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La faim chasse le loup du bois. Pierre Roland était peut-être à court de nouvelles on d'invention. Il se joignit à ses deux amis qui allaient continuer leur tournée médicale. Tous trois partirent de Passy dans la voiture du docteur, et ils ^an-ètèrent au boulevard qui était l'observatoire de prédilection de notre chroniqueur.
* Tenez, mon cher Pomie, dit Hercnanii, les sujets sa présentent d'eux-mêmes sous nos pas, je Ttux vous reposer aujourd'hui du surnaturel
et des esprits frappeurs, en vous faisant voir une folie plus douce et plus amusante. Suivez bien ce petit homme qui passe en inspectant les boutiques, c'est aussi un de mes clients ; si je ne me trompe, nous ne tarderons pas à voir un des symptômes de son infirmité.
— Il a Fair de se porter à merveille, dit Pierre Roland ; si vous n'avez que de tels malades, la guérison sera facile.
— Non, pas autant que vous le supposez, »
répondit le docteur.
A ce moment le prétendu malade passait devant le magasin d'un épicier qui avait placé un tonneau de marchandises en saillie sur le trottoir ; soit distraction, soit intention, le promeneur alla se heurter contre le tonneau qui fut renversé.
Le marchand sortit avec précipitation, et réclama un dédommagement pour ses marchandises avariées.
Le promeneur se récria; montra qu'il était blessé au pied et s'appuya sur le bras du sergent de ville qui intervint; il demanda s'il était possible de permettre aux marchands d'envahir la
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voie publique et d'estropier les passants. Le marchand ainsi apostrophé, craignant le procès-verbal du sergent de ville et les réclamations des passants, se hâta de ramasser ses marchandises et de les ranger a l'intérieur de son magasin.
« Ce n'est pas plus difficile que cela, dit le petit homme triomphant, en s'adressant à ceux qui s'étaient groupés autour de lui. Quand nous nous serons cassé une jambe, les marchands consentiront à rentrer leurs tonneaux; et ayant trouvé dans l'auditoire une figure sympathique, il prit courage et continua en montrant les tables d'un café.
« C'est comme ces tables-là; eh bien, est-ce que vous croyez que c'est bien commode de passer là? »
A ce moment un garçon chargé d'un plateau, le pria de faire place pour qu'il pût approcher de la table.
« Très-bien, ajouta le promeneur; voilà le garçon à présent, la rue n'est plus à tout le monde; elle est à M. le limonadier;
— Monsieur, dit le chef de l'établissement en se montrant, si vous avez un rapport à faire,
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faites votre service; moi, je suis en règle, je suis autorisé,] e paye un impôt pour ces tables, laissezmoi jouir de mon droit, ou du moins adressezvous k vos chefs.
— A mes cbe& ? pour qui me prenez-vous ?. ..
popularité! voilàde tes coups. » — A cette insinuation du maitre de café, ce peuple changeant -qui tout à l'henre encore s'était prononcé contre l'épicier, pour le promeneur, était cette fois mal disposé pour le mécontent et prenait la défense du limonadier.
Quelques mots mal sonnants bourdonnant aux oreilles du redresseur des torts et des tables, les trois amis crurent prudent d'intervenir en faveur de l'accusé qui n'était pas de force et lui firent un rempart de leurs corps.
« C'est un de mes malades, » dit le docteur à voix basse k un des plus menaçants.
Le mot fut compris et sauva la situation; les spectateurs de cettescène, voyant à qui ils avaient affaire, ne tardèrent pas à se disperser.
« C'est tous, docteur? dit le nouveau Bon Quichotte, en prenant le bras d'Hermann et eu saluant ses amis, je suis charmé de vous voir.
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— Vous voici dans l'exercice de vos fonctions, dit le docteur en souriant, parvenez-vous an moins à réformer les habitudes parisiennes?
— • Que voulez-vous, je ne suis pas secondé, un peu plus ils allaient me prendre pour un inspecteur, pourquoi pas pour un fou, tout de suite?»
Le docteur serra le bras de Pornic pour appuyer sur ce mot significatif.
« Et nos monuments, continua le réformateur, n'est-ce pas déplorable, aussitôt qu'ils sont terminés, de les voir barbouillés d'inscriptions et de dessins grotesques?
— Permettez-moi de vous faire observer, dit Roland, qu'on a retrouvé sur les murs d'Hercule num des caricatures tracées par les gamins de l'antiquité. Allez jusqu'aux Pyramides d'Egypte, vous y trouverez, gravées dans le granit, des inscriptions ridicules qui ont fait le- tour du monde.
— Mais, monsieur, nous ne sommes pas en Egypte; si le mal existe il faut l'empêcher, ou bien ne me dites pas que sous sommes dans le siècle du progrès.
— Mon cher ami, dit le docteur, on ne peut pas enfermer dans une grille de fer tous les monuments de Paris.
— Et pourquoi pas? Je ferais du moins enfermer tous les enfants qui auraient un crayon à la main; les parents sont responsables.
— Et la liberté? si vous voulez réformer tout ce qui n'est pas la perfection, mon cher, je vous plains, vous aurez fort à faire.
— Ne me plaignez pas; sans me donner beaucoup de mal, je fais encore, pour mon plaisir, la besogne d'une douzaine d'agents; si, par exemple, je remarque une voiture abandonnée sans conducteur sur la voie publique, je cherche de tous côtés le cocher absent; un agent qui passe remarque l'objet de ma préoccupation, prend le numéro de la voiture, dresse procèsverbal, et le tour est fait.
— Si c'est là tout ce que vous voyez à critiquer dans notre civilisation, dit le docteur, vous êtes bien heureux.
— Je ne peux pas tout faire, je contribue au bien public à ma manière. Tenez : un de mes voisins avait devant sa porte une marche qui