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penchée sur le lit d'une petite fille de neuf à dix ans. D'autres enfants étaient assis sagement dans une chambre voisine dont la porte était entrouverte. Héva, que Pornic ne s'attendait pas à retrouver là, gardait ces petits enfants, s'occupait d'eux, tout en préparant des compresses qui avaient été prescrites et qu'elle apporta à la pauvre mère.

Elle ne fit qu'un signe de tète à son oncle et à Pornic; elle continua en silence son rôle de garde-malade, et se retira dans la chambre voisine, où elle causait tout bas avec les enfants en tâchant de les amuser.

« Dieu merci, c'est vous, docteur, dit la pauvre femme, avec empressement; venez voir, qu'allons-nous devenir si elle ne veut rien prendre. »

Le docteur regarda en silence avec l'appréhension d'un cœur sensible, et avec la fermeté d'un homme de la science. Quelques instants se passèrent dans une grande anxiété.

« Il y a un peu de mieux, dit-il enfin, après avoir longtemps observé et avoir demandé quelques détails à la mère; elle n'a besoin maintenant que de repos, je vais vous indiquer.... »

Le docteur fat interrompu par une voix nasillarde qui partait du coin ie plus sombre de la chambre, et, se tournant de ce côté, il aperçât une grande femme habillée de noir et agenouillée devant une chaise ; elle lisait dans un gros livre de prières et entonnait un chant d'église qui commençait par Laudate pueri Dominum....

« Quelle est cette dame?. demanda le docteur I voix basse.

«~- Mais sdit la mère, c'est une bonne dame charitable qui est venue ici faire des prières.

— Si le bon Dieu a décidé de h reprendre, dit la grande femme en se levant, oe que vous Ferez sera oonuae rien.

— Mais, madame, dit Hermann en s'approhant d'elle, ne voyez- vous pas qme cet appareil

lugubre peut frire une impression dangereuse sur cette pauvre enfant î

— Lugubre 1 répondit-elle. Je suis de la confrérie de la mort bien heureuse. Vous travaillez pour oe mande et moi peur l'éternité. »

L'enfant fit signe qu'elle voulait parler; le docteur s'étant approché de son lit, entendit la

voix plaintif e 4e la petite malade qui disait: < Je ne veux pas monriur. »

«Il s'agît bien de mourir, mon enfant, dit gaiement la docteur; tu pourras te lever dans don* jours &i tu es hioa sage, si tu bois cette tisane, et si tu laisses placer ces compresses sur ton front brûlant. Cette bonne dame eat venue ici pour t*appo*ter use belle poupée»

~Ou e»teil*,ditla petit* fillo en essayant de sourire.

— Ou te la donnera quand tu pourras mettre tes bras hors du Ut sans danger, i

Pendant que le docteur consolait l'enfant, la grande femme avait pris à part la. mère af»

* Il ne faut pas vous inquiéter ainsi, ma bonne femme, lui dit-elle. Ce sera un petit ange au ciel ; vous êtes si malheureuse ; vous aurez déjà bien aeeea de peine à «lever les autres; il faut voue en^rapporter k la Providence» Dieu fait bien ce qu'il fait

— Abl madame, dit la malheureuse mère, eet-ce bien & mot, à- une mère que vous pouvez parier amsiî Je suis soumise à la v volonté de

Dieu ; mais c'est lui qui m'a donné cette enfant, pour que je l'aime, pour que je la défende et que je la sauve ; et je la sauverai. Vous dites qu'elle sera malheureuse sur la terre, eh bien nous serons malheureuses ensemble si c'est la volonté de Dieu ; mais nous aurons encore de bonnes journées, car nous nous aimerons.

— Mais ma bonne femme, reprit la protectectrice, si je suis de trop ici, vous n'avez qu'à le dire ; j'ai été mère, je respecte toutes les faiblesses de l'amour maternel. Je vous dis seulement que je ne viens pas ici pour donner des poupées aux petites filles, quoi qu'en dise M. le docteur, j'ai une plus haute mission à remplir. Quand l'heure suprême est arrivée, je viens rappeler aux indifférents tout occupés des intérêts matériels qu'ils ont une âme à sauver et le ciel à mériter. »

Le docteur Hermann avait entendu avec indignation ces paroles dictées par nne louable intention, mais bien cruelles en cette circonstance.

« Permettez, madame, dit-il enfin ; elle n'est pas arrivée l'heure suprême. Nous n'avons pas encore besoin de vous ; ce qu'il nous faut c'est

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du repos et du silence. Vous appelez intérêts matériels les soins qu'une pauvre mère donne à son enfant ; mais le médecin est souverain dans la chambre du malade, et quelles que soient vos bonnes intentions, madame....

— Je comprends, répondit-elle, en fermant son livre et en remettant ses lunettes dans un étui ; je trouverai des familles plus reconnaissantes de mes soins. Vous m'accorderez bien qu'en venant ici Je n'ai pas d'autre intérêt que l'intérêt du ciel, mais ne craignez pas mon insistance. La confrérie de la mort bien heureuse agit par la persuasion et non par la contrainte; mais l'heure me presse, j'ai encore deux mourantes à visiter avant l'heure du dîner, et sans doute je serai reçue plus chrétiennement. »

La pénitente de la mort bien heureuse se retira avec dignité ; le docteur consola la pauvre mère, la rassura encore sur le sort de son enfant, et laissa Héva lui tenir compagnie.

En revenant à pied à la maison de Passy, le docteur disait à son ami : « J'ai déjà rencontré cette parfaite chrétienne sur mon chemin. Elle n'est pas de ma clientèle, mais elle mérite bien

mande comment j'ai pu prendre la résolution de paraître dans une assemblée. Moi qui ai vécu si recueillie depuis que tu m'as laissée sur la terre, cominent ai-je osé chanter et prendre un rôle dans une comédie?

« C'est parce que celui que tu as envoyé l'a voulu. Mon oncle Hermann a dit que son ami serait très-fâché si je refusais, et alors j'ai obéi.

c Tu penses bien, ma mère, comme je tremblais ! Les personnes avec lesquelles je devais jouer une comédie dans cette maison de santé avaient toutes l'esprit malade. C'était un essai que mon oncle voulait faire pour les distraire et les soulager et, je ne sais pourquoi, il m'avait bien défendu de le dire à son ami; mais moi j'avais peur de devenir un peu folle comme les autres.

« Il y avait bien quelques spectateurs invité*; mais pour moi, il me semblait que je n'avais pas d'autre juge que celui qui, dans ma pensée, était venu en ton nom.

< Le rôle de servante qu'on m'a donné est bien celui qui me convenait; car je suis faite pour obéir. Si l'ami de mon onde Hermann me

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