‹ Les fables complètesChapitre 13 sur 110 · LS CBËNE ET LB TOURNESOL · texte numérisé non relu

LS CBËNE ET LB TOURNESOL

Auprès d'un jeune chêne, espoir d'un beau jardin. Mais dont la tige frêle et le rare feuillage

Sur quelques palmes de terrain

Traçaient à peine leur ombrage.

Un tournesol tranchait de l'impcH'tant,

Et, fier de sa prompte croissance.

Etalait avec arrogance De ses soleils dorés le panache éclatant.

■ Vois, disait-il au jeune chêne, L'été qui m'a fait naître est encor radieux, Et ma léte s'élève au-dessus de la tienne; Quatre saisons de pins, et j'atteindrai les cieux. Hais toi, race d'arbuste, h ramper condamnée,

D,niz=rtNGoi.)«^lc

lit plus hardi jouteur n'oserait t'opposer An râteau du manant qni me vient arroser; Et cependant trois fois tu vis naître l'année.

— Ceot fois, répond le chêne, elle ouvrira son cour Et mon front sera jeune encore :

J'ai des siècles à vivre, et tu comptes par jours.

Ton ige n'ira point à la centième aurore,

L'hiver me vengera de ton superbe espoir.

Jouis de ta gloire éphémère.

J'ai vu déjà mourir ton aïeul et ton père.

Qui s'élève trop vite eït plus prompt à déchoir. >

lâ menace ne fat point vaine.

L'automne de sa froide haleine Fléthl de l'urgueilieux la tige et les soleils;

Un coup de bêche en termina l'histoire, Et le chêne vengé vit expirer sa gloire Sur le Tumier voisin, tombeau de ses pareils. J'ai va des toamesols au Parnasse, i l'armée. Grandis par les salons, les preneurs, les journaux, S éblouir de leur vogue, et, gorgés de fumée,

Traiter les chênes d'arbrisseaux; Ils ont vécu plus que leur renommée.

LA DASSE-COCR.

Dans une basse-conr vivait en république Une foule d'oiseaux de plumages divers.

J'admirais leur destin, leur humeur pacifique. I Ils n'ont, disais-je en moi, ni vices ni travers. Les besoins de l'Étal, sa gloire ou ses revers,

H'échauffeot point leur bile politique.

Ils paîront, il est vrai, l'impôt du cuisinier. Chaque peuple a son fisc, ses commis et sa taille.

Hais le bonheur de la volaille Est de ne pas savoir qu'elle ait rien à payer. Sans soin dn lendemain, et suriont sans envie.

En liberté chacun cherche sa vie.

L'amonr seul quelquefois y produit des débats;

Et la cause en est trop jolie Pour que notre raison ne les excuse pas, >

Tandis qu'à ces pensers je me livrais tout bas, La fermière parait, et toute la famille.

Accourant à ses cris d'un et d'autre côté,

Se jette avec avidité Sur le grain qu'à ses pieds la maîtresse éparpille. Quel changement, ô ciel! quel appétit glouton I Quel tumulte confus! On se bat, on se pille.

La poule à coups de bec repousse le pigeon :

D,niz=rtNGoi.)«^lc

Le canard à la poule enlève une becquée; La pÎDtade plus loin déiobe le chapon,

Et par t'imbécile dindon Elle voit à son tour sa pitance escroquée.

Plus orgueilleux, plus fort, et surtout plus gourmand, De la queue et du bec se faisant faire place , Le paon au milieu d'eux occupe un lai^e espace , Vit aux dépens de tous, et, toujours mécontent.

Il les insulte et les menace.

Soyons justes pourtant, même envers les oiseaux : De ses jeunes poussins une mère entourée Les nourrit, les défend du bec de leurs rivaux , Et ne prend qu'après eux sa part de la curée. Biais le reste à l'envi s'arrache les morceaux. Tandis que, sur les toits, piaulant de jalousie,

Un essaim de pauvres moineaux Attend, pour s'approcher, que leur faim a:

De leur dîner lui laisse une partie.

■ Par ma foi ! m'écriai-ie , ils sont dignes de ne La basse-cour est comme l'autre.

Le monde volatile est l'image du nôtre ;

L'intérêt n'y connaît de frère ni d'é|>oux.

Prêtre, noble, robîn, bourgeois ou militaire,

Tout animal qui mange est rapace et jaloux .

Un peu de grain, d'or ou de terre, Est partout un sujet de guerre, Et la force est le droit de tous >

FABLE Xn.

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