, avec éclat.

gober, chasser au gobet. D’après le Dict. gén. gobet dérive d’un radical celtique gobb —, «qui se retrouve dans les dialectes actuels avec le sens de bouche». Quoi qu'il en soit de cette étymologie, ces expressions, en termes de chasse, désignent une façon de chasser la perdrix avec l’autour ou l’épervier.

Fig.

Quant à l’origine des expressions figurées gober l’appât, gober le morceau, prendre quelqu'un au gobet, etc., il ne me semble guère possible de la mettre en rapport avec la chasse à l'oiseau. Pour ma part, je serais plutôt tenté de voir, dans ces expressions, un emprunt fait au langage des pêcheurs.

braconner. Ce mot, dans l’ancienne langue, signifiait «chasser avec des braques ou brachets». Of. vir. braconerie, braconier. Plus tard, en se spécifiant, ce sens primitif s'est sensiblement altéré:* braconner, de nos jours, a le sens de «chasser, soit sans permis, soit sur le terrain d'autrui sans autorisation, soit en temps prohibé, ou encore avec des engins défendus».

1 MorrbrEe, Comtesse d’Escarbagnas, sc. 8.

? Of. H. LEHMANN, Bedeutungswandel im Franzdsischen, p.56.

9 == Fig. avoir des galanteries cachées:

Gabrielle daignaïit permettre Qu'on braconnât dans son canton."

Cf. braconner sur les terres d'autrui, empiéter sur les droits d'un autre, et, spécialement, courtiser la femme d'autrui.

braconnier, en vfr., veneur ou valet de chiens qui conduit les braques (brachets, bracons):

Il prit ses chiens et ses levriers, Ef si mena ses braconniers.?

En fr. mod., celui qui braconne {au sens moderne du mot):

J'aurai bientôt des braconniers à punir.

Fig.

Auprès de ta femme jolie

Combien de braconniers voit-on!?

halbrener, chasser aux halbrans. A propos de l’étymologie de ce mot, remarquons en passant que KôrTING‘ fait remonter halbran au mha. halberant, «gleichsam eine Halbente»; ce terme désigne, en effet, le jeune canard sauvage:

Christophe La Chievre, charpentier, fournit deux nacelles pour servir a monseigneur pour aller hallebrener « la saison aux estangs de Chouppy.°

En fauconn., halbrener l'oiseau signifiait «rompre quelques pennes à l’oiseau de proie». Le part. passé halbrené, en fauconn. également, se disait de l'oiseau

1 BÉRANGER, Chasse.

2? Wace, Conception Notre-Dame, Brit. Mus., add. 15606 f° 41. # J.-J. Rouss, Émile, IV.

4 Rom.-Lat. Wb., n° 4461.

5 Arch. Meuse, B. 1364, f° 138 r° (ap. GODEFROY).

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