BETA
Un soir le docteur Hermann était dans son cabinet de travail, penché sur ses livres et plongé dans une méditation profonde.
C'était une figure bien caractérisée, qui ne ressemblait guère aux types effacés que produit souvent notre civilisation raffinée et énervante. La lampe éclairait en vive lumière son front
très-découvert, dessinait en relief ses traits fins et anguleux, ses lèvres minces, et laissait dans l'ombre ses yeux déjà creusés par l'étude et la fatigue.
Pensait-il à quelque malade dont l'état devenait plus grave, ou à l'impuissance et à la vanité de son art, ou h quelque opération périlleuse qu'il s'agissait de tenter dans un cas désespéré, sans pouvoir en deviner les dernières conséquences? Heures pénibles et douloureuses pendant lesquelles la science doute d'elle-même et se soumet humblement à la volonté de Dieu!
Peut-être il se souvenait de cette belle parole d'Ambroise Paré : « Je l'ai soigné; Dieu l'a guéri. »
Une jeune fille également silencieuse, installée près d une table, à l'extrémité de la chambre, travaillait à un ouvrage de couture qui paraissait destiné à un enfant. C'était sa nièce Héva, orpheline qu'il avait- recueillie et dont il prenait soin depuis la mort de sa sœur.
L'abat-jour qui protégeait la flamme de la bougie permettait à peine de distinguer la blanche coiffe bretonne qui encadrait son pâle visage,