LS CBËNE ET LB TOURNESOL
Auprès d'un jeune chêne, espoir d'un beau jardin. Mais dont la tige frêle et le rare feuillage
Sur quelques palmes de terrain
Traçaient à peine leur ombrage.
Un tournesol tranchait de l'impcH'tant,
Et, fier de sa prompte croissance.
Etalait avec arrogance De ses soleils dorés le panache éclatant.
■ Vois, disait-il au jeune chêne, L'été qui m'a fait naître est encor radieux, Et ma léte s'élève au-dessus de la tienne; Quatre saisons de pins, et j'atteindrai les cieux. Hais toi, race d'arbuste, h ramper condamnée,
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lit plus hardi jouteur n'oserait t'opposer An râteau du manant qni me vient arroser; Et cependant trois fois tu vis naître l'année.
— Ceot fois, répond le chêne, elle ouvrira son cour Et mon front sera jeune encore :
J'ai des siècles à vivre, et tu comptes par jours.
Ton ige n'ira point à la centième aurore,
L'hiver me vengera de ton superbe espoir.
Jouis de ta gloire éphémère.
J'ai vu déjà mourir ton aïeul et ton père.
Qui s'élève trop vite eït plus prompt à déchoir. >
lâ menace ne fat point vaine.
L'automne de sa froide haleine Fléthl de l'urgueilieux la tige et les soleils;
Un coup de bêche en termina l'histoire, Et le chêne vengé vit expirer sa gloire Sur le Tumier voisin, tombeau de ses pareils. J'ai va des toamesols au Parnasse, i l'armée. Grandis par les salons, les preneurs, les journaux, S éblouir de leur vogue, et, gorgés de fumée,
Traiter les chênes d'arbrisseaux; Ils ont vécu plus que leur renommée.
LA DASSE-COCR.
Dans une basse-conr vivait en république Une foule d'oiseaux de plumages divers.
J'admirais leur destin, leur humeur pacifique. I Ils n'ont, disais-je en moi, ni vices ni travers. Les besoins de l'Étal, sa gloire ou ses revers,
H'échauffeot point leur bile politique.
Ils paîront, il est vrai, l'impôt du cuisinier. Chaque peuple a son fisc, ses commis et sa taille.
Hais le bonheur de la volaille Est de ne pas savoir qu'elle ait rien à payer. Sans soin dn lendemain, et suriont sans envie.
En liberté chacun cherche sa vie.
L'amonr seul quelquefois y produit des débats;
Et la cause en est trop jolie Pour que notre raison ne les excuse pas, >
Tandis qu'à ces pensers je me livrais tout bas, La fermière parait, et toute la famille.
Accourant à ses cris d'un et d'autre côté,
Se jette avec avidité Sur le grain qu'à ses pieds la maîtresse éparpille. Quel changement, ô ciel! quel appétit glouton I Quel tumulte confus! On se bat, on se pille.
La poule à coups de bec repousse le pigeon :
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Le canard à la poule enlève une becquée; La pÎDtade plus loin déiobe le chapon,
Et par t'imbécile dindon Elle voit à son tour sa pitance escroquée.
Plus orgueilleux, plus fort, et surtout plus gourmand, De la queue et du bec se faisant faire place , Le paon au milieu d'eux occupe un lai^e espace , Vit aux dépens de tous, et, toujours mécontent.
Il les insulte et les menace.
Soyons justes pourtant, même envers les oiseaux : De ses jeunes poussins une mère entourée Les nourrit, les défend du bec de leurs rivaux , Et ne prend qu'après eux sa part de la curée. Biais le reste à l'envi s'arrache les morceaux. Tandis que, sur les toits, piaulant de jalousie,
Un essaim de pauvres moineaux Attend, pour s'approcher, que leur faim a:
De leur dîner lui laisse une partie.
■ Par ma foi ! m'écriai-ie , ils sont dignes de ne La basse-cour est comme l'autre.
Le monde volatile est l'image du nôtre ;
L'intérêt n'y connaît de frère ni d'é|>oux.
Prêtre, noble, robîn, bourgeois ou militaire,
Tout animal qui mange est rapace et jaloux .
Un peu de grain, d'or ou de terre, Est partout un sujet de guerre, Et la force est le droit de tous >
FABLE Xn.